Voici, chères lectrices, chers lecteurs, la suite et la fin de cette fic. J'espère qu'elle vous plaira, vous fera hurler de joie, de douleur, de frustration ou de satisfaction tout autant que j'ai pris plaisir à l'écrire.
Bonne lecture.
- Tu es prête ? demande Lily en chuchotant.
Aoki hoche simplement la tête. L'humaine ne s'en formalise pas. Ça fait bientôt huit mois que la petite fée ne prononce plus un mot. Depuis que Merli n'est plus là, elle est revenue à un langage plus primitif. Le même qu'elle utilisait constamment les jours qui ont suivis leur rencontre : des sons stridents et des mouvements d'ailes.
Tout ceci, Lily a du patiemment s'y faire de nouveau. Non pas que les intentions de la petite créature soient difficiles à décrypter, mais communiquer avec des mots lui manque. Aoki a perdu un peu de l'humanité que Lily lui attribuait jusqu'alors. D'autant plus qu'elle a pris l'habitude de lui ramener à la fenêtre des carcasses à demi-dévorées de petits animaux. Rien de très ragoûtant.
Une scène l'avait marquée longtemps, assez pour qu'elle se remémore sans effort tous les détails. Un papillon était venu se perdre dans la chambre en début d'automne, en quête de chaleur. Lily les laissait habituellement tranquilles, ils mourraient soit de froid à l'extérieur, soit de faim à l'intérieur. La fin était la même quelque soit le choix opéré.
Mais il y avait eu un bruit sifflant, agressif et extrêmement désagréable. C'était Aoki, alors perchée à la tête du lit, qui toisait l'insecte avec ce que Lily avait reconnu comme une terreur et une haine indicibles. La fée avait alors bondi, cherchant à saisir le papillon qui s'envolait à chaque assaut. S'en été suivie une course poursuite absurde entre un papillon perdu, une fée inutilement en rogne et Lily qui voulait connaître les raisons d'une hargne aussi soudaine.
Elle avait réussi à attraper l'insecte dans une main et Aoki dans l'autre malgré les griffures qu'elle lui infligeait aveuglément.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait ?
Elle avait commis l'erreur de rapprocher l'un et l'autre. Aoki avait rageusement mis l'insecte en pièces dès qu'il fut à sa portée. Lily n'avait pu que les lâcher tous les deux et observer la petite fée réduire les restes en bouillie. Elle s'était alors souvenu, le cœur serré, que c'était Merli qui apportait les papillons à sa petite sœur incapable de les chasser en vol.
Si aucun incident semblable ne s'était produit, la rage d'Aoki à ce moment là avait choquée la blonde.
Elle craignait alors de la voir s'envoler un jour et ne jamais la voir revenir le soir pour se blottir au milieu de l'amoncellement de tissu qui lui servait de lit dans un tiroir de la commode. La fée était toujours revenue.
Et aujourd'hui, c'est Lily qui s'apprête à partir.
Elle a du trouver un prétexte pour expliquer à sa mère sa décision de prendre une année sabbatique. Etrangement, elle s'était heurtée à peu de questions et de conditions. Ça n'avait rendu la décision que plus compliquée à vivre, avec l'impression pesante de mensonge qu'elle donnait à sa mère. Sans Aoki et son expression désormais habituellement triste, elle n'aurait jamais réussi à se décider.
Les huit mois passés ont servi à regrouper assez d'argent pour tenir les quatre suivants sans se prendre trop la tête. Lily a enchaîné les petits boulots sans réellement compter, pendant qu'Aoki furetait de-ci, de-là. La blonde a d'ailleurs remarqué tout un tas de bric-à-brac dans le tiroir que la fée a absolument tenu à emporter avec elles. Le tout rentre dans une vieille sacoche que Lily a l'habitude de porter en bandoulière.
A l'heure actuelle, elle doit se trouver dans la soute avec sa valise. Ce sont ses bagages, en plus de son sac à dos. Heureusement qu'Aoki voyage léger. Elle n'a besoin que de quelques vêtements de poupée que Lily a fait faire sur mesure par un artisan du village voisin qui tient également une brocante. La jeune femme n'a pas pu s'empêcher de craquer pour une vieille boussole aux motifs travaillés. Aoki a longtemps fait tourner son aiguille aimantée une fois ramenée dans la chambre de Lily. L'objet est aussi fourré dans la sacoche noire.
Lily inspire un grand coup avant de retirer sa veste et de la poser dans un bac sur le tapis roulant, de même que son sac à dos et son foulard. Son t-shirt est assez large pour qu'Aoki se tienne dessous, collée à sa peau. Elle ne sonne pas au portique et se rend compte qu'elle avait cessé de respirer pendant quelques secondes. Aoki pulse comme un cœur contre sa poitrine sans qu'elle ne sache si c'est à cause d'une angoisse réelle de se faire repérer, ou bien s'il s'agit du reflet de sa propre peur.
Elle remet sa veste en vitesse, en tâte les poches pour s'assurer de la présence de son téléphone portable et son portefeuille, renoue son morceau de ciel autour de son cou et saisit vivement une bretelle de son sac.
- On est à peu près tranquille pour une demi-heure encore, murmure-t-elle.
Aoki passe la tête par son col pour observer les allées et venues des voyageurs qui patientent pour un avion. Lily lui en montre un au travers de la vitre.
- On va monter là-dedans, lui explique-t-elle. Et on va voler jusqu'à l'autre bout du pays.
Aoki se souvient vaguement que Lily lui a montré des cartes, qu'elle lui a raconté qu'elles suivraient la direction de la boussole qui indique tout ce qu'elle veut sauf le Nord. Lily a dit que c'était de sa faute si elle tournait constamment en rond et Aoki ne fait rien pour démentir. Peut-être qu'à force de faire tourner l'aiguille en rond en se disant qu'elle la mènerait à Merli, elle a un peu enchanté l'objet. Juste un peu.
La demi-heure passe lentement et voilà que Lily suit la file de personnes qui la mène à l'avion. Aoki a l'impression d'être dans une boîte. Immense certes, mais grouillante d'humains, ce qui lui donne une impression désagréable d'oppression. Bien qu'ils ne lui aient jamais fait de mal, elle ne parvient à être à l'aise qu'avec Lily. Sans compter que la blonde semble être la seule à la voir sous sa forme de fée. Aucune d'entre elles ne sait vraiment pourquoi et comment c'est possible, et pour tout dire, elles s'en moquent. Aoki se cache suffisamment bien contre Lily pour n'attirer aucune question, aucun regard.
L'avion se met en branle dans un bruit assourdissant de moteurs et de turbines. Lily sent Aoki qui tremble contre elle et lui tend un doigt auquel elle s'agrippe fortement. Les décollages ne lui ont jamais parus agréables. Le changement d'horizontalité lui donne une nausée qui dure une paire de minutes, ses oreilles sont bouchées et sa mâchoire lui fait mal. Ça ne durera pas, elle le sait. Pendant une seconde, elle se demande si Aoki ressent la même chose.
Lily tente de trouver une position plus confortable dans son siège, l'homme à sa droite se décale un peu avec un sourire poli afin qu'elle puisse tirer sa veste et s'en recouvrir comme d'une couverture.
Le voyage ne dure pas longtemps, mais la nuit est proche. La jeune femme se demande si elle verra les étranges créatures qui traînent le voile du ciel derrière eux, inlassablement. Ils n'ont toujours pas de nom réel à ses yeux et n'en auront sans doute jamais. Ils resteront ceux qui amènent la nuit.
Ils volent maintenant au-dessus des nuages, là où se découpe un soleil flamboyant. La vue la saisirait toujours. Aoki doit le sentir car elle passe la tête par le col de son t-shirt pour observer par le hublot. Elles contemplent, silencieuses, le coucher de soleil par-delà quelques nuages.
De longs instants passent sans que rien ne soit visible à l'horizon alors que la luminosité baisse. Lily sent son cœur se serrer. Le foulard à son cou adopte des teintes de bleu de plus en plus sombre. Elle pousse un soupir en se rendant compte que le ciel restera vide. Pourtant, elle a cru qu'avec Aoki à ses côtés, elle verrait de nouveau la nuit recouvrir le monde, guidée par les étranges créatures. Comme la fois où elle a touché le ciel.
A croire qu'avec Merli, c'est un peu de la magie qui a disparue aussi.
Puis comme la dernière fois, c'est Aoki qui la sort de ses pensées en tirant une mèche de ses cheveux. Lily se sent brusquement plus légère, comme si elle sortait de l'eau. Elle prend une grande inspiration et regarde. En se collant au hublot et en levant les yeux, elle les voit passer par-dessus l'avion. Ils avancent en formation rangée, serrés comme dans son souvenir. Revoir ceci lui fait monter les larmes aux yeux.
Aucun autre passager ne réagit et la jeune femme sait alors qu'elle est la seule à les voir.
Un sourire se dessine doucement sur ses lèvres. La voilà rassurée.
La magie est toujours là. Il y a une étoile là-haut, rien que pour elle. Et Merli le sera bientôt elle aussi.
A suivre...
Ben oui, j'allais pas vous laisser là comme ça quand même ! L'histoire continue. Mais elle prend un grand virage et je préfère publier la suite à part, afin de bien différencier les deux parties du récit. On va retrouver l'univers d'un de mes one-shots qui mérite également une suite à mes yeux. Je ne dis pas lequel, ce serait gâcher la surprise.
Le lynx est tout content de remercier celles et ceux qui l'ont suivi sur Les fées logiques. Pitouyou, Rosyah, Chiaki et Oshima Ayame. Et il espère tous vous revoir, même ceux qui ont pas laissé de traces ailleurs que dans les stats du site. Je ne mords toujours pas :)
