Oui, oui, on aura mis le temps, je sais... Mais il en faut pour créer de nouveaux personnages et l'environnement qui va avec. Quel boulot !
Enfin, j'espère que la galerie de portraits qui suit va vous plaire. Bonne lecture à tous !
Chapitre 9 : Où l'on Questionne
Le reste du mois d'août fut consacré à des révisions acharnées de la part de Harry, tandis que Telensk faisait le tour de ses contacts sur tout le continent. Il avait demandé aux enseignants présents sur place de faire connaissance avec le nouvel élève inattendu qu'il leur avait ramené afin d'éviter tout accroc, et donc toute occasion de se faire repérer, lors de la reprise des cours.
Harry fit tout d'abord connaissance avec la nouvelle directrice du collège, Madame Théodora Sakhouline, une grande femme blonde aux yeux verts en amande avec un goût certain pour la couleur bleue (surtout sous forme de bijoux) et, quand il entra pour la première fois dans son bureau, coiffée d'une sévère couronne de tresses et tout aussi sévèrement vêtue d'une robe d'un marine presque noir.
- Monsieur Potter, soyez le bienvenu. Asseyez-vous, je vous prie.
Il se dépêcha d'obéir. Quelque chose lui soufflait que la dame devait être aussi commode que McGonagall.
- Tout d'abord, demanda Mme Sakhouline, je souhaiterais que vous m'indiquiez les matières que vous avez choisies suite à vos BUSE, afin que nous établissions votre emploi du temps.
Harry toussota puis répondit :
- Défense contre les forces du mal, métamorphose, enchantements, potions, étude des runes et botanique.
- Des langues étrangères ?
- J'ai appris le russe via une méthode accélérée et je comprends un peu de français, mais j'ai peur que cela n'aille pas plus loin.
- Très bien. Vous passerez quelques contrôles avec les enseignants de ces différentes matières afin que nous déterminions votre niveau exact. Je suis moi-même en charge de l'enseignent des langues, aussi vous aurez certainement de mes nouvelles très bientôt.
- Bien madame.
- Vous commencez vos entretiens cet après-midi.
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Le premier professeur que Harry rencontra fut Irina Radovna, une Ukrainienne d'une soixantaine d'années aux cheveux gris coupés presque en brosse, une blouse blanche jetée sur sa robe, qui enseignait l'art des potions. Elle lui posa toute une batterie de questions sur les ingrédients, les méthodes d'extraction et les températures de préparation, prit quelques notes et lui rendit sa liberté, juste à temps pour faire connaissance avec Pavel Dlugov, lui aussi bien grisonnant, dont la vêture tachée de terre et de jus végétaux indiquait clairement la profession. Moins « service-service » que sa collègue, il prit le temps de s'enquérir de la santé de Harry ainsi que de ses hobbies, avant de passer à la séance de questions.
Sergeï Ivanov, professeur de métamorphose, prit la suite – âgé d'environ une quarantaine d'années, petit et doté d'une barbiche brune, les yeux légèrement bridés, avec un goût marqué pour les couleurs rouge et orangé, il connaissait fort bien McGongall et fut rassuré d'apprendre qu'elle assurait toujours les cours à Poudlard.
- J'ai eu le plaisir de la rencontrer à l'occasion de plusieurs réunions informelles de grands métamorphes. Je n'ai pas la chance de me changer en animal, mais j'ai pas mal de réussite avec les déguisements d'objets.
Harry se promit d'étudier le bureau de cet homme avec attention si jamais il entrait un jour dedans.
Le professeur d'enchantements constitua presque un choc après des années passées en compagnie de Flitwick. Monsieur Brewicz était très grand, jeune, bronzé, et devait passer une bonne partie de ses loisirs en entraînements sportifs. Il était aussi nettement plus abrupt que le petit enseignant malicieux que Harry avait connu pendant six ans mais cela ne l'empêcha pas d'écouter Harry ni de lui indiquer quelles parties du programme de Durmstrang lui manquaient.
Le chargé des runes, Ladislav Kolior, était à peine entré en fonctions, ayant auparavant exercé celles de surveillant-chef dans l'établissement. Il faisait preuve d'une grande rigueur, un peu comme un Percy qui viendrait tout juste de devenir ministre, mais cela lui passerait sans doute avec le temps.
Enfin, le lendemain matin après le petit-déjeuner, le jeune homme fit connaissance avec le professeur de défense – ou comme on l'appelait ici, le stratège.
Rabani Mesuli ne correspondait pas tout à fait à ce que Harry s'imaginait, sans doute parce qu'aucune femme n'avait jamais occupé le poste en question à Poudlard durant son séjour là-bas. Âgée d'une petite quarantaine d'années, de taille moyenne, elle fit une entrée impressionnante dans un nuage de frisottis bruns et enveloppée d'une longue robe pourpre. Si le soin qu'elle mettait à son allure avait pu évoquer Lockhart, la rafale de questions qu'elle posa à Harry sur les sortilèges informulés, le patronus, les méthodes non magiques et les sorts élémentaux lui ôtèrent le moindre doute quant à ses compétences. Les leçons promettaient d'être aussi passionnantes que génératrices de contusions, cette année.
- Je crois, Monsieur Potter, dit Mesuli, que vous vous adapterez très vite à notre façon de procéder. Vous et vos camarades avez été très innovants, ce qui devrait grandement vous aider ici. Nous nous reverrons à la rentrée.
Ayant reçu son congé, le jeune homme quitta le bureau de Mme Mesuli et reprit son exploration de son nouveau terrain de jeu.
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En circulant dans l'école, il prenait conscience de la puissance qu'elle dégageait, et qui n'avait rien à voir avec l'entité relativement bienveillante modelant Poudlard. L'école écossaise dégageait une force suffisante pour vous faire dresser les cheveux sur la tête et vous donner une bonne claque. Durmstrang était plutôt du genre à envoyer valser un balrog à trois kilomètres de ses portes. Congelé. Mais cette plus grande puissance s'accompagnait aussi de plus grands risques. Rien d'étonnant en fait à ce que l'on qualifiât parfois l'endroit de « temple de la magie noire » : ses étudiants baignaient en permanence dans un environnement bien plus versatile et potentiellement dangereux que les autres apprentis sorciers du continent. L'esprit de Durmstrang était un dieu sauvage et malcommode, qui donnait autant qu'il prenait à ceux qui vivaient dans son ombre. Mais vivre dans l'ombre et la flamme multicolore de cette magie n'était pas si désagréable.
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Les derniers jours du mois d'août filèrent à toute vitesse tandis que Harry s'échinait à se mettre à niveau. Il ne voyait Telensk que par intermittence, le dragon étant occupé à la fois à préparer l'arrivée des élèves et les défenses de son école. Il ne croyait pas réellement que les mangemorts monteraient une attaque contre l'établissement, mais croyait fermement aux vertus de la prudence en période de guerre civile. Contrairement à Maugrey, la créature n'était pas du genre à foudroyer tous azimuts cependant elle aimait prendre ses précautions.
Le jeune homme eut cependant une mauvaise surprise, mais elle n'avait rien à voir avec une quelconque défaillance des pièges qui entouraient Durmstrang. Connaissait la différence de calendrier entre l'Europe occidentale et la Russie, il escomptait bien disposer d'une dizaine de jours supplémentaires pour s'acclimater, mais apprit par le professeur Antekirt que l'école s'était alignée depuis longtemps sur le calendrier grégorien pour s'éviter les problèmes de double datation et de gestion des vacances pour les élèves dont la famille résidait dans d'autres pays. En faisant la grimace, il se remit au travail d'arrache-pied. Puis le peu de temps qui lui restait finit par s'écouler.
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La rentrée des classes aurait lieu le lendemain matin. Si Harry optait pour finir son cursus à Durmstrang (ce qui le tentait de plus en plus sûrement), ce serait seulement l'avant-dernière ; il aurait encore un an d'études pour choisir une spécialisation professionnelle. En attendant, il déplia soigneusement l'uniforme fourni par l'école et l'étala sur son lit. Une tunique traditionnelle rouge, un pantalon et des bottes noires, une large ceinture de cuir de la même couleur et une épaisse cape de laine bordée de fourrure pour l'hiver, le tout en deux exemplaires. Le reste, affaires de sport et vêtements "civils", demeura dans le coffre de bois au pied du lit, tandis que les livres et le matériel étaient rangés dans la petite armoire de chevet. Il avait dû laisser son balai tomber quelque part entre Privet Drive et le domicile des Tonks, mais ne s'en inquiéta pas trop : bien qu'il regrettât beaucoup ce magnifique outil, sa marque le rendait trop facilement identifiable. Il trouverait bien quelques Nimbus 2000 pour s'entraîner dans les réserves de Durmstang.
Le matin du 1er septembre, le réveil-matin tira Harry de son lit à grand fracas. Le matelas était décidément beaucoup trop moelleux. Il se leva en catastrophe et se mit à chercher ses affaires pour se diriger vers la salle de bains avant de se rappeler que les autres élèves arriveraient tout au long de la journée, la limite étant fixée à huit heures le soir, à la fermeture des portes de l'école. Néanmoins, il décida de ne pas traîner, se débarbouilla et s'habilla en une demi-heure chrono avant de descendre aux cuisines. Pavel et Irina, les deux cuisiniers moldus, avaient pris l'habitude de le voir débarquer dans la matinée aussi ne lui prêtèrent-ils guère attention tandis qu'il se servait un bol de thé, des tartines et une part de fromage.
L'inconvénient de s'être levé si tôt était qu'il restait à Harry encore plusieurs heures à tourner en rond avant de voir débarquer ses premiers condisciples. Pour se calmer, il passa un peu de temps à discuter philosophie avec son vieil ami le boa dans les serres. Puis sa montre tinta, lui rappelant qu'il était déjà onze heures et que ses condisciples devaient déjà commencer à entrer dans l'école.
Et de fait, les premiers élèves se présentaient déjà dans le hall tandis que Harry se perchait sur l'escalier central pour les observer.
Les étudiants venaient non seulement de Russie et d'Europe de l'Est, mais aussi d'Asie Centrale, remarqua le jeune homme. Il existait pourtant des écoles en Chine et au Tibet, aussi supposa-t-il que les différentes nationalités se répartissaient en fonction de leurs affinités politiques plus qu'autre chose. La diversité était suffisante pour que personne ne prêtât particulièrement attention à son apparence ou son accent. De plus, aucune répartition n'ayant lieu en début d'année, il n'aurait pas l'occasion de se faire remarquer outre mesure. Bientôt le flux d'arrivants grossit et Harry put se mêler discrètement à la troupe qui montait vers les dortoirs, se séparant bientôt entre filles et garçons au milieu d'un brouhaha perpétuel de conversations. Au bout d'un moment, les élèves finirent par remarquer sa présence et quelques-uns s'avancèrent pour se présenter, Harry répondant dans un russe encore haché. Telensk n'avait pas jugé utile de lui donner une nouvelle identité pour son séjour. Si un ressortissant britannique bien connu comme la cible favorite de Voldemort venait s'installer dans leur école, les habitants de Durmstrang avaient pour consigne de se taire à son sujet, et même les plus jeunes parmi les internes savaient bien que la guerre civile avait éclaté en Grande-Bretagne. Aussi, mis à part des questions en rafales sur le quidditch et Poudlard, le jeune homme n'eut pas à affronter de sérieuse difficulté. En fait, il se fit très vite deux nouveaux copains parmi les étudiants de son âge, Ivan Loubline et Pamek Temul, tous deux membres des équipes de quidditch de l'école, et qui se proposèrent de le guider durant l'année à travers toutes les subtilités de la vie politique à Durmstrang. Il accepta leur offre avec enthousiasme – les dieux savaient si l'endroit était complexe à souhait ! En leur compagnie, le reste de la journée fila en un éclair tandis qu'ils donnaient un coup de main aux petits nouveaux pour retrouver leur chemin dans la montagne ou vérifiaient l'emplacement des salles de classe. Puis ils se retrouvèrent en salle de détente pour discuter du Quidditch, et de l'impact des… événements survenus dans les îles britanniques sur le Quidditch local et international : plusieurs joueurs connus avaient eux aussi disparu, et il était impossible de savoir lesquels l'avaient fait volontairement.
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A vingt heures, le carillon sis dans le clocher au-dessus de la terrasse ouest sonna, rappelant à tous qu'il était l'heure de passer à table, et surtout qu'il valait mieux se trouver dans les murs quand les patrouilles de surveillants commenceraient leurs rondes. Toute la population de l'école se dirigea alors vers le réfectoire, auquel Harry ne s'était pas encore intéressé, ne l'ayant observé que de l'extérieur. Là encore, l'endroit était fondamentalement différent de son équivalent à Poudlard. Durmstrang ne comportant pas de maisons, les étudiants pouvaient se placer là où bon leur semblait sur des tables à tréteaux plus ou moins longues – il y en avait aussi des rondes et des carrées semées ça et là. Une galerie à l'étage faisait le tour de la salle pour permettre d'accueillir l'ensemble de l'école sans avoir besoin d'une surface au sol trop importante et c'était là, ainsi que Harry l'apprit de Pamek, que les professeurs s'installaient généralement pour dîner, en particulier pour garder un œil sur leurs apprentis. L'ensemble de la salle était décoré de mosaïques représentant les diverses qualités que les étudiants se devraient d'intégrer durant leur cursus. Sur l'une des longueurs du rectangle formé par le réfectoire s'alignaient les neuf muses avec leurs attributs, tandis que l'autre, entre les fenêtres, figuraient diverses divinités dont on était prié de s'inspirer : Thot, Hermès, Athéna, Isis, Maât, Héphaïstos, Égérie, et pour clore le ban, Odin et Loki. Sur les côtés courts du rectangle s'étalaient respectivement une immense carte de toutes les régions d'origines des élèves et un Arbre des Mondes dont les ramures de tesselles vertes touchaient le plafond. Chacun prit place et déplia sa serviette dans une rumeur de conversations chuchotées, puis le bruit diminua progressivement en attendant les quelques mots que la direction adressait généralement aux élèves le premier soir de l'année (après cela, les enseignants se contentaient généralement d'un « Bon appétit à tous ! »)
- Mesdames et messieurs, entama Théodora Sakhouline, je vous souhaite la bienvenue pour une nouvelle année d'études au sein de notre institution. Comme vous le savez certainement, la guerre civile a repris en Grande-Bretagne avec les partisans du soi-disant Lord Voldemort. Si jamais vous étiez approchés d'une façon ou d'une autre par un agent de cet individu, vous êtes priés de le rapporter aussi rapidement que possible à la direction, qui prendra les mesures appropriées (à ce stade, Harry vit plusieurs élèves passer discrètement un doigt le long de leur gorge). Ceci étant dit, il est temps de reprendre des forces pour demain, jeunes gens. Bon appétit.
Le service se fit à peu près comme à Poudlard, les plats apparaissant tout seuls sur les tables, bien qu'ils comprissent un peu plus de légumes et un peu moins de sucreries. Tout en savourant son dîner, Harry jeta des regards circonspects tout autour de lui. Il remarqua rapidement que la directrice Théodora Sakhouline disposait d'un important fan-club parmi les élèves masculins (ainsi que quelques filles). Rien de bien surprenant : l'ensemble du corps professoral était nettement plus jeune que son homologue de Poudlard, et Mme Sakhouline n'aurait pas été déplacée dans un défilé de mode – quoique, les managers des mannequins auraient sans doute trouvé qu'elle avait trop de formes 100 % naturelles pour la laisser monter sur le podium.
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Après avoir savouré les derniers restes de son dessert aux myrtilles, Harry suivit la file de ses nouveaux camarades en direction des dortoirs quand une grande fille blonde l'arrêta en chemin.
- Monsieur Telensk voudrait te voir, dit-elle. Tu sais où se trouve son bureau ?
Il fit signe que oui et elle le laissa monter seul chez l'ombrageux argentier de Durmstrang. Il retrouva sa copie des Contes de Beedle le Bardedans les quartiers du dragon. Telensk avait jeté le livre sur un coin de son bureau et il lançait à l'ouvrage un regard dédaigneux quand Harry fit son entrée.
- De la foutaise, dit-il en pointant un ongle semblable à une serre en direction de l'ouvrage.
- Quelle partie ? demanda Harry, un peu désarçonné par cette déclaration abrupte.
- Le conte des trois frères. Je suis assez vieux pour les avoir connus, ceux-là. Et ils n'avaient pas grand-chose en commun avec leur version papier. Les trois Peverell étaient une bande de trouillards doublés de psychopathes qui s'imaginaient tous, chacun à sa façon, pouvoir se montrer plus malins que la mort. L'un d'eux a créé une baguette magique qu'il pensait capable de vaincre le Faucheur, le deuxième a mis au point une pierre qu'il croyait aussi puissante que le joyau philosophal et le troisième a inventé une cape censée le dissimuler aux yeux de la mort. Inutile de préciser que dans tous les cas, ce fut un échec total. L'aîné des frères a été tué en duel par un sorcier qui s'est approprié sa baguette, le cadet a dépéri après avoir échoué à ramener sa fiancée du monde de l'au-delà et le troisième a été enterré comme tout le monde. Le problème est que leurs divagations ont créé une sorte de légende autour de ces objets. La baguette par exemple est supposée rendre quasi-invincible et être maudite. C'est surtout qu'elle incite ses propriétaires successifs à faire les marioles avec, jusqu'à ce qu'un sorcier mieux entraîné ou plus adroit ne leur fasse leur fête. -
Et qui est son propriétaire à l'heure actuelle ? s'enquit Harry.
- Le dernier à l'avoir utilisée au combat était Grindelwald. En toute logique, elle a donc dû passer en possession de Dumbledore.
- Et Dumbledore a été tué par Drago Malefoy, fit remarquer Harry en se frottant le menton. Cela ferait-il de lui le nouveau maître de la baguette ?
Le dragon réfléchit un instant puis eut un petit mouvement qui signifiait qu'il ne se souciait guère du problème.
- Possible, si on croit à ce genre d'histoires. Si jamais Voldemort est crédule à ce point, et c'est bien possible puisqu'il accorde crédit aux prophéties de Trelawney, je crains que le jeune monsieur Malefoy n'ait quelques ennuis dans les semaines ou les mois à venir. Mais comme je vous l'ai dit, ces objets ne sont pas notre priorité. Les horcruxes avant tout. Ceci dit… je viens de recevoir quelques courriers vous concernant. Le premier est arrivé par des voies très détournées et provient de votre ancien chef de maison.
A peine eut-il fini sa phrase que Harry lui arrachait la lettre des mains. Le dragon écarquilla les yeux, puis se reprit très vite. Il était, après tout, bien placé pour connaître les liens quasi-familiaux qui existaient entre le jeune homme et son professeur. Puis il se leva et alla se poster près d'une fenêtre, laissant à son nouvel apprenti la possibilité de lire son courrier en toute discrétion. Rogue ne faisait pas fioritures quand il écrivait, et sa lettre ressemblait plus à un rapport de police, mais elle était truffée d'allusions discrètes uniquement destinées à son ancien étudiant, lui permettant de connaître le sort de ses camarades sans avoir l'air d'y toucher.
Avant même la rentrée des classes, le Ministère (entendez par là : Ombrage) avait apporté des modifications significatives à l'équipe enseignante. Il était malheureux que Flitwick eût été ainsi chassé de son poste, même si au moins, il avait réussi à s'en tirer entier. Il exerçait une influence modératrice aussi bien sur ses élèves que sur ses collègues et devait sans doute être le seul enseignant de toute l'école - en tout cas le seul dans une matière majeure - à faire preuve d'une totale équité vis-à-vis des quatre maisons. Et Harry faillit s'étrangler lorsqu'il lut qu'Alecto Carrow avait été recrutée comme professeur de Défense. Un crève-coeur pour le nouveau directeur de Poudlard, de se voir éjecté de ce poste pour qu'il fût confié à une telle… Mais Rogue avait dû accepter l'exigence du Ministère et cela lui avait au moins permis de recruter le remplaçant qu'il voulait. Par ailleurs, il continuait à verser son salaire à Flitwick, en ponctionnant sur celui de Carrow. C'était idiot et mesquin, mais vu les circonstances, cela lui faisait beaucoup de bien de se sentir idiot et mesquin. McGongall approuvait. L'état de Poudlard leur mettait à tous deux les nerfs à vif, mais jamais ils n'auraient pris le risque de mettre leurs collègues dans la confidence, tant au sujet des horcruxes que des actions qu'ils entreprenaient en sous-marin. Certains étaient trop bavards, d'autres politiquement peu sûrs, un dernier groupe enfin sujet à une surveillance accrue de la part du "ministère" – en réalité des mangemorts déguisés en fonctionnaires. Il pressait donc Telensk de reprendre la quête des horcruxes lancée par Dumbledore et de l'achever au plus vite avant que Poudlard ne fût entièrement dépecé.
- Auriez-vous quelque élément à apporter à cette enquête ? demanda le dragon.
- Si vous me laissez le temps de remonter dans mon dortoir, je peux vous fournir quelque chose, proposa Harry.
- Faites donc, répondit Telensk en tendant la main vers la porte.
Le jeune homme repartit au galop dans les couloirs, traversa son dortoir au même rythme sous le nez de ses camarades, fouilla dans sa valise pour retrouver le fameux indice, et retraversa l'école au même rythme avant de revenir, essoufflé, dans le bureau de Telesnk.
- Montrez-moi donc ça, demanda le dragon d'une voix suave en étendant sa paume ouverte.
Harry lui tendit le message qu'il avait découvert dans le faux médaillon. Le dragon étudia longuement le papier, les yeux plissés.
- Ecriture soignée, support de qualité, anglais sans faute. Un compatriote aisé, sans doute, musa-t-il. Par contre, la signature... Cela peut être aussi bien un homme qu'une femme, soit avec un nom composé, soit deux prénoms. Dans les deux cas, les traditions de notre société étant ce qu'elles sont, cela confirme l'hypothèse d'une personne de la haute. Maintenant, ces initiales ne me disent absolument rien.
Harry réfléchit un instant. Il avait bien entendu parler d'un "R.B.", autrement dit Regulus Black, mais...
- Comment allons-nous faire ? demanda-t-il. Il existe un sortilège pour rechercher les gens par leurs initiales ?
Comme si Telensk avait lu dans son esprit, il lui répondit aussitôt :
- Certainement, mais ne connaîtriez-vous personne qui possède cette combinaison ?
- R et B, oui. Pour le A, je ne sais pas, admit Harry.
- Racontez-moi tout, susurra le dragon.
Le jeune homme lui rapporta donc le peu qu'il savait sur le cadet des frères Black, et vit une expression calculatrice se répandre sur le visage de son interlocuteur. Le dragon émit une sorte de ronronnement puis finit par dire :
- Hmmm... oui, cela pourrait se tenir. Le garçon a été porté disparu, mais on n'a jamais retrouvé son corps. Et donc... le horcruxe concerné étant le médaillon de Salazar...
Harry fronça les sourcils.
- Ça me rappelle quelque chose, cette histoire de médaillon. Il y en avait un à Grimmauld Place, que nous avons mis de côté pendant le nettoyage de la maison, que personne n'arrivait à ouvrir, et que nous n'avons plus retrouvé ensuite. Kreattur l'a peut-être repris pour son petit musée. Il était très usé, mais je suis à peu près certain qu'il y avait une gravure sur le boîtier. Ça ne coûterait rien de vérifier, n'est-ce pas ?
Telensk se gratta pensivement le menton d'un doigt qui ressemblait dangereusement à une serre.
- Si nous avons un peu de chance, il sera possible de récupérer cet objet et de le détruire. Black loge toujours dans cette maison ?
- Non, reconnut Harry, il a été obligé d'en partir après que Narcissa ait gagné son procès. Ils ont installé le QG de l'Ordre du Phénix dans sa nouvelle maison.
- Du poulet décapité, tu veux dire... grommela le dragon. Bien… cela veut dire que nous allons devoir nous introduire en territoire ennemi. Il va falloir ruser. En particulier pour vous faire passer inaperçu. Nous en avons fini pour ce soir, je crois. Retournez vite vous coucher, ou vos professeurs auront certainement deux mots à me dire demain matin.
Harry s'inclina et prit congé. Au moins, il avait une bonne nouvelle pour se remonter un peu le moral, songea-t-il en regagnant le dortoir, la seule que Rogue avait pu caser dans sa lettre. Maximilian Expea, le Moldu qui s'était appris tout seul à manier la magie, avait peut-être été viré de Poudlard comme le dernier des malpropres, mais quand Ombrage lui avait envoyé ses laquais pour l'arrêter et le conduire au Ministère, le vieil homme les avait accueillis avec ce qui ressemblait à un mélange, au demeurant fort efficace, de sortilèges et de kung-fu, avant de prendre la poudre d'escampette. Personne n'avait la moindre idée de l'endroit où le vieux bonhomme avait bien pu se réfugier après cela. Harry aurait parié pour un retour aux sources de son apprentissage de la magie, autrement dit en Inde. Peut-être y retrouverait-il Sarah ?
