Chapitre 11 : Bye, bye Malefoy


_ Oh, tu n'auras rien à faire, dit Malefoy avec un léger tressaillement dans la voix, ses yeux fixés sur elle comme deux projecteurs. Le Veritaserum va le faire pour toi.

Le cerveau d'Hermione se mit à tourner à plein régime. Du Veritaserum ? Pourquoi ? Comment ? L'incompréhension devait se lire dans ses yeux car un petit sourire moqueur apparu sur le visage de Malefoy.

_ Je te pensais plus vive d'esprit que ça, Granger, dit-il en lui montrant d'un signe de tête les deux verres posés sur la table de chevet qui avaient contenu ses potions rouge et verte.

Oui, c'était logique et d'une simplicité enfantine à réaliser : il avait versé la fameuse substance dans ses médicaments quotidiens ; ensuite, il n'avait plus qu'à attendre que Mme Pomfresh fasse le reste. Mais, pour l'instant, le « comment » de la chose n'était pas d'une grande importance et c'était surtout le « pourquoi » qui s'allumait dans l'esprit d'Hermione comme un feu clignotant.

_ Tu vas me dire quelques petites choses à propos de certains objets que toi et tes amis aviez en votre possession l'année dernière, ajouta-t-il sans ciller.

Il avait l'air profondément concentré sur ce qu'il était en train de faire et il n'y avait aucun doute à affirmer qu'il devait préparer tout cela depuis un bon moment.

_ Des objets ?

Hermione pensa immédiatement aux Horcruxes. Mais, en quoi cela pouvait-il intéresser Malefoy ?

_ Oui, une baguette et une pierre, tu dois savoir de quoi je parle.

Alors comme ça ce n'était pas les Horcruxes qui l'intéressaient, mais plutôt les reliques. Et cela changeait absolument tout. Harry avait espéré garder secret le sort des reliques, mais, en y songeant, il était fortement probable que leur existence arriverait aux oreilles de certaines personnes.
Elle sentit les battements de son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Elle ne savait pas si Malefoy agissait de son propre chef ou s'il cherchait des renseignements pour le compte de quelqu'un d'autre mais, dans l'un ou l'autre cas, cela ne présageait rien de bon. Elle savait que s'il lui posait des questions directes, elle serait obligée d'y répondre sans pouvoir lutter contre l'effet du Veritaserum. Il fallait donc qu'elle gagne du temps, en espérant que Harry, Ron, Mme Pomfresh ou n'importe qui d'autre arriverait avant qu'elle n'ait révélé quoi que ce soit.

_ Comment est-ce que tu as fait pour trouver du Veritaserum et le mettre dans mes potions sans que personne ne s'en aperçoive ? demanda-t-elle presque inutilement puisqu'elle avait fait le rapprochement avec le petit manège que Malefoy avait mené un peu plus tôt en quittant l'infirmerie et en y revenant avec ses piles de linge propre.
_ Laisse moi avec tes questions, Granger, répondit Malefoy avec agacement. Tes petits copains ne vont pas tarder à arriver d'après ce qu'a dit la rouquine tout à l'heure, et je dois régler ça maintenant.

Désormais, la main qui tenait sa baguette tremblait légèrement et son regard se dirigeait de plus en plus souvent en direction de la porte de l'infirmerie.

_ Ne fais pas ça, le supplia Hermione qui songeait aux conséquences désastreuses que pourraient avoir ses réponses entre les mains d'un Mangemort.
_ Tais-toi ! rugit-il en la regardant avec dégout. La baguette de Sureau, qu'est-ce que Potter en a fait ?
_ Il a réparé sa propre baguette et a replacé la baguette de Sureau auprès de Dumbledore, dans son tombeau.

Bien entendu, les paroles avaient franchi ses lèvres sans qu'elle ne puisse les retenir. La potion la plongeait dans une sorte d'état second, comme si son cerveau ne lui appartenait plus vraiment. La seule chose qu'elle pouvait faire était d'attendre que la seconde question arrive, totalement impuissante.

_ Et qu'est-ce qu'il a fait de la pierre qui ressuscite les morts ?
_ Il l'a laissé tomber quelque part dans la forêt Interdite, répondit-elle tel un automate.

Malefoy sembla nettement moins satisfait de la deuxième réponse que de la première.

_ Où ça ? s'empressa-t-il de demander en surveillant toujours la porte de l'infirmerie du coin de l'œil.
_ Je ne sais pas…

Il commençait vraisemblablement à perdre son sang-froid car Hermione vit un muscle se contracter dans sa mâchoire. La main qui tenait sa baguette tremblait de plus en plus.

_ Granger, tu ne comprends pas bien, dit-il, ses yeux la fixant intensément. Je dois savoir où est passée cette pierre ! Où est-ce que Potter l'a lâchée ?
_ Je t'ai dis que je n'en sais rien ! Je crois que même lui ne le sait pas précisément ! lui répondit-elle, à bout de nerfs.

Elle se sentait acculée. Il était là, devant elle, et pouvait lui poser toutes les questions qu'il voulait, et ce qu'elle lui dirait serait la plus pure des vérités. Les conséquences de ce qu'elle lui avait déjà révélé pouvaient être si désastreuses que la culpabilité lui tordait les entrailles et elle songea à Harry ; Harry qui avait tout fait pour éviter ce qui allait sûrement se produire à cause d'elle, à cause de son aveuglement. Si elle avait écouté Ginny, un peu plus tôt, elle aurait pu la charger de prévenir Harry, ou mieux, le professeur McGonagall.
Pendant ce temps, Malefoy semblait, lui aussi, avoir perdu de sa superbe. Visiblement, la seconde réponse d'Hermione semblait l'avoir précipité au dessus d'un puits sans fond.

_ Granger, tu dois savoir… tu dois savoir où est cette pierre. Où est-elle ?!
_ Je n'en ai aucune idée ! répéta-t-elle d'une voix proche de l'hystérie.

Tout en tenant toujours sa baguette pointée vers elle, Malefoy se dirigea à reculons vers son lit et s'y laissa tomber maladroitement, son visage étant devenu aussi pâle qu'un linge.
Il leva les yeux vers elle, la regardant sans vraiment la voir. Et, pour la deuxième fois en l'espace de deux semaines, Hermione eut profondément et sincèrement pitié de lui.

_ Tu n'es pas obligé de faire ça…

Il darda vers elle un regard haineux, qu'Hermione s'obligea à soutenir.

_ Tais-toi. Tu ne sais même pas de quoi tu parles, lui répondit-il d'une voix glaçante.
_ Tu devais obtenir ces informations et, compte tenu des maigres efforts que tu as fournis pour y parvenir depuis le début de l'année, j'imagine que tu n'y as pas mis tout ton cœur… lui fit remarquer Hermione en sachant qu'elle s'exposait là à la colère du Serpentard.
_ La ferme, j'ai dit ! vociféra-t-il en brandissant sa baguette devant lui comme une épée à l'évocation des paroles qu'avaient un jour prononcé Dumbledore en haut de la tour d'astronomie.

Il s'était brusquement relevé de son lit et son visage était déformé par la rage. Un silence pesant envahit soudainement la pièce. Hermione plaignait vraiment ce garçon ; pour lui, la guerre ne s'était pas terminée à la mort de Voldemort et il était en train de payer des années de mauvais choix.
Le jour commençait à tomber et la pénombre gagnait du terrain à chaque seconde. Malefoy était toujours là, debout, le souffle court et sa baguette pointée sur elle. Paradoxalement, elle ne se sentait pas menacée par lui ; s'il avait voulu lui faire du mal, il l'aurait déjà fait.

_ Le Ministère peut t'apporter une protection, à toi et à tes parents... commença Hermione, d'une voix mal assurée.

Il leva la tête vers elle. Son regard était indescriptible.

_ Tu crois que c'est aussi simple ? Tu ne sais pas de quoi ils sont capables.
_ Si, malheureusement.

Avec son bras valide, elle releva la manche qui cachait la peau de son bras gauche. La fine cicatrice, plus claire, s'apercevait nettement sur son avant-bras. « Sang-de-Bourbe ». Elle vit les yeux de Malefoy se poser sur cette dernière, puis revenir sur son visage.

_ Tu crois que ça fait de toi une fichue blessée de guerre ? cracha-t-il avec mépris.
_ Non…non, je n'ai pas dit ça, balbutia Hermione d'une voix plus aigue qu'elle ne l'aurait voulu.
_ Tu as vu ce qui est arrivé à mon père, ils feront pareil à ma mère si je ne leur donne pas les réponses qu'ils veulent.
_ Mais, c'est la vérité ! s'exclama Hermione. La pierre est perdue et tu n'y peux rien !
_ Tu crois qu'ils vont me taper dans le dos, me dire que ce n'est pas grave et m'offrir un chocolat ? rétorqua Malefoy en laissant échapper un petit rire sans joie qui se transforma en rictus. Non, c'est foutu. Je vais me faire renvoyer et après ils vont me trouver, moi et ma mère ; après ils achèveront mon père ; et toi et tes petits amis vous continuerez vos petites vies paisibles.
_ C'est pour ça que tu n'as rien à perdre à demander de l'aide, tu ne crois pas ? lui fit remarquer Hermione en ignorant volontairement l'emploi de l'adjectif « paisible ».

Malefoy la fixait toujours de ce regard insondable. Il semblait qu'il commençait à comprendre qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Qu'avait-il à perdre ? S'il révélait aux Mangemorts ce qu'il avait appris, il leur donnerait l'occasion de redevenir puissants et, un jour ou l'autre, ils finiraient par le tuer, et ses parents avec. Et s'il ne disait rien et s'en remettait entièrement à la protection du Ministère, il pourrait espérer préserver leur vie à tous les trois.

Alors qu'il commençait à abaisser sa baguette, la porte de l'infirmerie s'ouvrit sur Mme Pomfresh et le professeur McGonagall qui semblaient en grande conversation. Les yeux de la directrice se posèrent sur la baguette à demie abaissée de Malefoy, et le sourire qui se trouvait sur son visage la seconde d'avant disparu instantanément.

_ Auriez-vous l'amabilité de m'expliquer ce qui se passe ici ? demande-t-elle d'une voix forte en regardant alternativement ses deux élèves.

Hermione jeta un rapide coup d'œil à Malefoy dont le visage s'était décomposé. Les bras le long du corps, il leva la tête vers elle, son regard d'acier la glaçant toute entière. Il n'avait visiblement pas prévu de se retrouver pris sur le fait par quelqu'un et encore moins par McGonagall puisqu'il pensait sûrement avoir terminé son petit interrogatoire avant que tout le monde ne remonte de la Grande Salle.
Ainsi, lorsqu'elle ouvrit la bouche pour parler, Hermione savait d'ores et déjà qu'il lui ferait payer d'avoir tout raconté. Oui, elle allait tout raconter, parce que c'était le mieux à faire.
Tout au long de son récit, elle n'osa pas se détourner du visage du professeur McGonagall, sachant pertinemment que Malefoy ne devait pas la lâcher des yeux, méditant sur son désir de lui tordre le cou comme à un poulet. Elle raconta tout au professeur McGonagall dont le visage resta impassible jusqu'à ce qu'elle ait terminé.
La directrice se tourna alors vers le Serpentard, le visage figé par une sorte de colère froide.

_ Vous rendez-vous compte de la gravité de vos actes ? éructa-t-elle soudain, en foudroyant Malefoy du regard. D'abord, vous volez une potion dans le bureau du professeur Slughorn, puis, vous malmenez Miss Granger… Et, est-ce que vous vous rendez compte que vous vous apprêtiez à révéler des informations qui mettraient en danger toute notre communauté ? Après toutes les horreurs que nous avons vécues – que vous avez vécues – comment avez-vous pu laisser courir un tel risque ?

Malefoy garda la tête baissée. Vraisemblablement, il n'avait aucune envie de s'expliquer et, à vrai dire, il semblait que tout lui était égal. Ces pauvres folles, elles ne comprenaient pas ce que lui avait enduré.

_ Vous auriez du venir me voir, Mr Malefoy. Croyez-vous que c'est par simple lubie que je vous ai séparé de vos camarades de Serpentard ? J'ai reçu des instructions du Ministre vous concernant, poursuivit-elle en réajustant ses lunettes sur son nez d'un geste compulsif. Vos parents ont été placés sous protection du Ministère après l'attaque de votre père et vous le saviez puisque c'est moi-même qui vous en ai informé. Votre mère avait laissé entendre que vous subissiez des menaces, mais je ne me doutais pas que vous étiez chargé d'une quelconque mission et que vous penseriez sottement pouvoir la mener à bien sans éveiller les soupçons.

Hermione, qui n'avait pas lâché le professeur McGonagall des yeux durant son monologue, tourna la tête vers son voisin de lit qui fixait toujours ses pieds. Alors comme ça, il savait qu'il était sous protection du Ministère mais il n'en avait fait qu'à sa tête ; préférant se faire confiance à lui-même, comme le petit prétentieux qu'il était.

_ Je ne fais pas confiance au ministère… marmonna-t-il en hochant la tête, confirmant ainsi les pensées d'Hermione.
_ Je vous l'avais pourtant dit Mr Malefoy, je vous avais dit que vous étiez tous sous protection, mais non, il a fallu que vous fassiez votre numéro de cirque ! lui reprocha la directrice d'une voix aigre. Je pourrais vous renvoyer de l'école pour avoir menacé votre camarade…
_ Ils l'ont menacé de mort, intervint Hermione d'une voix blanche.

Trois paires d'yeux se tournèrent vers elle au même instant

_ Ils…ils l'ont obligé à le faire, poursuivit-elle avec la même voix peu assurée avant de poursuivre avec plus d'aplomb. Je ne pense pas qu'il devrait être renvoyé, professeur, il sait trop de choses maintenant et il vaudrait mieux qu'il reste à Poudlard.

Le professeur McGonagall sembla un peu surprise de cette prise de défense soudaine, mais ce n'était rien à côté de la réaction de Malefoy qui semblait avoir reçu un gros coup de gourdin sur le haut du crâne.

_ Bien, Mr Malefoy, vous allez m'accompagner dans mon bureau pour discuter de votre punition. Vous pourrez récupérer vos effets personnels plus tard, lui dit sèchement la directrice. Miss Granger, Mme Pomfresh va s'occuper de vous administrer un antidote au Véritaserum.

Hermione les regarda quitter l'infirmerie pendant que Mme Pomfresh lui tendait déjà un verre rempli d'un liquide fumant, lui rappelant affreusement le Polynectar. Mais, à sa grande surprise, ce n'était pas si imbuvable que l'aspect pouvait le laisser penser et elle sentit avec plaisir le liquide tiède l'envahir, l'exemptant ainsi de toute obligation de dire la vérité.
Finalement, Ginny n'avait pas tort : Malefoy préparait bien un mauvais coup et cela expliquait beaucoup de choses. Son soudain intérêt pour sa vie privée, elle en prenait pleinement conscience maintenant, avait été tout sauf naturel.
Pourtant, elle ne le détestait pas plus que la veille, ni même que l'avant-veille car, à vrai dire, elle ne s'était pas attendue à quelque chose de mieux venant de sa part. Ce qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser, en revanche, c'est qu'il avait été tout sauf brillant de croire qu'il pouvait ignorer l'offre du ministère pour mener sa barque tout seul et qu'il s'en sortirait avec brio.
Le grincement caractéristique que faisait la porte de l'infirmerie la sortit brusquement de ses pensées. Harry et Ron se dirigeaient vers elle tandis que Ginny s'était déjà ruée sur la seule chaise située à côté de son lit.

_ Raconte ! la pressa son amie. On a croisé McGonagall avec Malefoy dans le couloir, elle avait l'air sacrément remontée…

Et, pour la deuxième fois de la soirée, Hermione fit le récit des évènements, ne passant sur aucun détail. Au fur et à mesure de son discours, elle voyait les sourcils de Ron se froncer de plus en plus. Harry, quant à lui, l'écoutait sans ciller, assis sur le bord du lit et triturant le drap convulsivement de sa main gauche.

_ Qu'est-ce qui t'a pris de prendre sa défense ? demanda Ron en regardant Hermione comme s'il la redécouvrait, ses sourcils ne formant plus qu'une barre sur son front.
_ Ron, tu n'étais pas là, lui répondit-elle d'une voix sans appel. Même si c'est un petit imbécile, il fallait l'aider et puis, tu imagines s'il lui prenait l'envie de répéter à ses petits copains mangemorts où se trouve la baguette ? Je suis sûre que Harry aurait fait la même chose que moi.

Hermione échangea un regard avec l'intéressé qui confirma ses dires d'un hochement de tête discret qu'il fit suivre d'un petit sourire contrit à l'attention de Ron. La conversation se poursuivit ainsi pendant une bonne demi-heure, jusqu'à ce que Ginny provoque l'exaspération générale en sortant un nouveau catalogue de vente à distance de robes de soirée.

_ Non, Ginny, sérieusement… souffla son frère en se prenant la tête dans les mains. Tu ne peux pas sortir ton fichu prospectus à tout bout de champ comme ça…
_ Mais il faut bien qu'elle ait quelque chose à se mettre sur le dos ! essaya-t-elle de se justifier avant de mettre le catalogue sous le nez d'Hermione. Regarde celle-là !

Pensant égayer ses heures de convalescence, Ginny se comportait exactement comme les petites écervelées qu'elle adorait détester habituellement, et ce depuis une semaine. C'était assez étrange, mais cela restait de bonne guerre puisqu'elle-même était clouée au fond de son lit et qu'à moins de se coudre une robe d'une seule main avec son couvre-lit, elle n'avait pas d'autre choix que d'accepter l'aide de son amie.

_ Oui, elle est plutôt jolie… reconnut Hermione en observant la robe rouge que Ginny lui montrait.
_ Moi, je préfère la bleue… fit remarquer Ron en pointant du doigt la robe en question, avant d'afficher un air grincheux devant le sourire moqueur de Harry.
_ Non, la bleue est bien trop banale et insipide à mon gout, répondit Ginny du tac au tac en regardant vaguement par la fenêtre, un petit sourire ironique naissant au coin de ses lèvres.

Les yeux d'Hermione rencontrèrent ceux de Harry, qui, visiblement, ne semblait pas avoir tout saisi lui non plus. Elle en eu d'ailleurs la confirmation lorsqu'il haussa les épaules en esquissant une grimace d'incompréhension.
Pour ce qui était de Ron, ce dernier semblait prêt à l'attaque, tel un cobra qui s'apprête à planter ses crochets dans la chair de sa victime.

_ Et bien moi, la bleue me plait beaucoup. Je pense qu'elle est beaucoup plus facile à porter que la rouge, grommela Ron entre ses dents.
_ La rouge a de la classe, elle ! rétorqua Ginny en lâchant brusquement la fenêtre des yeux pour revenir vers son frère. La bleue parait de très mauvaise qualité…
_ Au contraire, la bleue est très bien et si tu essayais un peu de la connaitre… !
_ C'est le genre de robe que tu ne mets qu'un soir et que tu ne peux plus jamais remettre, le coupa Ginny, d'une voix cassante, avant de se tourner vers Hermione avec un sourire qui contrastait fortement avec ses dernières paroles. Non, vraiment Hermione, je te conseille la rouge.

Ron semblait au bord de l'explosion. Son visage était plus rouge que la robe en question et il paraissait fournir des efforts surhumains pour ne pas sauter à la gorge de sa sœur. Ginny, elle, paraissait tout à fait sereine.

_ Euh…sinon, la noire a l'air bien aussi… proposa Hermione en lançant un regard de détresse à Harry.

Ron ne sembla même pas remarqué qu'elle avait ouvert la bouche et se leva brusquement du bord du lit sur lequel il avait pris place. Il lança un regard noir à sa sœur et souhaita bonne nuit à Hermione avant de sortir de l'infirmerie d'un pas rageur, sans un regard en arrière.

_ J'imagine que vous ne parliez pas vraiment des robes, fit remarquer Harry en levant les yeux vers sa petite-amie.
_ Oh si, je ne vois pas de quoi j'aurais pu parler d'autre, répondit-elle sur un ton qui trahissait une mauvaise foi sans faille.

Il s'avérait que depuis quelques semaines, Ginny ne manquait pas une occasion pour faire savoir à son frère qu'elle n'approuvait pas du tout son choix de petite-amie. Et visiblement, Ron n'appréciait pas que sa sœur se mêle ainsi de sa vie sentimentale, ce qu'Hermione pouvait très bien comprendre (même si le soutien de Ginny lui faisait plaisir plus qu'elle n'oserait bien le reconnaitre). Il semblait qu'après que Ron ai critiqué à peu près tous les petits-amis que sa sœur avait pu fréquenter avant Harry, celle-ci prenait un malin plaisir à lui rendre la monnaie de sa pièce. Malheureusement, ce n'était pas ce qu'il y avait de mieux pour entretenir une ambiance chaleureuse.
Dix minutes seulement après le départ prématuré de Ron, Mme Pomfresh sortit de son bureau pour vérifier que sa malade était prête à dormir et fut épouvantée de trouver Harry et Ginny à son chevet à une heure si tardive. Après les avoir chassé de son infirmerie à grands coups de réprimandes, elle était rentrée dans ses appartements en maugréant contre ces élèves bien portants qui n'avaient aucune idée de la fatigue qu'ils pouvaient causer à ses malades.

Enfin seule. Pour la première fois depuis qu'elle était prisonnière de ce lit, Hermione fut soulagée que les visites soient terminées. Cette journée l'avait épuisée, et, pour couronner le tout, elle n'avait même pas pris son repas, ayant l'estomac trop noué pour avaler quoi que ce soit de solide. Malgré ses mésaventures, elle avait la quasi-certitude qu'elle sombrerait dans le sommeil dès qu'elle poserait la tête sur l'oreiller.
Tandis qu'elle joignait l'acte à la pensée, le bruit distinctif de la porte de l'infirmerie la figea dans son mouvement. Persuadée de voir revenir Harry ou Ginny, elle sentie son estomac descendre d'un étage à la vue de Malefoy, qui venait sûrement chercher ses affaires pour retourner dans sa chambre attitrée.

Il ne lui jeta pas un seul regard lorsqu'il traversa la pièce et ne le fit pas plus pendant qu'il fourrait ses livres dans son sac. Il quittait donc l'infirmerie un jour plus tôt que prévu, ce qui n'était pas pour déplaire à Hermione, loin de là. Pendant cinq bonnes minutes, Malefoy poursuivit son rangement dans un silence de mort en lui tournant ostensiblement le dos.

_ Tu te crois plus maligne que tout le monde, hein ?

Il avait dit cela d'une voix trainante, tout en mettant son manuel de potions dans son sac. Puis, il tourna la tête vers elle, avec une expression de mépris sur le visage.

_ Il a fallu que tu racontes tout, poursuivit-il, en proie à une colère froide. J'étais assez grand pour aller voir McGonagall tout seul mais il a fallu que Miss Je-fais-tout-mieux-que-tout-le-monde s'en mêle. Elle a cru que j'allais tout révéler aux Mangemorts à cause de toi !
_ Et qu'est-ce que j'en savais moi que, justement, tu n'allais pas tout répéter ! se défendit Hermione. J'ai préféré tout dire pour éviter ce risque, et je m'en contrefiche que ça ne te plaise pas. Tu n'es pas connu pour ta loyauté, alors permets-moi d'avoir douté.

Une grimace apparue sur le visage de Malefoy. Il savait qu'elle avait raison et c'est justement pour ça qu'il devait sûrement faire un énorme travail sur lui-même pour se retenir de la réduire en miettes.

_ Tu veux peut-être que je m'excuse Malefoy ? Je te rappelle que c'est toi qui a versé du Veritaserum dans mes médicaments et qui m'a menacé avec ta baguette.

_ Estime toi heureuse, j'avais d'abord pensé au sortilège Doloris mais ça m'aurait causé plus d'ennuis, répondit-il avec un sourire mauvais.

Hermione leva les yeux au ciel et réprima un léger sourire amusé. Comme si Malefoy était capable de lui lancer un sortilège impardonnable… Il n'avait même pas pensé à la soumettre au sortilège de l'Imperium qui lui aurait sans aucun doute permis d'obtenir les informations qu'il cherchait beaucoup plus rapidement qu'avec le Veritaserum.

_ Admets que je vais te manquer, Granger, poursuivit-il en mettant son sac l'épaule. Tu ne dois pas avoir beaucoup l'habitude que quelqu'un s'intéresse à ta petite vie misérable, même si ça n'était que du cinéma.
_ Oh alors, c'est ce que c'était l'autre soir… du cinéma ?

Elle l'avait fixé sans ciller en disant cela et elle sut au regard pénétrant qu'il lui lança et à celui, fuyant, qui suivit, qu'il avait exactement compris à quoi elle faisait référence. Etait-il si imbu de lui-même qu'il avait pu croire qu'elle se laisserait amadouer par un baiser de la part du grand Drago Malefoy ? Elle lui aurait plutôt bien volontiers retourné une bonne gifle.

_ Tu croyais que j'étais assez naïve pour ne pas voir que ça ne collait pas du tout avec ta mesquinerie habituelle et ta sainte horreur des Sang-de-Bourbe ?
_ J'ai dépassé le stade des Sang-de-Bourbe depuis quelques temps, dit-il d'une voix sans timbre avant de poursuivre avec un rictus méprisant sur le visage. C'est juste toi que je peux toujours pas sentir. Et arrête de faire comme si tu savais tout sur tout, tu es loin d'être aussi clairvoyante que tu le dis, visiblement.

Hermione lui lança un regard d'incompréhension totale, lui montrant qu'elle ne voyait pas du tout où il voulait en venir et l'incitant ainsi à développer.

_ Rien, laisse tomber, grommela-t-il en mettant sa baguette la poche arrière de son jean dans un mouvement de mauvaise humeur. En tout cas, j'espère que tu as bien profité de ma sympathie parce que je crains que tu ne la regrette.
_ Oh, tu n'as aucune crainte à avoir, je ne regretterais jamais rien te concernant, répondit Hermione d'une voix lasse.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Malefoy s'était approché ostensiblement de la table de chevet d'Hermione et s'était emparé de son devoir de Métarmophoses en partie achevé.

_ Repose ça, Malefoy !
_ Non, répondit-il avec un petit sourire malveillant. Ca me sera très utile, je n'ai pas encore eu le temps de le faire. J'ai été très occupé aujourd'hui, comme tu as pu le voir.
_ Reviens ! Rends-moi ça ! vociféra Hermione en le voyant se diriger vers la porte de l'infirmerie.
_ Je serais curieux de savoir comment tu vas faire pour le récupérer, tu comptes me courir après dans le couloir ? dit-il en réprimant un sourire avant de refermer la porte derrière lui.
_ C'est ça, va-t-en ! cria-t-elle inutilement à la porte, désormais close.

Hermione se retrouva à nouveau seule dans l'infirmerie. Mais maintenant, elle n'avait plus du tout sommeil. Elle avait passé la matinée à travailler sur son devoir et voilà qu'elle devait tout recommencer. Le pire, dans tout ça, c'est qu'elle n'avait même pas l'envie de s'en plaindre à un professeur. A quoi bon ?
La seule chose qui lui mettait du baume au cœur est qu'elle n'aurait plus à être confrontée à lui tous les jours, ce qui contribuerait à coup sur à faire remonter sensiblement son moral.

Pour certaines personnes, Malefoy était un ancien mangemort en puissance. Pour elle, c'était juste quelqu'un qui avait suivi la route déjà toute tracée pour lui par un père opportuniste et sectaire, qui croyait d'abord et avant tout en cette stupide idée de supériorité des sangs purs. Un enfant élevé dans ce contexte ne pouvait que devenir un adulte détestable.
C'est sur cette constatation qu'Hermione s'endormit ce soir-là, à mille lieues d'imaginer que, le lendemain de la soirée de Noël, c'est elle qui se sentirait détestable.


_ Voila la grande miraculée ! s'exclama Ginny, tout sourire en écartant les bras pour étreindre Hermione qui venait de pénétrer dans la salle commune de Gryffondor, claudiquant sous le poids de son sac.
_ Et pile à temps pour la soirée de Noël, ajouta Harry avec un clin d'œil complice pour Hermione dont il savait qu'elle aurait sûrement préféré rester un jour de plus alitée plutôt que de devoir s'y rendre.

Trois semaines après son accident avec la Tentacula vénéneuse et donc la veille des vacances de Noël, Hermione était enfin libre de quitter l'infirmerie. Elle avait récupéré l'usage complet de tous ses membres depuis quatre jours et Mme Pomfresh avait jugé bon de la laisser sortir.
La veille, à sa grande horreur, Cormac McLaggen était venu lui rendre visite. Elle avait alors du supporter un monologue d'une heure sur les meilleures tactiques de Quidditch et avait intérieurement remercié Mme Pomfresh de le mettre dehors à l'heure de la prise de ses médicaments.

Elle avait donc quitté l'infirmerie ce matin, jour de la soirée de Noël, après la kyrielle de recommandations et avertissements sur la « fragilité » de son état. Hermione, elle, ne se sentait pas du tout fragile et redécouvrait le plaisir de se mouvoir à sa guise.
Elle passa toute la matinée dans la salle commune accompagnée d'Harry, Ron et Ginny qui, d'ailleurs, entretenaient des relations beaucoup plus détendues depuis que Ginny s'était excusée auprès de son frère.
Le professeur McGonagall avait exempté de cours tous les élèves pour cette dernière journée du trimestre afin que la soirée puisse avoir lieu avant les vacances pendant lesquelles seulement de rares élèves restaient à Poudlard pendant que les autres fêtaient Noël dans leur famille.

Les mains tendues devant la cheminée, Hermione écouta Harry et Ron se remémorer la tenue de soirée immonde que ce dernier avait été contraint de porter au bal de Noël lors de leur quatrième année.
Et c'est dans cette même ambiance d'hilarité qu'ils descendirent prendre leur repas dans la Grande Salle. Tout le château avait été décoré pour les fêtes et une bonne odeur de sapin flottait dans l'air, ajoutant un peu plus à l'ambiance festive qui emplissait les couloirs.

Alors qu'Hermione prenait place à la table des Gryffondor, elle vit un jeune homme lui faire un signe de la main à la table des Serdaigle. C'était Anthony Goldstein, son partenaire de soirée choisi par Ginny. Il paraissait ravi de la voir et arborait son habituel sourire joyeux. Même si Hermione aurait préféré se rendre à la soirée avec Harry et Ginny pour seule compagnie, voir même ne pas y aller du tout tant qu'à faire, elle ne pouvait pas nier que son accompagnateur n'était pas le plus désagréable qui soit.

_ Hermione, je crois qu'il veut te parler, lui souffla Ginny en lui faisant signe de se lever.

Elle s'exécuta donc et lorsque Anthony la vit se diriger vers lui, il se leva également, venant à sa rencontre, tout sourire.

_ Euh… salut, lui dit-elle un peu embarrassée.
_ Salut, lui répondit Anthony avec un sourire timide avant de poursuivre d'un ton plus assuré. Alors comme ça, on va à la soirée ensemble, ça va être sympa. Enfin…on y va toujours ensemble, hein ?
_ Oui, oui, s'empressa de répondre Hermione en lui souriant. J'espère que ça ne t'a pas paru bizarre que Ginny vienne te voir alors que moi j'étais…
_ Non pas du tout, pas du tout, la coupa Anthony avec douceur. A vrai dire, j'ai trouvé ça très gentil de sa part. Et puis, je suis vraiment content d'y aller avec toi…

Hermione se sentit rougir jusqu'à la racine de ses cheveux. Il sembla le remarquer car ses joues rosirent également.

_ Oh, euh, c'est gentil, le remercia Hermione. J'espère que je serais de bonne compagnie, tu sais, ce genre de soirées ce n'est pas trop mon truc…
_ Je sais, Ginny m'a prévenu, la rassura Anthony avec un petit sourire en coin. Ne t'en fais pas, je suis comme toi et puis, on pourra rester avec tes amis si tu le souhaites.

Trouvant cette dernière proposition absolument prévenante et adorable, Hermione se dit que, peut-être, la soirée n'allait pas être aussi invivable qu'elle l'imaginait.
Après lui avoir informé qu'il l'attendrait devant l'entrée de la Grande Salle à dix-neuf heures, il retourna s'asseoir auprès de son ami Michael Corner qui ne cessait de lui lancer des clins d'œil lourds de sens qu'il fit cesser en lui assénant un coup d'épaule amical.
Lorsque Hermione revint elle-même à sa place, elle sentit le regard avide de Ginny se poser sur elle et celui, amusé de Harry se reporter sur le contenu de son assiette. Ron, lui, semblait légèrement contrarié et Hermione décida d'ignorer sa mauvaise humeur, sachant qu'il ne valait mieux pas essayer de creuser la raison de ce changement si soudain.
En fait, elle savait parfaitement que Ron avait toujours été d'une jalousie maladive et que, même s'il était avec Padma Patil, il vivrait difficilement, du moins au début, de voir Hermione avec un autre garçon que lui.

Le repas se termina néanmoins dans une relative bonne ambiance, ponctué par les blagues de Seamus Finnigan qui parvinrent même à dérider Ron et à lui faire oublier sa petite contrariété passagère.
Alors que tout le monde quittait la Grande Salle dans un brouhaha surexcité, Ginny eut la bonne idée de proposer un tournoi de bataille explosive. C'est ainsi que, pendant une bonne heure, elle affronta tour à tour Ginny, Neville, Harry, Ron et Dean et perdit finalement contre Seamus au dernier tour.
La salle commune était bondée en cet après-midi de veille de vacances et tous les élèves semblaient très excités à propos de la soirée qui devait se dérouler le soir même.
C'est lorsque Hermione jeta un coup d'œil à sa montre qu'elle réalisa qu'il était déjà presque quinze heures et qu'elle devait aller aider les professeurs à décorer la Grande Salle.

Elle laissa alors ses amis autour de la cheminée, en leur promettant de les retrouver plus tard. Elle ne le savait pas encore, mais cette soirée promettait d'être inattendue.