10 – « Excuses et Carambolage »


Sara bondit, effrayant Nevina qui s'éloigna hâtivement.

« Salut. » dit-elle, essayant de garder un air naturel.

Grissom sourit intérieurement. Elle était pieds nus et avait roulé son jean jusqu'à ses genoux.

« Bonjour, Sara. » Son nom semblait presque étranger sur ses lèvres.

Maintenant ou jamais, Gil. Elle te regarde.

Maintenant ou jamais, Sara. Il te regarde.

« Je suis désolé(e). »

Ils l'avaient dit tous les deux en même temps. C'était tout ce qu'ils avaient besoin de dire.


Pendant ce temps, Taña et Greg conduisaient.

« Tourne à gauche là. A gauche. »

« Oui, je sais, je ne suis pas sourde. » dit sèchement Taña.

Elle prit à droite juste pour lui casser les pieds.

« Très drôle. » fit Greg en s'étirant pour attraper le volant. Taña le regarda d'un air incrédule. « Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je t'oriente. »

« Ne me force pas à te faire mal, Greg. Retire tes pattes... »

« Je t'oriente seulement, tais-toi, espèce de grande chouin... »

« Oh toi, je t'en ai déjà mis une et je n'hésiterai pas... »

« Fais un demi-tour à droite... »

« Greg, tu envahis mon espace personnel. »

« Je l'ai déjà envahi et je ne t'ai pas entendue te plaindre... »

« Oh, Greggo, ne t'engage pas sur ce... »

« Fais gaffe ! » cria Greg, pas aussi virilement qu'il l'aurait souhaité, mais assez pour obtenir l'effet escompté. Taña vira à droite et évita de justesse la voiture qui était apparue par magie devant eux.

Ils se retrouvèrent sur le côté dans une gerbe de poussière. Greg glissa de son siège et atterrit sur les genoux de Taña. Il lui sourit.

« Salut, vous. »

« Tu vois, c'est pour ça qu'ils ont inventé les ceintures de sécurité. » dit Taña, le repoussant sèchement et lui faisant émettre une imitation très réaliste d'un chat en colère.

Ils sortirent du bas-côté et réussirent on ne sait comment à se rendre à la maison de la victime sans s'entretuer.

Ils allèrent à la porte et Greg frappa. Un policer venu pour apprendre la nouvelle à l'épouse leur ouvrit et leur indiqua la salle à manger, où se tenaient une femme séduisante et un adolescent également bien de sa personne, l'air dévasté.

« Mme Livingston ? »

Elle leva des yeux humides de larmes.

« Mon nom est Greg Sanders, j'appartiens à la police scientifique, et voici l'agent Taña Smerzka du FBI. Nous pouvons vous poser quelques questions à propos de votre mari ? »

Elle hocha la tête, son fils se pencha vers elle et appuya une main réconfortante sur sa jambe.

« Comment tu t'appelles ? » demanda Taña, s'adressant au fils de dix-sept ans. Il leva les yeux comme s'il venait de la remarquer. Il la regarda d'un air étrange avant de dire « Jérémy Livingston. »

Greg se demanda ce que Taña était en train de faire, mais il devait poser ses questions.

« Quand avez-vous vu votre mari pour la dernière fois ? »

« Il y a trois nuits. Nous avons eu... une dispute. »

« Est-ce qu'il vous a frappée, Mme Livingston ? » dit brusquement Taña. Tout le monde la regarda avec surprise.

Elle n'a aucun moyen de déterminer ça en deux phrases pensa Greg.

Le regard que Vivica Livingston lui rendit immédiatement força Greg à reconsidérer ses doutes à propos du profiling.

« Je... je... »

« Vous n'avez pas à m'éviter, Mme Livingstone. » dit Taña, s'approchant pour faire d'avantage pression. « Votre mari est mort maintenant. Dites-moi ce qui aurait pu le mener à ça. »

« Agent, si vous suggérez que mon mari me battait, alors vous avez tort. J'aimais mon mari ! »

Taña semblait être sur le point de dire quelque chose mais elle tint sa langue. « Jérémy, je peux discuter avec toi ? »

Vivica allait protester mais Jérémy leva une main pour l'arrêter. « Ne t'inquiète pas, j'y vais. »

Taña fit un signe de tête à Greg et ils partirent dans une autre pièce, laissant Greg seul pour parler à Vivica. Il se demanda si ce numéro d'agent provocateur et rentre dedans n'était pas uniquement fait pour séparer mère et fils. Il continua de l'interroger, finit et retrouva Taña dehors. Ils se dirigèrent vers la voiture.

Taña mit ses lunettes de soleil. « Eh bien, c'était intéressant. »

Greg secoua la tête. « Qu'est-ce que... comment... »

« Oui ? »

« C'est quoi ce schmilblick ? »

« Ce quoi ? » demanda Taña. Greg haussa les épaules et ils s'arrêtèrent à la voiture. Deux mains se tendirent vers la portière conducteur.

« Tu veux conduire encore ? Non merci, je n'ai pas d'envies suicidaires aujourd'hui. » dit Greg en ouvrant la porte, mais Taña se planta devant.

« Premièrement, tu as attrapé le volant et envahi mon espace personnel. »

« Ton espace personnel... ? »

« DEUXIÈMEMENT, je ne laisse pas le volant de cette voiture à un petit blanc qui utilise sans raison l'expression 'schmilblick.' »

Greg avait l'air effondré. « Je prends la place du mort. »

Taña sourit et grimpa derrière le volant.


« Nevina est un dauphin à long bec de trois ans. On les appelle aussi dauphins tourneurs car quand ils sautent, ils font une vrille sur leur axe longitudinal. » Sara montrait Nevina, assise à côté de Grissom, tous deux les pieds dans l'eau.

« Comment s'appelle le bébé ? » demanda Grissom, toujours curieux.

Sara rougit. « Sara, en fait. »

Grissom arqua un sourcil, lui demandant silencieusement d'expliquer.

« Elle est née prématurément, et si je n'étais pas allée les voir ce soir là, personne n'aurait vu que Nevina saignait... » Elle laissa sa voix s'effacer, regardant loin devant elle.

Le soleil touchait son visage juste sous le bon angle, et Grissom était fasciné, pas seulement par son incroyable beauté, mais aussi par sa présence. Elle semblait totalement satisfaite. Si heureuse.

« Vous nous manquez, Sara. A tous. »

« Mais si vous ne me manquez pas ? »


Le soir suivant, Grissom était à nouveau dans son bureau. Il pensait à elle pour la énième fois.

Elle semblait heureuse, mais ses yeux semblaient presque vides, démunis de toute émotion. Il s'inquiétait pour elle. Il savait que c'était stupide, mais il savait combien ça devait être dur pour elle, commencer une nouvelle vie comme cela.

Il était si inquiet. Il se leva et commença à marcher de long en large.

Il savait qu'il ne devrait pas faire ça, que ce n'était pas professionnel, mais il devait savoir quelque chose.

Il se dirigea vers le laboratoire d'analyse informatique et s'arrêta brutalement à la porte. Taña était penchée sur l'ordinateur de Jack Livingston.

« J'ai besoin de vous. » dit-il.


« Le karaté est un art martial dans lequel des gens qui ont des années et des années d'expérience peuvent, en utilisant seulement leurs pieds et leurs mains, faire certains des pires films de l'histoire mondiale. »

- Dave Barry