Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Josan.

Bill fut réveillé par le bruit de quelqu'un qui traversait la maison en trombe. Et sortait. Alors que la porte se refermait dans un claquement, il attrapa ses robes en vitesse, baguette à la main. Il arriva sous le porche juste à temps pour voir une ombre se ruer dans la tombe du Sorcier de Cour.

« Merde ! Mais qu'est-ce que… »

Bill courut jusqu'à la tombe, ne ralentissant que pour y entrer avec prudence. Il n'y avait pas de lumière du tout. Quiconque était entré avant lui – et ce ne pouvait être que Severus – attendait en silence dans le noir.

« Luminox. »

A la lueur du bout de sa baguette, Bill progressa lentement à travers les chambres, jusqu'à atteindre la troisième. Là, il trouva Severus, le torse contre le cercueil de pierre, chuchotant des mots que Bill ne comprenait pas.

Bill regarda autour de lui. Le chat était là, bien sûr. Assis près de la tête de Severus, ses yeux luisaient sous l'éclairage de la baguette de Bill.

Alors qu'il approchait, Djen se leva, faisant le gros dos, les poils dressés tout le long de sa colonne vertébrale et de sa queue. Bill s'arrêta, à une main de distance du visage de Severus pressé contre le cercueil. Il psalmodiait désespérément.

« Severus. »

Le chat arrondit le dos plus haut encore, siffla, ses pattes bondissant presque – il était maintenant quasiment monté sur Severus. Bill ne douta pas un instant que Djen l'attaquerait s'il essayait d'approcher plus près.

Il essaya encore, d'une voix douce mais pourtant ferme. « Severus. »

« Ils vont le tuer. »

Bill fut soufflé par le déchirement et l'affliction qu'il y avait dans la voix de Severus.

« Il faut que je trouve un moyen de prévenir Nawfal. Il saura ce qu'il y a à faire. Mais seulement si j'arrive à le contacter à temps. »

Bill s'humecta les lèvres. Il posa les yeux sur le chat qui le regardait avec colère. Zut.

« Comment est-ce que tu entres en contact d'habitude ? » demanda-t-il tristement.

Severus tourna la tête, la joue appuyée contre le bloc de pierre froid. « A travers Djen. Mais je ne sais pas pourquoi, ça ne marche pas. Je n'arrive pas à les trouver, ni l'un ni l'autre. Pourtant il le faut ! »

Le cœur de Bill se serra en entendant le ton urgent de Severus. Difficile d'ignorer le soupçon d'hystérie.

« Peut-être que c'est parce que le chat peut ressentir ta peur. » De toute évidence, Djen tenait sa part du marché, mais dans leur ignorance bien intentionnée, ils n'avaient pas vraiment pris en compte le profond attachement de Severus pour ces deux sorciers d'il y avait si longtemps. « Essaie de te calmer, peut-être que ça pourra marcher. »

« J'ai essayé. Rien ne fonctionne. »

Djen, le chat comme le sorcier, semblait partager le désespoir de Severus. Il baissa le dos et, sans pour autant jamais quitter Bill du regard, il se mit à donner de petits coups de tête à la tête de Severus.

Bill admit sa défaite. Peut-être qu'il existait un moyen de faire ça plus progressivement, au lieu d'être aussi brutal. Juste parce que ça avait fonctionné pour son autre sevrage, ça ne signifiait pas qu'ils devaient être cruels à ce point une fois encore. « Il y a peut-être un moyen. » Bill chercha autour de lui et trouva une des petites torches dont ils s'étaient servis. Il l'alluma d'un sort, et il y eut un peu plus de lumière. Plus douce que celle provenant de sa baguette.

Djen le regarda, l'air surpris, puis, comprenant la situation, lui fit un signe de la tête.

« Severus. » Bill gardait un ton calme. « Severus, » dit-il à nouveau, et il attendit que l'homme ait relevé la tête pour le regarder. Il désigna le cercueil. « Monte là-dessus, et vois si tu peux prendre le chat sur tes genoux. Ferme les yeux, et caresse-le comme tu le fais habituellement. »

Et quand l'homme et le chat furent immobiles, et apparemment calmes, Bill utilisa un vieux sort qu'il avait appris des années auparavant, et qui les envoya tous les deux dans une transe.

&&&&&

La résidence était sens dessus dessous. Les serviteurs et les esclaves couraient dans tous les sens, emportant ce qu'ils pouvaient, quittant l'enclave aussi rapidement qu'ils le pouvaient.

Dans la pièce principale de la maison, Severus trouva Waqqas assis à la place de Djen, un gobelet de vin à la main, et affichant un sourire de triomphe.

« Tu arrives juste à temps, » croassa-t-il. « Les soldats du Grand Prêtre reviennent pour arrêter le Sorcier de Cour qui n'est plus si puissant. Pharaon a finalement vu la lumière et compris que seuls les nôtres sont dignes d'être ses Sorciers. »

« Où sont-ils ? » Severus était fier que sa voix ne trahisse pas sa peur. Comme il lui fallait peu de temps pour se glisser dans la peau de celui qui avait fait face à Voldemort !

« Je les ai fait enfermer dans le laboratoire. Pas qu'il y ait quoi que ce soit là-bas qui puisse leur être d'une quelconque utilité. Ils ont tout déménagé. Je ne sais pas où. Ils ont probablement vu qu'ils perdaient de leur influence et ils se sont dit… » Il but une gorgée. « Peu importe. L'un des deux finira bien par nous l'avouer avant que nous ne le laissions mourir. »

Il ricana. « Je me suis dit que c'était une idée amusante de les enfermer dans l'endroit même où ils se croyaient au dessus des Prêtres de Pharaon. Ils subiront le châtiment qu'ils méritent, pour s'être pris pour des dieux. » Il gloussait joyeusement en buvant son vin. « On m'a accordé la vie de l'ignoble assistant, je pourrai faire de lui tout ce que je veux. »

Severus tourna les talons comme pour sortir.

« Oh, ne t'en vas pas. Tu ne veux pas manquer la fête. J'ai été nommé Sorcier de Cour. »

Severus accueillit la nouvelle d'un air impassible. Sans prévenir, il leva une main et rassembla en lui toute sa colère, et tous ses pouvoirs. Il ne savait pas du tout si ça allait marcher : les Sortilèges Impardonnables n'avaient pas encore été inventés. « Endoloris ! »

Et il quitta la pièce au son des hurlements de Waqqas.

Il n'eut aucune difficulté avec ceux qui gardaient les prisonniers. Il les laissa inconscients.

« Maître Severus ! »

Nawfal était pâle mais calme. Djen était étendu sur une table ; il était évident qu'il avait été battu. Il sourit à Severus malgré ses lèvres gonflées. « Bienvenue. »

« Il faut qu'on vous sorte d'ici. Tous les deux. Les soldats vont arriver. »

« Et où est-ce que nous irions, mon Severus ? »

« N'importe où sauf ici, j'imagine. »

Nawfal eut un sourire triste. « Malheureusement, il n'y a nulle part où nous puissions aller. Il faudrait que nous échappions aux soldats, et le Grand Prêtre s'assurerait qu'ils meurent lentement si nous y parvenions. Ils ne nous laisseront pas passer, Maître Severus. »

« Pourtant, » ajouta Djen, « nous ne pouvons pas te suivre hors de notre époque. Et nos morts vont procurer bien trop de divertissements aux Grands Prêtres. »

Severus rassembla ses forces. « Il y a une chance. Une chance d'accomplir ce que nous avons découvert à mon époque. Mais seulement pour l'un de vous deux. »

Nawfal haussa les épaules. « Dans ce cas ce doit être Djen. »

Avant que Djen ne puisse même émettre une protestation, Nawfal se retourna et laissa toute la mesure de son pouvoir s'exprimer. Severus resta là, à écouter en silence l'incantation, regardant le corps mince de son ami se transformer lentement en celui d'un chat. Un chat qu'il connaissait bien.

« Est-ce que la potion de sommeil va fonctionner ? »

Severus trouva la force de sourire au paysan qui était en train de prouver qu'il était bien plus noble que Waqqas. Il hocha la tête. « Elle a fonctionné à merveille, Maître Nawfal. » Il désigna ensuite le chat qui nettoyait le sang de son visage. « Il n'aura jamais su combien tu étais puissant. »

« Il m'aurait forcé à le quitter. Je ne pouvais pas. »

Nawfal trouva la petite jarre de potion qu'il avait cachée bien des semaines auparavant.

« Et tu savais que ça allait arriver. »

Il haussa les épaules. « Ce n'était pas difficile à deviner. Waqqas et sa femme sont ambitieux, et se sont fixé des objectifs très hauts. Les Prêtres ne sont pas friands de ceux qui ont des pouvoirs sans être de leur rang. Nous autres paysans, nous avons tendance à nous préparer au pire. »

« Nawfal… »

Le Sorcier, qui était en train de verser la potion dans une soucoupe moins ébréchée que les autres pour offrir le breuvage au chat, leva la tête.

« Je ne peux pas te sauver. Ta tombe a été retrouvée à côté de la sienne. Si ça peut te consoler, celle de Waqqas est à côté. Et elle est plus petite. »

Nawfal sourit. « Ce n'est pas un problème, Severus, mon ami. Je te remercie de t'en être inquiété. Je le retrouverai dans la prochaine vie. »

Severus regarda le chat s'endormir. Seul Djen avait su de combien de temps dans l'avenir il venait. Il ne put trouver le courage de dire à Nawfal qu'il ne reverrait pas son amant avant des milliers d'années.

« Je peux te procurer le même sommeil. »

Nawfal secoua la tête. « La potion a besoin d'être renforcée par des sortilèges. Il n'y a que moi qui puisse faire ça. Si nous pouvions arriver au tombeau que nous avons préparé… nous avons choisi les collines derrière la maison principale. Nous y avons tout déménagé quand il est devenu évident que les Grands Prêtres allaient gagner cette bataille. »

Et soudain, c'est là qu'ils furent. Dans le tombeau si familier à Severus. La torche dans ses mains créait des ombres sur les jarres d'ingrédients communs de la deuxième chambre, de potions de la troisième. Sur le cercueil de pierre.

Nawfal installa le chat dans le cercueil et, se penchant, déposa un baiser sur la tête de son amant. Avec l'aide de Severus, il déplaça le bloc plat de côté, enfermant Djen pour les cinq mille ans à venir.

Severus resta aux côtés de Nawfal le temps que celui-ci récite les derniers sortilèges et qu'il mette en place les mauvais sorts et les protections magiques que Bill désarmerait un jour. Nawfal n'entendit pas les sons provenant de l'extérieur, mais Severus si.

Echevelé, le visage déformé par la douleur, Waqqas apparut soudain à l'entrée, les soldats sur ses talons.

« Trop tard, » lança Severus, prenant mentalement note du fait que le Doloris ne durait pas très longtemps à cette époque, sans l'effet de concentration qu'apportait une baguette. Mais il avait duré suffisamment longtemps. Il leva une main pour le lancer à nouveau. Avant qu'il ne le puisse, cependant, Waqqas dirigea sa crosse de Prêtre et hurla un de ses sorts. Il toucha Nawfal, qui s'effondra au sol, inconscient. Severus se précipita vers lui, mais le nouveau Sorcier de Cour démontra qu'il possédait quand même quelques talents. Severus parvint tout juste à se baisser, esquivant le sort qui venait droit sur lui. Il se laissa tomber à côté du corps de Nawfal comme s'il avait été touché.

Waqqas approcha, postillonnant sur les deux sorciers étendus, « Vous venez simplement de gagner le droit de mourir plus lentement. »

Et Severus leva la main et lança de nouveau un Doloris. Alors que le sorcier s'écroulait, Severus essaya de relever Nawfal. L'homme saignait par la bouche et les yeux.

En voyant le nouveau Sorcier de Cour au sol, les soldats décidèrent de battre en retraite hors de la tombe, recherchant la sécurité des ombres nocturnes.

Severus les ignora. Il parvint à remettre Nawfal sur pied, et à lui faire plus ou moins regagner conscience. Après un rapide examen, il sut qu'il ne pourrait rien faire pour lui : il était mourant. Severus les fit sortir de la tombe de Djen, sa main levée suffisant à tenir en respect les soldats qui avaient vu ce dont il était capable. Ils le suivirent néanmoins à une distance prudente.

Severus n'eut pas de mal à trouver le second tombeau qui avait déjà été préparé pour son occupant. Alors qu'il étendait Nawfal dans son cercueil, celui-ci trouva la force de lui sourire. « Merci, mon ami. »

Et il mourut.

Severus essaya de se souvenir de la prière des morts égyptienne, et finit par offrir une prière de sa propre époque. Si ça avait été assez bien pour Dumbledore, ce serait assez bien pour son ami. Il se souvenait mieux des mauvais sorts et des barrières de protection. Il eut tout juste le temps de les terminer avant qu'un homme qu'il n'avait jamais vu auparavant ne fasse son apparition à l'entrée de la tombe.

« Un autre des esprits maléfiques de Djen, » lança l'homme d'une voix sourde. « On va voir si tu es vraiment aussi puissant que ça quand tu es en face d'un véritable sorcier, d'un disciple de Wepwawet ! »

Severus resta planté là, immobile. Il pouvait affronter cet homme. De toute évidence, c'était l'un des Prêtres qui avaient arrangé la chute de ses amis. Mais est-ce qu'il le voulait ? Au nom de quoi est-ce qu'il se battrait ? Ses amis, les premiers véritables amis qu'il ait eus depuis ses jours d'élève à Poudlard, n'étaient plus. Il pouvait affronter le Prêtre et retourner à son époque. Mais vers quoi ? Ce qu'il avait connu avec Nawfal et Djen, jamais il ne le retrouverait. S'il mourait à cette époque, est-ce qu'au moins il ne pourrait pas retrouver Nawfal dans l'au-delà ? Ensemble, ils pourraient attendre Djen.

« SEVERUS ! »

La voix le fit sursauter. Il regarda autour de lui et, dans les ombres, derrière le Prêtre, il put distinguer une silhouette fantomatique. Un homme avec une longue tresse de cheveux roux et dont le visage essayait désespérément de capter son attention.

« Severus. Reviens. Maintenant. »

Severus secoua doucement la tête. « Pourquoi ? Je n'ai rien vers quoi revenir. Rien ni personne. Ici, j'ai connu l'acceptation et l'amitié. Qu'est-ce qu'il y a pour moi à ton époque ? »

« Bon sang, Severus. Tu as des amis ici ! Tu m'as moi. Et tu as Ashkentag et Gorkopol. Fet. Même Barir et Klopstok. Et tu es accepté. Si seulement tu voulais bien le voir… » Bill tendit la main. « Severus. Ce n'est pas ton époque. Tu as une vie à vivre. Des amis qui t'attendent. Même si tu n'as rien à faire d'eux. Je t'en prie, reviens. »

Le Prêtre leva sa crosse, et une gerbe de feu en sortit.