Daniel ouvrit les yeux, réveillé par un bruit sourd à l'extérieur. Sûrement le général qui va couper du bois comme tous les matins, pensa le brun. Il se releva et s'assit sur le lit se frottant les yeux pour sortir de cette torpeur que lui causait le sommeil. Il regarda par la fenêtre et remarqua le ciel encore noir de la nuit à peine entamée.
Il n'eut pas le temps de penser à autre chose, que justement le général entra en trombe dans la chambre, le regard affolé.
« Sortez d'ici ! »
Un autre bruit sourd se fit entendre. Du bois qui craque.
« Allez ! Vite ! » Continua-t-il.
L'esprit embrumé de Daniel eu du mal à intégrer tout ce qui était en train de se passer. Mais entendre une armée d'hommes criée « Ho hisse ! » puis un troisième gros boom réussit à le réveiller en un clin d'œil ! A côté de lui, Régina s'était réveillée elle-aussi (heureusement sinon ça voulait dire qu'elle était sourde) et n'avait pas perdu de temps pour se lever. Son fiancé en fit de même après elle. Tous les deux suivirent le général. Les coups contre la porte principale ne cessèrent pas, les cris des soldats ne diminuèrent pas. Et la peur dans les entrailles de Daniel et Régina continuèrent d'augmenter.
« Je t'avais dit qu'il fallait partir ! » Commença Régina.
« Pas maintenant ! » Coupa Daniel.
Ce n'était pas le moment pour ces conneries ! Il avait peut-être fait une erreur hier soir qu'ils étaient tous en train de payer. Et il le regrettera sûrement toute sa vie… Si vie il y aura encore à regretter après cette nuit !
Ils devaient sortir d'ici au plus vite, des fissures dans la porte étaient visibles. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que la porte ne cède et qu'ils se fassent envahir. Une question de secondes. Et pourtant, Daniel avait l'impression que tout se passait au ralenti. Les cris du général lui parvenaient de loin, les pleurs de Régina roulaient sur sa joue au ralenti, les hurlements des soldats n'étaient que des vibrations. Le sang lui montait à la tête, il entendait clairement les battements de son cœur dans ses oreilles. Régulier, et fort. La pièce tourna. Encore un craquement. La porte n'allait pas tarder à craquer. Et ils se feraient attraper par les gardes de Blanche, puis torturer jusqu'à une mort qui serait, pour sûr, extrêmement douloureuse. Il voulait partir. Partir loin. Tout plaquer et partir. Il ne voulait pas mourir. Une peur panique s'empara de lui. Une peur qui lui fit tourner la tête à tel point qu'il était sûr de tomber dans les pommes. D'un côté ça l'arrangeait, si seulement il pouvait tomber et se cogner la tête assez fort pour qu'il ne ressente plus jamais rien… Pour qu'il échappe enfin à ce bordel sans nom. Il en aurait eu honte. S'il avait été à un autre moment que celui-là il en aurait honte, en même temps à un autre moment il n'aurait pas eu de telles pensées. Daniel voulait partir tellement loin. Partir et ne jamais revenir. Jamais.
Il sortit de sa torpeur quand le général lui attrapa le bras puis lui donna une carte, il lui expliqua quelques directives que Daniel ne réussit pas à assimiler. Le général lui montra la fenêtre à l'opposé de la porte par laquelle ils devraient pouvoir sortir. Il regarda dehors et de ce côté de la maison il n'y avait personne. Toutes les forces de l'armée avaient été dirigées vers la porte d'entrée.
Erreur de débutant, pensa le général. Et heureusement pour eux que cette armée était d'une stupidité sans nom.
La fenêtre s'ouvrit. Laissant passer en premier lieu Daniel, pour être sûr que la voie était libre.
Un autre craquement, plus lourd celui-là, plus fort. Les bouts de bois de la porte éclataient dans toute la pièce sous le poids qu'exerçaient les soldats, des fissures d'une taille impressionnante criblaient la porte massive, laissant apercevoir des hommes en armure défonçant la porte à coups d'épaule.
« Encore un effort, soldats, on y est ! »
Régina leva une jambe et la passa par-dessus la fenêtre.
« Dépêche! » lui cria Daniel.
Un craquement et les gonds sautèrent, ce qu'il restait de la porte s'abattant pitoyablement sur le sol.
Au loin, on pouvait entendre les soldats crier victoire.
Des pas lourds, des soldats portant leur armure volumineuse emplirent la pièce. Régina se dépêcha de passer par la fenêtre, tombant lourdement sur le sol. La chaleur de la pièce et du stress contrastait considérablement avec la douceur de la nuit. La fraîcheur de l'herbe portant la rosée du soir.
Régina se releva, elle voyait à l'intérieur de la maison, la lumière des flammes du poêle dansait dans la pièce, les soldats arrivaient par dizaine à l'intérieur de cette petite cabane.
Le général passa un pied par-dessus la fenêtre mais des bras musclés l'attrapèrent violemment et le tirèrent en arrière, il avait beau essayer d'attraper le bord de la fenêtre, la table ou n'importe quel stupide objet qui lui passait par la main, la prise sur ses épaules était beaucoup forte et bien vite il fut encerclé par des dizaine de soldats en armure, leur visage caché par casque en fer, rendant impossible l'identification de ses tortionnaires.
Le vieil homme reçut plusieurs coups sur son visage et sur le reste de son corps, il poussa des cris, des hurlements. Il essaya même de se défendre, de donner quelques crochets et coups de poings, mais tous ses ennemis portaient une armure massive, ses coups lui faisant plus mal à lui qu'à eux.
Il avait mal, il sentait qu'il allait étouffer. Il toussa après un nouveau coup de poings à son estomac, il cracha. Et remarqua juste avant de recevoir un coup de pied à la tête qu'il commençait à cracher du sang.
Il voulait dormir, dormir et ne plus jamais se réveiller, arrêter ce cauchemar. Ce cauchemar qu'avait été toute sa vie entière. Il était sur le point de fermer les yeux, lorsqu'un des gardes, prit la parole.
« Arrêtez ! La princesse voudra probablement avoir l'occasion de jouer avec lui. »
Le garde en question se débarrassa de son casque, la chaleur étant insupportable sous cette taule. Révélant ainsi un homme mûr, les cheveux bruns en brosse laissaient apercevoir de très légères mèches grises sur les côtés de sa tête. Ses yeux noirs en amandes étaient plissés, s'adaptant à la lumière. Un petit bouc ornait son visage rempli de taches de rousseur. Il n'était pas le plus grand de la cavalerie, mais ses épaules larges étaient des plus impressionnantes.
Le général plissa les yeux pour regarder l'homme, comme s'il n'y croyait pas ses yeux. Il connaissait ce visage, un visage du passé. Qu'il n'avait pas vu depuis tant d'années. Depuis ce jour où on l'avait accusé de meurtre. Un garçon lui revint en mémoire, enfin un jeune homme. Son jeune apprenti à qui il avait appris la plupart de ses techniques et ses secrets, ce jeune homme qui s'était porté malade et du coup il avait dû être seul lors de sa ronde. Le visage innocent de ce garçon aux taches de rousseur qui à présent était souillé par un sourire sadique, criminel.
« Aleph… » Murmura le général avant de s'évanouir.
L'eau fraîche qu'il reçut sur le visage le réveilla rapidement. Son visage le brulait toujours, il ouvrit les yeux mais n'y vit pas grands choses. Ses yeux avaient gonflés pendant le moment où il était évanoui, ne laissant qu'un petit trait de lumière comme seul vue. Il entendait des voix approchées.
« Majesté, je peux vous assurer que le prisonnier que nous avons attrapé va vous plaire ! »
Aleph !
« Mais je l'espère bien mon général » déclara une voix féminine que le vieux général ne reconnut pas. Alors comme ça Aleph a réussi à devenir général….
Il sentit un vent frais couvrir son torse nu quelques pas firent grincer le bois de la maison, l'informant qu'il se trouvait toujours dans sa maison. Sa tête baissée, il arriva à distinguer deux paires de bottes à quelques centimètres de lui.
« Comment vous voulez que je le reconnaisse si vous l'amoché avant ? Demanda la voix féminine. Une jeune fille, put distinguer le général.
_Je crois que vous possédez la magie votre majesté, argumenta l'homme à côté d'elle sur un ton condescendant.
Il a dû devenir un de ces soufifres qui ne vivent que pour lécher le cul de la famille royale, ça me donne envie de vomir !
_Je me disais bien que j'avais une raison de vous garder mon cher Aleph. »
Et d'un geste de la main, cette dernière fit disparaître toutes les blessures du général, laissant apparaître son véritable visage aux envahisseurs.
Le général regarda les deux personnes en face de lui, d'un côté il y avait Aleph, son ancien apprenti. De l'autre une jeune femme, au teint blanc comme la neige et aux cheveux noirs comme l'ébène.
« Blanche-Neige… » Murmura le vieil homme.
Même si cela faisait une dizaine d'années qu'il ne l'avait pas vu, il aurait pu reconnaitre la princesse n'importe où. Elle avait tellement grandi. Elle avait le même visage que lorsqu'elle était enfant, les mêmes cheveux, les mêmes joues, les mêmes lèvres et le même nez. Mais ses yeux… Ses yeux transpiraient la malfaisance. Des yeux noirs comme les enfers. Le vieux barbu en avait la chair de poule.
« Est-ce que je devrais le connaitre ? » demanda la jeune fille.
Forcément elle n'était qu'une jeune enfant lorsqu'il avait quitté le château, il aurait été impressionnant si elle se souvenait encore du vieux garde de sa mère.
Blanche-Neige s'approcha un peu plus de lui, fixant les détails de son visage qui aurait pu lui donner un indice sur son identité. Et c'est là que le général vit l'étincelle qui traversa un moment le regard de Blanche. La peine. Oui il avait pu voir cette peine, une peine ancienne et refoulée qu'elle devait contenir depuis toutes ces années.
« Majesté, je ne crois que vous devriez vous souvenir de… »
« Claude… » Soupira la jeune fille.
« Le garde qui a tué votre mère. » Finit Aleph.
Le général tourna la tête vers son ancien apprenti, ce dernier ayant un étrange sourire aux lèvres. Du remord ? Du plaisir ? Des secrets ? Peut-être un peu des trois, mais le général savait qu'il y avait anguille sous roche. « Tu étais derrière tout ça… » Déclara-t-il à l'intention de son ex-apprenti, le plus jeune l'entendit mais ne releva pas l'accusation.
Il était tellement absorbé à regarder Aleph qu'il ne vit pas venir la gifle que lui donna Blanche. Une gifle tellement forte qu'elle réussit à lui griffer le visage.
Les yeux de la jeune fille était rouge de larmes, larmes qui ne demandaient qu'à sortir mais que, bien sûr, elle allait refouler, elle ne devait pas paraître faible devant ses sujets.
« Claude, commença-t-elle avec mépris, depuis tout ce temps j'ai enfin réussi à te retrouver. Depuis tout ce temps j'ai retrouvé le meurtrier de ma mère. Comment as-tu pu lui faire ça ?! Elle te faisait confiance tu sais, comme à un frère. Je m'en souviens très bien. »
« Blanche, ma chère Blanche, tu dois m'écouter je n'ai rien fait, j'aimais sincèrement ta mère, je la considérais comme ma sœur. »
« MENTEUR ! » Cria Blanche, laissant partir une autre gifle sur le visage barbu.
Elle était à bout psychologiquement, elle allait craquer et elle le tuerait, ses yeux criaient la folie.
« Comment as-tu pu sale fils de pute ! » Cracha-t-elle, une expression de profond dégout sur son visage qui fit de la peine au général.
Elle se tourna vers Aleph un moment pour reprendre son calme, elle avait une mission ici, et la présence de Claude, enfin retrouvé, ne l'aidait pas à se concentrer.
« Où vous avez enfermés l'autre gland et la salope? demanda Blanche.
« De… Eum qui ? Nous.. Euh nous n'avons t..trouvé que Claude ici majesté… » bafouilla Aleph, sachant qu'il se trouvait dans la merde jusqu'au cou.
« QUOI ? Est-ce que je dois te rappeler pour quoi on est venu ici au départ ? Mon sort de localisation m'a très clairement indiquée cet emplacement, ils doivent être ici ! » S'écria Blanche.
C'est à ce moment qu'un des gardes, jusqu'alors silencieux, prit la parole.
« Maj…Majesté.. Je crois av.. Avoir vu deux p..personnes s'enfuir pendant qu'on emp..prisonnait le vieux. »
La jeune fille se rapprocha rapidement du jeune garde qui lui avait donné cette information.
« Tu veux dire… Que les deux zigotos étaient à porter de mains et que vous les avez laissé s'échapper. » Demanda-t-elle en prononçant distinctement chaque mot.
Le garde hocha la tête, n'osant plus rien dire.
« EH BEN CA C'EST LA MEILLEURE ! »
Elle se tourna pour faire face une nouvelle fois à Aleph.
« Comment ont-ils réussi à t'échapper ? Tu n'es qu'un incapable Aleph ! Un putain d'incapable ! »
« Blanche écoute moi, commença Claude sur une voix douce, je ne sais pas ce que Régina t'a fait, et je ne sais pas comment tu es devenue cette personne méprisante et remplie de haine. Mais je sais qu'au fond de toi il y a encore cette petite fille si gentille qui aimait jouer avec les écureuils dans la forêt, je sais que cette personne existe toujours au fond de toi, ne laisse pas le mal et la magie noire prendre le pas.
_Claude, cette personne est morte ! Morte depuis le jour où tu as tué MA MERE !
_Blanche ! JE-N'AI-PAS-TUE-TA-MERE !
_MENTEUUUR ! »
Ses ongles très longs vinrent se planter dans le torse du vieil homme, striant sa poitrine d'une barre rouge saignante. Du sang coulait du bord de l'entaille, recouvrant par la même occasion sa fameuse tache de naissance en forme de fraise. Toutefois les coups ne s'arrêtèrent pas là, Blanche-Neige continua à donner des coups, des griffures et entailles de plus en plus profondes sur le corps du général, d'abord le torse mais bien vite des coups furent assénés sur le visage et le cou du vieil homme. Le sang coulait à flot des coupures, tellement grandes que quelques fois la peau qui restait retombait en lambeau sur son torse, sous les cris, et les supplications du général.
Au bout d'un moment, la furie de Blanche-Neige atteint son paroxysme, la sueur perlait son front, ses gestes devenaient plus frénétique, ses larmes ne cessaient de tomber elle était à bout de souffle, essoufflée, elle arrêta tout mouvement un instant, respira profondément, ravalant toute la colère et la haine qui l'animait. Elle leva les yeux vers celui qu'elle considérait responsable de la mort de sa mère. Non ravaler sa colère ne suffirait pas, cela ne suffirait pas à tout effacer, cela ne suffirait pas à la faire revenir en vie. La jeune fille leva les bras dans un dernier geste désespéré. Geste qui scella le sort du général. La peau du général se mit à craqueler, comme si elle était écartée par une force invisible, et en réalité c'était bel et bien le cas. Plus la peau du vieil homme se déchira, plus les bras de Blanche se tendait, elle ferma les yeux pour concentrer sa magie, la laissant affluer dans son corps. Claude était à l'agonie, poussa un cri sorti au fond de sa gorge et s'étrangla en un son déformé par la brisure de ses lèvres. Une douleur horrible, inimaginable, indescriptible. Ce n'était pas tant l'arrachement de sa peau qui vint lui faire sortir son dernier soupir mais la crise cardiaque à cause de cette souffrance qui lui permit d'être libéré de cette torture.
Un dernier craquement se fit entendre et les deux parties de la peau de l'ancien général vola à travers la pièce, laissant le corps sans vie montrant ses muscles nus et à vif.
Blanche-Neige reprit son souffle péniblement, ses jambes sont faibles et deviennent flasques à cause de la force qu'elle a dû utiliser pour ôter la vie à un humain pour la toute première fois. Et ça l'avait épuisé, autant physiquement que psychiquement. Ses jambes la lâchèrent finalement et elle fut rattraper de justesse par Aleph.
Une voix lui parvint de l'entrée de la pièce. « Blanche-Neige quand je te dis que ce ne sont que des abrutis et qu'il faut que tu fasses le travail par toi-même ! »
La jeune fille au teint encore plus livide que d'habitude se releva, se tient sur ses deux jambes et se retourna, faisant ainsi face à sa grand-mère. Blanche n'eut pas le temps de rétorquer quoique ce soit que son aïeule reprit la parole.
« Et pour ce qui est de ce.. Claude. Si tu avais réfléchis avant de le tuer, petite sotte, il t'aurait sûrement dit où se cachait ma fille et son garçon d'écurie. »
_Il méritait … de mourir. Répondit-elle à bout de souffle.
_Peut-être, mais il aurait aussi pu mourir 5 minutes plus tard pour savoir dans quelle direction 'les deux zigotos' se trouvent !
_Tu étais là depuis le début ?
_Tu devrais savoir que j'ai des yeux et des oreilles partout chérie, rétorqua Cora.
_Eh bien pour 'notre petit problème' ne t'inquiète pas, ils ne sont pas loin, je les retrouverais»
Elle sortit de la maison en bois, et siffla un son mélodieux. Un mouvement dans les arbres se fit apercevoir, un corbeau noir, tellement noir qu'il se confondait avec la nuit, seuls ses yeux orange trahissaient sa présence. Cet oiseau de la nuit se posa juste sur l'épaule de Blanche-Neige.
« Nox, les troupes sont prêtes ? » Demanda la jeune fille, elle avait une aptitude particulière à parler aux animaux. Quand les autres soldats ont entendu un croassement strident, Blanche entendit.
« On est tous prêt, tu as juste à demander. »
« Parfait. »
Elle prit ensuite un ton plus solennel pour continuer.
« Je les retrouverais toujours. »
