Deuxième partie : Enquête, princesse et complot
Ça y est. Bill Hawks, le grand, vient de donner plus ou moins sans s'en rendre compte un pouvoir infini à l'Inspectrice qu'il hait pourtant de tout son cœur.
Célie arpenta la pièce à grands pas, affichant une moue concentrée qui dissimulait parfaitement son large sourire intérieur.
Exactement comme c'était prévu, elle lui en a dit le moins possible, et a enfoncé le doigt dans son point faible, ce besoin de tout contrôler recouvert d'une épaisse couche d'orgueil mais surtout de colère, d'une irritation qui se déclenche au quart de tour. Alors ce serait si facile, de manipuler un maître politique ? Pff. À côté d'un dirigeant, qu'est-ce qu'un criminel pourrait avoir de bien méchant ?
Mais même Célie Warrione ne pouvait le nier : Clive était plus qu'un vulgaire criminel.
Et si face à cette perspective glaçante, Célie restait stoïque, la police tremblait à cette idée.
Au moment où elle sortit de sa réflexion,par un demi-tour énergique sur lui-même, ils sursautèrent tous. Alors qu'un ou deux bondirent immédiatement pour la saluer avec respect, la majorité des officiers baissèrent la tête.
Le Premier Ministre était le dieu des dieux sur l'échelle de la hiérarchie; ses ordres passaient logiquement avant ceux de n'importe quel supérieur. Et ces derniers jours, sa désapprobation envers Célie était flagrante. Fallait-il vraiment obéir à l'Inspectrice, qui le consultait à peine ? Elle était imposante...mais pas invicible, non... ?
Célie les réveilla d'un bruit d'ongles aiguisés sur le mur et leur lança un premier regard, chargé de sens. C'est à la suite de ce regard, triomphant et dominateur, mais, surtout, amusé, qu'elle répondit à toutes leurs questions : « Maintenant que votre maître s'est couché devant moi, petits toutous, avez-vous vraiment le choix...? »
« Professeur, Professeur, nous allons arriver en retard, vite! »
Le duo se dirigea vers le théâtre illuminé.
« Croyez-vous que nous verrons Janice ? » « Où sommes-nous placés ? » « J'ai trouvé un plan! » « Pardonnez-moi, Professeur, je cherchais les toilettes ! »
Depuis déjà une semaine, Luke Triton était surexcité à l'idée d'assister au spectacle, mais sa tension était arrivée à un pic dans la matinée.
A huit heures tapantes, sa sacoche remplie et le Professeur encore endormi, il s'était dirigé vers la salle d'eau, avait enroulé avec difficulté un nœud papillon autour son cou, méthodiquement revu la forme de sa mèche et opté pour quelques gouttes d'eau de Cologne dans le cou, faute d'autres atouts masculins à mettre en avant.
Au moment du coup d'oeil final dans le miroir, il s'était senti homme – gentleman - et, s'asseyant sur son lit, il s'était même étonné d'y trouver une peluche aux grands yeux doux.
Hershel Layton, un peu ignorant des enfants, ou au moins de leur quotidien et de leurs caprices, n'avait absolument pas vu venir ce manège. Peut-être n'avait-il pas été, lui, un garçon bien coquet, ou peut-être avait-il oublié ces années, mais toujours est-il qu'il était on ne peut plus dépasser par les préoccupations qui agitaient l'adolescent.
C'est à neuf heures, heure du thé matinal, qu'il s'était inquiété. A neuf heures et quart, son assistant ne l'avait toujours pas servi, et n'était même pas descendu. Luke était-il malade ? Exténué ? Amoureux... ?
Hershel avait conclu ses observations d'un soupir d'ennui à la pensée de la tasse fumante qu'il aurait tenue entre les mains si son assistant ne s'était pas entouré de tant de mystère.
Le London National Theater apparut.
Le Professeur Layton, en homme cultivé et sociable, s'était habitué à son aspect révolutionnaire, mais un cri s'échappa de la bouche de Luke : le bâtiment ,très élevé, recouvert presque entièrement de vitraux qui brillaient en rouge, jaune et vert, s'imposait dans la nuit noire.
Le plus étonnant était encore qu'il brillait de l'intérieur, sans qu'on puisse expliquer le phénomène et les lumières l'irradiaient tant de l'intérieur, que les volutes art nouveau de ses vitraux se trouvaient projetées sur la rue entière, déformées par les immeubles, renvoyées à l'infini.
La magie opérait déjà.
On avait étendu sur la façade et jusqu'à la porte principale une unique et gigantesque affiche, tout en couleur, sur laquelle apparaissait une femme en robe très longue, la bouche grande ouverte dans une position de chant, un miroir à la main à la mode médiévale.
Aux cheveux couleur feu de la belle dame, Luke reconnut sans doute possible Janice.
Le portail d'entrée, enfin, tout de fer forgé, qui se tordait en arabesques tarabiscotées dignes du lointain Paris, aspirait une foule de spectateurs, des groupes de tous âges qui semblaient arriver par vagues dans le bâtiments comme par enchantement, ensorcelés par la lumière tels des moustiques.
Il faut dire que le théâtre tout entier, du sol, carrelé, au plafond, délicieusement ouvragé, était si beau, si novateur qu'on s'y serait bien glissé par simple plaisir des yeux. Mais la consigne était stricte : on ne laissait passer que les gens de bon goût.
Layton lança un regard à Luke, avant de prendre les devants et de s'engager dans l'édifice avec un sourire. Il refusa de donner son chapeau au portier de l'entrée, mais confia au vestiaire son long manteau et le pull de Luke
Arrivés dans une longue allée intérieure parsemée de chandeliers dorés d'un luxe plaisant, on les guida jusqu'à la salle. Une troupe d'hommes et de femmes en robe de soirée les suivirent, et leurs rires, cristallins et insouciants, éclataient contre les boiseries du long couloir.
La première du spectacle promettait d'être grandiose. On disait que l'interprète était plus virtuose que jamais, que la costumière venait de fort loin et surtout que le bijoutier avait réservé sa meilleure pièce à l'opéra : sa dernière réalisation serait exposée, et on pourrait en faire le tour à son aise.
Le large groupe atteignit la porte centrale, la numéro 8, la seule porte à déroger à la règle du rouge carmin dans lequel sont habituellement tapissées les portes battantes des grands théâtres : celle-ci, la plus grande du théâtre, semblait-il, était entièrement dorée, et agrémentée de poignées en or massif.
Mais, remarquèrent au passage quelques mondains, « tout ici est trop beau pour intéresser les voleurs ! Ah ça, pour sûr !ils seraient trop impressionnés par tant de beauté, pour oser s'attaquer au moindre bouton de porte ! »
Et pourtant – si Layton avait su que c'étaient bien deux voleurs qui s'apprêtaient à infiltrer le London Theater...
Loin d'être de vulgaires filous, c'est deux grandes figures du crime qui allaient passer la grande porte. L'un d'entre eux était justement en train de glisser un scalpel dans sa poche, subtilisé aux regards par sa maîtrise habile de l'art du déguisement.
Layton nota une femme, vêtue d'une étrange casquette, qui marmonnait depuis quelques minutes des phrases incompréhensibles d'un air contrarié. Elle les remarque enfin et, dans sa confusion, bégaya longuement avant de pointer son insigne d'employée du théâtre du doigt, et d'indiquer une paire de fauteuils.
Le sens de la ponctualité exemplaire du Professeur leur laissait le temps de passer dans la salle qui attirait vraiment les regards, la salle qui abritait la Lune Agonisante, modeste salle d'exposition qui avait pourtant aujourd'hui le mérite de recevoir toutes les attentions.
Mise en valeur par tous les projecteurs, et un présentoir un peu trop extravagant et d'un rare exotisme, ils découvrirent avec émerveillement le bijou, dont la beauté était mise en plein jour.
La salle était noire de monde, et chacun y allait de son commentaire au sujet du collier. Les plus prosaïques des visiteurs négociaient des faveurs avec leur compagne en échange de la promesse de leur offrir un jour bijou d'une beauté égale, et « Inégalable ! » et « Merveilleux ! » fusaient sans retenue. On parlait même de « chef d'oeuvre », de « bijoutier aux mains d'or », de « jenesaiscombientième merveille du monde ».
La sonnerie rappela ce beau monde à leur place, et, aussitôt qu'ils furent installés, la lumière de la scène s'éteignit doucement. Alors qu'une musique s'élevait du parterre, la chanteuse apparut sur une plateforme en mouvement.
Janice s'avança sur le devant la scène, sous les lumières à présent éclatantes et colorées, symboles de l'excellence et du luxe attendus par son public distingué et capricieux. Les pans de son ample robe bleue, aux extrémités grises, étaient mariés à une courte traîne. Les longues manches lui descendaient au genou, pour se terminer sur les habituels bracelets signatures de Janice. Un clin d'oeil à son plus grand opéra, la Diva Eternelle, siégeait sur sa tête sous la forme d'une couronne. Pour compléter le tout, un corset, où s'entrelaçaient des motifs de roses et de ronces, entrelaçait son frêle buste.
Simple mais élégante, sa tenue seyait parfaitement son rôle, et coupait immédiatement le souffle. Si elle se mettait dans la peau de son personnage, on reconnaissait bien la personne de Janice dans cette figure gracieuse.
La cantatrice fit quelques pas en avant, puis s'abandonna à son opéra.
Le public attendait beaucoup de sa prestation. « La Princesse Oubliée », vieille légende héritée de l'Ecosse des châteaux, était connue de tous, mais encore jamais adaptée en la noble industrie du théâtre ou du chant - bien que l'intrigue surpassât celle de beaucoup de contes, bien plus ordinaires.
Janice interprétait le rôle de Lady Kateline, personnage principal de la pièce. Lady Kateline était l'héritière légitime des propriétés de Lord Suren, mais ce dernier avait une préférence pour son fils cadet, Sir George, et ne voulait, par honte, pas céder son domaine à une fille.
La pièce reposait sur la confrontation entre le désir du Lord de faire éliminer Kateline, et la volonté de vivre de celle-ci.
Faute de pouvoir la faire disparaître sans provoquer le scandale, Lord Suren choisit finalement de donner l'ordre à tous ses sujets d'ignorer Lady Kateline, de nier son existence. Le temps passant, et le peuple ignorant Lady Kateline, elle en devient invisible : plus aucun des sujets du Lord ne puit la voir. Seule, sa volonté de vivre malgré tous les obstacles l'empêche de disparaître à jamais.
La légende se termine sur une évocation glaçante de la fin de la vie de la princesse, qu'on dit hanter les châteaux sans avoir jamais pu être aperçue.
Janice enchaîna avec le deuxième acte, celui où Kateline évoque sa volonté de vivre.
'Future châtelaine je suis,
Disparue et ensevelie, je ne suis vue ;
Une reine dont on ne fait aucun bruit
Et dont le souffle ne paraît plus.Là, voilà ceque je nomme 'famille'
Attend de ma destinée !
Le pouvoir, les châteaux pour une fille?
Non, ils sont des biens qu'elle ne peut posséder !'
L'auditoire ne bougeait plus. L'art vocal de la cantatrice lui permettait un voyage aisé tantôt dans l'aigu, tantôt dans le grave. Ses expressions de visage subtiles représentaient fidèlement son personnage. Le public était enchanté par l'adaptation du conte, et les vers délicatement tournés amenaient l'oeuvre au rang de la perfection.
Le quatrième acte arriva à une vitesse extrême aux yeux des spectateurs – l'acte pendant lequel Lady Kateline, qui hante le château, désire se venger.
« Cette légende est vraiment bien adaptée, n'est-ce pas, Professeur... ? » chuchota Luke avec l'espoir que son mentor irait dans sa direction.
« En effet, Luke. Janice interprète remarquablement bien le rôle de lady Kateline. On ressent la puissance de sa volonté de survivre... Je suis enchanté de sa prestation. »
La diva, après quelques vers plus misérabilistes, eut une grimace. Ses gestes devinrent de plus en plus secs, crispés. Elle monta ses mains à la hauteur de sa gorge, les observa d'un œil fou, les fixa, puis releva la tête petit à petit :
« Mains que tout le royaume nie,
Ces mains que personne ne voit,
Ces mains que tout sujet oublie-
Vengez-moi ! »
Une alarme retentit dans tout le théâtre, sur un fond vague de cris et d'ordres. Janice ne put s'empêcher d'abandonner son personnage d'un mouvement de surprise et vérifia ses arrières. Les spectateurs jetèrent des coups d'œil dans toutes les directions : chaque détail de l'opéra était devenu suspect.
Cette inquiétude ne dura cependant que quelques secondes, puis laissa place à l'arrivée retentissante de la Police.
« RESTEZ OU VOUS ETES ! » aboya l'inspecteur Chelmey.
Il était suivi de l'inspectrice Célie et de Grosky.
Ce dernier le dépassa en deux enjambées sportives et arriva sur la scène. Janice et les autres figurants furent forcés de retourner en coulisse pendant que Grosky hurlait des ordres (ou des conseils, les deux étant très similaires dans le jargon policier) à l'assemblée. Célie semblait chercher quelqu'un du regard. Lorsqu'elle croisa celui du Professeur, elle lui fit un signe de tête et retourna sur ses pas.
« Suis-moi Luke, et surtout, ne me perds pas de vue ! » ordonna le gentleman en se levant.
Hershel sortait à peine de la salle, quand il se sentit agrippé par une main gantée de dentelle violette.
« Inspectrice, que se passe-t-il ? questionna Layton.
- Oh... Encore une affaire abracadabrantesque. » soupira Célie. « A croire que notre monde est voué à vivre dans le fantastique…
- Mais encore ?
- Il se trouve que le théâtre où nous nous trouvons possède une collection de bijoux extraordinaires réalisés par Fred Føster, un artiste qui travaille exclusivement les matières précieuses : saphir et argent. Sa pièce 'Lune agonisante' vient d'être volée. » expliqua Célia d'une voix calme, presque ennuyée.
- Est-ce tout ce que vous savez ? » insista le Professeur.
« Bien sûr que non ! », s'énerva Célie. « Le collier a été volé après que le système de sécurité ait été truqué.
Or, il a été truqué d'une manière très spéciale... Nous avons visionné les films des caméras de surveillance et personne n'apparaît, tout simplement » pesta vaguement Célie comme si c'était la plus normale des histoires.
« Euh, Professeur ? Le collier de saphir et d'argent n'est-il pas le précieux bijou que Lady Kateline chercher à récupérer après la déclaration de Lord. ?
- Un cambrioleur invisible, non mais franchement ! » s'exclama l'inspectrice avec exaspération.
« J'y suis. Le coupable a repris le mythe de la Princesse Oubliée. » murmura Layton.
Derrière l'écran...
Ode : Flemme de faire un derrière l'écran.
MissM : Bonjour mes loulous !
Ode : J'ai rien à dire cette fois.
MissM : Vous allez bien ?
Ode : D'façon, chuis pas inspirée.
MissM : Welcome et bienvenue dans la deuxième partie ! Comme l'histoire n'était pas assez complexe, nous avons rajouté une deuxième intrigue beaucoup plus... Laytonesque. Contrairement aux apparences...*fusille Ode du regard* On en est assez fières.
Ode : C'est moi qui me suis recollée à la publication... ça me saoule *se gratte le nez*
MissM : *passe devant Ode* Et maintenant, vous pouvez enfin comprendre le titre de notre fanfic !
Ode : Ça sert à rien de tourner en rond, je m'en vais.
MissM : A la prochaine, mes chéris !
