Voici donc le second one shot, que vous constaterez plus sombre et plus amer que ce que je fais actuellement. Selon les retours sur ce texte, j'approfondirais peut-être cet aspect de John, en tant qu'ex-soldat et en tant qu'homme brisé.
Vous le sentez combien j'ai besoin que cette satanée troisième saison sorte là ?
Au passage, j'ai justement vu le teaser de la saison trois.
J'ai couiné.
Spoiler : fin de la saison deux.
Alert : John est amer et malheureux.
Note : je ne connais pas grand chose au métier de tueur à gage, hormis ce que je me souviens avoir vu dans les films. Si d'éventuel-le-s expert-e-s en maniement des armes et en assassinats venaient à relever des erreurs, qu'ils n'hésitent pas à se signaler (et au passage, à m'expliquer ce qu'ils foutent ici. Simple curiosité.)
Un tire et touche au cœur
Ça n'a, évidemment, rien à voir avec ce qu'il faisait dans l'armée.
John attrapa le revolver, tendit le bras, tira. Un tire et touche au cœur.
A l'armée, le but n'était pas de tuer. Le but était de neutraliser l'ennemi. Définitivement, si possible.
Deuxième tire. Pleine tête.
Ici, il n'était jamais sûr de pourquoi il tirait. Par habitude ? Pour protéger ? Oui mais qui ? Et de quoi ? Ou de qui ? A moins que ce soit juste par haine.
Mais, que ce soit ici ou à l'armée, John se faisait toujours la même réflexion : S'il avait voulu être un tueur à gage, il aurait probablement été le meilleur de tous. Même meilleur que Moran. Bien meilleur.
Les gens se faisaient une mauvaise idée de ce que signifiait être un tueur. La plupart pensait qu'il était juste question de se positionner correctement et tirer.
Non. L'important c'était de savoir sur qui on tirait. D'en quelques secondes, déterminer quel genre de personne c'était. Est-ce que, si la cible entendait un coup de feu, elle était du genre à se cacher quelque part, derrière un meuble, derrière quelqu'un, ou le genre à se coucher part terre, les mains sur la tête. C'était ce type de question qui faisait que vous étiez un bon tueur.
Ce qui faisait de vous un bon tireur, c'était de savoir la portée de son arme, la force du vent.
Ce qui faisait de vous un bon tueur à gage, c'était de savoir quand le tire était impossible et presque impossible. Impossible, c'était trop de témoins, trop de mouvements, pas d'angle, pas d'espace de tire, pas d'endroit où se placer et encore moins de moyen de s'en échapper sans se faire remarquer. Presque impossible, c'était un vingtième de seconde, dix centimètres juste avant que la porte se ferme, deux cents cinquante mètres de distance et une foule très bruyante.
John aurait été un tueur magnifique.
Il vida presque son chargeur, appuya sur l'interrupteur et ramena la cible. Une balle dans la tête, une dans la gorge, une dans le cœur, une dans chaque poumon et puis tout le reste dans l'aine et le long du tube digestif. Et, histoire de bien finir, une pour chaque artère. Chaque balle était mortelle.
Il remplaça la feuille par une autre, renvoya la cible, réarma le flingue et se repositionna.
Maintenant, le but était seulement d' handicaper et/ou d' immobiliser.
On faisait trop grand cas de la froideur des tueurs à gages. Ça n'avait pas tellement d'importance. Vous pouviez être sensible et chaleureux et ne pas hésiter à appuyer sur la gâchette. Vous pouviez être un bon vivant, jovial et charmeur, et ne pas faire grand cas de la vie des autres. Ça n'était pas si paradoxale, du moment que vous aviez une bonne raison de tirer, vous le faisiez. Que ce soit sous la menace, pour de l'argent, par principe ou seulement parce que vous vous ennuyez.
Une dans chaque épaule, les genoux. Les mains, Les chevilles, les pieds.
Il reposa le revolver et ramena la cible. Dans cet établissement, on pouvait récupérer sa cible ou bien l'archiver pour mesurer ses progrès. Il suffisait de mettre un nom derrière chaque silhouette.
Il signa John Watson sur la dernière et tendit les deux cibles à l'archiviste avant de quitter le bâtiment.
ooo
Un peu après lui, une autre personne sortit de son box, rendit son arme et ses cibles. L'archiviste n'avait pas eu le temps de ranger celles du client précédent. Il suffisait d'un glissement du bout du doigt pour lire le nom derrière la première silhouette.
Sherlock Holmes
Sherlock se mordit les lèvres, repoussa les feuilles.
Un tire et touche au cœur. John ne lui pardonnerait jamais. C'était impossible.
Ou presque.
