PDV James
J'entends quelque chose toquer quelque part au loin. Pourtant, on est quatre dans un wagon du Poudlard Express. Je regarde par la fenêtre et une jeune Lily me demande ce qui se passe. Je m'apprête à lui répondre lorsque le bruit recommence.
Toc toc toc.
Je lui dis que ça m'énerve un peu mais le jeune Sirius me regarde étrangement.
-James, il n'y a pas de bruit pourtant.
-Mais oui, puisque que je vous le dis !
-Je ne me sens pas bien…
On tourne tous la tête vers un jeune Remus qui est pâle et dont les poches sous les yeux sont mauves. Me vient à l'esprit qu'on est un soir de pleine lune. Il se transforme en loup garou et s'attaque à nous…
Toc toc toc.
Je grommèle. Une faible lueur traverse mes paupières closes. J'ai encore fait un cauchemar…
Toc toc toc.
C'est énervant ce bruit !
Je me lève d'un coup, créant une baisse de pression qui me donne le tournis. Lorsque mes sensations sont rétablies, je vois la source du bruit : une chouette à la fenêtre. Je la reconnaîtrais n'importe où, c'est celle de mes parents.
La lettre qui m'est destinée est courte et précise. Ma petite sœur a encore eu une infection et sa maladie s'aggrave. Rares sont les gens à Poudlard qui savent que j'ai une petite sœur. Elle aurait l'âge d'être en troisième année mais sa santé est beaucoup trop faible. Lorsqu'elle reprend un peu de force, mes parents lui mettent un tuteur à disposition. Elle n'est donc pas inculte mais aurait beaucoup de misère à passer les examens que j'ai.
La chouette familiale n'est pas partie. Je lui demande de laisser la lettre sur mon lit pour que mes colocataires la voient. Je pars déambuler dans les corridors.
Ce qu'il y a de bien avec l'hiver, c'est qu'à six heures, il fait noir complet. Je déambule donc vers le septième étage. Clara va encore moins bien que d'habitude. Son corps n'est même pas capable de se débarrasser d'un petit microbe banal. L'énigme de Lily m'énerve. J'en ai marre de ma casser la tête. Si au moins quelqu'un m'aidait, moi !
Je m'accote dos contre un mur et me laisse glisser en position assise. Je sens qu'un mal de tête se prépare à force de penser sans arriver à une conclusion. Je devrais arrêter de me casser la tête. Je devrais arrêter de jouer aux devinettes. Je perds toujours au bout de la ligne alors à quoi bon…
J'entends des bruits se rapprochant de moi. Je dirais qu'il est six heures et demie alors qui se trouvent dans les couloirs si tôt ?
Lily…
-Tu es toujours hors de ton dortoir, toi…
Elle s'approche de moi.
-Ça ne te regarde pas.
-Laisse-moi mettre une chose au clair. Ce n'est pas parce que tu veux m'ignorer que je vais t'ignorer. Ça faisait parti du pacte lorsque tu as accepté d'être mon amie.
-Et je regrette, siffla-t-elle d'une voix froide.
-Trop tard quand même, subi mon amitié. Si c'est si détestable, tu n'as qu'à te jeter en bas d'un pont !
Je suis sur les nerfs ce matin, elle n'a pas choisi son moment.
-Tu veux vraiment que je me tue ?
Elle a l'air pessimiste.
-Bien sûr que non ! Mais moi, je vais continuer à vivre en te considérant comme un être proche alors tes sarcasmes, tu te les gardes. Je veux mon câlin d'à matin.
D'accord, je viens de pèter ma coche. Ce n'est pas trop long habituellement et, justement, c'est déjà fini. Mes bras sont tendus. J'ai beau être assis et elle debout, elle n'en mène pas large.
-Arrête d'avoir peur et viens ici !
Elle s'assoit à côté de moi mais garde un peu ses distances.
-Non, non, mes bras, mon câlins !
Elle me trouve drôle. Elle se penche vers moi et me prend dans ses bras. Je la sers fort.
-Bien, maintenant que cette étape est passée, comme ça va en ce beau petit matin ?
-J'avais de la misère à dormir et tu n'étais plus dans la salle commune. Tu sais, là où tu m'as dit que tu allais rester pour m'attendre !
-Oui, désolé. J'avais besoin de penser un peu.
-Alors dis-moi ce qui a perturbé ton beau petit matin.
-Ma sœur.
Elle se recule légèrement, surprise.
-Tu as une sœur ?
-Oui, et sa santé est très fragile. Je suis content de ne pas encore être enfant unique mais je me dis que ce n'est qu'une question de temps.
Elle écarquille les yeux. Je n'y vais pas tout en douceur ce matin mais il n'y a pas trente-six mille façons de dire les choses. En plus, je me sens las.
-Elle est encore dans un moment de faiblesse. À partir de là, nous avons deux choix. Soit tout se replace et elle va bien pour deux semaines, soit elle est trop faible pour combattre. Elle est géniale quand même. Si je pouvais, je te la ferais connaître, tu l'adorerais.
-Si tu le dis, je n'en doute pas.
Je soupire et pose ma tête si lourde sur son épaule. Elle se fige mais passe son bras derrière ma nuque pour me jouer dans les cheveux.
On reste comme ça pendant un instant. Mon calme reprend le dessus mais je suis bien là. Étrangement, le mal de tête persiste sauf qu'il ne fait plus parti de mes préoccupations. En plus, Lily a accoté sa tête sur la mienne.
-Je t'aime.
J'ai chuchoté pour ne pas briser le moment et ça semble avoir marché. Elle sourit.
-Moi aussi, je t'adore. C'est juste un peu dur d'être près de toi mais j'apprécie quand même.
-Rassurant de savoir que ma présence est toujours acceptable.
Je me frappe mentalement. Bien sûr, aimer est un verbe qui peut être interprété de diverses manières. Par exemple, il y a aimé d'amour mais il y a aussi aimé comme apprécié, comme dans l'amitié… Ça n'empêche en rien qu'un sentiment de déception se répand en moi.
PDV Lily
Je souris faiblement. S'il savait à quel point ces mots me font mal…
Aimer a plusieurs sens : aimé comme des amoureux, aimé un ami donc l'apprécié…
- Moi aussi, je t'adore. C'est juste un peu dur d'être près de toi mais j'apprécie quand même.
-Rassurant de savoir que ma présence est toujours acceptable.
Il sourit bêtement mais ses yeux sont vides.
-Tu voulais me voir ?
-Hein ?
-Tu me cherchais dans la salle commune…
-Oh, eh bien je voulais juste parler…
-Et je serais encore en train de dormir si la chouette ne m'aurait pas réveillée.
-J'aurais attendu et me serais peut-être endormie entre temps, qui sait…
Il me regarde attentivement alors j'essai de réprimer un bâillement. Oui, je voulais dormir. J'ai juste de la misère avec mon sommeil ces temps-ci alors je me réveille encore fatiguée.
-Alors, on va se la faire cette sieste ?
-De quoi tu parles ?
-Tu as besoin de dormir et je suis toujours bien sur les fauteuils de Gryffondor…
-Alors…?
-Alors, on va dormir un peu pour finir notre nuit ?
-Pourquoi pas ?
On se lève en s'étirant.
Il s'écrase dans un grand fauteuil moelleux comme une baleine qui s'échoue sur la rive en laissant de la place puis dépose ses lunettes sur le rebord. Le divan est plutôt large, je trouve. J'en cherche un des yeux qui serait à ma taille.
-Tu viens ?
-Quoi, avec toi ? Non merci.
-Lilz…
-Et si les autres descendaient ?
-Qu'est-ce que ça change ? On peut très bien dormir sur le même fauteuil. En plus, on est ami et tu les vois vraiment nous juger ?
J'avoue… Alors je m'assoie au centre des coussins. Il ferme les yeux. Sa respiration se calme déjà. Je m'étends à mon tour. Je me retourne vers lui en me recroquevillant. J'ai un peu froid mais je ne veux pas le réveiller en me levant. En essayant de trouver une position confortable, je frôle sa peau. Elle est si chaude… Je me rapproche de lui en quête de chaleur. Le sommeil me gagne tranquillement. Je dépose mon bras sur son ventre, encore plus de surface de contact. Je suis si bien comme ça…
PDV James
Je reprends tranquillement conscience. C'est toujours comme ça lorsque je dors bien, malgré ce mal de tête qui ne me lâche décidément pas. Je ressens mes sens se réveiller l'un après l'autre. Ça crée une sorte de quiétude. Donc ce matin, l'odorat est le premier à se manifester. Une odeur particulière mais pas méchante du tout est présente dans l'air. Je dois avouer que je l'aime bien…
Le gouter… Je ne goute rien. Mes papilles doivent attendre leur déjeuner… Ah, l'estomac confirme. Mais mon ventre est sous un poids. Mon toucher perçoit aussi des filaments sur mon visage. Légers et très doux mais présents quand même. Si Sirius et Remus me joue encore un tour, je vais leur en faire voir de toutes les couleurs.
Je commence à entendre une respiration lente et profonde, tout près de moi. Il ne reste que la vue pour me permettre de comprendre ce qui se passe. J'ouvre les yeux.
Je ne porte plus mes lunettes alors je vois flou, mais je devine une forme sur le même matelas que moi… Non, ce n'est pas mon matelas de lit et ces cheveux roux ne sont qu'à une personne. Je cherche mes lunettes à tâtons pour les mettre sur mon nez pour être sûr. Comment ça se fait que j'ai dormi avec Lily ?
Elle dort encore. Durant son sommeil, elle a posé son bras sur mon torse. Si je n'étais pas au courant de la situation, je dirais qu'elle est subconsciemment possessive. Pourquoi je pense à ça, moi ? Je ne devrais pas me le permettre… Mais j'ai déjà un sourire aux lèvres. Je n'en peux plus de la situation, d'elle qui donne l'impression d'être bipolaire… Il faut que je fasse quelque chose. Je sais à l'avance que je vais le regretter mais quand même…
-Hey, Lily…
Je chuchote. Tant qu'à la réveiller, aussi bien le faire le plus doucement possible.
-Lillyyyy…
Elle grogne légèrement. Je ne peux m'empêcher de sourire encore plus. Elle tient autant que moi à son sommeil. Je caresse un peu sa joue pour insister un peu plus.
-Lily jolie, réveille-toi.
Je me frappe mentalement en me figeant. Pourquoi est-ce que j'ai dit ça ?
-James, arrête.
Elle ne m'a pas appelé Potter, elle ne m'a pas frappé ni crié après… Il y a vraiment eu un changement chez elle ! Oh, et puis tant qu'à être mort, autant avoir une vraie raison…
-Pourquoi, mon ange ?
-Parce que ces surnoms m'énervent.
-Alors tu préfères quoi ? Parce que j'aime bien dire Lily jolie ou mon ange ou ma belle…
-Quand même…
Ses yeux sont toujours fermés. Est-elle seulement consciente de ce qu'elle dit ? Elle ne m'a même pas démenti une seule fois la possibilité qu'elle soit mienne. Et je suis encore en vie, à ma plus grande surprise.
-Ma Lily, tu es réveillée ?
-Non.
-J'ai cru remarqué ça.
Elle se rapproche de moi et resserre sa prise. Mon cœur bat si fort qu'il va la réveiller. Jamais, au grand jamais, elle n'aurait agit de la sorte il y a un mois. Elle se serait levée d'un coup, m'aurait crié après, m'aurait sûrement frappé et serait partie comme une folle dans son dortoir ou dehors. Mais là, elle se rapproche ?
-Comment ça ?
-Parce que depuis tantôt, je t'appelle ma Lily ou mon ange et tu ne réagis pas. Tu ne me rejette pas et tu t'es même collée à moi.
Elle ouvre les yeux. Je viens de faire le déclic dans sa tête. Mon mauvais quart d'heure commence.
-Tu quoi ?
Elle lève les yeux vers moi. Ce qui est étrange, c'est que je n'y vois pas de démence qui précède nos vieilles disputes. On dirait qu'elle est heureuse en plus !
-Je… Je t'appelle ma Lily…
Je suis trop bouleversé pour faire autre chose que bégayer. Son ton de voix était léger et joyeux. Elle est vraiment de bonne humeur.
-Et tu le penses ?
Elle m'inquiète sérieusement là. Cette joie qui la submerge, c'est de l'espoir. Elle souhaite que je l'appelle Ma Lily ? Impossible !
Un instant, je crois avoir compris. Je suis dans un rêve.
-Eh merde. Lily, tu peux tasser ton bras ?
Elle s'exécute après un moment. Je n'ai pas le choix.
-Merci. Au revoir.
Je monte dans mon dortoir. Mon stupide cerveau n'est pas capable de profiter d'un beau petit rêve, il doit me rappeler que rien n'est réel et que je vais souffrir encore plus lorsque je vais me réveiller. Il m'envoie en plus une migraine pour faire passer le message.
