Au terme d'un voyage sans incident notable, les hobbits arrivèrent finalement en vue de la cité blanche. Visualisant de loin le panorama, Primula remarqua cependant d'emblée que de nombreux embellissements avait été effectué depuis sa dernière visite, alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille. Puis le véhicule franchit enfin les portes de la ville pour se diriger vers la ville haute ou le roi et sa famille attendaient les visiteurs. Chemin faisant, les hobbits se délectaient de l'affairement qui régnait dans les rues, assez proche finalement de ce qu'on pouvait voir dans la Comté. Au passage, Primula avisa la vitrine d'un magasin de jouets particulièrement magnifique et se promit intérieurement de s'y rendre au plus vite afin d'honorer la promesse faite à sa petite sœur. A mesure que la voiture se rapprochait de la demeure royale, Elanore, quant à elle, se sentait devenir de plus en plus fébrile. N'y tenant plus, elle finit par s'écrier :
« Oh, il me tarde d'être à ce soir et d'étrenner l'une des robes de Tante Lily ! Pas toi, Primmie ? »
« Hum ? fit Primula, troublée dans sa rêverie. Oui, oui, peut-être. Je suppose qu'il faut rendre grâce à tout le travail que Maman s'est donné pour nous en plus de sa collection. Mais je t'avouerai qu'exhiber mes toilettes n'est pas ce qui me soucie le plus ; je suis pressée de revoir Eladiel. Elle m'a beaucoup manqué, et nous avons pas mal de choses à échanger. »
Mais Elanore ne semblait pas faire grand cas des considérations de sa cousine car elle poursuivit dans son idée :
« Crois-tu que nous serons admirées, Primula ?
« Admirées ? s'exclama Primula sans pouvoir se retenir de rire, tant la remarque de sa cousine lui semblait incongrue, mais par qui ? »
« Allons, Primmie, ne te fais pas plus naïve que tu ne l'es ! »
« Si tu parles d'éventuels prétendants, reprit Primula, je crains fort que tu ne sois déçue. Il n'y a pas de hobbit en Gondor, seulement des hommes. »
« Et alors ? »
« Et alors les hommes ne s'intéressent pas aux hobbites. Tout au plus nous considèrera-t-on comme de jolies petites filles…ou des elfes miniatures, à cause de nos oreilles. Mais pas comme des épouses potentielles, si c'est ça que tu insinues, ça non. »
« Mon Dieu, ce que tu peux être rétrograde, Primula ! Se lamenta Elanore ! Et obtuse ! Pourtant l'oncle Frodon et le vieux Bilbon avaient des amis non hobbits, bien avant la guerre. »
« Certes, répliqua froidement Primula, pourtant ma mère n'est ni une elfe, ni une humaine. »
Puis, Primula ajouta avec un brin d'ironie :
« Mais si tu veux un prétendant enflammé, tu n'as qu'à sonner Fastred, il n'attend que ça. Je suis, je l'avoue, moins douée que toi dans l'art du badinage, mais je pense qu'il est assez mûr pour que tu cesses la comédie de l'indifférence. »
Face à cette remarque, Elanore ne sut que répondre, d'autant que Sam et Rosie n'avaient pu se retenir de rire devant la réflexion de leur nièce. Pour couper court à la discussion, Sam fit remarquer à ces dames qu'on arrivait enfin à destination. La voiture s'arrêta bientôt à proximité de la cour pavée et Sam fit galamment descendre de voiture son épouse, sa fille et sa nièce. Aussitôt, plusieurs serviteurs en livrée aux armes du Gondor vinrent prendre les malles des voyageurs pour les porter dans leurs appartements et Sam fit signe à sa famille de le suivre pour aller saluer le roi, la reine et les princesses qui déjà venaient à leur rencontre, ainsi que le prince Eldarion, alors en permission.
Aragorn s'avança le premier en direction de Sam et dit :
« Maître Gamegie, votre venue me remplit de joie, ainsi que la présence des vôtres. Quel dommage que Frodon ne soit pas là ! Serait-il souffrant ? »
« Non, Sire, répondit gracieusement Rosie, mais Lily doit présenter sa collection dans peu de temps, et il n'a pas voulu venir seul. »
« Votre belle sœur est une heureuse épouse, Rosie, d'avoir un mari aussi prévenant, intervint la reine Arwen. »
« Oui, ils sont très mignons tous les deux, approuva Sam, nostalgique en pensant à sa sœur et à son cher Frodon resté en Comté. Mais, je manque à tous mes devoirs ! Sire, vous vous souvenez de ma fille, Elanore ? »
« Bien sur, répondit Aragorn en s'inclinant respectueusement devant la jeune fille dont les joues avaient rosi, elle a gardé les magnifiques cheveux blonds de son enfance ! »
« Et voici ma nièce, Primula, la fille ainée de Frodon, ajouta Sam en désignant la jeune fille brune. »
« Sans que vous me le disiez, je l'aurais tout de suite reconnue. Car elle est le prolongement féminin de son père. Nuls autres que Frodon et cette demoiselle n'ont d'yeux bleus aussi remarquables ! »
« Vous me flattez, Sire, répondit Primula dans une impeccable révérence. »
« Point du tout, Demoiselle, répliqua le roi fort galamment. »
Soudain, Primula avisa la princesse Eladiel qui se tenait en retrait, dans toute la dignité requise par son rang. Toutefois, une lumière dans les yeux de la jeune fille indiquait qu'elle était impatiente de pouvoir deviser librement avec son amie. Plus spontanée et moins prisonnière de l'étiquette que la princesse, Primula prit la liberté de courir au devant d'elle, avec toute la gaieté et la vivacité d'une enfant :
« Eladiel ! Je suis tellement heureuse de te revoir ! Ça faisait si longtemps ! »
N'y tenant plus, la princesse prit son amie dans ses bras, comme elle l'aurait fait avec un enfant et l'embrassa affectueusement sur les deux joues.
« Toi aussi, Primmie, tu m'as beaucoup manqué ! Nous avons tant de choses à nous raconter, je suis sûre ! »
Face à ces retrouvailles, la famille royale et les Gamegie se firent discrets, émus par la joie des deux jeunes filles. Au bout de quelques instants, Eldarion s'avança vers Primula et dit :
« Bonjour, Primmie, je suis content de te voir ! »
« Tu as bien grandi, dis-moi ! »
« Hé, hé, comme tu vois, fit le jeune ranger avec bonne humeur. »
« As-tu toujours tes soldats de plombs ? Je me rappelle, ils faisaient la joie de mes frères ! »
« Oui, mais ça fait bien longtemps que je ne joue plus avec ! J'ai de vraies armes, maintenant, tu sais ! »
« Mes frères seraient bien capables de s'en amuser, eux, fit Primmie dans un sourire. Mais…mais ça me fait penser….Eladiel, as-tu un moment de libre à m'accorder ? »
« Ma foi, oui, répondit la jeune princesse. »
« Dans ce cas, serais-tu d'accord pour venir m'aider à choisir une poupée pour ma petite sœur ? C'est très important. »
« J'en serais ravie, si le roi mon père m'y autorise. Nous choisirons la plus jolie poupée qui soit pour Orchidée ! »
