Os de Sitmaith
Bonjour mes petits chats, nous sommes désolés pour le rythme de parution un peu aléatoire cette semaine.
Cet Os n'était pas prévu, j'habite dans le centre ville de Strasbourg et j'ai eu besoin d'écrire, d'extérioriser.
Je tiens à dire que cet Os peut choquer, il traite d'attentat. Donc un sujet délicat. Même si la violence n'est que suggérée, je préfère prévenir, pour les petits coeurs sensibles.
Raiting : M
J'ai décidé que ce serait dans un UA Malec, donc pas de magie.
Voilà bonne lecture mes bons !
Alexander travaillait. Les soins intensifs étaient bondés, comme à l'accoutumé. Mais pour une fois ses collègues et lui étaient à jour de leur plan de soins. Tous assis sur des sièges inconfortables, ils attendaient patiemment la relève. L'un écrivait ses transmissions, un autre rangeait sa paillasse, d'autres encore bavardaient tranquillement dans un coin. Dans la salle de soin, l'humeur était au beau fixe en cette fin d'année, où Noël approchait à grand pas.
Un premier téléphone vibra frénétiquement, puis un deuxième et un troisième. Celui d'Alec était de ceux-là.
Des regards surpris et un peu amusés. Cocasse que tous les téléphones se réveillent en même temps.
Alec attrapa le sien, un message de Magnus. Il en sourit d'avance. Il était au marché de Noël lui et leurs enfants. Alec aurait dû les accompagner, mais un infirmier était malade, il avait donc remplacé son collègue au pied levé. Il s'attendait à recevoir une photo de leur garçon avec le Père Noël, ou un message promettant d'agréables retrouvailles avec Magnus...
" Il y a eu des coups de feu tirés dans la rue de l'appartement. On peut pas sortir. On t'aime Sweetheart"
Les yeux s'écarquillèrent de toute part. Chacun ayant reçu un message du même acabit. Un instant suspendu, où l'esprit ne veut pas comprendre, ne peut pas admettre l'horreur. Un silence en apesanteur , même respirer devient étrange, presque étranger. Alec doit se souvenir d'avaler sa salive, que son cœur ne doit pas cesser de battre. Si Alexander avait été le seul à recevoir un message, peut-être aurait-il cru à une blague. Pas que Magnus soit disposé à en faire une d'aussi mauvais goût, mais le cerveau humain et ses mystères. Toutes explications plutôt que cette réalité qu'il ne voulait pas croire. Qu'il ne pouvait pas admettre.
_ C'est un attentat en plein Centre.
Une voix blanche. Même Lisa ne croit pas ce qu'elle dit. Elle est pourtant la première à reprendre un semblant de contenance, comme un signal, les langues se délient, les esprits sortent de leur brume pâteuse.
_ Ma mère.
_ Faut que j'appelle mon fils.
_ Magnus.
Chacun s'isole, mais personne ne sort, le groupe protège, faire front ensemble même inconsciemment.
Alec prend son téléphone et compose le numéro maintes fois appelé.
_ Alec, j'ai eu tellement peur, Max voulait faire pipi. On était dans la rue cinq minutes avant. Les policiers crient, on peut pas aller à la fenêtre. Max et Raf… toi ?
Les mots se bousculent dans la bouche de Magnus, trop veulent en sortir, dans le désordre, autant que les pensées de son compagnon. Ils auraient pu être dehors.
_ Je vais bien Mag. Prend Raf et Max dans tes bras et chantent leurs "Hijo de la Luna". Ça va aller, je vais essayer de rentrer. On se tient au courant, je vous aime. Ne bougez de l'appartement sous aucun prétexte. Je vous rejoins dès que je peux.
Irréel, tout ça semble incroyablement irréel. Quand il raccroche sur un dernier je t'aime de Magnus, Alec regarde ses collègues. Sur toutes les mines, ce mélange d'incrédulité et d'horreur. Certains regards se voilent de larmes.
_ Tout le monde va bien ?
La voix d'Alec sonne creuse à ses propres oreilles, mais tout autour de lui des assentiments. Tous les leurs vont bien, pourtant la pression ne redescend pas. Rien n'est terminé, ça tous le savent. Ils l'ont vu à la télévision. D'autres fois, ils ont compati avec les visages qui défilaient sur leurs petits écrans, ont parlé des pauvres victimes sur les marchés...
Mais tout ça avant, c'était abstrait. Tout ça avant, c'étaient les autres.
La relève arrive enfin, pas de sourire, pas d'éclat de rire. Le silence, lourd, palpable. Puis quelqu'un le brise.
_Le centre est bouclé. C'est un tireur, apparemment il est tout seul. Il y aurait deux morts… et plusieurs de blessés. Je pense qu'on va devoir dégager des lits, peut-être qu'on peut monter Mr …
L'esprit pragmatique de Jack les aide à réagir, à sortir de la torpeur. Tout s'organise, les cadres sont appelés, les médecins aussi. Le plan blanc est déclenché en urgence, personne ne sait vraiment ce qu'il est, ce qu'il implique, on en a jamais eu besoin ici. Ici tout allait bien. Avant.
Mais au moins ça leur donne un objectif à atteindre, un but sur lequel se concentrer. Leur esprit en a besoin, se sentir utile. Avoir le sentiment de ne pas rester les bras ballants.
_ Alec tu devrais peut-être rester. Je sais pas si tu vas pouvoir passer. Argue Jack.
Un besoin archaïque, objectivement discutable.
Il doit rentrer, comme si le fait d'être présent chez lui protégerait les siens, comme si le fait qu'eux soient là, le protégerait lui.
_ Je vais rentrer.
Personne ne s'oppose à son assurance, au moment de partir, on lui demande d'être prudent, certains quémandent même des nouvelles. Lisa l'embrasse sur la joue. Ses cheveux bouclés lui frôlent le nez, le visage de poupée est accablé.
_ Si tu peux pas aller les rejoindre, viens chez moi, tu dormiras à la maison. Ne prends pas de risques.
Alec sourit, c'est une amie fiable.
Il veut rentrer, ça tourne presque à l'obsession.
Comme chaque soir où il travaille, il prend le tram. Mais cette fois, une voix retentit au haut-parleur. Elle explique que dans trois stations, ils devront tous sortir, à cause de "l'incident" survenu plus tôt dans la soirée. Incident. Alec déteste ce mot. Il est froid, morne, aseptisé. Il retranscrit si mal la vérité.
Son téléphone sonne. Le nom "Frangin" apparaît sur l'écran à la lumière bleuté. C'est Jace, Alec accepte l'appel et un soupir de soulagement pur lui répond. Jace a eu peur. Jace était terrifié. Sa voix se déverse en un flot de mots inépuisables.
_ Alec putain, j'arrivais pas à t'avoir le réseau était saturé. Tu vas bien ? Magnus et les garçons ? J'ai entendu à la télé, c'était dans ton quartier, j'ai même vu l'appart et le resto ou vous aimez aller...
Alec dit des mots rassurants, des mots tendres pour apaiser. Son portable vibre de manière frénétique, il n'a pas un double appel, il en a quatre. Sa mère, Max, Izzy, Ragnor. Des messages ne cessent de lui venir. La réalité le gifle, se rappelle à son bon souvenir. Un drame est survenu, ici chez lui. Chez eux.
À 900 kilomètres, les siens l'aident à l'intégrer, à sortir de sa torpeur, de cette brume épaisse de perplexité.
Alexander rassure tout le monde, apaise. Il ne comprend pas vraiment, il agit davantage par réflexe qu'autre chose.
Les trois stations sont passées, le tram s'arrête, tous le monde doit sortir. Il faut continuer à pied vers le centre-ville. Alexander n'est pas seul à prendre ce chemin. Ils sont plusieurs, sans se concerter, sans même y penser, on se rapproche en bloc presque compact. Le groupe rassure, le groupe sécurise. Esprit de meute. Instinct archaïque qui refait surface, comme une trace indélébile qu'on ne peut renier.
_ Vous ne pouvez pas passer. Le tueur court toujours, on ne laisse entrer personne.
Ils patientent tous, certains passent des coups de téléphone, d'autres lisent, d'autres encore ne font rien de particulier.
Le policier face à eux a le dos droit, le nez rougis par le froid de décembre. Alexander même avec ses gants en sent la morsure. Il voudrait juste rentrer, il est à 150 mètres. Il aperçoit presque son chez lui, où eux sont, où ils l'attendent. Il veut Magnus. Il veut ses deux loupiots. Il veut les revoir et les embrasser à ne plus en pouvoir. Il sent la peur refluer en bribe, mais il la pousse au loin. Ils sont en sécurité et bientôt, il les rejoindra. Soudain, un groupe de gendarmes arrive, court.
_ Reculez, reculez, il arrive. Putain tout le monde recule, allez vite, plus vite. Dans l'hôtel. Vite. Allez, Allez.
Des ordres hurlés. Le désordre. Le chaos. Pourtant, tous le monde écoute, du moins ils essayent. Tous se réfugient là où on leur a indiqué. Un grand hall. Des gens les bousculent, les tirent presque à l'intérieur.
Inconsciemment, Alec cherche les visages de ceux qui ont fait route avec lui. Il les voient. Tous. Il ne les connaît pas et pourtant, il se sent mieux.
On les installe aussi bien que possible, on leur donne de l'eau.
Après quelques minutes, on leur explique que c'est une fausse alerte, mais qu'ils ne doivent pas bouger. Ils sont confinés pour leur sécurité. On viendra les chercher.
Ils sont des dizaines. Le silence règne impassible. Partout les mêmes regards perdus, désorientés. Alexander prend son téléphone et appelle Magnus. Il lui parle, mais pas de la peur, pas des coups de feu, pas non plus des; et si Max n'avait pas eu envie de faire pipi, pas des et si vous aviez été dehors ou de et s'il venait par ici. Pas de et si. De la confiance et du courage ordinaire.
Non, ils parlent des dessins de Raph et des cours de violon de Max. Ils discutent de Jace qui doit venir dans deux semaines, de la grossesse d'Izzy, de Simon qui sera merveilleux en tant que papa, du mariage de Raph et Ragnor dans un an. Ils se parlent de bonheur et d'espoir. Pour faire reculer l'impensable, l'inacceptable.
Des sourires qui commencent à revenir, des rires discrets se font entendre. La vie reprend ses droits. Inarrêtable. Inaliénable.
Dehors, il fait nuit, dehors, il fait froid. Dans ce grand hôtel, ils sont en sécurité. Magnus, Raf et Max sont en sécurité, ailleurs, mais sains et saufs. Magnus raccroche. Raph s'est réveillé, pourtant le flot de messages continue. Alec en a besoin, un lien impalpable, mais bien réel. Lui le considère ainsi.
Il est une heure de matin. Il voudrait dormir sur son siège de fortune, demain matin, il doit aller travailler. Il ne sait pas trop comment, mais il sait qu'il le doit. Pour les patients qu'il a en soin, ils ne doivent pas pâtir de tout ça. Pour ses collègues qui peut-être, eux ne pourront pas venir. Il doit.
Lui, qui peut dormir, n'importe où, ne peut pas fermer l'œil. Jace appelle à nouveau. Cette fois, c'est des éclats de rire, des anecdotes jetées, des projets. Izzy est là aussi. Ils discutent tous les trois, comme ils l'ont toujours fait, comme ils le feront toujours. Tout va bien. Tout ira bien.
La batterie de son téléphone s'épuise, il n'en dit rien.
On leur donne du café, du thé, des biscuits. On commence à se parler, à se sourire.
_ C'est vos enfants?
Un jeune homme lui montre la photo affichée sur son téléphone. Max et Raph le jour d'haloween avec un Magnus grimé en monstre de frankenstein pailleté.
_ oui Max a cinq ans et Raph 7. Ils sont avec leur papa. Ça va.
Le jeune homme sourit. Il s'appelle Harry. Des lunettes rondes. Brun. Ne lui manque que la cicatrice et une baguette. Cette pensée amuse Alec, il l'expose. Il entend des rires lui répondre. Une petite fille et ce simple son, enlève le poids que ressentent les adultes sur leurs estomacs. Si elle rit, l'espoir est permis, tout n'est pas perdu. Rien n'est perdu. Tout reviendra.
Magnus est toujours avec lui par message. Ils se taquinent, se provoquent un peu, se promettent des retrouvailles explosives. Son compagnon lui envoie une photo de leurs loupiots qui dorment paisiblement.
Alec a cinq pourcent de batterie. L'angoisse afflue par vague. C'est idiot, incroyablement idiot, mais pour l'heure, c'est ce qui occupe son esprit. Son téléphone ne doit pas s'éteindre. Il doit garder ce lien avec Magnus. Cette certitude que tous les trois, ils vont bien.
Une policière arrive, il est deux heures du matin. Elle a l'air épuisé. Ils sont au chaud, mais eux sont restés dans le froid à attendre, traquer, à les protéger. Alec ressent une énorme bouffée de respect l'envahir alors qu'aucun mot n'est encore sorti des lèvres gercées par le froid. Ils se battent pour eux. Certains tuent sans raison, d'autres protègent sans plus d'excuses. La nature humaine est étrange. Capable du meilleur comme du pire et parfois, souvent les deux se côtoient.
_ Après contrôle d'identité, vous allez pouvoir rentrer.
Des questions fleurissent de partout. Qui ? Pourquoi ? Attrapé ? D'autres ? Comment ? Fini ? Sécurité ? Transport ? Maison ?
Des mots, des éclats éparses un peu partout. Alec n'y prête plus attention. Ça y est, il va pouvoir rentrer et son téléphone n'est pas encore déchargé. Tout va pour le mieux.
Il se rend là où on lui a indiqué. Pour le contrôle.
Il ne trouve pas sa carte d'identité. Il fouille frénétiquement son sac. L'angoisse enserre sa gorge. Il l'a laissé dans son casier. Il en a eu besoin pour refaire sa carte d'accès au service de soins intensif. Max l'avait cassé en jouant à la marchande. Il l'avait trouvé dans le sac de son Dad.
_ Je... Je l'ai pas. Je l'ai laissé dans mon casier à l'hôpital.
Alec se sent piteux devant le policier d'une quarantaine d'années face à lui. Le regard de l'homme s'adoucit. Il sent la peur. L'angoisse.
_ Vous avez votre carte vitale, votre permis, votre passeport ? Il me faut juste une carte qui allie votre identité et une photo.
Il hoche la tête. Oui. Oui, il a sa carte vitale. Il la montre. Remercie et enfin pénètre dans le périmètre qui lui était jusqu'à maintenant interdit. Il ne veut pas voir les traces de l'horreur. Il veut juste rentrer au plus vite. Il lui reste deux pourcent de batterie sur son téléphone.
Des derniers regards jetés à ses compagnons d'infortunes, des au revoir murmurés avant de rentrer dans le petit immeuble.
Alec monte les marches. Non, il flotte. Il va les retrouver et son téléphone n'est pas éteint.
Magnus se jette dans ses bras avant même qu'il n'ait franchi le seuil. Ils s'embrassent à en devenir fou. Alec va câliner ses enfants, les couvres de baisers, de sourires et de rires. Ils s'endorment tous les quatre blottis les uns contre les autres.
Demain, ils seraient temps de faire face à l'horreur, de pleurer les pertes qu'encore hier, ils ne connaissaient pas.
Demain, une ville serait unie.
Parce que ce n'était pas juste.
Parce que ça aurait pu être eux.
N'importe qui.
Des proches.
Des êtres aimés.
Parce que c'était être au mauvais endroit, au mauvais moment.
Parce que c'était inentendable.
Demain, ils sortiraient comme prévu.
Demain, ils vivraient.
Pour ne pas oublier que d'autres ne pouvaient plus sourire.
Demain, ils allaient tous combattre la peur.
Parce qu'être touché, ne voulait pas dire être à terre.
Parce qu'on avait fait d'une zone de guerre, leur maison, leur ville, leur rue.
Parce qu'un foyer, c'était une sécurité, qu'on leur avait dérobé.
Ils allaient la reprendre.
Par l'espoir opposé à la terreur, par les sourires opposés aux larmes, par la paix. Pour la liberté.
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Je finis sur le poème de Paul Eluard parce que je l'aime et qu'il me semble parfaitement à propos. J'espère n'avoir heurté personne. Si c'est le cas, je présente sincèrement mes excuses.
Ce n'est pas tout à fait ce que j'ai vécu, ce n'est pas une autobiographie, ça reste une fiction.
Mais l'envie d'espoir lui est réel.
À plus tard mes petits chats. De l'amour et des bisous
