Updated le 07/08/11

Bonne année 2009 ! Tous mes voeux pour cette nouvelle année ! Que nos muses continuent de nous inspirer !

Merci à Mordax6, My-Doctor-Who et Cap'tain Rily pour leurs reviews !

En ce froid glacial, voici le chapitre 9 ! Je reprends le rythme d'un chapitre par semaine après cette interruption durant les fêtes de fin d'années !

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !


Chapitre 9

Le gallifréen referma la porte du Tardis accompagnée de son grincement habituel. Il observa les alentours puis se mit en route. L'air était pesant comme si un orage s'apprêtait à éclater. Nerveux, il réajusta sa cravate. Le pressentiment de ce matin revenait en lui au triple galop. Il aperçut la lanterne rouge un peu plus loin. Il espérait que ce soir serait bien le dernier. Et après les événements de ce matin, il en était convaincu. Il poussa la lourde porte en bois pour entrer à l'intérieur de la demeure. Son instinct lui signala immédiatement que quelque chose clochait. Il grimpa l'escalier, les marches deux par deux avec agilité et rapidité, puis s'avança prudemment jusqu'au salon. Il fronça des sourcils. D'habitude, il entendait les joyeux bavardages des jeunes femmes, mais ce soir le silence semblait régner en main de maître dans la maison. Le pied à peine posé sur le tapis rouge du salon que le Docteur croisa les regards angoissés de quatre femmes serrées les unes contres les autres. Il nota d'emblée que Rose n'était pas parmi elles. Une bouffée de panique l'envahit. Et s'il était arrivé quelque chose à la jeune femme dans la journée ? Et qu'il arrivait trop tard ?

Le gallifréen s'apprêtait à demander des explications lorsqu'une grosse main -non sans une certaine délicatesse- empoigna son épaule. Il se retourna vivement et reconnut Robert renommé par ses soins M. Muscle, ou même Brute épaisse si vous devenez plus intime avec lui. Il appréciait peu le personnage pour ce qu'il en avait entraperçu, cependant il doutait fort qu'un cœur d'artichaut se cache dans cette énorme carcasse.

- Robert, il me semble, dit-il sombrement. Dois-je vous préciser que je ne suis pas spécialement enthousiaste de vous revoir ?

L'homme haussa un sourcil et finit par sourire. Un sourire qui sonnait particulièrement faux. Il se mit à détailler le Docteur avec une certaine curiosité, un peu comme s'il se demandait comment un gringalet de ce gabarit pouvait espérer le contrer. Il avait l'air d'un ours qui se préparait à jouer avec sa proie. Il resserra l'étau de ses doigts sur l'épaule un peu plus fort.

- Je dois vous demander de partir, annonça t-il. Vous n'êtes plus le bienvenu ici.

Le Docteur prit sur lui, serrant les dents et les poings d'une certaine rage qui commençait à affluer en lui. Il ne permettrait à quiconque de se mettre en travers du chemin entre la jeune femme et lui.

- Ce sera, non, sans une certaine joie de quitter ce lieu, mais pas sans Louve. Elle part avec moi, ce soir.

- Elle ne veut plus vous voir. Elle vous demande de la laisser tranquille.

Le gallifréen tressaillit. Que venait de lui raconter M. Muscle ? Rose ne voulait plus le voir. Ce n'était en aucun possible. Elle n'aurait pas changé d'avis. Non, surtout pas après les événements de ce matin. Il fallait qu'il la voit, qu'il lui parle. Ce n'était sûrement pas elle qui en avait décidé ainsi.

- Je vais vous raccompagner à la porte, poursuivit Robert.

Le Docteur dégagea son épaule de l'emprise de Brute épaisse d'un geste brusque avant de faire un pas en arrière, mettant ainsi un peu plus de distance entre eux.

- Si vous me posez quelques soucis, alors qu'elle m'a demandé de ne pas vous faire du mal... Menaça Robert avant de poursuivre très langoureusement. Et ce d'une manière très gentille...

- Je vous préviens, s'il est arrivé quoi que ce soit à ma compagne...

- Vous feriez quoi ? Lui répliqua t-il d'un ton dédaigneux.

- Ne me provoquez pas ! Rugit le Docteur. Vous ne savez pas ce dont je suis capable quand je suis en colère !

Les deux hommes se tenaient face à face, tendus à l'extrême. Les veines battant furieusement les tempes, ils se défiaient du regard, l'un avec vantardise et un certain amusement, l'autre avec fureur et une envie de se battre quoi qu'il lui en coûte. Les quatre jeunes femmes observaient la scène, effrayées. Un seul geste suspect et la situation pouvait dégénérer en un véritable drame.

- Débarrassez-moi le plancher ! Fit Robert sèchement. Avant que je le fasse de moi-même !

- Je serais curieux de voir cela, siffla le Docteur entre ses dents.

Bien que la brute pouvait l'assommer d'une simple baffe, le Docteur n'était nullement intimidé. Il luttait pour Rose. Une certaine colère bouillonnait en lui et menaçait d'exploser d'un instant à l'autre. Personne ne l'empêcherait de voir Rose et de la ramener au Tardis. Et même, si cela s'avérait vrai, chose qu'il avait bien dû mal à croire, que la jeune femme ne désirait plus entendre parler de lui et qu'il disparaisse de sa vie, il ne la laisserait pas ici. Elle partirait avec lui, qu'elle le veuille ou non. Elle n'était pas elle-même. C'était à lui de la protéger et de prendre soin d'elle. Il en avait fait la promesse à la mère de la jeune femme il y a bien longtemps, et il se devait de respecter sa parole. Maintenant que Rose était revenue miraculeusement dans sa vie, il ferait tout pour qu'elle le reste. Elle n'avait plus que lui dans cet univers. Et il était prêt à user de tous les pouvoirs qu'il détenait en tant que Seigneur du Temps pour elle.

- Est-ce que l'une d'entre vous aurait l'obligeance de me dire où se trouve Rose ? Demanda t-il aux jeunes femmes sans quitter des yeux son adversaire.

- Louve est avec un client, se lança Lili.

Un client. Rose était avec un homme. Son sang se glaça dans ses veines. Oh non, il ne laisserait pas une telle chose se produire. Plus personne ne la toucherait. Elle ne subirait plus jamais cela. Le gallifréen ressentit une énorme vague meurtrière de faire du mal à quelqu'un déferler dans ses veines pour la première fois de sa vie.

- Ferme-là Lili ! Beugla Robert.

- Non, je vous en prie, continuez, déclara le Docteur. Ne faites pas attention à la brute. Il aboie bien fort, mais il ne mordra pas.

Liliane, malgré les événements dramatiques qui étaient en train de se dérouler, eut un petit sourire face à la déclaration du Docteur. Il était bien comme Louve le lui avait décrit, un homme capable de rire au nez de la mort. Il mettait les nerfs de Robert à rude épreuve. L'ancien marin n'avait pas l'habitude qu'on lui tienne tête ainsi, et il n'attendait plus qu'un geste du gallifréen pour passer à l'attaque. Il ne souhaitait plus que cogner et le réduire en miettes. Bien que l'étrange compagnon de Louve semblait téméraire, Lili doutait fort qu'il fasse le poids face à Robert et se demandait par quels moyens, il allait résoudre la situation.

- Elle est dans la chambre du fond, poursuivit-elle. Madame vous a menacé et elle...

- Boucle-là ! La coupa rudement Robert. Sinon, je devrais te...

- Sinon quoi ! Réagit le gallifréen avec un regard aussi sombre que de l'encre de chine. Vous ne lui ferez aucun mal ! Et je m'en assurerais !

Le Docteur avait en horreur la violence. Encore plus quand il s'agissait de violence envers une femme. Il ne supportait pas qu'on puisse leur faire du mal. Elles étaient bien trop souvent les premières victimes des folies des hommes. Et malheureusement, Rose en faisait partie. Soudain, il fit demi-tour sur lui-même et se dirigea vers le couloir en courant. Le jeu n'avait que trop duré, selon lui.

- Monsieur ! L'avertit Lili.

Avec rapidité et agilité, il fit un pas vers la droite et se retourna en passant la main dans sa veste. Robert venait de s'élancer à sa poursuite, le poing levé prêt à cogner, quand il lui colla son tournevis sonique sous le nez. Brute épaisse recula vivement devant l'objet qu'il prenait manifestement pour une arme.

- Qu'est-ce que c'est ? Bredouilla t-il.

- Un ami qui m'est très précieux, lui répondit le Docteur. Capable de bien des choses.

Sans laisser le temps à M. Muscle de réagir, il s'élança dans le couloir, pressé d'en finir avec toute cette histoire. De récupérer Rose principalement. Il parcourut la distance qui le séparait d'elle, les cœurs menaçant d'imploser d'une seconde à l'autre. Il ouvrit la porte d'un geste vif et nerveux. Son regard se fixa tout de suite sur la jeune femme. Une sueur glacée glissa le long de sa colonne vertébrale et le figea. Un homme la tenait par la taille, une main se baladant en toute impunité sous sa blouse, le nez enfouit dans sa poitrine. Le Docteur s'efforça de ne pas fermer les yeux, ni de détourner le regard tant cette vision lui était insoutenable. Rose avait le regard vide comme si son esprit l'avait déserté. Son corps ne paressait plus être animé de vie. Elle semblait n'être devenue qu'une simple poupée de chiffon avec laquelle l'homme jouait à sa guise.

- Lâcher là ! Ordonna t-il.

Le cri du gallifréen fit réagir la jeune femme. Elle leva la tête vers lui. Leurs regards se croisèrent. Les yeux de Rose se faisaient douloureusement expressifs. La vie sembla reprendre tout à coup possession de son corps. Elle se dégagea de l'emprise de l'homme, horrifiée.

- Rose, venez... Lui fit-il d'une voix douce en lui tendant la main.

La jeune femme s'affola et recula pour s'éloigner de lui, terrifiée.

- Je ne peux pas ! Il va vous faire du mal ! Je suis désolée ! Vous devez partir ! Il faut que vous vous en alliez tout de suite !

Le Docteur entendit des pas et des cris provenant du couloir. Robert revenait à la charge. Le temps lui était compté. Il s'approcha de Rose doucement en essayant de ne pas l'effrayer davantage qu'elle ne l'était.

- Je sais Rose. Venez maintenant. Je vous emmène avec moi, au Tardis.

- Mais...

Il posa un doigt sur ses lèvres pour la faire taire et plongea son regard, illuminé de cette lueur qui venait de redoubler d'intensité, dans le sien.

- Inutile de discuter. Je vous ai dis que je vous voulais dans ma vie et je n'ai en aucun cas changé d'avis. Je le désire plus que tout. Alors, vous passerez la seuil de cette maison avec moi, ce soir.

Le Docteur offrit un sourire rassurant et réconfortant à sa compagne et passa sa main tendrement sur sa pommette. Puis, il enleva son manteau afin de le déposer sur les épaules de Rose. Il lui saisit la main délicatement et la tira pour qu'elle le suive. C'est à ce moment là que Robert se décida à apparaître dans l'encadrement de la porte, les yeux injectés de rage et de mépris. Son imposante carrure bloquait la seule issue possible. Madame arriva, sur ses talons, toute essoufflée. Une expression de haine tordit son visage en une affreuse grimace à la vue du gallifréen.

- Vous ! Cracha t-elle en pointant un doigt boudiné vers le Docteur. Je ne vous laisserais pas me la prendre ! Elle m'appartient !

Le Seigneur du Temps se posta devant Rose pour la protéger et pointa son tournevis vers les deux tortionnaires.

- Rose ne vous appartient en aucun cas ! S'écria t-il d'un ton virulent. Laissez-nous partir, sinon, je me ferais un plaisir de l'utiliser !

- Bon Dieu Madame ! Que se passe t-il ? C'est une plaisanterie ?

Le Docteur ferma les yeux. Il avait complètement oublié l'homme qui avait osé toucher Rose. Du moins parce qu'il ne représentait pas une menace potentielle, donc il n'y avait aucune raison de se méfier de lui. Il tourna la tête vivement et lui jeta un regard noir.

- Cela ne vous concerne pas ! Et ne m'interrompez plus ! Je suis occupé !

- Qui êtes-vous pour...

- Je suis le Docteur ! C'est une raison amplement suffisante ! Et j'emmène, ce soir, avec moi ma compagne ! Cela vous pose t-il un problème ?

- Compagne ! Couina Madame. Ce n'est qu'une pauvre fille que j'ai eu la bonté de ramasser dans la rue !

- Ne vous avisez plus de parler ainsi de Rose ! Menaça le gallifréen d'un ton glacial mais néanmoins lourd de sens.

Sa pulsion de vouloir faire du mal redoublait d'intensité. Et il n'avait plus qu'une envie : punir la tenancière, la faire souffrir. On ne touchait pas impunément à ses compagnons, en particulier à Rose, sans en subir ses foudres. Quelqu'un devait payer pour la souffrance de la jeune femme, pour ce fardeau qu'elle porterait tout au long de sa vie. Et il avait condamné la tenancière sans aucune autre forme de procès. Il ne serait d'aucune pitié. La vengeance du Seigneur du Temps allait s'abattre sur elle.

Une main douce et chaude se glissa dans la sienne. Cette présence familière apaisa quelque peu sa colère. Il pressa les doigts de Rose et tourna la tête en sa direction. Elle était effrayée par ce qui se passait mais elle lui souriait timidement. Ce sourire fit baisser à nouveau sa colère de quelques degrés. Elle paraissait si frêle, si fragile qu'il en avait mal aux cœurs. Elle se rapprocha un peu plus de lui. Il lui rendit son sourire. Compagne, ce mot prenait toute son ampleur quand il s'agissait de la jeune femme. Il aperçut du coin de l'œil, M. Muscle se rapprocher et reporta son attention sur lui. Il lui jeta un regard qui lui intima de ne pas faire un pas de plus. Les jointures de sa main blanchirent alors qu'il serrait le tournevis toujours plus fort entre ses doigts.

- J'ai horreur d'utiliser la violence, avertit-il, mais je suis parfaitement capable d'en user en dernier recours.

Robert commençait à reprendre de l'assurance. Nullement intimidé par la menace, il avança d'un nouveau pas. Il trouvait que l'homme parlait beaucoup plus qu'il n'agissait. Pourtant, il ne savait pas trop quoi penser de ce brasier ardent qui illuminait ses yeux. Il avait l'air d'être prêt à tout pour emmener avec lui, Louve. Alors qu'attendait-il pour passer à l'offensive ? Robert lui n'attendait qu'un geste de sa part. Ce n'était pas un gringalet comme lui qui le mettrait au tapis. Des comme lui, il en avait brisé à la pelle. Oh oui, celui-ci, il s'en fera un régal de le massacrer, surtout sous les yeux de Louve. Avant d'aller le balancer dans le port car il s'était découvert une passion -il y a de cela quelques années- nourrir les poissons. Et puis pour finir en toute beauté, il s'occuperait de Louve, de cette traînée avec son air de petite sainte nitouche qui le narguait depuis son arrivée. Madame ne pourrait pas lui refuser cette fois-ci. La nuit allait être très prometteuse.

Soudain, il entendit des pas et du bruit derrière lui. Puis, il sentit une douleur vive à l'arrière de sa tête. Il émit un gémissement avant de se retourner pour voir qui était le lâche qui venait de l'attaquer par derrière. A l'instant même où il tourna la tête, il aperçut quelque chose de noir filer droit vers lui. L'assaut était totalement inattendu. Il eut l'impression d'avoir foncé droit vers un mur la tête la première. Il vit des flashs de lumières éblouissantes. Et puis plus rien.


Le Docteur ne comprit pas tout de suite ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux. Il n'avait rien vu venir. Madame s'écroula comme frappée par la foudre découvrant Gigi et Cuicui se tapant dans la main. Alors que pendant ce temps là, Lottie et Lili soulevaient à elles deux, une énorme poêle de fonte noir pour frapper Robert à la tête. Il eut l'air ébranlé à peine une fraction de seconde et le gallifréen sentit son sang ne faire qu'un tour. Cependant, les deux jeunes femmes rassemblant leur force et courage, soulevèrent la poêle une nouvelle fois aidé par l'adrénaline. Et avec une parfaite harmonie, elles décochèrent un magnifique coup en plein sur le nez de Robert. Il entendit quelque chose céder et M. Muscle s'abattit de tout son long en atterrissant avec fracas sur le sol.

Le gallifréen observa avec des yeux écarquillés les quatre jeunes femmes qui venaient de mettre fin au combat, alignées tel un bataillon, la tête haute. Et il leur offrit un énorme sourire. Elles avaient de quoi être fière ! Oh oui ! Il avait appris à de nombreuses reprises qu'on sous-estimait souvent les femmes à tort. Derrières leurs sourires et leurs charmes ravageurs, elles étaient pleines de ressources, à la fois fortes et délicates. Elles étaient plus qu'incroyables ! Le Docteur adorait les femmes tout en étant sidéré de la férocité et de la cruauté dont elles pouvaient faire preuve si on osait toucher à leurs proches.

- On s'est dit que vous auriez besoin d'un coup de main, déclara Lili les poings sur les hanches.

La main de Robert se contracta alors qu'un gémissement s'échappa de ses lèvres. Tous se reculèrent d'un pas. Lili agrippa la queue de la poêle avec Lottie, prêtent à frapper de nouveau. Le souffle coupé, ils fixèrent le corps inanimé prêts à le voir se redresser d'une seconde à l'autre. Ce ne fut qu'au bout d'une longue minute que chacun reprit sa respiration concluant que Robert était bel et bien vaincu.

- Je me demande bien pourquoi tous les marins en ont peur, fit alors Gigi en lui donnant un coup de pied pour s'assurer qu'il était bien inconscient. Deux femmes et une poêle, et il est à terre. Sa réputation va en prendre un coup dans le port...

- Et dire que c'est le vase qu'adorait Madame qui a eu raison d'elle. Elle devra s'en passer maintenant.

- Tant mieux Cuicui, répliqua Lottie. Je ne pouvais plus le voir ! Il était moche !

- Si tu crois qu'on ne le savait pas ! Je te signale qu'on avait toute remarqué ton manège d'essayer de le faire tomber plusieurs fois...

- Quoi ! Tout le monde le détestait ! Même Monsieur le Maire me chuchotait hier soir, qu'il fallait faire quelque chose ! Hé bien c'est fait !

Le Docteur contempla la scène avec une sorte d'irréalité. Les quatre jeunes femmes venaient à elles seules de venir à bout de M. Muscle et elles se chamaillaient à propos d'un vase ! Décidément, il ne comprendrait jamais les femmes. C'était bien un des mystères qu'il ne résoudra jamais dans sa vie.

- Bon, Louve, l'appela Lili. Tu vas enfin nous le présenter ton gentleman ?

La jeune femme s'apprêtait à lui répondre quand trois paires de yeux se braquèrent sur elle et le Docteur. Lottie, Gigi et Cuicui se rapprochèrent d'eux. Elles encerclèrent le gallifréen qui n'avait aucun moyen de leur échapper et commencèrent à tourner tout autour de lui. Elles ressemblaient à des lionnes, isolant leur proie juste avant de lui donner le coup de grâce. Il déglutit. Oh, il n'aimait pas du tout ce qui se passait. Il se sentait détaillé de la tête au pied et même, disons-le, déshabillé.

- Il est tout maigrichon !

- Peut-être, Lottie mais il sent bon, fit Gigi en le reniflant.

Il n'osa même pas faire un geste de recul. Il était bien incapable aussi de prononcer un mot pour leur demander d'arrêter. Sans doute par peur qu'elles redoublent d'intensité et qu'elles lui donnent le coup de grâce. Cuicui se saisit d'une de ses mèches de cheveux pour l'examiner.

- Vous croyez vraiment qu'on peut lui laisser notre petite Louve ? Lança t-elle. Qu'il sera capable de prendre soin d'elle ?

- Vous avez vu ses yeux ! Je me laisserais bien ensorcelée...

- Moi ce que j'en dis, c'est qu'il m'a tout l'air de cacher beaucoup de choses sous ce costume...

Des mains baladeuses passaient sur son visage, dans ses cheveux, sur son corps et le Docteur n'osait toujours pas bouger, ne serait ce que le petit doigt. Il avait même cesser de respirer, de peur que sa respiration le trahisse. Il était examiné sous toutes les coutures. Les commentaires durant leur expertise sur sa personne fusaient entre elles, se moquant complètement qu'il les entende. Il était figé et se sentit rougir. Être un sujet d'étude de trois femmes dont séduire était aussi naturel que de respirer le troublait. Il se sentait sans défense et mis à nu. Et pourtant, il était quelque peu flatté de recevoir tant d'attention de la part de ces femmes extraordinaires.

- Laissez-le maintenant, demanda Louve. S'il vous plaît...

Le Docteur rencontra trois regards lourds de sens, lui indiquant tout de même qu'il avait passé l'examen. Elles s'éloignèrent en poussant quelques grognements de frustrations qu'on les interrompent dans leur revue du gallifréen. Il poussa un soupir de soulagement et se détendit aussitôt. Il se retourna vers Rose pour la remercier d'un sourire de l'avoir sorti de cette situation plus que délicate. Puis, il s'approcha des corps inanimés, s'accroupit à côté de celui de Robert et posa ses doigts sur ses tempes alors qu'il fermait les yeux.

- Qu'est ce que vous lui faîtes ? Lui demanda Lili.

- Je modifie sa mémoire. J'efface Rose de ses souvenirs, lui répondit le gallifréen en allant vers la tenancière faire la même manipulation. Je pense que cela vaut mieux pour tout le monde.

- Vous allez faire de même avec nous ?

Le Docteur releva la tête vers Lili et rencontra son regard. Un dialogue intense mais silencieux se déroula entre eux deux.

- Non, bien sûr que non.

- Alors occupez vous juste d'emmener Louve avec vous le plus loin possible d'ici. Nous nous occuperons de M. Grélin et du reste...

Il se retourna vers le dit M. Grélin, assit sur le lit, l'air hébété. Il ne semblait pas avoir compris ce qui venait de se dérouler sous ses yeux. Le Docteur ne doutait pas une seule seconde qu'après un passage entre les mains des jeunes femmes, l'homme ne dirait rien sur cette étrange soirée qu'il venait de vivre et sur Rose. Il acquiesça de la tête en se redressant pour répondre à Lili qui s'était rapprochée de lui. Elle lui posa la main sur le bras concluant ainsi un pacte qu'ils venaient tous les deux de formuler d'un regard. Ils reportèrent tous les deux leur attention sur Louve qui allait de bras en bras pour dire au revoir. Chacune lui chuchotait des mots aux creux de l'oreille. Il observa les embrassades, plus ému qu'il en avait l'air. Rose n'avait pas été seule durant ces précédents mois. Elle avait eu des personnes pour l'aider, la soutenir, et la réconforter dans cette épreuve que la vie venait de lui faire endurer. Le Docteur sentit une énorme bouffée de chaleur l'envahir. Il prenait tout juste conscience qu'il ne quittera pas la maison seul. Non, cette fois-ci, il en passera le seuil avec Rose pendue à son bras. Enfin. Il allait de nouveau marcher à ses côtés et lui ouvrir la porte du Tardis comme avant. Comme cela aurait dû toujours l'être.

Liliane fut la dernière où Rose alla se blottir. Elles se serrèrent très fort l'une contre l'autre.

- Tu vois Louve, chuchota Lili, tu te moquais quelque fois de nos histoires de Prince Charmant. Mais le voici ton preux chevalier. Il va t'emmener loin d'ici...

- Encore plus loin que tu ne l'imagines...

- Tu y arriveras. Tu retrouveras ta mémoire, celle que tu étais. Ton Docteur va t'y aider.

Elle se détachèrent l'une de l'autre, les yeux qui brillaient de larmes.

- Allez, ne le fais pas attendre encore plus que tu ne l'as fait...

- Venez avec nous... Vous ne pouvez pas rester ici... Docteur, l'appela t-elle en se retournant vers lui, est-ce...

Mais avant qu'elle puisse poursuivre sa question, Lili lui encadra le visage de ses paumes et ancra un regard grave dans le sien.

- Ne t'occupes pas de nous. Pars et ne regarde surtout pas en arrière.

Elle lâcha Louve et la poussa gentiment mais fermement vers le Docteur qui lui saisit aussitôt la main pour l'entraîner hors de la chambre. Cependant, elle le retient encore quelques secondes.

- Docteur, promettez-nous de prendre soin de notre petite Louve. Et surtout de ne plus la perdre...

Le visage du gallifréen s'illumina d'un énorme sourire et son regard -quelque peu éperdu- se posa sur celle qu'il retrouvait enfin comme compagne.

- Je vous le promets, je veillerais sur elle comme à la prunelle de mes yeux, déclara t-il. Rose, avez-vous des affaires que vous voulez emportez ?

La jeune femme agrippa la clef à travers le tissu de sa blouse et secoua la tête négativement. Tout ce qui avait de la valeur à ses yeux, c'était cet objet. Elle ne voulait rien amener avec elle de cette vie.

Après un dernier signe de la main, le Docteur et Rose quittèrent, cette fois-ci pour de bon, la chambre sous des yeux quelque peu embués. Derrières leurs charmes ravageurs, ces femmes avaient un cœur en or débordant d'amour et il leur était difficile de laisser partir celle qui était devenue une sœur de cœur. Elles avaient fait un bout de chemin ensemble et dorénavant, chacune devait poursuivre sa propre route.

- Bon, les filles ! Lança Lili, les mains sur les hanches, d'un ton qui se voulait joyeux mais qui ne dissimulait pas les sanglots dans sa voix. On ne va pas tout de même se laisser abattre ! D'une, on ferme la boutique cette nuit ! Et de deux, on a du grand ménage à faire !

- Oh ! J'allais oublier une chose !

Les quatre jeunes femmes, dont certaines avaient sorti les mouchoirs pour se tamponner les yeux, sursautèrent à l'apparition du gallifréen dans l'encadrement de la porte. Ses yeux avaient retrouvé cet éclat unique. Une magnifique et flamboyante lueur destinée à une seule personne.

- Je... Merci. Je vous suis reconnaissant de vous être occupées de Rose.

Il suça un de ses doigts, le leva en l'air et fronça des sourcils quelques secondes.

- Le vent est en train de tourner, poursuivit-il. La chance est en train de virer de bord, je peux vous l'assurer ! Même plus tôt que vous le pensiez ! J'ai été enchanté de faire vos connaissances, mesdemoiselles.

Le Docteur, avant de disparaître, leur envoya un baiser que les jeunes femmes attrapèrent de leurs mains, tout en gloussant devant cet étrange phénomène.


Louve ouvrit en grand la porte et observa le monde qui s'offrait à elle. La nuit était fraîche. Elle respira avidement l'odeur du goémon que la brise portait de la plage. C'était une libération de se retrouver dehors, une délectation d'être dans l'air froid et sombre de la nuit. Le Docteur la rejoignit et passa le pas de la porte en lui saisissant la main. Il avança mais elle le retient.

- Rose...

- Quand vous m'aviez demandé si je voulais emporter quelque chose, j'aurais dû penser aux chaussures, avança t-elle comme réponse à sa question muette.

Il baissa les yeux et s'aperçut que les pieds de la jeune femme étaient nus.

- Vous et votre maudite manie de marcher pieds nus ! Râla t-il soudainement. Je ne sais combien de fois, je vous ai répété de cesser de marcher pieds nus dans le Tardis ! Mais comme toujours, vous ne m'écoutiez pas ! Miss Tyler n'en faisait qu'à sa tête !

Louve secoua la tête amusée devant ce comportement, alors qu'il passait malgré tout une main sous ses genoux pour la soulever dans ses bras tout en continuant de ronchonner. Elle lui colla une main sur la bouche pour le faire taire, puis elle l'embrassa sur la joue.

- Merci, lui chuchota t-elle.

Ils s'observèrent un moment intensément, les cœurs battant au même rythme effréné. Puis, elle posa la tête sur son épaule et enroula ses bras autour de son cou.

- Bien, réussit-il à bredouiller. Rentrons au Tardis...