N/A : Un spécial grand MERCI à mes abonnées régulières :)

Dire à quel point vos commentaires sont importants, indispensables, vitales est un euphémisme. Ils sont motivants, encourageants, nécessaires… Grâce à vous (et aux autres qui laissent une trace de leur passage) je sais que je n'écris pas pour rien et que mon travail, mon temps, mon énergie est non seulement reconnu mais aussi récompensé. MERCI !

A Maya, tu ne lirais pas mon histoire au lieu de ne te concentrer que sur mes N/A. Après tout, si j'ai écrit celle-ci, c'est à cause/pour toi, d'abord.

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Chapitre 10 :

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Quand ils arrivèrent à l'étage, ils aperçurent Regina qui se tenait debout, impuissante, se drapant dans ses bras, pour tenter de se réconforter, seule. Elle regarda le couloir s'étendre à l'infini, vide… ce couloir qui avait englouti Henry, le Docteur Whale et deux infirmières, dix minutes plus tôt. Elle sentit une main se poser sur son bras et elle entendit Emma l'appeler doucement. Les yeux rouges, hagards, elle se tourna vers la jeune femme blonde et lui demanda :

- « Henry … je n'ai pas vu … j'ai … ils l'ont … » Elle reprit le contrôle de sa respiration : « Mais qu'est-ce qui se passe ?

- L'épidémie a pris une nouvelle tournure… » Répondit-elle calmement. Il fallait qu'elle soit forte pour deux. « …trois enfants ont été emmenés d'urgence à l'hôpital, après la visite du Docteur Whale, ce matin… et deux autres personnes sont en chemin… » Elle fit une pause et échangea un regard avec Regina. La suite de l'information allait être pénible à transmettre et à entendre. « Venez vous asseoir. » Elle guida Regina en posant sa main sur le bas de son dos et l'accompagna jusqu'à la salle d'attente. David était parti rejoindre Snow qui n'allait pas tarder à arriver.

La salle n'était pas grande, elle disposait de chaises en bois et matelassées, rouges en simili cuir, placées le long des murs. Des journaux, des magazines et des jeux pour les enfants s'empilaient sur les petites tables positionnées dans les coins. Elles s'assirent l'une à côté de l'autre et Emma se pencha vers son interlocutrice. Elle respira un grand coup puis lâcha le poids qu'elle avait sur les épaules :

- « Regina » Elle baissa son regard sur leurs mains qu'elles avaient jointes inconsciemment. Elle cherchait le courage de lui annoncer la mauvaise nouvelle « … Nicholas, … le petit Hansel … est décédé il y a une heure. » Regina ferma les yeux et repensa au petit garçon, gourmand et plein de vie qu'elle avait croisé quelques semaines plus tôt à l'épicerie. Elle secoua la tête, en signe de déni. « Michael était tellement dévasté qu'il n'a appelé personne. » Emma serra sa main. « Ava fait partie des deux autres personnes qui vont être hospitalisées. C'est Whale qui nous a prévenus…

- Et c'est … c'est …

- Oui. C'est cette épidémie… Cette espèce de grippe. » Elle détourna le regard et observait ce qu'il se passait dans le couloir. L'éternelle allée venue des blouses blanches s'agitait et pressait le pas plus que de coutume. Puis elle reposa les yeux sur le visage de la Maire. « Quand il l'a couché, hier soir, il a pensé à un gros rhume. Ca s'est empiré cette nuit… la fièvre est très rapidement montée, Nicholas a été pris d'énormes quintes de toux… Michael ne pensait pas que … ça allait empirer à ce point … Il l'a amené ce matin très tôt, ici… Ils ont fait tout ce qu'ils ont pu… Enfin.

- Mais … Comment … si vite … Et Henry ?

- Nicholas était asthmatique… Ses problèmes respiratoires l'ont étouffé…

- Mon Dieu ! » Elle cacha son visage dans ses mains. Elle projetait la situation sur son propre fils. Puis elle releva la tête : « Mais Whale nous a dit que …

- Il n'était pas encore de service. Il ne pouvait pas savoir. »

Des pas précipités annonçaient l'arrivée de Mary et David.

- « Emma ?! » Demandèrent à l'unisson ses parents. David soutenait sa femme par les épaules.

- « Je ne sais pas. Je ne les ai pas encore vus. » Dit-elle en se relevant. Et comme s'il s'était senti appelé, le Docteur Whale apparut dans l'encadrement de la porte. Il baissa son masque et retira ses gants en latex. Il jeta un œil circulaire aux personnes présentes dans la salle. Il les regarda tous un à un et s'adressa à tout le monde et à chacun en particulier. Il avait besoin que la famille comprenne ce qu'il se passait, qu'elle ne panique pas. C'était la seule façon de l'aider, lui, dans sa tâche.

- « Je n'ai pas de bonnes nouvelles. » Annonça-t-il franchement. Tourner autour du pot alourdirait la tension et accroîtrait leur angoisse. « Nous avons stabilisé son état pour le moment… Il est inconscient. »

David s'approcha du docteur, conscient qu'il devait maîtriser ses nerfs :

- « Mais qu'est-ce que c'est ? De quoi s'agit-il ? »

S'il y avait bien un domaine dans lequel excellait Whale, c'était la science, la médecine. Il ne croyait qu'en son pouvoir depuis des décennies. Peu importe qu'il ait orienté sa spécialité vers la médecine légale. Toutes ses expériences, ses tests qu'il avait menés jusqu'alors par passion, par plaisir, par obsession parfois, le menaient vers le monde des vivants. Il maîtrisait son domaine. La science était son territoire. Et il savait de quoi il parlait, il savait que personne ne pouvait le détrôner.

Face à lui se tenaient, debout, le Prince Charmant, la Reine Blanche, leur fille le Shérif et assise, écrasée par l'inquiétude, l'Evil Queen. Ici, dans cet hôpital, ils étaient si petits … si fragiles. Il ne se sentait pas menacé, il ne se sentait pas impressionné. Il était confiant, sûr de lui et dominant. Pourtant, il ne profita pas de la situation. Depuis sa rencontre avec Red, depuis leurs nombreuses conversations échangées sur le ponton, toutes les semaines, le soir, au port, il avait changé. Son intérêt s'était orienté vers la personne en elle-même. Il s'était rendu compte que le seul moyen de devenir un grand Docteur, c'était de traiter son patient en tant que tel et non comme un cobaye. Il regarda franchement David :

- « Nous ne le savons pas, encore. Mais il semblerait qu'Henry soit en pleine phase trois de cette maladie. Si les symptômes de départ sont identiques à la grippe, ils s'en détachent lorsque les patients arrivent à la phase trois… La maladie se transforme et devient plus menaçante.

- Combien y a-t-il de phases ? » Demanda Snow anxieuse. Regina resta étrangement silencieuse. Elle absorbait les informations comme elles venaient. Elle ne trahissait aucune émotion. Pourtant, elle resta anormalement discrète.

- « Je n'en ai aucune idée, nous la découvrons au fur et à mesure de son évolution. Prenez place … » Il ouvrit grand les bras et invita tout le monde à s'asseoir. Il s'installa le premier sur une petite chaise grinçante, puis il débarrassa une table basse à ses côtés et la fit glisser au milieu de son auditoire. Les autres prirent silencieusement place. Whale sortit, alors, de la poche extérieure de sa blouse blanche un bloc-notes et un stylo. Il tourna quelques pages et et lissa une feuille vierge. « Voilà. » Il dessina un schéma avec deux lignes parallèles. « Là, c'est la grippe, avec les symptômes que vous connaissez tous. » Ils acquiescèrent, sauf Emma qui releva :

- « Quels sont tous ces symptômes ?

- La maladie se déclare d'abord par … » Il les compta à l'aide de ses doigts, il posa l'index de son autre main sur son pouce. « …une forte fièvre et des vomissements, puis la phase deux : Toux, maux de gorge, nez encombré et faiblesse musculaire… Ce sont tous ces symptômes qui nous ont fait penser à la grippe justement. Mais quand l'état des patients s'est dégradé, que cette troisième phase est apparue, nous savions que nous avions affaire à un virus plus coriace. » Son index qui suivait l'ordre de ses doigts au fur et à mesure qu'il énumérait les étapes était posé sur son majeur « Elle se présente sous la forme d'une gêne, voire même, selon les âges, par une détresse respiratoire, c'est ce que traverse Henry pour l'instant, et des maux de tête. » Il joignit des dessins à ses explications et gribouilla des ronds, des points, des lignes.

- « Ici c'est cette maladie. » Il redessina en copie-conforme les premiers symptômes de la grippe. « Nous sommes arrivés ici. Quatre patients, dont Henry, sont à ce stade.

- Y a-t-il quelqu'un qui en est plus loin ? » demanda Snow.

- « Non personne.

- Elle est mortelle ? » Questionna David.

- « C'est difficile à dire. » Il se pinça la lèvre inférieure et réfléchit à la formulation de ses phrases. « Si le petit Nicholas a été emporté, c'est parce qu'il était plus fragile. Par prudence, j'ai fait hospitaliser tous les cas qui présentent les symptômes de la troisième phase. »

Emma se tenait à côté de ses parents, les poings serrés sur les genoux et demanda à son tour :

- « En quoi consiste la phase quatre ?

- Nous ne le savons pas non plus …

- Mais il y en a bien une ? » S'inquiéta-t-elle.

- « Combien de temps ? » Une voix interrompit la question sans qu'une réponse fut donnée.

- « Excusez-moi ? »

Regina releva la tête et regarda le docteur droit dans les yeux.

- « Quel est leur temps d'incubation ? Combien de temps avant … avant … cette prochaine phase ? Est-elle mortelle pour tous ?

- Franchement, je ne sais pas Regina. » Il baissa la tête, regarda ses souliers. Depuis quand n'était-il pas rentré chez lui, n'avait-il pas pris un bon bain, ne s'était-il pas délassé ? Tout ça lui semblait si loin. Sa fatigue le pesait, il sentait les valises s'alourdir sous ses yeux. Il se massa les paupières avant de répondre, puis il releva le regard. « Certaines personnes sont plus fortes que d'autres… Ca oscille entre trois à cinq jours pour chaque phase… Cela dépend de la santé de départ de chacun.

- Henry en est à la phase trois et ça ne fait que six jours… » La voix de Regina tremblait.

- « Peut être, mais ses phases à lui sont superficielles. » Il sourit pour tenter de la rassurer un petit peu, lui redonner confiance et espoir. « Les trois autres patients n'ont pas … si on peut parler … cette chance ! Ils souffrent terriblement.

- Il gémit.

- A peine. A cause de ses maux de tête et de ses douleurs musculaires. » Il posa sa main sur son avant-bras « Nous lui avons injecté du paracétamol. Il est sous étroite surveillance.

- Pourquoi ma magie n'agit pas ? Pourquoi je ne peux pas le guérir… ?

- Blue et la Compagnie des Fées travaillent en étroite collaboration avec nos services. Elles sont entrain d'étudier les échantillons prélevés. » Il fit une pause. « Peut être que vous ralentissez la maladie, peut être que vous diminuez ses effets, mais Henry est le plus résistant d'entre eux. Si elle est plus rapide, lui est beaucoup plus costaud. Il lutte. Et vous l'aidez. Grâce à Henry, nous pourrons avoir une longueur d'avance sur elle et agir en conséquence. Continuez à le protéger tel que vous le faites… Cela nous permet de gagner du temps.

- Quand peut-on le voir ?

- Regina … » Il l'appelait par son prénom pour attirer et focaliser son attention. « … nous l'avons placé sous une tente à oxygène. » Les yeux de la jeune femme s'agrandirent, sa bouche s'ouvrit sans qu'aucun son ne sorte. « … vous allez devoir vous vêtir d'une tenue stérile chaque fois que vous lui rendrez visite. Tout le monde est sur le pied de guerre. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour découvrir l'origine de cette maladie et pour tenter de l'éradiquer. » Il s'adressa à Mary, à David et à Emma maintenant « Les tests seront la priorité du laboratoire. Je vous tiendrai informer. » Il se tourna vers Snow. « Auriez-vous l'amabilité de demander à Doc de venir me seconder. L'accueil a reçu d'autres appels et j'ai besoin de sérieux coups de main !

- Je l'avertis tout de suite. » Elle prit son portable et quitta la salle d'attente et croisa trois infirmières qui passèrent dans le couloir, en poussant un brancard avec une petite fille rousse. Elle toussait beaucoup. Derrière suivaient deux parents tout aussi inquiets. Ils s'arrêtèrent au niveau des portes qui les séparaient des zones stérilisées. Le mari et la femme se prirent dans les bras l'un de l'autre, sans quitter des yeux ces fameuses portes.

Le Docteur Whale saisit ses affaires et les empocha. Il se leva précipitamment et ajouta :

- « Je suis désolé, je dois y retourner.

- Merci Docteur. » Charming se relava à son tour et lui prit la main qu'il serra, reconnaissant. Puis il partit rejoindre sa femme.

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Lorsqu'elle passa devant la chambre dans laquelle reposait Henry et qu'elle regarda à travers la fenêtre de séparation, Regina ne put contrôler ses émotions. Elle couvrit sa bouche d'une main, ébranlée par la vision qui se dévoilait sous ses yeux et posa sa paume ouverte sur la vitre, en direction de son fils. Le jeune garçon était allongé dans son lit d'hôpital, à l'abri sous une tente à oxygène et il était relié à un électrocardiographe qui surveillait son rythme cardiaque et à différents baxters. Il était pâle limite livide, amorphe et frêle… si fragile. Ses yeux étaient cernés, ses joues creusées et sa peau diaphane. Ses cheveux, gras d'avoir trop transpiré, étaient plaqués contre son front. A demi relevé, couché sur le dos, il dormait d'un sommeil artificiel.

Sa mère adoptive sentit deux mains se poser sur chacune de ses épaules, suivi d'une légère pression.

- « Il est entre de bonnes mains… On va trouver ce qu'il a. » Entendit-elle derrière elle, à peine perceptible, au niveau de son oreille. « Allons nous habiller. » Emma se détacha d'elle et ouvrit le rideau de l'étagère métallique à roulettes à côté de la porte. Elle saisit deux kits fermés hermétiquement et lui enjoint d'un signe de tête de la suivre. Elle lui tendit sa pochette et lui sourit pour tenter de l'encourager un peu. Le sas s'ouvrit devant elles et elles entrèrent dans le compartiment aseptisé. Elles se déshabillèrent sans un mot. Elles se frottèrent énergiquement les mains avec le savon de l'hôpital puis elles se glissèrent dans leur combinaison stérile. Elles emballèrent leurs cheveux dans leur coiffe. Finement prêtes, elles se présentèrent devant la deuxième porte de séparation. Et comme si elles venaient d'ouvrir un sachet alimentaire lyophilisé, elles entendirent le bruit d'une aspiration et le panneau vitré glissa sous le côté. Elles furent frappées par l'odeur forte et caractéristique du déthol, de l'éther et du désinfectant.

La pièce n'était pas grande mais lumineuse, avec une énorme fenêtre qui s'ouvrait sur un parc. Les murs, blanc crème, atténuaient l'éclat des rayons du soleil.

Elles s'avancèrent doucement et Regina ne put retenir un sursaut et un sanglot. Elle s'arrêta. Emma la contourna et l'affronta. Elle planta ses yeux bleu-vert dans les siens.

- « Pas maintenant, pas ici. » Comme elle l'avait fait quelques minutes plus tôt, elle posa ses mains sur les épaules de sa compagne pour la forcer à se ressaisir. « Je sais… c'est dur, mais il a besoin de nous, il a besoin de toutes nos forces et de notre soutien. Si vous ne flanchez pas, il tiendra lui aussi. Soyez forte … pour lui. Il faut l'encourager, le motiver. » Elle marqua une pause, le temps que ses mots soient assimilés. « Qu'il ne voit pas que vous êtes inquiète. Il n'a pas besoin de ça, Regina. » Elle attendit une réaction. La Maire ferma les yeux, se concentra. Son visage se ferma et fit place à un masque placide, stoïque. Elle hocha la tête d'un signe entendu. « Bien. » Emma inspira profondément, à son tour.

De part et d'autre du lit, les infirmières avaient installé un fauteuil confortable. Elles prirent chacune place. Regina prit la main de son fils dans la sienne et posa l'autre sur son torse recouvert du drap rêche et épais de l'hôpital. Elle porta ses doigts à ses lèvres. Ils étaient moites, froids et si petits. Elle y déposa un délicat baiser, ferma les yeux et y glissa sa joue.

Emma observa la scène, distante. Elle se sentait de trop et étrangère. Cette situation était embarrassante. Même si elle ressentait les mêmes émotions que Regina, elle ne savait pas si elles avaient leur place, ici. Elle n'avait pas élevé Henry et elle avait été totalement absente de sa vie pendant dix ans. Bien que cela faisait presque deux ans qu'elle avait retrouvé Henry et que leurs liens s'étaient solidifiés, elle ne ressentait toujours pas cet instinct maternel qui submergeait Regina au contact de son fils ou sa mère le jour où elle avait retrouvé la mémoire.

Avait-elle le droit, elle aussi, de se laisser aller, de partager son inquiétude, de montrer des marques d'affection et de faire preuve d'attention ? Elle se cala dans le fond de son fauteuil et maintenait la distance. Elle n'avait jamais partagé ses sentiments avec qui que ce soit. Elle s'était construite, au fur et à mesure des années, un mur de défense qui ne laissait pas la place à la moindre faiblesse. Ses traits se durcirent et son visage se ferma.

Cette attitude n'échappa pas à la jeune Reine et elle releva la tête :

- « Emma… » Elle tendit sa main au-dessus du jeune garçon, vers la jeune femme blonde, « vous pouvez … C'est votre fils aussi … » et lui fit signe de s'approcher.

- « Ca va aller. » Elle se releva.

- « S'il vous plait. Il a besoin de nous deux, il a besoin de sentir que vous êtes là, vous aussi. »

Emma inclina la tête et sourit, gênée.

- « Je vais retourner au Manoir et rapporter quelques affaires dont il aurait besoin quand il se réveillera. Je reviens.

- Emma … ? »

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La jeune shérif sortit sans se retourner. Elle traversa les couloirs un à un, descendit les escaliers en les survolant, elle courait presque. Lorsqu'elle franchit les portes d'entrée, elle s'arrêta. Elle enfonça les mains dans les poches de sa veste en cuir. Elle leva la tête au ciel, ferma les yeux et inspira un grand coup. Elle avait besoin d'air frais. Elle avait besoin de changer d'air. Elle marcha. Elle erra sur le trottoir, le long des routes, sans but, les yeux rivés sur les dalles qui défilaient sous ses semelles. Elle avançait comme un automate pendant de très longues minutes, s'empêchant de penser. Le soleil était toujours haut dans le ciel et les températures avaient rapidement grimpé. Il n'y avait pas un souffle de vent et l'air était lourd et suffocant. Les rayons se reflétaient sur l'asphalte et l'horizon ondulait sous l'effet de la chaleur écrasante. Sa veste pesait lourd sur ses épaules.

Au bout d'une demi heure, ses pas la menaient devant la maison au 108 Mifflin Street. Emma regarda la demeure blanche se déployer de toute sa majesté. Elle inspira à nouveau profondément et s'avança, décidée. Elle inséra le double de clef qu'elle avait reçut en début de semaine et le tourna dans la serrure. La porte s'ouvrit et elle entra. Elle regarda, comme si c'était la première fois, le hall d'entrée et se rendit compte qu'elle n'avait jamais pris la peine de détailler les cadres pendus au mur. Elle les observa attentivement et s'attarda sur les portraits d'Henry. Elle découvrit ses premiers sourires, ses premiers pas, des événements auxquels elle n'avait jamais assistés. Elle prit un petit cadre qui trônait sur la petite table d'accueil et traça du doigt le contour du visage de son fils. Henry ne devait pas avoir plus de 6 ans, il s'était blotti dans les bras de sa mère adoptive et il la regardait avec des yeux plein d'amour.

Elle soupira et referma les yeux. Combien d'événements, d'anniversaires, … avait-elle manqués ? Avait-il été heureux avant son arrivée ? Comment était-il bébé, enfant, petit garçon ? Quel était son regard le lendemain de Noël, lorsqu'il découvrait ses cadeaux sous le sapin ? Etait-il correctement rassuré la nuit, lorsqu'il avait ses cauchemars ? Elle recula lentement jusqu'à se cogner au mur. L'air se faisait rare, elle cherchait sa respiration. Elle étouffait. Les images et photos se bousculaient dans sa tête. Elle saturait. Elle n'avait jamais été présente pour lui. Elle n'avait plus pensé à lui depuis des années, elle avait fait sa vie de son côté, dès sa sortie de prison. Et maintenant qu'il était dans un lit d'hôpital, maintenant que sa vie était en danger… La jeune femme se laissa glisser de tout son long, jusqu'au sol. Elle replia ses jambes contre sa poitrine et les encercla avec ses bras. Elle posa son front sur ses genoux. Elle sentit ses larmes s'écouler le long de ses joues et ne les retint pas.

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