Chapitre 10 : Norbert le Dragon
Quirrell se montra cependant plus calme qu'ils ne l'auraient cru. Dans les semaines qui suivirent, il devint encore plus pâle et maigre, mais il ne semblait pas avoir cédé à la tentation de se promener à nouveau.
Chaque fois qu'ils passaient devant le couloir interdit du deuxième étage, Harry, Théo ou Sarah collait une oreille contre la porte pour vérifier que Touffu était toujours là à pousser des grognements. Rogue, lui, ne manquait jamais une occasion de manifester sa mauvaise humeur habituelle, ce qui signifiait qu'il n'avait pas encore réussi à obtenir d'autres réponses. Lorsque Harry croisait Quirrell, il s'efforçait de ne pas lui montrer qu'il se méfiait de lui, bien qu'il ne réussît jamais à paraître aussi naturel que Sarah.
Hermione, pour sa part, avait autre chose en tête que la Pierre philosophale. Elle avait commencé à établir un programme de révisions pour les examens de fin d'année et harcelait tout le monde, toutes maisons confondues, pour qu'ils en fassent autant.
- Hermione, les examens, c'est dans une éternité, lui dit un jour Théo après une énième répétition de ce conseil.
- Dix semaines, répliqua Hermione, ce n'est pas une éternité, ça correspond à une seconde pour Nicolas Flamel
- Mais lui, il est largement plus vieux que nous, et les vieux perdent facilement la notion du temps, dit Sarah en souriant. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi tu révises, toi qui a déjà appris la totalité du cours. Ou alors, c'est que tu ne comprends pas ce que tu apprends…
- Tu ne vois pas pourquoi ? Tu es folle ? Tu te rends compte qu'il faut absolument réussir ces examens pour entrer en deuxième année, j'espère ? C'est très important, j'aurais dû commencer à réviser il y a un mois.
Malheureusement, les professeurs semblaient avoir des idées voisines des siennes. Ils avaient imposé tellement de devoirs pour les vacances de Pâques qu'il ne restait plus beaucoup de temps aux élèves pour songer à s'amuser, ni beaucoup plus pour réviser, d'ailleurs. Il était difficile de se détendre quand Hermione passait son temps à réciter les douze usages du sang de dragon ou à faire des exercices avec sa baguette magique. Baillant et Maugréant, Harry et Théo passaient la plus grande partie de leur temps libre dans la bibliothèque avec Sarah et Hermione pour essayer d'arriver au bout de leur travail.
- Ah, je déteste le « par cœur », lâcha un jour Sarah.
- Je n'arriverai jamais à me rappeler ce truc, répondit Théo.
Il reposa sa plume et regarda avec envie par la fenêtre de la bibliothèque. C'était la première belle journée qu'ils avaient eue depuis des mois, et ils la passaient enfermés au milieu des livres. Le ciel était d'un bleu de myosotis et l'atmosphère avait un parfum d'été. Harry, qui lisait l'article consacré au « dictame » dans Mille herbes et champignons magiques, leva les yeux lorsqu'il entendit Théo s'écrier :
- Hagrid ! Qu'est-ce que vous faites dans la bibliothèque ?
Hagrid apparut, cachant quelque chose derrière son dos. Avec son gros manteau en poil de taupe, il paraissait déplacé dans un tel lieu.
- Je suis simplement venu jeter un coup d'œil, dit-il d'une voix qui ne paraissait pas très naturelle (Pas du tout naturelle, en fait). Et vous, qu'est-ce que vous faites ? ajouta-t-il d'un air soupçonneux. J'espère que vous avez cessé de vous intéresser à Nicolas Flamel ?
- Oui, on a arrêté de chercher des renseignements sur lui quand on a trouvé, dit Sarah d'un ton amusé. Nous savons que Touffu garde son préssssieux trésor, alors on ne cherche plus…
- Chut ! Répondit Hagrid en lançant des regards autour de lui pour voir si quelqu'un écoutait (oui, le genre de regard suspect qui inciterait n'importe qui à écouter de plus belle). Parle moins fort, qu'est-ce qui te prend ?
- Nous voulions justement vous poser quelques petites questions, intervint Harry. On espère que d'autres surprises que Touffu attendent quiconque tentera de s'en emparer, parce que tout seul…
- Chut ! répéta Hagrid. Vous n'avez qu'à venir me vois un peu plus tard. Je ne vous promets rien, mais arrêtez de jacasser à ce sujet, les élèves ne sont pas censés savoir. On va penser que c'est moi qui vous ai tout raconté.
- Alors tout à l'heure, dit Harry.
Hagrid quitta la bibliothèque en traînant ses grands pieds sur le parquet.
- Qu'est-ce qu'il cachait derrière son dos ? demanda Hermione d'un air songeur.
- Je vais voir dans quelle section il était, dit Théo.
Il revint quelques instants plus tard avec une pile de livre qu'il posa doucement sur la table.
- Des dragons ! murmura-t-il. Hagrid regardait des bouquins consacrés aux dragons ! Regardez ça : Les différentes espèces de dragon d'Angleterre et d'Irlande, De l'œuf au brasier, Le Guide de l'amateur de dragons.
- Joli ! Répondit Sarah. Il y en a sur la façon de les combattre ?
- Hagrid a toujours rêvé d'avoir un dragon, il me l'a dit la première fois que je l'ai vu, déclara Harry.
- Mais il est fou ! Il n'imagine pas les dégâts que ces monstres peuvent faire ! s'écria Sarah.
Harry remarqua qu'elle avait perdu son légendaire ton amusé. En fait, elle semblait avoir perdu toute son assurance coutumière.
- Et c'est contraire à nos lois, fit remarquer Théo. L'élevage des dragons a été interdit par la Convention des sorciers de 1709, tout le monde sait ça. Comment veux-tu qu'on arrive à cacher notre existence aux Moldus si on garde un dragon dans son jardin ? En plus, ils sont impossibles à dresser, Sarah a raison, c'est dangereux. Je suis sûr que les jumeaux Weasley pourront vous le confirmer, leur frère aîné travaille avec des dragons sauvages en Roumanie…
- Il n'y a quand même pas de dragons sauvages en Grande-Bretagne ? demanda Harry.
- Bien sur que si, il y en a, assura Théo. Tu n'as jamais entendu parler du dragon Vert gallois ou du Noir des Hébrides ? Le ministère de la magie fait un sacré travail pour essayer de les cacher, je peux te le dire. Chaque fois qu'un Moldu en voit un, il faut lui jeter un sort pour qu'il oublie tout de suite.
- Ou bien le saouler à mort pour que tout le monde croie qu'il l'a vu à cause de l'alcool, renchérit Sarah, qui semblait s'être reprise. Avec tous les contes parlant de Dragons, faire dire à des hommes ivres qu'ils en ont vu est le meilleur moyen de prouver qu'ils n'existent pas.
- C'est bien joli tes techniques de désinformation, mais avec tout ça, je me demande vraiment ce que mijote Hagrid, répondit Hermione, plus songeuse que jamais.
Une heure plus tard, lorsqu'ils allèrent frapper à la porte du garde-chasse, ils furent surpris de voir que tous les rideaux de la cabane étaient tirés.
- Qui est là ? demanda Hagrid avant de les faire entrer et de refermer rapidement la porte derrière eux.
A l'intérieur, il faisait une chaleur étouffante. Bien qu'au-dehors la température fût clémente, un grand feu ronflait dans la cheminée. Hagrid prépara du thé et leur proposa des sandwiches à l'hermine, qu'ils refusèrent poliment mais fermement.
- Alors, vous vouliez me demander quelque chose ? dit Hagrid.
- Oui, répondit Harry.
Harry se dit qu'avec Hagrid, il valait mieux aller droit au but.
- Est-ce que vous pourriez nous dire ce qui garde la Pierre philosophale, à part Touffu ?
Hagrid fronça les sourcils.
- Bien sur que non, je ne peux pas vous le dire. D'abord parce ce que je l'ignore. Ensuite perce que vous en savez déjà trop et donc, même si j'étais au courant, je ne vous dirait rien de plus. Il y a de bonnes raisons pour que cette Pierre se trouve ici. Elle a failli être volée chez Gringotts, j'imagine que vous l'aviez déjà compris ? Je me demande bien comment vous avez fait pour découvrir l'existence de Touffu.
- Je comprends que vous ne vouliez pas nous le dire, mais ne nous faites pas croire que vous ne le savez pas. Vous savez tout ce qui se passe ici, déclara Hermione d'un ton flatteur.
Surpris d'avoir entendu sa voix, Harry jeta un coup d'œil sur Sarah : c'est elle qu'il s'attendait à entendre parler de la sorte. Au lieu de cela, elle regardait la cheminée d'un air absent. Harry n'eut pas le temps de la regarder à son tour, Hermione reprenait la parole.
- Nous voulions simplement savoir qui s'était chargé du dispositif de protection de la Pierre, poursuivit Hermione. Nous nous demandions en qui, à part vous, le professeur Dumbledore pouvait avoir une telle confiance.
En entendant évoquer la confiance de Dumbledore, Hagrid bomba le torse.
- Bah, j'imagine qu'il n'y a pas de mal à vous dire ça… Voyons… il m'a demandé de lui prêter Touffu. Et certains professeurs se sont chargés des sortilèges… Le professeur Chourave, le professeur Flitwick, le professeur McGonagall, dit-il en comptant sur ses doigts. Le professeur Quirrell… Et Dumbledore lui-même a fait quelque chose, bien sûr. Ah oui, j'allais oublier, le professeur Rogue, aussi.
- Donc, les cinq directeurs et le prof de Défense, répondit Hermione et s'efforçant de paraître naturel.
- C'est ça. Ils ont tous aidé à protéger la Pierre, répondit Hagrid.
Harry savait que Théo, Hermione et sans doute Sarah pensaient la même chose que lui. Si Quirrell avait participé à la protection de la pierre, il devait avoir le moyen de connaître les sortilèges employés par les autres professeurs. Et s'il savait comment passer devant Touffu sans se faire hacher menu…
- Vous êtes le seul à savoir comment se protéger de Touffu, n'est-ce pas ? demanda Harry d'un ton fébrile. Vous ne le diriez à personne, même pas à un professeur ?
- Personne ne le sait, à par moi et Dumbledore, répondit Hagrid avec fierté.
- C'est déjà ça, murmura Harry à l'adresse des trois autres. Hagrid, est-ce qu'on pourrait ouvrir la fenêtre ? C'est un vrai chaudron, ici.
- Impossible, Harry, désolé.
Harry vit que Hagrid jetait un coup d'oeil vers le feu. Il suivit son regard.
- Hagrid ! Qu'est-ce que c'est que ça ? s'exclama-t-il
Mais il savait déjà de quoi il s'agissait. Au cœur des flammes, sous la bouilloire, il y avait un gros œuf noir. Et Sarah était tétanisée rien qu'en regardant ledit œuf.
- Ça ? dit Hagrid en se passant les doigts sans la barbe d'un geste un peu nerveux. C'est simplement un…
- Où est-ce que vous l'avez trouvé ? l'interrompit Théo en s'accroupissant devant le feu pour examiner l'œuf. Vous avez dû le payer une fortune.
- Je l'ai gagné, dit Hagrid. Hier soir. J'étais allé boire un ou deux verres au village et j'ai joué aux cartes avec un client de passage. Pour tout vous dire, je crois qu'il n'était pas mécontent de s'en débarrasser.
- Et qu'est-ce que vous allez en faire quand il aura éclos ? interrogea Hermione.
- J'ai lu des choses là-dessus, répondit Hagrid en retirant un gros livre de sous son oreiller. J'ai trouvé ça à la bibliothèque. L'Élevage des dragons pour l'agrément ou le commerce. C'est un peu daté, bien sur, mais tout y est. Il faut garder l'œuf dans le feu parce que, dan s la nature, c'est leur mère qui leur souffle dessus, vous comprenez ? Et quand l'œuf aura éclos, il faut donner un petit seau de cognac mélangé à du sang de poulet toutes les demi-heures. Regardez, là, ils expliquent comment reconnaître les différents œufs. Le mien, c'est un Norvégien à crête. Une espèce rare.
Il semblait ravi, mais Sarah ne l'était pas du tout. Elle semblait crispée en regardant l'œuf, mais soudain elle explosa :
- Mais vous êtes fou ! Ces montres peuvent raser des villages en un clin d'œil ! Il faut vous débarrasser de cette chose au plus vite ! Éloignez ça de moi, ou je fais un malheur ! Vous ne savez pas ce que peut faire une de ces créatures, ma famille en a fait l'expérience ! Une fois éclos, ce dragon sèmera la destruction sur son passage ! Nul ne sera épargné ! Il noiera le pays sous les fla… AAAH !
- Tu te sens mieux ? lui dit Hermione, un verre maintenant vide à la main. L'eau froide, ça calme bien.
Pendant que Sarah reprenait son souffle (elle avait tout dit d'une traite, sans reprendre sa respiration), elle reprit :
- Hagrid, votre cabane est en bois. Vous ne trouvez vraiment pas que c'est risqué ?
Hagrid n'écoutait pas, cependant. Il remuait les braises en chantonnant.
Ils avaient à présent un nouveau sujet d'inquiétude : qu'arriverait-il à Hagrid si quelqu'un s'apercevait qu'il abritait dans sa cabane un dragon interdit ?
- Je me demande à quoi ça ressemble, une vie paisible, soupira Théo, accablé par le poids des devoirs à faire.
- Je ne sais pas, personne dans m'a famille n'en a eu depuis des siècles, répondit Sarah. Nous, on aime bien l'action.
Un matin au petit déjeuner, Hedwige, la chouette de Harry, lui apporta un message signe Hagrid. Il n'avait écrit que quelques mots : « Il est en train d'éclore ».
Théo voulut aller voir à l'instant même, mais Harry l'en dissuada.
- On a un cours tout de suite, et ce n'est pas trop le moment de nous attirer des ennuis. Il vaut mieux qu'on attende. Et puis, ce n'ai rien comparé à ceux qu'aura Hagrid s'il est pris avec le… Oui Malefoy, tu veux que je parle plus fort ?
L'horripilant élève blond était passé tout près d'eux et s'était arrêté net pour écouter ce qu'ils disaient. Qu'avaient-il entendu ? Harry n'aimait pas beaucoup l'expression de son visage. Il l'aimait moins encore que le visage lui-même.
Harry et Théo finirent par se mettre d'accord pour aller voir Hagrid pendant la récréation du matin, avec Hermione. Sarah, elle, ne voulait pas en entendre parler, aussi avaient-ils jugé inutile de la mettre au courant au risque de déclencher une nouvelle crise d'hystérie. Lorsque la cloche du château sonna la fin du cours, ils se précipitèrent tous les trois vers la cabane où Hagrid les accueillit, tout excité, le teint écarlate.
- Il est presque sorti, annonça-t-il triomphalement.
L'œuf était posé sur la table. Il y avait de profondes crevasses dans la coquille et quelque chose remuait à l'intérieur avec un drôle de bruit, comme une sorte de claquement.
Ils s'assirent autour de la table et observèrent l'œuf en retenant leur souffle.
Presque aussitôt, bien que cela leur semblât une éternité, il y eut un craquement, la coquille s'ouvrir en deux et le bébé dragon s'avança sur la table d'une démarche pataude. Il n'était vraiment pas beau à voir. Harry trouva qu'il ressemblait à un vieux parapluie noir tout fripé. Ses ailes hérissées de pointes étaient énormes, comparées à son corps grêle d'un noir de jais. Il avait un long museau avec de grandes narines, des cornes naissantes et de gros yeux orange et globuleux.
Le dragon éternua et de petites étincelles jaillirent de son museau. Les trois apprentis sorciers reculèrent sur le coup, puis furent soulagés que ça n'aille pas plus loin.
- Il est magnifique, murmura Hagrid.
Il tendit la main pour le caresser, mais le dragon claqua des mâchoires en montrant de petits crocs pointus.
- Le brave petit, il a reconnu sa maman ! s'exclama Hagrid.
- Il est vraiment inconscient ou il le fait exprès ? chuchota Théo à l'oreille de Harry.
- Hagrid, il faut combien de temps pour qu'un Norvégien à crête atteigne sa taille adulte ? demanda Hermione.
Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa question : Hagrid se leva d'un bond et se précipita vers la fenêtre.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Quelqu'un regardait entre les rideaux. Un garçon. Il s'est enfui vers le château.
Harry bondit sur la porte et l'ouvrit pour regarder au dehors. Même de loin, il était impossible de ne pas le reconnaître : c'était Malefoy, et il avait vu le dragon.
Dans les jours qui suivirent, le sourire qui se dessinait sans cesse sur le visage de Malefoy mit Sarah, Harry, Théo et Hermione très mal à l'aise. Ces trois derniers passaient le plus clair de leur temps libre dans la cabane du garde-chasse pour essayer de le raisonner.
- Relâchez-le dans la nature, le pressait Harry.
- Impossible, répondait Hagrid. Il est trop petit. Il mourrait.
Ils contemplèrent le dragon. En une semaine, sa taille avait triplé et des volutes de fumées lui sortaient des naseaux. Hagrid, trop occupé à prendre soin du dragon, négligeait ses devoirs de garde-chasse. Le sol était jonché de bouteilles de cognac vides et de plumes de poulet, assez pour remplir plusieurs oreillers.
- J'ai décidé de l'appeler Norbert, dit Hagrid en regardant le dragon avec des yeux embués. Il me connaît bien maintenant, regardez. Norbert ! Norbert ! Où est maman ?
- Ça va mal ! Il est complètement gaga ! murmura Théo à l'oreille de Harry.
- Hagrid, dit Harry à haute voix, dans une quinzaine de jours, Norbert sera aussi grand que la maison, il sera impossible de le dissimuler. Sans compter Malefoy qui peut à tout instant avertir son père, lequel se débrouillera pour vous faire tomber tout le ministère dessus.
Hagrid se mordit la lèvre.
- Je… je sais bien que je ne pourrai pas le garder pour toujours, mais je ne vais quand même pas l'abandonner ! Je ne pourrai jamais faire une chose pareille.
Harry réfléchit quelques secondes, puis se tourna vers Théodore.
- Et Charlie Weasley ? Tu m'as bien dit qu'il étudie les dragons en Roumanie !
Se tournant vers Hermione :
- Hermione, tu pourrais demander aux jumeaux Weasley de le contacter ? On pourrait peut-être lui envoyer Norbert. Charlie Weasley s'occupera de lui et le relâchera dans la nature !
- Excellent idée ! approuva Hermione. Les jumeaux Weasley ne sont pas souvent sérieux, mais on peut leur faire confiance quand on a vraiment besoin d'eux. Ils le préviendront si je leur demande. Qu'est-ce que vous en pensez, Hagrid ?
Et Hagrid finit par accepter qu'ils demandent aux jumeaux d'envoyer un hibou à Charlie pour lui demander de prendre en charge le dragon. À vrai dire, il n'avait pas tellement le choix.
Le mercredi soir, Harry et Sarah étaient assis dans la salle commune, bien après que tous les autres eurent rejoint leur lit. La sinistre horloge adossée au mur venait de sonner minuit lorsque le mur s'ouvrit. Théodore enleva la cape d'invisibilité qui le recouvrait, semblant surgir de nulle part. Il revenait de la cabane où il avait aidé Hagrid à nourrir Norbert qui mangeait à présent des kilos de rats morts.
- Il m'a mordu ! s'écria-t-il à voix basse en leur montrant sa main enveloppée d'un mouchoir ensanglanté. Je vais être incapable de tenir une plume pendant au moins une semaine, et je ne sais pas écrire de la main gauche ! Je commence à croire que tu avais raison, Sarah : ce dragon est créature la plus effroyable que j'aie jamais rencontrée. Et dire que Hagrid en parle comme d'un gentil petit lapin. Quand le dragon m'a mordu, il a prétendu que c'était de ma faute, que je lui avais fait peur. Et quand je suis parti, il lui chantait une berceuse.
Il y eut un bruit contre le carreau de la fenêtre. Harry l'ouvrit pour faire
entrer un hibou qu'il n'avait encore jamais vu. Il portait un message des jumeaux : le hibou devait leur appartenir.
Ils se penchèrent tous les trois sur la lettre et lurent en même temps :
Salut, Sarah ! (Mince ! ils se connaissaient. Harry craignait le pire, à présent) On a reçu la réponse de Charlie. Il est d'accord pour s'occuper du dragon, et il vient lui-même le chercher avec quelques amis à lui ! Mais il sait qu'il n'a pas intérêt à se faire prendre avec, alors il faudra faire ça de nuit. Il sera dans les environs Samedi, vous devrez amener le dragon au sommet de la plus haute tour du château, à minuit. Lui et ses amis vous retrouveront à cet endroit à la faveur de l'obscurité, puis ils repartiront pour la Roumanie avec le dragon.
Amusez-vous bien,
Fred, George.
PS : Ron a vu la réponse de Charlie, et il insiste pour vous accompagner, car ça fait un moment qu'il ne l'a pas vu. Désolés, vous allez devoir le supporter le soir fatidique !
Ils échangèrent un regard.
- Avec la cape d'invisibilité, ça risque d'être un peu dur, dit Harry. Je pensais y aller avec Théo et Hermione, et c'était déjà plutôt juste, mais si en plus on se retrouve avec Ron Weasley…
- Désolé Harry, tu iras sans moi, répondit Théo en montrant sa main. Tu devrais t'en sortir avec Hermione.
- Écoutez, ce dragon, plus il est loin, mieux je me porte, vous savez… Je vais partir de mon côté et m'occuper de Rusard et Miss Teigne – et de Malefoy, aussi. Plus vite cette sale bête aura quitté Poudlard, mieux cela vaudra, ajouta Sarah sur un ton sinistre
Mais il y eut bientôt un nouvel ennui. Le lendemain matin, la main de Théo, que Norbert avait mordue, avait doublé de volume. Il hésitait à aller voir Madame Pomfresh : allait-elle s'apercevoir qu'il s'agissait d'une morsure de dragon ? Mais dans l'après-midi, li n'eut plus le choix : la blessure avait pris une horrible couleur verte. Sarah leur confirma qu'en plus de toutes leurs tares, certains dragons avaient encore le triste privilège d'être venimeux.
A la fin de la journée, Harry et Hermione se précipitèrent à l'infirmerie où Théo, en piteux état, était au lit. Mais il n'était pas seul : Ron Weasley avait reçu un maléfice au détour d'un couloir.
- J'ai l'impression que ma main est sur le point de tomber, murmura Théo. Mais il y a pire : Malefoy a dit à Madame Pomfresh qu'il voulait emprunter un livre à Ron, ce qui lui a permis de venir se moquer de lui. Mais quand il m'a vu, il m'a menacé de révélé à Madame Pomfresh ce qui m'avait mordu. Moi, je lui ai dit que j'avais renversé une potion sur une ancienne morsure de chien, mais je crois qu'elle ne m'a pas cru…
Harry et Hermione essayèrent de le calmer.
- Tout sera terminé samedi à minuit, promit Hermione.
Si ces mots apaisèrent Théo, ils mirent en revanche Ron dans tous ses états :
- Samedi à minuit ! Oh, non ! Oh, non ! Je viens de me souvenir. J'ai laissé la lettre de Charlie dans le livre que Malefoy a emporté ! Il va savoir pour votre dragon !
Heureusement pour lui, Harry et Hermione n'eurent pas le temps d'ajouter quoi que ce soit. Au même moment, Madame Pomfresh vint leur dire qu'il était temps de laisser Théo tranquille. Il avait besoin de dormir.
- Il est trop tard pour changer de programme, dit Harry à Hermione. Nous n'avons plus le temps d'envoyer un autre hibou à Charlie et c'est sans doute notre seule chance de nous débarrasser proprement de Norbert. Il faut prendre le risque. Je vais prévenir Sarah que Malefoy sait tout, elle prendra ses précautions. Nous avons aussi la chance d'avoir la cape d'invisibilité, et ça, Malefoy ne le sait pas. Enfin, j'espère.
Lorsqu'ils allèrent voir Hagrid ce soir-là, Crockdur le molosse était assis devant la cabane avec un pansement autour de la queue. Hagrid ouvrit une fenêtre.
- Je ne vous fais pas entrer, souffla-t-il. Norbert est à l'âge où il a besoin de jouer. Mais rassurez-vous, j'ai la situation bien en mains.
Lorsqu'ils lui annoncèrent ce que Charlie avait prévu (sans lui parler de Malefoy), ses yeux se remplirent de larmes. Mais c'était peut-être parce que la charmante bestiole venait de lui mordre la jambe.
- Aïe ! Ce n'est pas grave, il a simplement mordu ma botte. C'est pour jouer. Après tout, c'est encore un bébé.
Et le bébé donna un grand coup de queue contre le mur en faisant trembler les vitres. Lorsqu'ils retournèrent au château, Hermione et Harry avaient hâte d'être à samedi. Ils espéraient toutefois qu'il ne grandirait pas trop jusque-là…
S'ils n'avaient pas été inquiets pour la suite des événements, ils auraient eu le cœur serré en voyant Hagrid se séparer de Norbert. La nuit était sombre, le ciel rempli de nuages. Sarah avait quitté la salle commune la première, Harry était sorti quelques minutes plus tard. Il était allé retrouver Ron et Hermione devant le portrait de la grosse dame et ils s'avançaient à présent vers la cabane du garde-chasse. Quand ils arrivèrent, Hagrid était prêt. Il avait enfermé le dragon dans une grande boîte.
- Je lui ai donné des rats et du cognac pour le voyage, dit-il d'une voix étouffée. Et je lui ai laissé son ours en peluche pour qu'il ne se sente pas trop seul.
Un bruit de déchirure à l'intérieur de la boite confirma à Harry que Norbert « jouait » avec son nounours.
- Au revoir, Norbert, sanglota Hagrid tandis que Harry, Hermione et Ron recouvraient la boîte avec la cape d'invisibilité, puis se glissaient au-dessous. Maman ne t'oubliera jamais !
Drago avançait seul, se repérant à tâtons dans les couloirs. La lumière ne l'aurait rendu que plus repérable. En ce moment même, ces abrutis devaient être en train d'embarquer le dragon dans la cabane de l'autre espèce de sauvage. A présent, le plus dur était de ne pas se faire attraper par Rusard avant le bon moment. Il attendrait qu'ils soient pris au piège dans la tour, et il irait chercher Rusard. Et là, il était sur qu'ils seraient renvoyés…
Soudain, il se rendit compte qu'il ne pouvait plus bouger ses jambes. Une attaque ! Avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, Drago s'étala au sol, une couverture sur la tête. Sous le choc, il lâcha sa baguette. Il voulut la reprendre, mais lorsqu'il parvint à retirer la couverture qui l'empêchait de voir, (bien qu'il ne vît pas grand-chose de plus, dans cette obscurité), il fut attiré par un bruit venant du dessus d'une armoire. Il parvint à distinguer sa baguette qui flottait dans l'air et tapait sur le coin de l'armoire. Quelques secondes plus tard, la baguette se posa doucement sur le dessus du meuble, et Drago entendit s'éloigner l'insupportable caquètement de Peeves. Peeves ! Il était tombé sur cet infâme esprit frappeur qui lui avait immobilisé les jambes avant de percher sa baguette sur l'armoire ! Maintenant, il ne pouvait plus rien faire contre le sort sa baguette étant inaccessible. Le seul moyen de la récupérer aurait été de faire tomber l'armoire, ce qui aurait attiré un Rusard furieux et incapable de l'écouter. Drago ne pouvait plus que maudire Peeves. Sans lui, il aurait pu faire exclure Potter et sa bande d'imbéciles, et maintenant, c'est lui qui était en mauvaise posture.
Minuit approchait lorsqu' Harry Hermione et Ron, chargés de leur fardeau, dans le couloir situé au pied de la tour la plus haute.
Un brusque mouvement, un peu plus loin, manqua de leur faire lâcher la boîte à dragon. Oubliant qu'ils étaient déjà invisibles, ils se rencognèrent dans la pénombre, les yeux fixés sur deux silhouettes qui semblaient se débattre à quelques mètres devant eux. Une lampe s'alluma.
Le professeur McGonagall, vêtue d'une robe de chambre écossaise, les cheveux dans un filet tenait Malefoy par l'oreille.
- Vous aurez une retenue ! s'écria-t-elle. Et j'enlève vingt points à Serpentard. Se promener dans le château au milieu de la nuit à tenter de grimper sur les armoires ! Comment osez-vous ?
- Vous ne comprenez pas, professeur. Harry Potter va arriver avec un dragon ! se défendit Malefoy.
- Qu'est-ce que c'est que ces bêtises ? Comment pouvez-vous avoir l'audace de proférer de tels mensonges sans queue ni tête ? Un dragon ! Dans une boîte à chaussures, sans doute ? Venez, il va falloir que je parle de vous au professeur Rogue, Malefoy !
Après avoir assisté à ce spectacle, rien ne parut plus facile à Harry, Hermione et Ron que de monter l'escalier en colimaçon qui menait au sommet de la tour. Lorsqu'ils sortirent sur le balcon, dans l'air frais de la nuit, ils ôtèrent la cape pour respirer enfin à pleins poumons. Ron s'exclama :
- Malefoy en retenue ! Il y a de quoi hurler de joie !
- Il vaudrait mieux éviter, conseilla Hermione.
Ils se contentèrent donc de pouffer en silence tandis que Norbert s'agitait dans sa boite pour essayer de s'échapper. Une dizaine de minutes plus tard, quatre balais surgirent de l'obscurité et descendirent en piqué vers le sommet de la tour. Charlie et trois de ses amis avaient fabriqué un harnais accroché entre leurs balais pour pouvoir transporter Norbert. Tout le monde s'y mit pour attacher soigneusement le dragon, à l'exception de Ron et Charlie trop occupés entre frères, puis Harry et Hermione échangèrent des poignées de main avec les autres en les remerciant chaleureusement. Sarah arriva peu avant qu'ils ne partent.
Les quatre élèves virent bientôt la boîte à dragon s'éloigner dans le ciel puis disparaître au loin. Sarah prit alors la parole.
- Bon, je pars en éclaireur, et vous me suivez sous la cape. Si on tombe sur Rusard, surtout ne bougez pas un muscle ! Je m'en occupe. Vous êtes prêts ? C'est bon, suivez-moi.
Les précautions de Sarah étaient justifiées, car elle ne tarda pas à voir la silhouette de Rusard, qui attendait au bas des marches. À ce moment-là, le plus important était de ne lui laisser le temps ni de parler, ni de réfléchir.
- Monsieur Rusard ! Je vous cherche depuis dix minutes, monsieur Rusard ! Peeves est venu me voler un livre en pleine nuit, monsieur Rusard ! Il m'a attirée jusqu'en haut, mais il avait disparu ! Je vous en prie, monsieur Rusard, aidez-moi ! Vous êtes le seul qui soit assez malin pour connaître ses tours, et j'ai besoin de ce livre pour mes devoirs demain ! Et c'est après vous qu'il en a, monsieur Rusard ! Quand m'a pris mon livre, il m'a dit qu'il VOUS mettait au défi de le retrouver ! Et il a osé vous insul…
BADABOUM !
Sarah n'avait pas repris sa respiration qu'un grand bruit retentit dans l'escalier. Rusard se précipita, mais Sarah était devant lui.
- PEEVES !
- Tu vas voir ! J'ai monsieur Rusard avec moi, cette fois, tu es cuit !
Rusard s'arrêta net quand il vit les têtes de Ron, Harry et Hermione. Sarah avait encore grimpé quelques marches, et bien lui en prit : Rusard ne pouvait pas la voir de là où il était, mais la cape d'invisibilité couvrait encore les jambes des élèves tombés. Sarah se hâta de la retirer pour la plier grossièrement et la dissimuler dans la poche de sa robe, tandis que Rusard jubilait.
- Eh bien, Miss Cobbyte, je crois que je viens de trouver Peeves ! Nous verrons votre livre plus tard, pour l'instant, le plus important est de m'occuper de ces trois voyous ! Hé Hé Hé ! Rentrez immédiatement dans votre dortoir, sans courir ! N'oubliez pas que je vous ai à l'œil !
Sarah ne se le fit pas dire deux fois, et commença à redescendre, Miss Teigne sur ses talons. Elle put encore entendre Harry et Hermione qui avaient l'air plutôt en colère contre Ron Weasley :
- Il a vraiment fallut que tu tombes maintenant, hein !
- T'étais vraiment obligé de te raccrocher à nous pour nous entraîner dans ta chute ?
Ah, il est aussi empoté que les autres ! Soupira-t-elle intérieurement en regagnant son dortoir, toujours escortée par Miss Teigne. Quelle nuit ! Elle ne pouvait plus rien pour eux, mais au moins, elle avait fait prendre Malefoy, sauvé sa peau, et évité que Harry soit pris avec la cape.
