Suite du précédente chapitre...

Tard dans la soirée, quelqu'un frappa à la porte de Gaius et attendit patiemment que le vieil homme vienne ouvrir. En reconnaissant son visiteur, il s'inclina respectueusement avant de le salua :

- Altesse.

- Gaius, puis-je entrer ? demanda-t-elle poliment

- Bien sûr, je vous en prie.

C'était la première fois qu'Illya pénétrait dans les quartiers privés de Gaius, elle laissa son regard se perdre sur les innombrables objets présents, posés de manière aléatoire ça et là, donnant l'impression d'un véritable capharnaüm. Mais elle n'était pas ici pour la décoration du lieu.

- En quoi puis-je vous être utile, Altesse ?

- Merlin est-il ici ?

- Oui, dans sa chambre. Y a-t-il un souci avec Merlin, s 'inquiéta aussitôt Gaius.

Illya détailla les étagères remplies de livres au-dessus de sa tête, des lectures variées, aussi bien sur les plantes que divers langages que les créatures mystiques…

- Non, je veux juste le questionner sur ce qu'il a vu exactement. Et je ne peux le faire totalement qu'en l'absence d'Uther.

- Je vais le chercher, acquiesça le vieil homme esquissant un sourire quand elle avait pointait du doigt la faible tolérance du Roi pour ce genre de discussion.

Gaius se dirigea vers la porte située au fond de la pièce, disparut quelques secondes et revint avec Merlin sur ses talons qui semblait inquiet d'être sommé de la sorte de s'expliquer devant la Reine.

- Altesse, salua-t-il en baissant la tête.

- Relève la tête, Merlin, tu n'as pas besoin de te comporter comme un esclave en ma présence…

Il releva doucement son regard bleu innocent vers elle, surpris d'une telle remarque. Après tout il était plus habitué à être traité comme une chose insignifiante que comme un être humain par les nobles. Cet après-midi en avait été un exemple criant, puisqu'il avait fini évacué par deux gardes, Uther étant persuadé qu'il avait inventé toute cette histoire. Et Illya n'avait rien pu faire pour éclaircir la situation, surtout à cause de la tendance de son mari à être sourd à partir du moment où on prononçait le mot « magie ».

- Je veux savoir ce que tu as vu Merlin. TOUT ce que tu as vu, insista-t-elle avec conviction.

Le jeune garçon avala sa salive avant de commencer son histoire, sous les yeux attentifs de son protecteur.

- J'ai d'abord entendu un drôle de bruit dans la salle où les armures étaient gardées, je me suis approché de la source de ce bruit, c'était le bouclier de Valiant. En le fixant, j'ai vu les yeux d'un serpent cligner comme s'il était vivant.

Il attendit quelques secondes pour voir la réaction de la Reine, qui ne dit rien et attendait la suite de son discours.

- Je me doute que tu as vu autre chose pour réussir à convaincre Arthur de la véracité de tes dires…il n'aurait pas convoqué cette séance publique pour uniquement des soupçons de ta part.

Merlin resta silencieux quelques secondes en repensant à ce qui s'était passé, par sa faute, Arthur avait été humilié par son père en public, alors qu'il lui avait fait assez confiance pour le croire sur parole, sans preuve opposable.

- Oui. Quand Gaius m'a dit que Evan avait été mordu par un serpent et qu'il ne connaissait pas le venin, j'ai fait le rapprochement et suis aller voir ce bouclier de plus près. Mais Valiant le gardait près de lui. Je l'ai quelque peu…espionné, admit le jeune garçon gêné, et je l'ai vu nourrir les serpents du bouclier avec des souris…

- Ils étaient vivants ? précisa-t-elle.

- Oui et ils lui obéissaient. J'ai réussi à couper une tête comme preuve, je pensais que cela serait suffisant pour convaincre Arthur.

- Cela l'a était, mais il faut beaucoup plus pour convaincre Uther malheureusement, admit Illya.

- Mais…vous me croyez ? demanda-t-il surpris.

- Bien sûr, j'ai toujours eu une sensation bizarre à proximité de Valiant et quand j'ai eu la tête de serpent dans les mains, je pouvais sentir la magie irradier autour d'elle. C'était la preuve qu'il me manquait. Mais cela ne serait pas suffisant pour Uther. Je devais trouver une autre méthode pour le convaincre.

- C'était pour cela que vous vouliez utiliser votre magie pour confondre Valiant, vous étiez sûre de vous ? demanda Gaius attentif à sa remarque.

- En effet. Je suis désolée que tu aies été traité de la sorte ainsi qu'Arthur. Ni l'un ni l'autre ne méritiez une telle humiliation de la part d'Uther encore moins en public. J'essaierai de faire en sorte d'être plus convaincante la prochaine fois.

Merlin ouvrit ses yeux un peu plus grands, il n'était pas coutumier du fait d'être considéré comme égal par le Roi ou la Reine.

- J'ai juste peur pour Arthur, c'est lui le prochain adversaire de Valiant, et nul doute qu'il n'hésitera pas à utiliser son bouclier contre lui.

- Je sais. Je vais parler à Uther ce soir. Encore une fois, soupira-t-elle. Et j'espère qu'il sera plus conciliant cette fois.

Le lendemain au milieu de la matinée, la foule avait rempli les tribunes pour assister à l'ultime combat du Uther n'avait pas été plus conciliant puisqu'il n'avait rien voulu entendre de plus sur ce sujet et avait balayé d'un revers de main toutes les propositions de sa femme pour confondre Valiant. Il restait persuadé qu'il s'agissait d'une machination contre l'honneur du dit chevalier.

Le combat était violent, Valiant avait prouvé qu'il était réellement agressif dans ses attaques, cherchant à faire mal mais en respectant le code de la chevalerie. Il avait mis à mal Arthur, qui après avoir perdu son épée, avait perdu son bouclier et était donc laissé sans défense contre les agressions de son adversaire. Uther ne cessait de faire des bonds sur son siège au gré des attaques esquivées par son fils, inquiet plus qu'il ne le voulait le reconnaître de son sort, mais jamais il n'intervint pour le sauver ou stopper le combat, l'honneur de leur famille était en jeu.

Illya de son côté ne cessait de suivre touts les mouvements de Valiant, notamment les mouvements de sa bouche au cas où il prononcerait une formule pour activer ses serpents et tuer Arthur dans l'instant suivant. L'interdiction d'Uther d'utiliser sa magie pour prouver que Valiant était un tricheur, elle la respectait, mais ne pas s'en servir pour sauver une vie, là, elle n'était pas d'accord ! Donc quelques soient les conséquences d'un tel acte, elle les assumerait si cela signifiait que le jeune Pendragon aurait la vie sauve.

Arthur se défendait bien malgré son absence d'arme, il avait fait envoler le heaume de Valiant quelques coups plus tôt et avait posé le sien pour se battre d'égal à égal. Il parvint à bloquer l'attaque de Valiant avec ses mains, maintenant l'épée menaçante au dessus de sa tête avant de le repousser violemment. Et soudain les serpents sortirent du bouclier, exactement comme l'avait décrit Merlin. Valiant regarda son bouclier interloqué :

- Qu'est ce que vous faites ? je ne vous ai pas appelés ! dit-il aux serpents en colère.

Uther s'était levé abasourdi, Arthur avait raison, son serviteur avait dit la vérité et il avait mis son fils en grand danger en demeurant sourd à leurs avertissements.

- Vous me croyez maintenant, souffla Illya en bondissant sur le terrain irritée.

Le Roi la suivit du regard, perdu. Qu'allait-elle faire ? Elle était en robe, n'avait aucune arme sur elle et était la Reine, une simple femme. Il assista impuissant à l'attaque des serpents ordonnée par Valiant contre Arthur, les reptiles s'étaient échappés du bouclier et rampaient librement vers le jeune homme dans l'unique but de le tuer. La Reine se mit entre Arthur et les serpents, et tendit la main pour les protéger. Mais au dernier moment, elle se reprit et se tourna vers Uther attendant une autorisation de faire ce qu'elle avait en tête et qui était la seule solution pour les sauver.

- Pourquoi vous êtes vous arrêtée ? cria Arthur en l'entrainant en arrière pour rester hors de portée des serpents.

Mais Illya ne lui répondit pas, les yeux toujours fixés dans ceux de son mari, attendant sa réponse à une question qui n'avait même pas été posée oralement. Allait-il enfin l'autoriser à faire ce qu'elle aurait dû faire dès que Valiant avait posé le pied à Camelot ? Finalement, au bout de secondes interminables de réflexion, Uther fit un signe de la tête en sa direction et elle lança son sort.

- Æthweorfan fram bæcern unc licgan. Astyrung áncorlíf fram hié.

Les yeux d'Illya brillèrent quelques secondes avant que les serpents ne cessent de vivre, devenant inertes à la fin du sort. Un murmure puissant parcourut la foule, la magie n'était pas tolérée à Camelot et le fait qu'il l'ait autorisée à le faire pour protéger Arthur était simplement incompréhensible En cet instant tous craignaient la réaction d'Uther : Illya avait utilisé sa magie en public !

Arthur laissa un soupir de soulagement s'échapper de sa bouche, il ne savait comment il aurait fini sans l'intervention d'Illya.

- Vous m'avez sauvé la vie, dit-il en lui faisant face. Je ne sais comment vous remercier.

- Remerciez votre père, répondit assez sèchement Illya en approchant des serpents pour vérifier leur mort.

Arthur la suivit du regard, elle s'agenouilla et toucha les reptiles, puis se releva et regarda autour d'elle pour localiser Valiant. Celui-ci se tenait quelques mètres plus loin, ayant assisté à toute la scène avec rage, il aurait parié sa vie sur le fait que jamais la Reine n'oserait utiliser ses dons ici à Camelot. Mais il s'était trompé et lourdement. Elle avait neutralisé ses serpents et maintenant elle le dévisageait avec haine, car il s'était non seulement servi de magie pour gagner ce tournoi mais il avait de surcroit jeter l'opprobre sur sa famille et donc le royaume natal d'Illya. Et en tant que chevalier, il savait pertinemment que c'était cette deuxième raison qui allait la mettre hors d'elle. Et une Darakorn déchainée était la dernière chose dont il avait besoin en ce moment. Il commença à reculer lentement en la voyant porter son regard bleu nuit sur lui, et quand elle se releva et marcha en sa direction Valiant fit demi tour et fut stoppé dans son élan par quelque chose de dur. De dur et grand. Il recula sous l'impact et se rendit compte qu'il venait de heurter le Roi qui avait finalement retrouvé ses esprits et quitté sa confortable tribune royale pour venir à son tour lui demander des comptes.

- Vous m'avez menti ! statua Uther d'une voix dure et loin d'être amicale. Je vous ai fait confiance…

Valiant recula doucement en voyant le Roi le menacer, pointant désormais son épée à quelques centimètres de sa gorge. Le regard d'Uther reflétait avec intensité la colère qui bouillonnait en lui, ses traits s'étaient durcis, il se tenait droit et dépassait ainsi Valiant de plusieurs centimètres.

- …et vous m'avez menti ! Vous avez déshonoré votre famille et votre Royaume. J'ai récusé les accusations de mon propre fils pour vous ! Je l'ai couvert de honte à cause de vous ! Vous m'avez forcé à utiliser ce que je déteste le plus au monde pour le sauver, continua Uther en serrant les dents de colère.

Le chevalier sentait la situation lui glisser entre les mains, il était désarmé, avait été démasqué publiquement et avait tenté de tuer le Prince. Maintenant, il devrait en assumer les conséquences.

- Avez-vous quelque chose à dire, Valiant ? Avez-vous au moins une excuse valable ?

Arthur était resté près de sa belle-mère, ensemble ils assistaient à l'improbable scène où le chevalier encore encensé quelques heures plus tôt venait de tomber en disgrâce de manière fulgurante. Et il ne trouvait visiblement rien à répondre au Roi.

- J'ai fait ce que je devais faire pour gagner ! dit-il d'une voix aussi sûre que possible dans des circonstances pareilles.

Illya allait l'interpeller à son tour pour avoir des explications plus approfondies quand sans aucun avertissement, son mari exécuta un mouvement rapide et lui trancha la tête sans autre forme de procès. Sa tête du malheureux roula quelques instants avant que le corps ne tombe de lui-même dans un bruit sourd sur le sable de l'arène.

- Et je fais ce que je dois faire pour protéger ma famille, conclut Uther en jetant son épée couverte de sang au sol.

La Reine observa son mari jeter un dernier regard sur le cadavre du chevalier, avec un air de dégoût sur les lèvres. Tant de gâchis pour une simple victoire dans un tournoi…puis il tourna les talons et sortit de l'arène, se dirigeant vers la citadelle en silence. Nul n'avait pensé que le Roi appliquerait une telle sentence en public, cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas lui-même exécuter ses ordres ou jugements. Arthur aurait souhaité lui parler, mais il fut retenu par le bras par Illya qui lui fit « non » de la tête.

- Il a besoin d'être seul, expliqua-t-elle doucement.

- Il vient de tuer un chevalier pour moi, je veux lui parler…

Arthur fixa la silhouette de son père s'éloigner, sa cape flottant légèrement derrière lui.

- Il vient de tuer oui, mais il a aussi autorisé que j'utilise mes dons pour te sauver, cela lui fait beaucoup de choses à digérer pour une seule journée.

Il ne parvenait pas à détourner son regard de l'endroit où son père venait de disparaitre remontant probablement vers l'intérieur de la citadelle pour être seul.

- Je veux juste le remercier, murmura-t-il incertain.

- Je sais, mais il doit réfléchir sur ce qui vient de se passer, il a choisi de faire confiance à un inconnu plutôt qu'à son propre sang, il n'a pas écouté ses proches et il s'est trompé. C'était à lui de réparer son erreur, même si cela signifiait tuer de sang froid un chevalier.

Illya en avait assez de voir le corps de ce traître au milieu de l'arène, elle avança avec détermination vers un garde posté à l'entrée :

- Enlevez-moi cette chose de ma vue, dit-elle sans une once de compassion.

Les deux gardes s'exécutèrent, elle les suivit brièvement du regard et avant de partir à son tour, elle lança à Arthur :

- S'il ne l'avait pas fait, j'aurais tué ce traître de mes propres mains !

Plus tard dans la soirée…

Illya avait diné en compagnie d'Arthur et de Morgane, Uther n'avait pas pointé le bout de son nez depuis l'exécution de Valiant. Et elle respectait sa volonté de demeurer seul pour réfléchir aux évènements de la journée. Elle avait ensuite regagné ses quartiers, avait entrevue Eileen qui lui avait confirmé que Uther avait bien regagné ses quartiers depuis la fin du tournoi et n'en était pas ressorti depuis. La Reine avait congédié sa jeune servante pour la nuit, et elle se retrouvait donc seule dans ses quartiers faiblement éclairés par deux chandelles près du lit. La porte de communication était fermée, ils avaient pris l'habitude depuis quelques semaines de la laisser ouverte en journée et de la fermer les soirs pour retrouver un semblant d'intimité. Mais Illya avait espéré l'espace d'un instant qu'elle aurait été ouverte pour lui parler, juste eux deux. Mais non, Uther serait conforme à sa réputation, il se refermerait une nouvelle fois sur lui-même, ne laissant rien transparaitre de son état d'esprit ou des ses sentiments, ne nécessitant rien ni personne pour partager rien qu'un petit peu son fardeau de souverain et de père.

Illya ferma les yeux quelques instants en y pensant un peu plus sérieusement. Son mari avait vécu quasi exclusivement seul, il avait pris cette (mauvaise) habitude de tout gérer seul, de ne jamais laisser ses émotions affleurer. Pourtant cela ne voulait pas dire qu'il ne ressentait rien, au contraire, elle se doutait que le besoin de rester seul était pour lui la seule échappatoire pour laisser remonter ce qu'il avait ressenti quelques heures auparavant.

Elle se changea pour revêtir un léger pantalon de lin carmin et une chemise à manche courte ivoire, une tenue qu'elle savait être inhabituelle pour une femme, mais depuis toute petite elle préférait les pantalons aux robes, et maintenant qu'elle était reine, personne ne lui ferait de remontrances à ce sujet…

Elle attrapa une pile de missives dont Uther lui avait demandé de prendre connaissance un peu plus tôt dans la journée et se glissa sous ses couvertures pour les lire tranquillement, ce qui lui prendrait au moins deux heures vu la hauteur du tas et lui permettrait de penser à autre chose qu'aux évènements de la journée.

Les chandelles avaient bien diminué quand elle entama une des dernières lettres, venant d'un de leurs espions qui surveillait le royaume de Bayard. Il leur apprenait les dernières nouvelles, les mouvements de troupes observées, comment leur demande d'alliance avait été accueillie là-bas.

- Je vous dois des excuses.

Illya sursauta de peur, faisant tomber la pile de lettres de son lit. Elle leva son regard et aperçut son mari debout dans l'entrebâillement de la porte de communication.

- Uther ? Grand Dieu, vous m'avez fait peur…je ne vous avais pas entendu arriver.

Depuis combien de temps était-il là à l'observer ? Elle était tellement plongée dans ses lectures qu'elle n'avait même pas entendu la porte s'ouvrir ni les pas de son mari dans ses quartiers…elle devenait trop confiante et perdrait son instinct de survie si elle continuait ainsi.

Le Roi resta dans un premier temps à l'entrée de sa chambre, son regard fixé sur elle, comme s'il hésitait à entrer. Après tout, même si elle était sa femme, elle n'en restait pas moins une quasi étrangère pour lui, et la voir dans une tenue si « légère » n'était pas très convenable pour le Roi qu'il était. Elle acquiesça à sa présence dans ses quartiers, l'autorisant de fait à entrer s'il le désirait.

- Vous m'aviez prévenu, Arthur m'avait prévenu et je n'ai rien voulu entendre.

Sa voix était grave et faible, ce qui était loin d'être habituel pour lui. Et rien que ce petit détail apprit à Illya qu'il n'avait pas encore « digéré » les évènements de la journée. Et qu'il souhaitait apparemment s'en entretenir avec elle, ce qu'elle ferait avec soulagement. Le voir venir à elle de manière spontanée était pour la jeune femme une petite victoire qui valait bien plus que n'importe quel trésor.

- Les accusations étaient assez importantes pour que vous les preniez au sérieux, mais nous n'avions aucune preuve. Vous n'avez rien à vous reprocher, vous avez fait ce que vous croyiez juste sans porter atteinte à l'honneur du chevalier sans raison.

- Il avait réussi à couper la tête d'un des serpents…dit-il en approchant d'elle jusqu'à s'asseoir sur le fauteuil jouxtant son lit. C'était une preuve tangible.

Illya l'avait suivi des yeux, consciente qu'il était venu de son plein gré pour parler et s'excuser. Ce qui devait être une grande première pour lui…Elle repoussa ses feuilles et se redressa pour porter toute son attention sur lui, car visiblement il en avait besoin. Mais elle ne l'épargnerait pas, serait franche avec lui puisque c'était la base de leur accord. Et qu'il avait besoin d'entendre ce qu'il savait déjà, besoin que quelqu'un n'ait pas peur de lui dire la vérité.

- Que voulez-vous que je vous dise, Uther ? Que vous auriez dû nous croire ? Oui vous auriez dû nous croire car nous sommes votre famille, au moins Arthur, moi je n'espère pas que vous me considériez comme telle avant des lunes et des lunes. Mais Arthur, votre propre fils ?

- Je sais, admit-il en mettant son visage dans ses mains, puis en les passant dans ses cheveux de fatigue.

Ce geste eut pour effet de le décoiffer, faisant apparaître des épis ça et là sur sa tête, le rendant ainsi moins inaccessible, plus humain. Ses yeux également exprimaient une sorte d'aveu d'impuissance face à ces évènements. Illya ne put s'empêcher de compatir à son tourment, se doutant de la multitude d'émotions contradictoires qui devaient se déchainer en lui.

- Ce qui est fait est fait, continua-t-elle doucement. Rien de ce que vous pouvez penser ne changera les évènements d'aujourd'hui. Cependant je vous remercie de m'avoir autorisée à utiliser ma magie. C'était la décision à prendre mais je suis consciente que cela a dû être une décision plus que difficile à pendre pour vous…

- Avais-je le choix ?

- Oui, on a toujours le choix.

- Sois je regardais mourir mon fils soit je vous autorisais à…faire ce que vous avez fait.

Il n'arrivait même pas à prononcer le mot, comme si cela était tellement mauvais que le simple fait de le dire aurait pu le corrompre. Elle prit quelques instants pour l'observer, il avait mis une chemise à manches longues blanches en matière légère et un pantalon marron foncé, sans doute sa tenue pour se coucher. Uther n'avait pas pris soin de boutonner sa chemise jusqu'en en haut et la jeune apercevait le début de son torse qu'elle devinait musclé entre les boutons ouverts, une des première fois où il la laissait le voir dans une pareille tenue. Au cours de leurs semaines passées de vie « commune », elle l'avait vu peu à peu baisser ses barrières avec elle, surtout quand ils étaient seuls le soir, Uther s'autorisait à être un peu moins « utheresque» et être d'une compagnie un peu plus agréable, mais cela n'était jamais total. Jamais il ne se laissait aller à se détendre totalement, à ne plus penser aux responsabilités qu'il portait sur ses épaules depuis si longtemps, à considérer que peut-être il avait assez subi et qu'il méritait quelques instants de répit.

- Mais il n'y a pas que cela qui vous tourmente, n'est pas ? ajouta Illya d'une voix douce pour essayer de ne pas le faire se refermer sur lui-même.

- Non.

Uther ne répondit pas tout de suite, il laissa un silence s'installer, comme s'il cherchait comment formuler ce qu'il avait au fond de lui.

- J'ai été forcé de prendre la vie d'un homme parce que je n'ai pas eu la présence d'esprit de faire confiance à ma propre famille. J'ai dû exécuter la sentence moi-même pour réparer cette erreur alors que vous m'aviez prévenu de vos doutes avant que Valiant ne pose les pieds à l'intérieur de la citadelle, bien avant qu'il ne tue quiconque. Et comme à mon habitude, je ne me suis fié à personne…

- Je n'avais pas de preuve, et vous avez fait ce qu'il fallait. Vous n'avez pas à être si dur avec vous-même Uther…

- Tuer ce chevalier était l'expression de la justice pour vous ?

- Oui, il n'a pas renoncé à son but malsain et de surcroit il a utilisé la magie noire. Le résultat aurait été le même avec un procès. Vous avez juste pris un raccourci…sourit-elle.

Illya le regarda avec compassion. Cette situation était si inédite pour eux deux, sans doute encore plus déroutante pour lui. Jamais il ne remettait en question ses jugements, ses croyances, ses décisions. Jamais il n'écoutait les avis d'autres que lui. Et aujourd'hui tout cela avait failli lui couter cher. Et il était plus que conscient de ce fait.

- Je ne suis pas votre ennemi, Uther, continua Illya. Le jour de mon arrivée à Camelot, je vous avais énoncé mes règles, notamment celle où dans le cas d'un danger je n'attendrais pas votre autorisation pour utiliser mes dons si la situation le requerrait. Et pourtant je vous ai attendu, parce que j'ai appris à vous connaître, que je vous respecte en tant qu'homme et en tant que roi, et que je ne voulais nullement vous mettre dans une situation que vous n'auriez pas choisie. Que vous le vouliez ou non je suis une magicienne, et parfois ces dons que vous détestez tant pourront vous être utiles et je serai là quand vous aurez besoin de moi.

Il resta silencieux à son explication, ayant simplement rivé ses yeux dans ceux bleus nuit de sa femme comme pour déceler une quelconque malice dans ses propos, mais il n'y en avait aucune. Il acquiesça simplement.

- Mais même si j'apprécie à sa juste valeur le fait que vous soyez venu me voir pour parler, je pense que ce n'est pas à moi que vous devez ces excuses, mais à Arthur.

- Je sais, dit-il simplement reconnaissant ainsi qu'elle avait raison.

- C'était juste plus facile de venir me voir que d'aller voir votre fils pour vous excuser, n'est ce pas ?

- Ça et je devais y voir plus clair avant d'aller lui parler.

La jeune Reine sourit et bougea du lit de telle sorte qu'elle se retrouvât assise sur le bord en face d'Uther à seulement quelques centimètres de lui. Illya posa sa main sur celle de son mari, il laissa alors son regard se perdre sur leurs deux mains.

- Arthur n'attend pas de vous des explications métaphysiques sur ce qu'il s'est passé aujourd'hui, il veut juste savoir si vous allez bien parce que pour lui, quand il vous regarde, il ne voit pas le Roi, il voit uniquement son père. Un père dur et fier mais qu'il aime aveuglément quelque soit la situation.

- Je l'ai couvert de honte en public…mon propre fils.

- Rien que des excuses sincères ne pourront réparer…et peut-être que vous pourriez lui promettre que la prochaine fois vous l'écouterez un peu plus…