De tout temps, la Lune avait fasciné. Certains prétendaient qu'elle n'était qu'un reflet de la Magie elle-même. D'autres, plus poétiques, y voyaient un Paradis accessible seulement après la mort.

Aussi, les fêtes sous la pleine lune se retrouvaient dans bon nombre de religions et civilisations.

Avec le temps, vinrent le progrès et les sciences. Des chercheurs étudièrent la question et constatèrent que l'astre avait un effet déterminant sur les marées et sur le comportement.

Pour ce dernier point, Remus John Lupin en était totalement convaincu. La pleine lune était un véritable vecteur de changement de comportement.

Avant l'accident il aimait beaucoup observer la rondeur du satellite. Y voyant un visage souriant et bienveillant. Mais, avec sa nouvelle condition, le visage s'était mué en masque grimaçant et la lumière douce en émanant n'était plus qu'un reflet à ses pupilles dilatées.

A la fois attiré et repoussé par sa lueur, il appréhendait chaque sortie à la cabane hurlante avec anxiété et dégoût de lui-même.

Le médicomage qui avait soigné ses blessures prétendait comprendre ce qu'il ressentait. Mme Pomfresh, elle-même, l'encourageait dès qu'elle le pouvait.

Mais qu'y comprenaient-ils, eux que la lune laissait indifférent ? Avait-il déjà ressenti le moment où la colonne vertébrale s'allongeait brutalement ? Celui où la machoire se disloquait pour faire apparaître des crocs ? Et l'instant fatidique où la noirceur lupine noyait son esprit dans une mare de feu et de souffrance ?

Non. Cette sensation ne pouvait être comprise par des gens normaux. Et si les gens s'imaginaient que, comme dans les histoires, la transformation se faisait instantanément et sans douleur, ils se trompaient lourdement. Il ne pouvait devenir loup que lorsque la lune était totalement visible.

Ce qui incluait, par extension, toute la période préliminaire où la lune apparaissait lentement et où sa transformation n'était pas encore achevée. Là, mi-homme mi-loup, il ne pouvait que se rouler au sol, poussant un mélange de cris humains et de hurlements sauvages.

Le déroulement des soirées lunaires à Poudlard devenaient presque un rituel. L'infirmière l'amenait en début de soirée, en cette période de l'année, il faisait encore jour. Enfermé dans la cabane, il ne voyait pas l'astre. Mais, sa partie lupine n'avait nullement besoin de la voir pour entamer la mutation. Aussi, Remus pouvait observer sa transformation se faire au fur et à mesure.

Tout aussi « distrayant », il avait fini par comprendre que le processus final consistait au contraire à hurler vers la lune, et donc la voir. Or, enfermé, cette ultime étape lui était impossible, rendant le loup encore plus frustré et donc agressif. Et comme il ne pouvait passer sa rage sur rien d'autre que le mobilier, déjà en ruine, il se mordait lui-même.

L'arrivée de ses amis, les trois autres maraudeurs, lui permit de changer cet atroce rituel. Le loup pouvait gambader à l'air libre. Il pouvait voir la lune, ce qui l'émoustillait beaucoup et le rassurait d'une certaine manière. Et puis ces deux animaux robustes lui étaient de plaisante compagnie. Il s'amusait tellement que, par la suite, rendre la place à l'humain lui était moins insupportable. Bref, c'était la meilleure partie de la vie de Remus Lupin.

Pourtant, la nuit de pleine lune qui suivit Halloween fut la plus riche en événement que le jeune homme ait jamais vécu.

Tout avait commencé « normalement » dans la mesure où normalement voulait dire être amené à la cabane hurlante et compter les minutes le séparant de son supplice. Comme il le faisait depuis peu, il sortit un exemplaire de son manuel de métamorphose rendu indéchirable par un sort. Après tout, le professeur Dumbledore lui faisait l'honneur de l'accepter dans son école. Le minimum qu'il puisse faire c'était de s'en montrer digne.

Il focalisa ses pensées sur le sort de disparition et essaya de ne pas penser à ce moment où les douleurs débuteraient.

Pauvre Remus. Ce qu'il adviendrait ensuite le changerait à jamais. Mais il ne le savait pas encore.

Quelques centaines de mètres plus loin, école de Poudlard.

Pour Sirius Black, ce soir serait un jour « sans ». C'est-à-dire que James avait été convoqué par le professeur McGonagall en tant que capitaine de l'équipe de Gryffondor. Une série d'incidents avait décidé la directrice adjointe à donner un avertissement général. Si les choses ne redevenaient plus courtoises, il y aurait des sanctions.

Par extension, le jeune Potter serait en retard à leur « rendez-vous » nocturne. Ce qui laisserait peser la responsabilité de Remus sur les épaules de Sirius.

Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Et Sirius avait toujours su, avec l'aide de Peter, garder la situation sous contrôle.

Mais, cependant, la situation était bien différente ce soir-là. Car Sirius était à bout de nerfs.

Depuis quelques jours, Rogue, ce tas d'ordures de Servilus, se permettait de les narguer dans le couloir. Il se pavanait comme un roi, les prenant de haut, les insultant. Pire, il les espionnait et s'arrangeait toujours pour qu'ils se fassent prendre et condamner. Il les discréditait tellement que même les autres maisons en était venu à les regarder bizarrement.

Jamais il ne s'était comporté de la sorte. Et Sirius avait bien l'intention de ne pas se laisser faire. Un plan avait alors vu le jour, tandis qu'il somnolait en Histoire de la Magie. Un plan si terrible qu'il aurait fait frémir ses amis s'il leur en avait parlé. Un plan si machiavélique qu'il en aurait presque rendu fier ses parents.

Il l'avait attaqué, entre deux cours, profitant de l'isolement du Serpentard. S'en était suivi un duel que Black avait gagné grâce au concours de Peter. Puis il s'était arrangé pour l'assommer. Juste assez pour qu'il ne puisse plus bouger. Mais il demeurait toujours conscient.

Faisant mine de ne pas s'en apercevoir, il s'adressa à Peter.

- « Ouf…cela fait du bien. Il commençait à m'agacer avec ses grands airs. »

Pettigrow acquiesça silencieusement. Sirius semblait si sûr de lui qu'il n'avait pas envie d'objecter quoi que ce soit.

Pour autant, ce qui suivit lui fit hausser les sourcils. Car Sirius reprit avec un entrain presque suspect.

- « Vivement ce soir, pas vrai Pet' ? Même si James sera un peu en retard, on va quand même bien s'amuser à la Cabane Hurlante. »

- « Sirius ! » Couina Peter. « Ne dis pas ça ici, on pourrait nous entendre. »

Il montrait Rogue, toujours allongé au sol. Sirius eut un geste de dédain.

- « Il est assommé. Qu'est-ce que tu veux qu'il puisse entendre quoi que ce soit…. »

- « Mais…. »

- « Arrête de t'inquiéter ! » Gronda le jeune Black. « Notre priorité c'est passer par le saule cogneur puis rejoindre la Cabane ! Tu n'as quand même pas la frousse, non ? Tu préfèrerais sans doute que je me serve du bâton sur la racine pour y rentrer, c'est ça ? Alors arrête de chouiner comme un Poufsouffle et va te préparer. On se retrouve à l'heure habituelle. »

Son ami inclina la tête en signe de renonciation et d'assentiment.

- « Et Rogue ? » demanda t-il toutefois. « Qu'est-ce qu'on en fait ? »

- « Laissons-le ici, affalé au sol. C'est-là qu'est sa place. »

Sur ses derniers mots il s'en alla, notant avec un certain plaisir la crispation de la main de son ennemi, prouvant qu'il n'avait rien raté de la discussion.

La soirée serait explosive.

Deux étages plus bas, bureau de Minerva McGonagall

- « ….du fairplay, oui mesdemoiselles messieurs. C'est ce que j'attend de vous. Il est inadmissible que l'équipe de Gryffondor en vienne à se ridiculiser de la sorte. Avoir vaincu vos camarades de la maison Serdaigle ne donnait certes pas le droit à quiconque, y compris la maison Serpentard, de venir vous narguer. Toutefois, vous valez mieux que ça à répondre à leurs provocations. Alors, soyons clairs, je ne tolèrerais plus aucun comportement de ce genre. »

James Potter soupira. Cela faisait au moins une heure et demi qu'ils passaient, lui et son équipe, à s'entendre dire à quel point leur comportement était inacceptable.

Ce n'était tout de même pas de leur faute si l'équipe de Serdaigle avait perdu lamentablement son match contre Serpentard. Et ce n'était pas lui qui avait demandé aux dits Serpentard de venir les narguer durant une séance d'entraînement. C'était déjà incroyable que les Gryffondor se soient cantonné à répondre par des insultes, certes colorées, mais sans recourir à aucun sort.

Et le temps qui passait…..tout ça serait en moins sur sa « soirée lunaire » avec les autres Maraudeurs.

Au bout d'un moment qui lui sembla interminable, il put enfin sortir du bureau avec son équipe. Non sans avoir, cependant, promis sur Merlin, Morgane et tous les autres, que jamais ça ne se reproduirait, etc etc….

Consultant sa montre, il réalisa que la soirée était déjà bien avancée. Il fallait qu'il se dépêche s'il voulait arriver à temps pour s'amuser avec Remus à se courir après.

Salle commune de Serdaigle.

Selon Harry, Rowena Serdaigle devait être libraire avant de fonder l'école. C'était impossible, autrement, qu'il y eut une deuxième bibliothèque aussi énorme au sein de la salle commune.

Et que des titres rébarbatifs, aussi longs que son bras, et ne lui donnant aucune envie : « Les vertus de la tisane de sauge dans la culture aztèque », « La XXXXIV guerre gobeline entre Eurk le Pustuleux et Grok l'Eborgné », « L'Histoire de la Magie depuis les origines jusqu'à nos jours. »

Pour ce dernier ouvrage, il fallait un sortilège de lévitation pour arriver à le soulever.

Pas un seul livre portant sur des sujets intéressants. La Défense contre les Forces du Mal faisait bien l'objet de quelques titres, mais seulement d'un point de vue théorique. Quant au Quidditch, on en parlait même pas.

D'ailleurs, à propos de Quidditch….

- « C'est pourquoi j'ai décidé de démissionner. »

Harry leva les yeux de son devoir de Sortilèges. Celui qui venait de parler à l'instant était le capitaine de l'équipe de Serdaigle.

Il avait vu le dernier match les opposant à Serpentard. Le score ne laissait place à aucune interprétation. 300 à 10. Une véritable humiliation. Il était difficile de dire ce qui avait été le pire. Le batteur qui avait mal visé et avait touché un membre de son équipe, le capitaine en personne les quatorze buts encaissés presque à la suite et pire que tout, la durée totale du match : vingt minutes.

Le jeune Ignotus soupira. Cela se voyait bien que ces pauvres joueurs n'avaient pas la foi. Ils marchaient la tête basse et avec un mental totalement détruit.

Et apparemment, le capitaine remettait lui-même sa démission. Ceci était, pour lui, une surprise. Il ne savait pas qu'un capitaine pouvait agir de la sorte. Le professeur McGonagall n'aurait jamais autorisé Olivier Dubois à déposer les armes ainsi. Cela dit, Olivier n'aurait, lui-même, jamais accepté une telle voie de repli.

Pris de pitié pour ce garçon désemparé, Harry se leva de son fauteuil.

- « Est-ce que ça va aller, Wayne ? » S'enquit-il avec sollicitude.

L'autre haussa les épaules avec défaitisme.

- « On fait avec, j'imagine. Je n'ai pas pour habitude de renoncer de la sorte, mais il faut se rendre à l'évidence. Je n'ai pas été assez présent pour mon équipe, et la maison toute entière en paye le prix. Flitwick a accepté ma démission. Il m'a demandé de nommer un remplaçant à mon poste. Mais personne de l'équipe ne veut le prendre. Et en plus, il va nous manquer un attrapeur….je ne sais plus quoi faire.»

Il soupira longuement.

En l'observant, Harry sentit monter un curieux sentiment. Son esprit de compétition refaisait surface. Et si ? Et s'il se permettait cette petite opportunité ?

- « Si tu n'as vraiment personne pour te remplacer, alors j'aimerais poser ma candidature. » Fit-il doucement.

Pendant un moment, un espoir insensé illumina les traits de son camarade avant que le doute ne s'y installe.

- « As-tu déjà joué au Quidditch au poste d'attrapeur ? »

- « Je pourrais te répondre oui, Wayne. Mais ça ne serait que des mots. Alors, si tu veux, je peux vous faire une démonstration à toi et toute l'équipe. Ainsi, vous serez fixés. »

- « J'approuve votre proposition, monsieur Ignotus. » Fit la voix fluette du directeur de Serdaigle que personne n'avait vu arriver. « Monsieur Steven, réunissez vos camarades et dites leur de se rendre sur le terrain. En principe aucun entraînement n'est autorisé durant la nuit. Mais vous devez vous choisir un nouveau capitaine. C'est pourquoi je viendrais avec vous. »

En montant dans son dortoir pour se changer, Harry eut un petit sourire. C'était bien beau d'avoir une mission. Mais il fallait savoir profiter de la vie…même si techniquement il était mort.

Qui plus est, la Mort elle-même lui avait fourni un balais. C'était bien pour une raison, non ?

Quelques minutes plus tard, toute l'équipe de Serdaigle était réunie sur le terrain avec le professeur de Sortilèges.

- « Bon, Harry, je vais lâcher le vif d'or. Tu devras, bien sûr, le rattraper en un minimum de temps. »

Au moment de décoller, Harry réalisa qu'il n'avait ni son éclair de feu, ni son Nimbus 2000. Ce balai noir, il ne l'avait encore jamais utilisé.

Pourtant, dès qu'il décolla, il sentit que ce balai était fait pour lui. Souple, bien adapté aux virages et aux piqués. Il avait presque l'impression d'évoluer dans le vide sans moyen de transport tant tout était intuitif.

La conclusion était sans appel. C'était un véritable appel à la conduite risquée et dangereuse. Un objet mortel.

Une grimace amusée apparut sur ses lèvres. Oh oui…ça lui avait manqué de ne plus voler.

Lorsqu'il attrapa le vif d'or au bout d'un laps de temps ridiculement court, il eut droit à un tonnerre d'applaudissements. Le second exercice était analogue. Mais en y ajoutant les cognards

Ce fut alors un festival de figures acrobatiques, descentes à grande vitesse et virages avec tant de brusquerie que certains poussèrent des cris de panique.

Puis pour finir, il fut confronté aux deux batteurs de l'équipe et à l'ancien attrapeur. Là encore, il tira son épingle du jeu.

Il n'y avait pas à tortiller. Physiquement il était peut-être mort, mais jamais il ne serait aussi vivant que sur un balais. Et d'ailleurs, personne ne s'y trompa.

- « Ce gars….il est génial. » Murmura Wayne avec admiration.

Entre sa fierté et celle de son équipe, il n'avait jamais hésité. Aussi, c'est pour l'équipe qu'il se réjouit, sans même penser à sa propre situation.

De son côté, Filius Flitwick était rassuré. Sans utiliser une once de ses pouvoirs, mis à part son audace et son talent hors du commun, ce jeune homme était au-dessus du lot. Rien qu'à le regarder, on voyait son plaisir à évoluer en l'air.

Lorsqu'Harry se posa, il fut chaudement félicité par toute l'équipe qui voyait en lui un nouvel espoir de réussite.

Wayne prit la parole.

- « Je crois parler au nom de toute l'équipe en te disant que tu mérites de l'intégrer. Tu as vraiment un talent fou. Au nom de Serdaigle, merci. Bienvenue à toi, capitaine Harry»

Et il accrocha lui-même le badge de capitaine sur le torse de son remplaçant. Ce dernier l'étreignit un instant avant de le relâcher et de s'adresser à toute l'équipe.

- « Je vous remercie pour cette nomination et l'honneur que vous me faîtes en me faisant ainsi confiance. Mes premiers mots en tant que capitaine, auront pour but de rendre hommage à mon prédécesseur qui n'a pas démérité. Wayne, j'aimerais que tu restes dans l'équipe, en tant que remplaçant s'il venait à m'arriver…quelque chose. »

Genre être à nouveau tué ou submergé par trop de pouvoir.

Lorsque ce dernier eut accepté, il reprit la parole.

- « Je ne vous cache pas que nous avons du travail pour réussir à nous imposer, mais j'ai confiance en vous. Je vous ai vu jouer lors du dernier match, et, franchement, tout n'est pas à jeter. Votre principal problème est le manque de confiance en vous. Aussi, c'est à ça que je vais m'attaquer en premier. Ce n'est pas parce que nous sommes des Serdaigle que nous n'avons aucune disposition pour le sport. Non. La camaraderie n'est pas l'apanage des seuls Poufsouffles. Le courage n'est pas réservé qu'aux Gryffondor. La ruse n'est pas qu'une affaire de Serpentard. Nous sommes la maison de l'intelligence, à ce qu'on dit, alors faisons en une réalité en ne cessant jamais de nous adapter. Je viendrais à la prochaine séance avec un programme pour les semaines qui suivront. Je vous rencontrerai un par un afin de mieux vous connaître, et ainsi vous aider de mon mieux. »

Il enfourcha son balais.

- « Et si le professeur Flitwick n'y voit pas d'inconvénient, j'aimerais beaucoup faire quelques essais dès ce soir. »

Le petit professeur observa sa montre avec un air soucieux.

- « Cela risque d'être difficile, monsieur Ignotus. Je ne peux totalement transiger avec le règlement en autorisant une séance d'entraînement à part entière. »

Harry acquiesça. « Je comprend, monsieur. Très bien, vous tous, j'afficherai d'ici quelques jours la date du prochain entraînement. Allez vous reposer. »

Alors que ses coéquipiers passaient devant lui pour se rendre au vestiaire, il fit signe à deux d'entre eux de rester un petit moment.

- « Vous vous appelez bien Mary et Thomas, c'est ça ? »

Les deux adolescents, à peu près de son âge acquiescèrent.

- « Je ne vais pas vous déranger longtemps. Je vous ai observé l'autre jour. Et je pense que vous devriez, pour le prochain entraînement, faire une tentative d'intervertir vos places. Toi Thomas, tu serais très utile en poursuiveur de pointe. Tandis que toi, Mary, tu as une façon de jouer qui m'inclinerait à penser que tu ferais des étincelles au poste de batteur. Réfléchissez-y, et on en reparle la semaine prochaine. »

Les deux gens lui firent un signe de tête, avant de le saluer et de rejoindre le professeur qui les attendait.

De loin, Harry lui indiqua qu'il restait pour ranger les balles de Quidditch. Flitwick accepta et s'en retourna vers le château.

Une fois les balles mises sous clef, Harry sauta sur son balais et se remit à faire des tours, cette fois pour le simple plaisir.

Tout en tourbillonnant et en sprintant au mépris de sa sécurité, il songeait à la raison pour laquelle il avait postulé au poste d'attrapeur, mais aussi à celui de capitaine.

Depuis ses 11 ans, depuis l'instant où il avait commencé à jouer au Quidditch, un nom n'avait jamais cessé de revenir dans sa vie. Le nom de celui à qui il ressemblait tellement. Le nom d'un jeune homme qu'on avait souvent comparé à lui de par sa façon de voler.

Oui. Plus que tout, il ressentait ce besoin, cette soif inextinguible, de voir enfin ce dont James Potter, son père, était capable sur un balais de confronter leurs talents dans un match, d'avoir un adversaire d'un excellent niveau. Une telle chance lui avait été refusée dès l'âge d'un an à cause d'un psychopathe sanguinaire. Il n'allait pas passer à côté d'une telle occasion.

Tout en songeant à cette délicieuse rencontre, il observait la pleine lune, si brillante ce soir. L'astre projetait une lueur étonnamment puissante. Il était impossible de la rater.

C'est sans doute pourquoi il put distinguer la silhouette solitaire qui courrait en direction du saule cogneur.

Et il eut un mauvais pressentiment lorsqu'il se rappela que, du fait de la pleine lune, les Maraudeurs seraient en cavale dans le parc, cette nuit. Mais quelque chose clochait.

De par sa nouvelle condition, il était capable de plus ou moins sentir les âmes de chacune des personnes qui l'entourait. Chacun des Maraudeurs avait un noyau magique différent de la moyenne. L'un parce qu'il était Loup-garou, les trois autres parce qu'ils étaient animagii. Chacun avait l'empreinte d'un animal en lui. Or, cette silhouette avait une âme normale, quoiqu'un peu sombre.

Un âme qu'il avait déjà ressentie, et très récemment.

Un frisson d'horreur lui secoua l'échine lorsqu'un souvenir de sa « vie d'avant » s'imposa à lui.

C'était ce fameux soir de troisième année où il avait appris la vérité sur Sirius Black et Remus Lupin.

Et ce dernier avait dis quelque chose qu'il avait presque oublié tant il était focalisé sur Queudver. Quelque chose dont l'importance se révélait cruciale en ce soir lunaire.

« Sirius a pensé qu'il serait…heu…amusant de dire à Rogue qu'il suffisait d'appuyer sur la racine de l'arbre avec un grand bâton pour pouvoir me suivre. »

Et la suite qui était encore pire.

« Bien entendu, Rogue a essayé…. »

C'est donc horrifié parce souvenir qu'il vit, du haut de son balais, Severus Rogue se précipiter vers le Saule Cogneur, et par-là même, vers une série de conséquences plus que fâcheuses.

Cela ne devait se passer comme ça.

Il invoqua toute la puissance de son balai, couché contre le manche, afin de gagner le plus de vitesse possible.

James Potter, de son côté, arrivait lui aussi en vue de l'arbre. Mais où étaient-ils tous ? Il n'entendait aucun aboiement de chien ou hurlement de loup. Ce serait-il passé quelque chose ?

Lorsque l'arbre s'immobilisa soudain, James cessa d'écouter et se focalisa sur la base du tronc. Contrairement à ce qu'il imaginait, ce n'était pas ses amis qui en sortaient, mais quelqu'un qui y rentrait.

Le vent tourna et apporta à ses naseaux de cerf une odeur acre de potions et de transpiration. Sa mémoire olfactive lui fit faire le lien avec une personne qu'il n'aurait jamais imaginé trouver ici à cette heure.

- « Rogue ? »

Un jappement amusé lui fit tourner la tête vers le jeune chien à ses côtés. Sirius était seul. A sa façon de remuer la queue, James comprit qu'il était tout excité par quelque chose.

Lui par contre s'inquiéta beaucoup plus. Comment se faisait-il que Sirius se trouve dans le parc, seul et observant tranquillement Rogue en train de….

Sirius n'aurait quand même pas fais ça. Il était quand même assez mature pour ne pas avoir laissé Remus seul pour le simple plaisir d'aller gambader.

Non….

C'était encore pire. L'esprit humain dans la tête de cerf comprit rapidement. Sirius savait que Remus était seul. Il savait que Rogue s'engouffrait dans le passage secret. Et il laissait volontairement les choses en l'état. Il en riait.

Alors James courut, comme il n'avait jamais couru, sur ses quatre pattes. Rogue était peut-être un salaud, une sale fouine et un futur mangemort. Mais ses parents lui avaient inculqué le respect de la vie. Et lui, un Potter, ne pouvait pas laisser quelqu'un de son âge, fut-il une ordure, tomber nez à truffe avec un loup-garou déchaîné.

Il se transforma en pleine course et redevint humain juste à temps pour s'engouffrer dans le passage secret.

Au loin, il entendait des bruits de pas qui s'éloignaient. Mais il entendait aussi le bruit d'une respiration puissante. Et il ne se faisait aucune illusion sur la créature qui respirait aussi fort.

Alors, il agit sans réfléchir. Se jetant en avant, il parcourut la distance le séparant de Rogue en quelques secondes. Puis, il se jeta sur lui pour l'empêcher d'avancer.

- « Arrête Rogue, n'avance pas plus loin. »

Le Serpentard se dégagea brutalement.

- « Alors c'était vrai. » Cracha-t-il. « Vous vous réunissiez vraiment dans cette baraque en ruine pour mettre en œuvre vos blagues d'immatures ? »

- « C'est pas le moment d'en parler. Il faut qu'on sorte de là. » Eluda James qui cherchait à le tirer vers la sortie.

- « Oh que non ! Je tiens peut-être la preuve de ce que je soupçonne depuis des années. On verra si vous pourrez vous en sortir après ça. »

Potter grogna. « Tu pourrais pas te la fermer, bordel ? Tu vois pas que je suis sérieux là ? Ecoute tu pourras me traiter de tous les noms, je m'en fous, mais sortons d'abord de cet endroit. »

- « Je crois surtout que tu essaie de m'empêcher de découvrir le pot aux mandragores. Alors je… »

Il s'interrompit lorsqu'un rayon rouge le toucha au niveau de l'épaule et l'assomma.

- « Tu me pardonneras, Severus Rogue, mais sur le coup je suis d'accord avec James. Tais-toi un peu. »

Tout en se faisant la réflexion que c'était la deuxième fois qu'il assommait Rogue dans la Cabane Hurlante, Harry s'avança vers son futur père, soulagé de le voir indemne.

- « Allez, je vais t'aider à le traîner dehors. Il faudrait pas que Remus nous surprenne. »

James sursauta.

- « Tu….tu étais au courant ? »

- « Quoi, il ne vous l'a pas dis ? » S'étonna Harry tout en soulevant Rogue par les poignets. « J'aurais cru pourtant. »

Ils avaient commencé à faire quelques pas lorsqu'un hurlement retentit. C'était le cri bestial d'une créature affamée qui sentait des repas potentiels s'aventurer sur son territoire.

Presque simultanément, une forme colossale se dirigea vers eux, poussant des grognements et cherchant à s'extraire du tunnel.

James pâlit.

- « Oh non ! Le couloir est trop étroit pour que je puisse me transformer » Songea t-il fiévreusement. « Nous sommes perdus. »

A cet instant, les événements se précipitèrent brutalement. Il vit Harry Ignotus se placer devant lui dans un geste sans équivoque. Il voulait le protéger.

Dans le même temps, Harry leva sa baguette et le visa. Un curieux sourire aux lèvres.

- « Expulso ! »

Le sort les projeta en arrière, Rogue et lui, à l'instant précis où le loup bondissait, les crocs en avant. Violemment propulsés, ils évitèrent la blessure maudite de justesse.

Mais ce ne fut pas le cas d'Harry. La mâchoire se referma sur son bras lui faisant pousser un cri de douleur.

« Va-t-en ! »

Tétanisé, James s'obligea à attraper Rogue et le tirer de toutes ses forces hors du tunnel. Au passage, il appuya sur le nœud du tronc et immobilisa le Saule Cogneur.

Une fois arrivé dans une zone sûre, il déposa Rogue sur l'herbe.

Sirius arrivait, toujours sous sa forme canine. Il se retransforma en humain puis s'apprêta à dire quelque chose devant la forme avachie du Serpentard.

Et le poing de son meilleur ami lui rentra dans la mâchoire avec suffisamment de force pour le faire tomber.

Jamais le jeune Black n'avait vu son ami aussi furieux. Ses dents étaient serrées, et ses yeux lançaient des éclairs.

- « Sirius, tu n'es qu'un abruti complètement con et irresponsable. » Rugit James. « Est-ce que tu te rends compte de la gravité de ce que tu viens de faire ? »

- « Mais… »

- « Ferme-là ou je t'en recolle une ! A cause de toi, nous avons tous failli y passer. Maintenant, tu restes là ! Je vais aider Ignotus à nous sortir de la merde où on est, et à le sauver par la même occasion ! »

Sans attendre une quelconque réponse, il se jeta à nouveau dans le tunnel.

Tunnel

Cette blessure était atroce. La morsure lui brûlait littéralement le corps. Pire, l'énorme loup semblait se délecter du sang. Il n'avait pas relâché ses crocs.

Alors, Harry sut qu'il fallait agir vite. Sans quoi, il partagerait probablement cette cabane avec la peluche qui lui arrachait présentement l'avant-bras.

Il se transforma en Faucheur. Sa peau blanchit brutalement et ses yeux noircirent. Aussitôt, le loup-garou ouvrit la gueule et se recula brutalement en poussant des couinements de douleur. Apparemment, le sang de Faucheur lui causait une sensation terrible.

Dans le même temps, Harry vit avec horreur son bras disparaître en fumée noire dans une douleur qui manqua de le faire s'évanouir. Quelques gouttes d'un liquide jaune orange coulèrent sur le sol.

Harry en déduisit que cela devait être la salive contaminée du Loup-Garou devant lui. Apparemment, elle avait suintée de son corps.

- « L'enzyme lupine ne peut pas te contaminer sous forme de faucheur, jeune Harry. Pas plus que la salive des vampires. » Fit une voix bien connue.

La silhouette encapuchonnée fit son apparition.

- « Imprudent, suicidaire et fidèle envers tes proches…..quand cesseras-tu de jouer avec la Mort, jeune Harry ? »

- « Quand on était dans les Limbes, je crois me rappeler que tu m'as dis que cette fois j'aurais ta bénédiction ».

- « Et insolent en plus. Je savais bien que tu me répondrais ça. » fit la Mort avec un sourire indéchiffrable.

Elle passa son doigt sur le moignon de Harry. La fumée réapparut et se solidifia pour donner à nouveau un bras normal.

- « Flippant comme nouveau pouvoir. » Siffla le jeune homme. « Mais vraiment génial. Avec ça, la feinte de Wronsky va pouvoir être améliorée…. »

Et, comme souvent, la Mort changea diamétralement de comportement. Lorsqu'elle reprit la parole, c'était avec une voix si glaciale et effrayante que le Loup, derrière eux, se terra au sol en gémissant de douleur.

- « Je suis peut-être patiente, jeune Harry James Potter. Mais ne te montre pas trop gourmant ! N'oublie jamais ce que je t'attend de toi ! Et à quel point cette mission nécessite tout ton engagement et tes capacités. »

Puis, tout aussi soudainement, toute la tension retomba lorsqu'elle lui frotta gentiment le cuir chevelu.

- « Mais je dois dire que je t'apprécie de plus en plus, cher Harry » Lui déclara-t-elle avec douceur.

Toujours perplexe par cette multitude de personnalités, Harry s'empressa de changer de sujet.

- « Que va-t-il arriver à Remus ? Il a bu mon sang sous forme de Faucheur…. »

- « Les aléas de la Vie sont toujours indéchiffrables…..sauf pour moi. Allez salut ! »

Elle disparut en laissant un Harry ahuri et un Loup-garou recroquevillé au sol.

- « Merci pour le renseignement, hein ! Et depuis quand elle dit salut en partant ? Elle fait dans le moderne maintenant ? »

En se retournant, il avisa James qui le regardait avec des yeux ronds.

- « Hey, James. » fit-il comme si de rien n'était.

- « Tu…tu parlais avec la Mort….tu avais la peau blanche…tu… »

Harry eut un sourire narquois.

- « Tu peux parler, toi. En quoi est-ce que c'est pire que de marcher à quatre pattes, de brouter de l'herbe et de porter des espèces de branches sur la tête ? »

Toujours estomaqué, le jeune Potter ne répondit pas. Il continuait à le dévisager d'un air déboussolé.

Harry soupira. « J'étais pourtant certain que Remus vous aurait tout raconté sur moi. Apparemment pas… ».

Il se tourna vers l'énorme loup qui le dévisageait avec un étrange regard. Un regard….presque humain.

Est-ce que ce serait possible que mon sang….

- « Remus, est-ce que tu nous comprends ? »

L'animal mythique l'observa avec une étonnante attention mais ne semblait pas avoir saisi le fond de son propos.

Alors Harry se tourna vers James.

- « Tant pis pour mon secret alors…. »

Il se retransforma en faucheur, faisant bondir James en arrière. Puis il s'adressa au Loup dans une langue qui fit frémir l'unique spectateur.

- « Je sais que tu me comprends, Loup. Remus et toi avaient avalé mon sang. Il est possible que cela vous ait atteint d'une façon ou d'une autre. Pourrais-tu me dire si…. »

Il s'interrompit soudainement lorsque le corps massif se mit à se tordre. Et à la grande surprise des deux jeunes gens, l'animal laissa place à l'humain.

- « C'est impossible. » Murmura James en se précipitant. « Nous sommes encore en pleine nuit et il est revenu à sa forme normale. Il est guéri ? »

Harry secoua la tête tout en reprenant lui-même son apparence humaine.

- « Non. L'âme du Loup est toujours en lui. Je la sens. Mais elle est différente d'avant. Je ne saurais l'expliquer. Il faudra demander à Remus ce qu'il ressent quand il se sera réveillé. »

Cela rappela quelque chose d'important à James.

- « Comment ça se fait que tu ne sois pas sensible à la morsure d'un Loup-Garou ? » Demanda-t-il soudain à Harry.

Ce dernier haussa les épaules. Il ne pouvait que spéculer.

- « Dans la mesure où je parle le lupusbabil et que les Loups craignent ma présence, ça doit vouloir dire qu'ils ne peuvent pas vraiment m'attaquer…. »

Puis.

- « Sortons. Rogue va se réveiller. »

Ensembles, ils soulevèrent Remus, toujours inconscient et sortirent du Saule Cogneur. Sirius et Peter (qui n'était pas là tout à l'heure) étaient assis non loin de Rogue, allongé au sol.

James lança un regard noir à son ami avant d'observer le Serpentard.

- « Comment on va faire ? Dès qu'il va se réveiller, il va tout balancer aux professeurs et on sera mal. »

- « Je pense que Dumbledore vous aurait pardonné. » Répondit Harry qui se rappelait ce qui s'était passé à son époque. « Mais je pense qu'il y a moyen de régler ça différemment. »

Il pointa sa baguette sur la tête de Severus Rogue.

- « Oubliette » prononça t-il distinctement.

Devant le regard des autres, surtout de James, il entreprit de s'expliquer.

- « Ce n'est pas un acte de cruauté. C'est de la compassion. Je lui évite de passer ses nuits à s'interroger sur ce que tu ne voulais pas qu'il voit. Imagine s'il passait le reste de sa vie à vouloir se venger violemment. Laissons-le croire que tu es toujours le même et que rien a changé depuis hier. »

- « Mais, s'il a totalement perdu la mémoire, quelqu'un risque de s'en apercevoir, comme Dumbledore. »

Harry fit un geste de dénégation.

- « J'ai réussi à faire oublier un moment très précis à tous les Serpentard. Même Dumbledore n'a pas pu remarquer la manipulation. C'est lié à certains….talents héréditaires, disons. »

Il échangea un regard entendu avec James. Ce dernier finit par acquiescer.

- « Je pense que ce serait mieux que Rem' se souvienne de tout, lui. » Ajouta t-il.

Harry fut d'accord. Ce serait sans doute dur pour le jeune homme, mais il en ressortirait plus fort. Et peut-être dans un état différent ?

- « Allez, remettons-le dans la cabane, histoire que Mme Pomfresh ne remarque rien. Et rentrons au château. »