Blanc. Tout était blanc en ces lieux. L'absence de couleur de ce monde reflétait l'absence de cœur de ses habitants. Depuis combien de temps les avait-elle rejoins ? Irinushka, ou plutôt Shaxurinik - le « x » n'avait vraiment pas arrangé les choses -, n'en savait rien. Elle aurait pu tenir un journal comme l'avait fait Roxas avant elle mais elle n'avait pas su le faire plus d'une semaine. Ce genre d'habitude journalière, elle avait du mal à l'adopter.

Ses premiers jours parmi l'organisation avaient été éprouvants. En plus de l'entrainement, il lui fallait endurer la mauvaise humeur de tous les membres. Après l'incident du manoir oblivion, la trahison de Roxas, l'échec d'Axel et la désertion de ce dernier, l'ambiance n'était vraiment pas au beau fixe.

Rajoutons à cela les railleries qu'elle devait subir de la part des autres membres, et ce, Xaldin en particulier. Elle est loin d'égaliser l'intelligence de certain membre, elle le sait. Son sens de la logique lui fait défaut et le français n'étant pas sa langue maternelle, il lui arrivait de ne pas comprendre certain mot - Surtout que Xemnas, en plus de parler lentement, se plaisait à utiliser un langage un peu…technique, ce qui ne lui facilitait vraiment pas la tâche. Rajoutez à cela le fait que les combats ne sont guère son point fort. Pour la plupart de membres, c'est une gamine faiblarde mais Xemnas lui porte un certain intérêt pour ses puissantes capacités de soin et de régénération. Ces derniers étant son élément, elle peut les utiliser en combat jusqu'à se rendre pratiquement invincible puisque toutes blessures infligées se referment dans l'immédiat. Ainsi, Xemnas l'obligeait à s'entrainer avec d'autre membre pour qu'elle arrive à reporter cette « invincibilité » sur ses alliés. Le supérieur est prudent, elle le sait, et il voit Sora s'approcher avec une certaine appréhension. Il sait aussi bien qu'elle que l'affrontement est couru d'avance. La seule chose qu'elle connait et qu'il ignore, c'est le lieu et le moment du combat final.

Perdue dans ses pensées, trois coups à la porte de sa chambre la font sursauter.

Oui ? dit-elle d'une voix sans émotions. Si elle s'en était débarrassé volontairement, ce n'est pas pour les simuler par après.

Le Supérieur nous réunis sur l'autel du néant, tu viens ? L'informe la mélopée nocturne, le numéro IX de l'organisation, et le seul simili pour lequel elle a un semblant de respect. Et pour cause, il ne se fout pas de sa gueule, lui.

J'arrive.

D'un mouvement de poignet, elle invoque un portail des ténèbres en direction de l'autel, perchoir favoris de ce cher Xemnas. Elle n'est pas la dernière, heureusement, elle ne supporte pas de se faire remarquer. Ce cher Xigbar est déjà là et, comme à son habitude, son unique œil lorgne son cul et sa poitrine. Avec ou sans cœur, elle est toujours bien roulée, ce qui n'est guère un avantage lorsqu'on est exclusivement entouré d'homme en manque de contact féminin. Ce n'est pas avec Larxène qu'ils auraient eu l'occasion de satisfaire leur pulsion. Bien qu'aux dires de Demyx, elle ne rechignait pas à passer une nuit avec L'assassin sublime.

Je vois que tout le monde est réuni. Parfait, commença Xemnas de sa voix monotone. Des reflets nous ont informés que le porteur de la keyblade se trouve actuellement à la forteresse oubliée. Il est plus que temps de lui faire part de nos amitiés. Allons lui montrer la puissance de ceux qu'il affronte.

D'un geste désinvolte, il convoqua un portail et tous ses subordonnés firent de même. Ils n'avaient pas encore déchiré les volutes de ténèbres de leur passage, qu'ils entendaient déjà les voix de leurs proies.

…capable de se moucher tout seul. Non, le vrai problème, ce sont les similis.

Et surtout ceux qui les dirigent, ceux de l'organisation XIII.

Parfaite synchronisation, pensa Shaxurinik. Si le numéro I ne portait pas son capuchon, elle aurait mis sa main au feu qu'elle aurait pu le voir sourire. Ce dernier ne cracha pas sur l'occasion de titiller le porteur.

Tu parles de nous ?

La voix grave du chef des similis fit sursauter nos quatre héros. Quatre ? Mais, Léon mis à part, ils ne devaient être que trois ? Shaxurinik ne fut visiblement pas la seule à le remarquer car après la réplique moqueuse de Saïx sur les vêtements de Sora, ce fus Xigbar qui enchaina.

Oh ! Nouvelle petite amie ?

Qui parle ? Cria l'adolescent en dégainant sa keyblade.

Célébrons d'abord nos retrouvailles.

Le supérieur invoqua quelques similis subalternes afin qu'ils combattent le porteur…enfin, les porteurs car ce fut également une keyblade que la fille dégaina. Une keyblade en forme de clé de sol. De l'autre côté du voile de ténèbres, tous étudiaient cette nouvelle arrivante. Shaxurinik bénissait sa capuche, grâce à elle, ses collèges ne pouvaient voir le profond étonnement qui marquait son visage. Inaya. Comment diable avait-elle fais son coup cette fois ? Doit-elle s'attendre à croiser Dylan ?

Le style de combat de son ancienne amie, ou plutôt de l'ancienne amie d'Irinushka, était tout à fait unique. Sa keyblade produisait en combat des vibrations à chaque coup donné ou paré. Si le mouvement était maladroit ou désordonné, on obtenait une fausse note. En gros, le genre d'arme que tu fous à la poubelle après dix minutes parce que tu en as mal à la tête. Bien que ça ne dérangeait pas la jeune fille vêtue de blanc. La mélodie créée était assez agréable au final, bien que très simpliste et les erreurs étaient rares. Aidées de ses compagnons, elle parvint à défaire sans trop de peine les similis et à protéger la grille.

La keyblade… qu'elle arme admirable. Elle mériterait de se trouver entre des mains…plus compétentes.

La plaisanterie de Xemnas fit rire quelques membres de l'organisation mais elle, n'avait pas le cœur à ça, sans mauvais jeux de mot. A vrai dire, la présence d'Inaya l'agaçait. Elle n'était pourtant pas censée avoir de sentiment. Les souvenirs se rapportant à l'incident étaient encore les plus brûlants dans ses souvenirs. Jamais elle ne quitta des yeux la musicienne durant leur petit show. Elle l'a vu froncer les sourcils lorsque tous durent se montrer après l'entrée théâtralement tragique de Xemnas. Bien entendu, Inaya n'a jamais pu finir kingdom hearts II, elle n'a même jamais passé la partie de Roxas. Mais elle a joué à 358/2 days et à chain of memories. Elle en sait donc suffisamment pour savoir que retrouver une silhouette féminine parmi les survivants de l'organisation n'est pas normal.

Xemnas, après avoir exprimé le regret de ne pas avoir dans ses rangs le maître de la keyblade, songea que la plaisanterie avait assez duré et rentra à la citadelle. Tous atterrirent dans la salle grise et Xemnas observa ses subordonnés tour à tour, les sourcils froncés.

Où est le numéro II ?

Je crois que notre Archer est resté là-bas. Pour titiller d'avantage le maitre de la keyblade.

Bien. Que tout le monde retourne à sa tâche.

A vos ordre, répondit le devin en reprenant le calepin contenant les ordres de mission qu'il avait déposé sur la table, peu avant de partir. Sharurinik, Luxord, vous partez tous les deux au pays des merveilles.

D'accord.

Entendu.

Demyx. Au Colysée de l'olympe.

Quoi ? A peine rentré on doit déjà repartir ?

Plus vite tu finiras ta mission, plus vite tu pourras dormir sur tes lauriers. Tâche de ne pas faire échouer ta mission cette fois, numéro IX.

Han ! Allez quoi. Je veux juste me reposer un peu avant.

Ce n'est pas comme si cette sortie avait été éprouvante.

Shaxurinik n'eut pas à loisir d'écouter indéfiniment les plaintes de son compère musicien. Elle s'engouffra bien vite dans le portail suivie par le joueur du destin.

Argumenter avec Saïx est perdu d'avance. Pourquoi Demyx continue-t-il toujours à tenter sa chance alors qu'il connait parfaitement l'issue de ce jeu.

L'espoir fait vivre, Luxord.

Je l'ignore ma chère, pour ma part je ne me contente pas d'espérer.

Nous ne sommes pas tous aussi confiant que toi sur notre avenir.

Tu sembles préoccupée. Ne me dit pas que cette mission t'inquiète.

Non, du tout. Elle vient à temps. Plus je suis loin de Xigbar, mieux c'est.

Il me semble également qu'il manque de tact à ton égard, my lady.

N'espère pas m'avoir par la flatterie.

Tout viens à point qui sait attendre. Et j'ai tout mon temps.

C'est précisément ce qui m'inquiète.