A peine Harry fut-il sorti de la salle de classe qu'il se fit littéralement agresser par Ron et Hermione, qui lui reprochèrent d'avoir triché et de leur avoir fait perdre des points. Bizarrement, ça ne lui plus pas…
-Ah oui ? Pourtant il me semble que, contrairement vous deux, j'en ai aussi gagné, il me semble ! Mais dis-moi Ron, si j'ai triché, toi qui était juste à côté de moi, pourquoi ta potion contre les furoncles était-elle bleu vif au lieu de rose fuchsia ? Pourtant, tu passais ton temps à me regarder n'est ce pas ? Et quant à toi Hermione, tu es juste jalouse parce que j'ai travaillé plus vite que toi sur cette potion et que j'ai su en faire une autre de haut niveau ! Tu aimerais être la plus intelligente de l'école, ou au moins, des premières années, mais dans ce cas, pourquoi n'as-tu pas répondu à la dernière question de Snape, hein ?
Et il en avait encore à revendre ! Ce n'était que le début de l'année et il les trouvais déjà insupportables, tous les deux ! Ils étaient à côté de lui, ils avaient vu qu'il n'avait pas de livre avec lui, et les tables étaient sans casier, donc il ne pouvait rien cacher !
Le visage de Ron vira progressivement au rouge, pendant que Hermione semblait prête à répliquer d'un ton outré, lorsque Draco lui tapota l'épaule, encadré de ses amis de Serpentard.
-Harry, je peux te parler ? Demanda le blond.
-Qu'est ce que tu veux, Malefoy !? S'exclama Ron, qui sembla penser qu'il avait trouvé une meilleure cible.
-Que tu la boucle, Weasley, répondit Draco d'un air dédaigneux.
-Laisse tomber, je te suis, répondit Harry.
Il se détourna et ignora les Gryffondor. Le Serpentard et ses amis le menèrent jusqu'à une salle de classe vide. Il se doutait de ce dont ils voulaient parler, et ça l'énervait d'avance, mais il ne pouvait pas refuser cela à ses amis…
-Comment as-tu fait ça !? Demanda aussitôt Draco d'un air abasourdi.
Harry soupira.
-Je ne sais pas, Dray !
Draco haussa un sourcil devant le surnom, mais ne dit rien, le laissant continuer. Il était visiblement énervé par la belette et le castor et il avait du entendre Pansy ou Blaise l'appeler ainsi.
-Je te l'ai déjà dit, je m'ennuie en cours parce que j'ai l'impression de tout connaître ! Rien qu'avec ce château ! Tout le monde se perd Draco, moi jamais !
-C'est vrai que tu es toujours le premier devant la salle de cours, remarqua Pansy d'un ton pensif.
-J'ai entendu les lionceaux dire que tu avais même battu Granger en métamorphose, renchérit Blaise…
Harry leva les bras au ciel, impuissant.
-Je ne sais pas comment je fais ! Je ne sais pas pourquoi ! Je suis aussi perdu que vous ! Et même plus, d'ailleurs ! Merlin, i peine un mois, je vivais dans un placard à balais ! Mes moldus me traitaient comme un esclave, je devais préparer leurs repas, faire le ménage, la jardinage, le bricolage, la lessive ! Et pour tout paiement, je n'avais qu'un bout de pain moisi et une correction de temps en temps ! Et encore, si j'avais eu plus de pain que de coups, ça aurait déjà été mieux ! Mais c'était le passe-temps favori de mon cousin de me taper dessus, et dès que je faisais une bêtise, et quand je dis bêtise, je veux dire quelque chose de mal selon eux, j'étais enfermé dans mon placard, sans rien avoir à manger, ni à boire ! Il a fallu la première lettre de Poudlard pour qu'ils prennent peur et me donnent la plus petite chambre de mon cousin ! Mais ils m'ont empêché de la lire, cette lettre, celle là et toutes les autres, jusqu'à ce que Hagrid finisse par débarquer et leur fiche la trouille de leur vie ! Il m'a donné ma lettre, m'a emmené faire mes courses, et m'a ramené chez eux, et je m'attendais à ce qu'ils me confisquent mes affaires, mais à la place, ils m'ont enfermé avec dans ma chambre, alors j'ai eu le temps de lire mes livres de cours… Mais pour le reste, je ne sais pas !
Les Serpentard le laissèrent parler sans rien dire, et une fois qu'il eût fini, il restèrent silencieux, interdits. Ils avaient du mal à y croire. Potter était le Survivant ! Il ne pouvait pas avoir été maltraité, c'était impossible ! Même par des moldus ignares ! Et par Merlin, comment était-il possible d'avoir de telles facilités dans toutes les matières sans rien faire ?
Harry poussa un soupir en constatant que ses amis ne le croyaient toujours pas. Ce n'était pas plus mal quelque part. D'un côté, il voulait qu'on le croit, qu'on l'aide, pour qu'il n'ai plus jamais à retourner là bas, ce qui était déjà sa hantise alors que l'année ne faisait que commencer, mais d'un autre côté, il ne voulait pas non plus qu'on le plaigne, il n'avait pas besoin de pitié… Et puis une voix le fit sursauter !
Snape s'apprêtait à commencer à noter les échantillons de potions, ratés évidemment, des Gryffondor, lorsqu'il entendit une dispute éclater dans le couloir entre les Gryffons et Potter. De toute évidence, malgré son statut de survivant, Potter n'était pas très aimé dans sa maison. Sauf par Longdubat, que Potter était le seul à accepter de fréquenter…
En entendant Potter répliquer, il se dit qu'il avait raison, même si ça lui aurait écorché la bouche de le dire à voix haute. Mais d'un autre côté, c'était difficile de penser qu'il n'avait pas triché ! Mais comment ? Il n'avait pas pu apprendre par cœur la recette de la Mort Instantanée ! Et même si il l'avait fait, ou l'aurait-il trouvée ? Pétunia n'était certainement pas le genre de personne à se pâmer d'admiration devant son petit neveu sorcier, elle ne lui aurait jamais procuré quoi que ce soit en rapport de près ou de loin avec la Magie, alors comment ?
Et puis il entendit la voix de son filleul et se dit que, selon le cas, il y aurait peut-être des problèmes pour sa pomme ! Se faufilant discrètement jusqu'à sa porte, Snape s'aperçut que le survivant suivait pratiquement toute la classe de Serpentard. Draco n'allait tout de même pas être stupide au point de régler ses comptes d'une façon aussi déséquilibrée et dès la première semaine de cours !? Si ? En les voyant tous entrer dans une salle de classe vide à proximité, il se dit que oui ! Il les suivit silencieusement et se posta derrière la porte. A sa grande surprise, il s'aperçut que Potter et ses serpents semblaient amis ! Et par la barbe de Merlin, qu'est ce que Potter pouvait encore bien raconter comme conneries !
Comme si Albus allait laisser le Survivant être traité ainsi ! Comme si ses moldus allaient le battre et l'affamer à longueur de temps, lui qui devait sans doute être traité comme un petit prince chez lui !
Severus frissonna. Et merde. Il avait mauvaise conscience. Pas que cela soit très nouveau sur certains points, mais les gamins n'en savaient rien et c'était très bien ! Le problème, c'est qu'il ne pouvait s'empêcher de penser que jusqu'ici, le gamin ressemblait plus à sa mère qu'à son père, du moins, pour ce qui n'était pas du physique. Et surtout, il se souvenait de Pétunia, et il se souvenait de son père à lui. Et il savait que le gamin ne mentait pas, au moins pour les lettres…
Et merde. Il devait vérifier. Il entra.
-Est-ce vrai ? Demanda-t-il.
Potter sursauta. Les serpents l'auraient sans doute fait si ils n'avaient pas eu plus de retenue.
-Pardon monsieur, je ne vous avais pas entendu…
Harry vit Snape sortir sa baguette et la pointer sur lui. Instinctivement, il sortit aussitôt la sienne et la pointa sur son professeur de potion, prêt à se battre. Les Serpentard s'écartèrent rapidement, peu désireux de se trouver pris entre deux feux.
Snape le regarda d'un air presque surpris. Si ce que Potter disait était vrai, c'était l'une des premières fois de sa vie qu'il tenait une baguette. Et il avait des réactions pareilles ? Mensonges sur sa vie ou bien… Il frissonna d'une façon presque imperceptible…
Où bien réflexe d'enfant battu ? Par des moldus terrorisés par la Magie ?
-Jolis réflexes, monsieur Potter, mais je ne veux vous lancer qu'un simple sort de diagnostic…
Harry fronça les sourcils.
-Pourquoi faire ?
-Pour savoir combien de points je dois encore vous enlever pour vos mensonges.
Harry le toisa d'un air méfiant, et puis baissa sa baguette en haussant les épaules. Il ne voyait pas trop pourquoi Snape voulait faire ça, mais si ça l'amusait…
Snape marmonna une formule, un rayon argenté sortit de sa baguette et frappa Harry à la poitrine. Il sentit le sortilège qui entrait dans sa chair et eut l'impression qu'il se répandait dans son corps, le « fouillant » dans un fourmillement assez désagréable.
Un parchemin apparut soudainement devant Snape qui s'en empara, alors que le papier s'écrivait et se déroulait au fur et à mesure de ce que trouvait le sortilège. Snape écarquilla brièvement les yeux sous sa longueur, -le parchemin traînait jusqu'au sol!- avant de retrouver toute sa maîtrise et il baissa sur son document un regard dédaigneux, avant de se figer de stupeur…
Il étouffa un juron et sortit vivement trois potions de sous sa robe. C'était l'avantage de porter des vêtements amples. Non seulement il pouvait les faire claquer d'un air dramatique en sortant d'une pièce, ce qui ajoutait un certain cachet à son personnage de vieux grincheux désagréable qu'il affectionnait tout particulièrement, mais en plus de ça, il pouvait cacher toute sorte d'objets sous ses vêtements, des potions aux armes blanches, en passant par une baguette supplémentaire…
Si il avait eu toute sa tête, il aurait sans doute pensé à congédier ses serpents et à emmener Potter dans son bureau, mais même si cela ne se voyait absolument pas extérieurement, il était choqué. Choqué par ce qui était arrivé à l'enfant de Lily. Choqué par ce qu'il avait laissé lui arriver. Choqué par ce que Dumbledore avait laissé lui arriver. Alors qu'ils avaient tous les deux promis de le protéger…
Harry regarda Snape, qui lui tendait trois fioles de potions aux couleurs vives et engageantes, mais à l'odeur, et sans doute aux goûts, absolument horribles.
-Potion de nutrition pour la bleue, de soins légers pour la blanche et de croissance pour la orange, expliqua-t-il simplement. Vous devez retrouver un poids et une taille normale. La potion de soin s'occupera des douleurs persistantes dont vous devez probablement souffrir après tant d'années à vous faire frapper sans être soigné…
Harry lui lança un regard dont la surprise se mua rapidement en reconnaissance. Il avala les trois potions avec une grimace appuyée. Le goût était vraiment atroce, mais il ne fit pas de remarques…
Snape regarda le gamin lui lancer un regard de pure gratitude avant d'avaler ses potions.
Il n'arrivait pas à y croire. Comment est ce que Dumbledore avait-il pu laisser ça arriver? Il était le tuteur magique du gamin, il ne cessait de répéter qu'il était surveillé et qu'il allait bien, alors comment, par Merlin !? Il s'était promis de protéger le fils de Lily, mais comment le pouvait-il si il était en danger même au sein de sa propre famille !?
Pourtant, ce n'était pas comme si il n'y avait eu aucune piste ! Le gamin ne recevait pas ses lettres de Poudlard ! Hagrid était revenu en le décrivant comme extrêmement petit et maigre, il avait même précisé d'un air inquiet qu'il s'était jeté sur la nourriture qu'il lui avait donné ! Tout comme il s'était jeté sur la nourriture en arrivant ici, comme si il n'avait pas mangé depuis deux mois ! Et paradoxalement, il s'arrêtait vite de manger ensuite, comme si son estomac avait rétréci… Pourtant, malgré tout, il était vrai qu'il faisait parfois preuve d'une étrange confiance en lui, d'une aisance en cours et en Magie qu'un enfant élevé par des moldus ne devrait pas avoir, même en étant le Sauveur du Monde Sorcier…
Le professeur Flitwick lui avait d'ailleurs rapporté que le garçon semblait distrait dans ses cours, mais que pourtant, à chaque fois qu'il l'interrogeait, alors qu'il était sûr qu'il ne pourrait pas répondre, parce qu'il n'avait rien écouté et que son parchemin ne comportait aucune note, Potter donnait toujours la bonne réponse. Minerva McGonagall lui avait dit qu'elle avait été impressionnée par ses talents en métamorphose, alors que c'était la première fois qu'il pratiquait !
Il n'avait guère prêté attention aux récits de ses collègues, pensant qu'ils se pâmaient tous stupidement devant le Survivant et il avait pris ça pour de l'arrogance de la part du garçon, mais maintenant, il y avait aussi cette potion de haut niveau qu'il avait su brasser sans en avoir jamais entendu parler. Sans oublier celle de première année, qu'il avait fait en à peine plus de temps que lui-même… Et il y avait aussi cette histoire avec les Gobelins de Gringotts, dont avait parlé Hagrid, et à laquelle Dumbledore n'avait eu aucune réponse…
D'ailleurs, il devait parler au directeur. Maintenant.
-Potter !
Harry sursauta. Ça devenait une habitude. Snape avait semblé perdu dans ses pensées, tout en le fixant d'un air scrutateur qui le mettait mal à l'aise, mais il n'osait pas bouger, de peur de se faire houspiller…
-Partez déjeuner. Et mangez bien. Je vais aller parler de tout ça au professeur Dumbledore, et…
-Non ! S'exclama soudain Harry d'un air paniqué !
-Pardon ? S'interrompit Snape, incrédule…
Harry grimaça.
-Pardon… C'est juste que… S'il vous plaît, ne parlez pas de ça à Dumbledore !
Severus fronça les sourcils.
-Et pourquoi cela, Potter ?
Il vit avec horreur le gamin se mettre à trembler, et même se frotter les bras à travers son pull dans un mouvement compulsif, comme pour se blesser…
-Hagrid… Il a dit que… Il a dit que c'était Dumbledore qui m'avait mis là bas…
Snape fronça légèrement les sourcils.
-C'est exact, Potter…
-Oui et bien… Si vous en parlez à Dumbledore et qu'il décide d'en parler à mon oncle… Ce sera pire…
Severus comprit que le mioche craignait la punition. C'était sérieux, le gamin était vraiment battu. Et pas seulement au niveau physique, il était aussi suffisamment abîmé au niveau psychologique pour présenter un tel conditionnement par la peur… Par Merlin, il ne pouvait pas le laisser chez ces fichus moldus ! Il s'efforça de réfléchir…
-Navré Potter, mais je suis tenu de me référer au directeur lorsque je détecte ce genre de sévices sur les élèves. Mais je lui ferai part de vos craintes, et nous agirons, le cas échéant, en conséquence…
Il se tourna vers ses serpents, qui s'étaient retranchés dans un coin de la pièce et s'étaient appliqués à se faire oublier pour voir ou la discussion allait mener. D'ailleurs, Harry et lui les avaient oubliés…
-Vous tous, pas un mot de tout ça à qui que ce soit.
Les serpents hochèrent la tête en silence. Il savait qu'ils ne diraient rien, les Serpentard protègent ceux qu'ils considèrent comme des leurs, mais Potter était un lion et Potter ne le savait pas. D'ailleurs, le gamin s'aperçut également que ses amis étaient encore présents et rougi de honte. Il leur avait parlé de ses mauvais traitements. Dans une tentative de demande d'aide un peu désespérée sans doute. Mais que lui les confirme était différent…
-Je crains que ces trois potions ne soient pas suffisantes, Potter. Si j'en brassais quelques chaudrons, les prendriez-vous régulièrement ? Une de chaque, avant le petit-déjeuner…
Harry releva la tête si vite qu'il sentit son cou craquer.
-Je… Je pourrais grandir ? Demanda timidement Harry.
Le regardant, Snape se dit qu'il ne faisait vraiment pas plus que ses onze ans en cet instant. Même si il semblait parfois aussi mûr qu'un adulte, Potter restait un enfant malgré tout.
-Vous pourrez effectivement atteindre la taille et le poids d'un enfant de onze ans, Potter.
Harry sentit sa mâchoire se décrocher et fut persuadé qu'elle allait heurter le sol. Le voyant faire, Snape se dit que là, il retrouvait Potter-père…
Était-ce possible ? Harry pouvait-il grandir ? Être aussi grand que Dudley ? Assez grand pour se défendre contre lui ? Oh, Merlin ! Ce serait merveilleux ! Mais… Mais ce n'était pas possible ! Snape le détestait, n'est ce pas ? Et il ne ferait jamais ça sans contrepartie…
-Mais… Pourquoi feriez-vous ça monsieur ?
Snape soupira. Bien sûr. Il était probablement la première personne à proposer de véritablement apporter de l'aide au gamin. Il avait sans doute l'habitude d'être déçu, trahi, comme lui à l'époque, jusqu'à Lily… Et merde !
-Vous subissez des sévices, monsieur Potter, des sévices graves qui ont affecté votre développement, votre croissance, et peut être même, votre noyau magique. En tant que professeur, il est de mon devoir de vous aider à aller mieux… Et maintenant, je vous suggère à tous d'aller manger, vous allez finir par rater le déjeuner…
Harry hocha timidement la tête en sortant de la classe, tête basse. Il n'osait pas le regarder dans les yeux. Ni lui, ni ses amis.
-Merci monsieur, dit-il simplement en passant.
Severus hocha brièvement la tête en réponse, même si Potter ne le vit pas. Il devait parler à Albus. Maintenant !
