Salut à tous chatons de tous horizons !

J'espère que vous avez passé de bonnes vacances ! Je suis ravie de vous retrouver après cette courte pause estivale, et j'espère que la deuxième partie des Enfants de la Lune va vous plaire =)

Merci pour l'ajout en favoris ou en followers, merci aux fidèles lectrices pour vos reviews, et merci à Azria pour ses corrections !

MMSSR : Et ouiii, les pierres ont donc un effet sur le vieillissement de leur porteur ;) Tu n'as pas tort concernant le caractère d'Elenna, et c'est d'ailleurs prévu dans son évolution, mais pour l'instant elle reste soumise à ses principes et à sa raison.

Miluzine96 : Ce nouveau chapitre va répondre à quelques unes de tes questions !

Hearts : Merci beaucoup ! Je croise les doigts pour que la suite te plaise =)

mimi70 : Radagast devait se rendre à Erebor afin de convier les Nains au Conseil d'Elrond, et il a donc emmené Andreth avec lui ;)

Archeth : Salut et bienvenue à toi lectrice de l'ombre =)

Hinata des bois : J'espère que tu as survécu à cette légère attente ;) Merci, ton soutien me touche (ça fait un peu mélodramatique mais je le pense vraiment)

.

La dernière gagnante était Hearts !

question : D'où te vient cette envie d'écrire sur l'Univers de Tolkien ? As-tu une passion particulière pour cet univers et, si oui, d'où te vient-elle ? :)

réponse : Comme beaucoup d'auteurs et de lecteurs de ce site, elle me vient de l'enfance ! A 9 ans, j'ai commencé à lire la Communauté de l'Anneau, mais j'ai vite décroché. Il faut avouer que ce n'est pas le bouquin le plus facile à lire pour un enfant. Et puis un jour, mon père a ramené le DVD à la maison (je m'en souviens comme si c'était hier Haha !) et j'ai été littéralement fascinée ! A 10 ans, j'ai donc enchainé les trois tomes et je suis allée voir les autres films au cinéma =)

J'adore cet univers, le fantastique et l'épique. Je ne sais pas si on peut me considérer comme passionnée, mais j'ai acheté les coffrets en versions longues dès lors sorties et depuis je les regarde au moins une fois par an =). Et puis un jour, à force de lire des fanfictions (plus ou moins bonnes il faut bien le dire), j'ai décidé de me lancer !

Cette semaine, la gagnante est ... Archeth !

.

Bonne lecture à tous =)


o o o

DEUXIEME PARTIE

- L'EAU -

o o o

chapitre 9 :

L'hiver était rude dans les hauteurs des Monts Brumeux. La neige tombait en gros flocons depuis plusieurs jours, recouvrant les versants sombres des montagnes d'un tapis blanc éblouissant. Tout était calme, et seul le vent sifflant venait troubler le silence surnaturel qui régnait sur les flancs rocheux. Nul n'osait plus s'aventurer dans les montagnes depuis plusieurs mois, et seuls quelques troupeaux de bouquetins et quelques animaux solitaires parcouraient les versants à la recherche de rares herbes enfouies sous la neige.

A quelques milles au Nord des portes de la Moria, sur les pentes escarpées du Caradhras, un cerf majestueux venait justement de trouver un herbage alléchant. Il broutait paisiblement, à peine troubler par le puissant vent qui venait fouetter la montagne. Mais soudain, l'animal cessa de manger, leva la tête et huma l'air. Rien ne bougeait et pourtant il pouvait sentir approcher le danger.

Son instinct ne l'avait pas trompé. Une meute de wargs se déployait silencieusement à quelques mètres tout autour du cerf. Les loups avançaient en rampant sur le ventre, dissimulés par les rochers et les arbustes desséchés par l'hiver. La bave coulait le long de leurs gueules menaçantes alors que la faim et l'excitation les gagnaient. Mais ils restèrent parfaitement immobiles et tinrent leurs positions.

Un grognement sourd fendit soudain l'air glacial alors qu'un immense warg à la fourrure aussi noire qu'une nuit sans lune se redressait sur ses pattes. C'était le signal. Sans perdre une seconde, le cerf s'enfuit et la chasse commença. L'animal apeuré parvint par miracle à passer entre les wargs qui l'encerclaient, et ces derniers s'élancèrent à sa poursuite, menés par leur chef. Leurs pattes puissantes frappaient le sol, envoyant voler de la neige tout autour d'eux.

Au premier regard, la meute pouvait paraître uniforme. La quinzaine de loups qui la formaient se ressemblaient. Mais il existait des différences subtiles entre les wargs, dans la couleur de leurs fourrures, dans la forme de leurs oreilles ou même dans leurs tailles. Deux wargs se distinguaient particulièrement. Le premier s'agissait du chef de la meute. Il était le plus gros et le plus puissant d'entre tous, et sa fourrure sombre était particulièrement rare.

Le second warg était de taille plus modeste mais la couleur de sa fourrure ne passait pas inaperçue. Les faibles rayons du soleil pâle d'hiver faisaient miroiter les nuances de ses poils épais, leurs donnant tours à tours des teintes marron, rousses ou fauves. La fourrure du warg se tendait à chacun de ses pas, faisant apparaître ses os saillants et sa maigreur. Racà avait faim. Depuis sa lutte avec le chef de la meute quelques mois plus tôt pour sauver Elenna, il ne mangeait presque rien. Après avoir été vaincu par le mâle alpha, Racà avait dût se soumettre. Le warg noir l'avait épargné, mais Racà était devenu le bouc émissaire de la meute entière.

La meute harcelait encore et toujours le cerf affolé. Un petit groupe de wargs dont faisait partie Racà arrivait déjà à sa hauteur, excité par la peur et l'odeur de leur proie. Malgré la faim qui le faisait souffrir, le warg fauve fut le premier à s'élancer vers le flanc du cerf la gueule grande ouverte. Le cerf tenta de lui donner des coups de bois mais la mâchoire de Racà se referma sur son large cou. Le cerf courut encore un instant, luttant de toutes ses forces contre le warg qui l'assaillait. Mais déjà ses forces s'amenuisaient, et il finit par s'écrouler dans la neige, épuisé. Aussitôt, deux autres wargs se jetèrent sur le cou de l'animal, secouant sa tête violemment pour l'égorger. Racà continua de serrer sa mâchoire puissante tandis que le cerf couinait faiblement. Le loup sentit bientôt le sang chaud couler le long de sa gueule et cela l'excita encore davantage. Après quelques derniers soubresauts, la vie abandonna le cerf.

Un hurlement de warg résonna alors sur le versant des montagnes. Bien malgré lui, Racà dût détacher sa gueule du cerf avant de s'écarter pour laisser passer le chef de la meute. Ce dernier s'approcha les babines retroussées de la proie inerte. D'un grognement puissant, il chassa Racà. Le warg fauve ne répondit pas, il était épuisé de sa chasse. Il ne comprenait pas l'acharnement de l'alpha à vouloir affirmer sa suprématie à son égard. Racà fut donc obligé de se soumettre une nouvelle fois, et se retrouva alors à plusieurs mètres à regarder le reste de la meute se délecter du cerf qu'il avait tué.

Un grondement assourdissant troubla tout à coup le repas de la meute. Les oreilles de Racà se plaquèrent en arrière et ses poils se hérissèrent. Les autres wargs relevèrent la tête de la carcasse du cerf et tous tournèrent leurs regards vers le col du Caradhras. Ils virent alors un amas de nuages noirs se diriger vers le pic enneigé. Un éclair éblouissant fendit le ciel et s'abattit sur le versant de la montagne alors qu'un nouveau grondement retentissait.

Une voix grave et puissante résonna ensuite sur les hauteurs du col. Elle retentit jusque sur les versants où se trouvaient les wargs. La peur commença à envahir chacun des loups à la vue de cet orage surnaturel. Quelques-uns laissèrent échapper des jappements plaintifs, mais le chef de la meute grogna durement. Visiblement, l'alpha n'était en rien terrorisé et paraissait même curieux de ce nouveau trouble. Il grogna durement, ordonnant ainsi au reste des wargs de le suivre, avant de s'élancer vers le col du Caradhras, qui se dressait fier et menaçant, à quelques milles à peine.

o o o

Il faisait encore jour et pourtant la pénombre était reine sous les immenses arbres de la Forêt Noire. La peur tordait le ventre d'Andreth à chacun de ses pas. La jeune femme suivait Radagast depuis la veille à travers le bois silencieux. Elle aurait préféré ne pas retourner sous les arbres menaçants de la Forêt qui renfermait tant de souvenirs douloureux pour la jeune femme.

Depuis leur départ de Dale quelques mois auparavant, Radagast et elle avaient parcouru les Terres Sauvages en direction du Sud, en longeant toujours l'orée de la Forêt Noire. Au début de l'hiver, ils avaient fini par atteindre l'extrémité de la sombre forêt, là où se trouvait la demeure du Magicien Brun.

Depuis la veille, ils parcouraient le bois à la recherche de Rhosgobel. L'air devenait de plus en plus lourd à mesure qu'ils s'enfonçaient dans la Forêt Noire, alors qu'un silence surnaturel s'installait. Plus aucun bruit, mis à part celui des pas d'Andreth et de Radagast, ne venait troubler le bois. Aucune forme de vie ne semblait plus l'habiter. La forêt était comme morte. Andreth avait peur, bien que la présence du Magicien Brun à ses côtés ainsi que celle de l'Arkenstone enfouie dans son manteau la rassuraient.

Après de longues heures de marche durant lesquelles les deux compagnons de voyage s'étaient murés dans le silence, la pénombre sembla soudain se dissiper. La Forêt Noire parut moins lugubre. Elle luisait d'un éclat plus vert et ses ramures étaient moins épaisses et moins menaçantes. Bientôt, les arbres se firent plus rares et Andreth repéra la lumière claire du jour qui s'infiltrait entre les troncs épais quelques mètres plus loin. La jeune femme crut pendant un instant que Radagast et elle avaient atteint l'orée du bois, mais à mesure qu'elle se rapprochait de la lumière, elle constata que la lumière provenait en fait d'une clairière.

Avec un soupir de contentement, le Magicien Brun s'arrêta aux abords de la clairière. Andreth le rejoignit et fut éblouie par la lumière vive du jour qu'elle n'avait pas vu depuis la veille. Ses yeux mirent quelques instants à s'y habituer avant qu'ils puissent enfin balayer les environs. La jeune femme resta un instant bouche-bée à la découverte de la clairière mystérieuse. Cette dernière était parfaitement circulaire et entourée d'arbustes épineux et d'aubépines. Mais ce qui attira particulièrement le regard d'Andreth, c'était le chêne immense et millénaire qui se dressait fièrement au centre du cercle, profitant des rayons du soleil hivernal. Contrairement aux autres arbres de la Forêt Noire qui étaient tous rongés par la maladie et la noirceur, celui-ci était en parfaite santé.

Andreth contempla ses cimes qui pointaient vers le ciel avant de descendre son regard vers le tronc épais. Celui-ci s'élargissait à la basse et la mousse le recouvrait peu à peu depuis les racines. C'est alors que la jeune femme distingua une arche taillée dans l'écorce grise au beau milieu du tronc du chêne. La jeune femme plissa les paupières et remarqua tout à coup les autres ouvertures plus modestes qui ornaient le reste de l'écorce. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle comprit. Une maison biscornue était taillée au sein même de l'arbre !

- Bienvenue à Rhosgobel ! S'exclama Radagast avant de pénétrer dans la clairière.

Fascinée par l'étrangeté du lieu, Andreth suivit le magicien lentement. Une bonne magie semblait subsister en cet endroit. Les araignées n'osaient pas s'y aventurer, ni aucune autre créature maléfique. Radagast se dirigea droit vers la modeste porte de bois en partie recouverte par la mousse et surmontée de l'arche sculptée. Des inscriptions mystérieuses y été gravées dans une langue qu'ignorait Andreth. La jeune femme reconnut certains caractères elfiques, mais le reste des inscriptions lui étaient incompréhensibles.
La porte s'ouvrit dans un léger grincement et les deux compagnons pénétrèrent dans la demeure du magicien. Une odeur étrange de plantes et de bois régnait à l'intérieur. Andreth découvrit une vaste pièce dans laquelle se côtoyaient meubles rustiques, tentures anciennes, diverses fioles, et autres herbes séchées. Une table recouverte de cartes et de vieux manuscrits était disposée au centre de la maison et une cheminée sculptée trouvait sa place au fond. Le plafond de bois était par endroit traversé par des branchages sur lesquels quelques oiseaux avaient fait leurs nids.

Depuis leur départ de Dale, c'était la première fois que Radagast et Andreth n'allaient pas passer la nuit dehors. Il est vrai qu'ils n'avaient croisé nul village ou nul campement en traversant les Terres Sauvages du Rhovanion, et avaient passé toutes leurs nuits à la belle étoile, dans le froid et la peur de rencontrer des ennemis. Mais ce soir-là, les deux voyageurs étaient enfin à l'abri. Cette simple pensée suffit à orner le visage de la jeune femme d'un sourire lumineux.

Épuisée par tant de marche et d'angoisse, Andreth partit s'installer dans une alcôve dans laquelle se trouvait un lit que le magicien lui avait indiquée. Elle s'allongea dans les couvertures poussiéreuses et détailla le plafond irrégulier fait de bois et de branches. La jeune femme soupira de soulagement, ici elle pourrait se reposer en paix.

o o o

L'hiver s'était abattu sur les Champs aux Iris aussi violemment que l'orage frappe. Les fleurs avaient fanées, la neige recouvrait désormais les milliers de tentes et les marais étaient pris dans la glace. Malgré le froid et la faim qui commençaient à s'emparer de toutes les âmes de Fyrmarr, l'immense ville nomade, les Hommes Sauvages s'activaient sans perdre de temps.

Des nuées de fumées grises s'élevaient de centaines de tentes ainsi que des forges qui avaient été construite sur les collines. Ces dernières ne cessaient de fonctionner que tard dans la nuit, et des milliers d'armes et d'armures s'amoncelaient au milieu des campements des soldats. Tout été prêt pour la guerre. L'impatience et l'excitation chassaient le froid et la faim des esprits des soldats. Les Hommes Sauvages étaient des guerriers, et ils rêvaient à présent de batailles violentes et de vengeances sanglantes.

Cette nuit-là, du tonnerre retentissait depuis les Monts Brumeux. Les seigneurs des clans sauvages étaient à nouveau réunis autour du Roi Wulf pour un dernier conseil. Mais cette fois, ils étaient attablés autour d'un banquet en compagnie des chefs de guerre, ainsi que d'une nouvelle venue. Elenna siégeait en effet aux côtés de son frère. Depuis son retour, les jumeaux étaient plus proches que jamais.

La jeune guerrière ne ressemblait plus à la jeune femme maigre et sale qui était revenue quelques mois auparavant, mais avait retrouvé sa beauté et sa force. D'autres peuples auraient surement trouvé étrange la présence d'une femme à un conseil de guerre, mais cela n'avait aucune importance pour les Hommes Sauvages. Les femmes s'étaient toujours battues aux côtés des hommes, et certaines avaient une renommée de féroces guerrières.

Elenna se prêtait ainsi aisément aux conversations avec les Seigneurs qu'elle connaissait depuis longtemps. Le plus vieux et le plus sage se nommait Tankred, et il avait été conseillé du roi Asulf bien avant la naissance des jumeaux. A présent, il était trop vieux pour se battre, mais il avait répondu à l'appel de Wulf sans hésitation et avait envoyé la totalité de son armée au roi. Deux Seigneurs plus jeunes siégeaient à ses côtés. L'un avait un visage froid et anguleux, entouré par des cheveux sombres. Ses yeux d'un bleu glacier ne laissaient transparaître aucune émotion. C'était Gunnar, l'un des plus puissant et cruel combattant que comptaient les Hommes Sauvages. Il était à la tête des Gens de Chariots, clan réputé pour être sans pitié. Le second seigneur était très différent. Il se nommait Erik et c'était le plus jeune d'entre tous. Pourtant son visage juvénile dissimulait une intelligence stratégique sans pareille. Et enfin, une autre femme était présente autour de la tablée. Les flammes des torches faisaient miroiter les boucles de sa chevelure rousse. C'était Astrid, chef du clan du Nord. Les années n'avaient en rien entamé ses capacités à se battre et Elenna l'admirait depuis l'enfance.

La bière coulait à flot, scellant les amitiés entre les seigneurs et remettant au lendemain les quelques craintes de la guerre à venir.

- Wulf mon ami, cette bière est bien meilleure que celle de chez-nous dans le Nord ! S'exclama Erik en levant sa choppe.
- Il en va de même pour les femmes, à ce qu'on m'a dit ! Intervint alors Gunnar en riant.
- Et pour les hommes, ajouta Astrid d'un air mutin.

Lorsque, tard dans la nuit, le banquet fut achevé et les Seigneurs furent retournés dans leurs tentes, Elenna resta seule avec Wulf. Les deux jumeaux se dirigèrent vers la tente royale silencieusement. Lorsqu'ils pénètrent à l'intérieur, la douce chaleur du foyer central les enveloppa. La lumière vacillante des flammes dessinait des ombres dansantes sur les pans de tissus et de cuir de la tente.

Malgré l'heure avancée, Elenna n'était pas fatiguée. Depuis son retour, elle dormait peu. Son frère mettait cela sur le compte de l'anxiété ou de son deuil. La jeune femme avait en effet appris le meurtre de sa mère quelques instants après ses heureuses retrouvailles avec Wulf. Elle dormait peu donc, mais pourtant elle ne se sentait pas fatiguée. Elenna soupçonnait qu'il s'agisse de l'œuvre du collier qui ne la quittait plus depuis des mois.

- Tout le monde doit être prêt pour le départ, dit tout à coup Wulf.

Elenna croisa son regard avant d'acquiescer silencieusement, avant que son frère ne poursuive :

- Ceux qui partent... comme ceux qui restent, ajouta-t-il.

Les sourcils d'Elenna se froncèrent à l'écoute du ton étrange qu'employait son frère. La jeune femme s'approcha d'une table sur laquelle se trouvait une pierre à aiguiser. D'un geste rapide, elle glissa sa main dans son dos et sortit de sa ceinture le poignard brillant qui lui avait sauvé la vie à quelques reprises. Concentrée, elle lima la petite lame avant de se tourner vers son frère. D'un geste, elle lui indiqua l'un des fauteuils qui meublait la tente royale.

Wulf s'assit sans un mot. Les jumeaux appréciaient plus que tout la relation qui les unissait depuis leurs naissances. Entre eux, les mots étaient devenus superflus, et un simple geste ou un simple regard leurs suffisaient pour se comprendre. Elenna s'approcha de Wulf avec le poignard aiguisé, et attrapa le visage de son frère de sa main libre.

Tous deux se regardèrent droit dans les yeux pendant quelques secondes avant qu'Elenna n'oblige son frère à incliner la tête sur le côté. Elle avança ensuite la lame près du crâne de Wulf, et d'un geste précis, elle commença à le raser.

- Nous avons déjà rassemblé dix milles hommes, et d'autres arriveront encore demain, dit Wulf au bout d'un moment. Je pars dans deux jours vers l'Isengard avec Gunnar et nos meilleurs guerriers. Saroumane m'attend.

Il sentit la main de sa sœur devenir moins assurée suite à sa déclaration.

- Dois-je donc rester à nouveau en arrière ? Demanda-t-elle alors d'une voix indignée.

Wulf attrapa alors la main d'Elenna avant de se tourner vers elle. Un fin sourire se dessina sur les lèvres du roi.

- Je me doutais de ta réaction. Depuis toujours tu es une battante ma sœur...

Sa paume chaude se resserra autour de celle d'Elenna dans un geste affectueux.

- Nous devons envoyer des guetteurs vers le Sud, poursuivit-il. Elenna, tu seras à leurs têtes. Tankred restera ici pour veiller sur Fyrmarr et notre peuple.

Elenna sourit à son tour avant de contourner son frère et de commencer à raser l'autre côté de son crâne. Le silence se réinstalla durant lequel Elenna repensa soudain à l'assaut des Rohirrim et au massacre de son campement. La guerre l'effrayait, elle ne pouvait le nier, mais son désir de vengeance était bien plus fort que sa peur.

- Cette bataille est inévitable ma sœur, dit alors Wulf comme si il avait devinait ses pensées. Il ne s'agit plus de conquêtes ou de terres. Notre honneur en dépend.
- Je sais tout cela, rétorqua Elenna. Mais j'aurais voulu que nous trouvions notre place dans ce monde sans la guerre. Les Rohirrims ont mené la première bataille et à présent cela ne s'arrêtera plus.
- La première bataille a été menée il y a des siècles contre nos ancêtres. Elenna, seras-tu des nôtres ?
-Bien sûr, comment oses-tu même en douter ? Je serai des vôtres, et si ta volonté est que j'aille vers le Sud, alors je partirai. Je remplirai mon devoir, mais j'espère que tout cela aura une fin heureuse, parce que je ne veux pas qu'un jour mes enfants ou les tiens aient à venger notre mort à leur tour. Personne ne devrait à avoir à payer de sa vie pour venger ses ancêtres.

o o o

Une douce odeur de pierres nimbées d'humidité et de notes boisées réveilla Andreth. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, le plafond biscornu de la maison de Radagast avait disparu. A la place, elle découvrit avec étonnement un plafond voûté et taillé à même la roche. Désorientée, elle se releva vivement et observa les environs.
Elle n'était plus à Rhosgobel, mais se trouvait dans un lit confortable au beau milieu d'une vaste pièce à la décoration raffinée. Des décorations florales étaient sculptées sur les piliers de pierres qui soutenaient les voûtes, et des fleurs fraîches étaient disséminées dans la chambre. La seule source de lumière provenait d'une série d'arcades dont les ouvertures étaient cachées par d'immenses voilages clairs. Quiconque ne connaissant pas ce lieu aurait pu penser que les arcades ouvraient sur l'extérieur.

Mais Andreth connaissait par cœur ces murs. Elle se trouvait dans le palais de Thranduil. Le Roi Elfe l'avait finalement retrouvée et ramenée ici. La panique se diffusa dans son corps et sans perdre une seconde, elle souleva les couvertures. Ce qu'elle découvrit alors la laissa bouche-bée. Son corps était petit et maigre, comme si elle était revenue des années en arrière. Andreth comprit alors qu'elle rêvait. Sa respiration se calma peu à peu, et la jeune femme se laissa plonger dans son souvenir d'enfance et les images de son réveil après la Bataille des Cinq Armées défilèrent derrière ses paupières closes.

Lorsqu'elle se réveilla dans ce lieu inconnu, la petite fille avait l'esprit embrumé. Ses derniers souvenirs étaient confus. Elle se rappelait certains événements de la bataille, l'assaut des Orcs à Dale, sa fuite dans la cité en ruine, la découverte de cette pierre étrange... Mais surtout de sa rencontre avec l'Elfe qui l'avait sauvée.

En s'asseyant au milieu des couvertures douces et parfumées, Andreth découvrit avec étonnement la chambre silencieuse dans laquelle elle se trouvait. Jamais elle n'avait dormi dans un lieu aussi luxueux. Ses yeux balayèrent avec une certaine crainte la pièce, cherchant ses repères. Mais très vite, l'étourdissement la gagna. Andtreh porta sa main à son front pour calmer son malaise. Sa peau était chaude et humide. Sur la table de nuit, elle distingua alors un bandage imbibé sur lequel étaient collées quelques fleurs séchées. Quelqu'un l'avait soigné. L'espoir la regagna soudain et sa voix fluette retentit dans la chambre.

- Père ?

Aucune réponse. Andreth descendit silencieusement du lit et se dirigea vers les arcades qui semblaient ouvrir sur l'extérieur. Tout en marchant, elle se demanda dans quelle partie de Dale elle résidait. La cité lui avait pourtant paru entièrement détruite et la petite fille n'avait vu aucun bâtiment aussi bien conservé. Curieuse, elle attrapa un pan du voilage. Le tissu était fluide et léger dans sa main et elle n'eut aucune difficulté à le tirer sur le côté.

Andtreh cessa un instant de respirer en découvrant ce que dissimulaient les rideaux. Face à elle le sol pavé se dérobait laissant la place à un mur de roc sombre recouvert par endroit par de la mousse et quelques fleurs à quelques mètres. Un bruit sourd provenait du contrebas. Le premier réflexe de la petite fille fut de s'approcher prudemment du bord et de se pencher légèrement. Son rythme cardiaque s'accéléra lorsqu'elle découvrit le précipice qui se dessinait sous ses pieds. Elle entendit alors plus clairement le son d'une rivière et vit quelques reflets briller à sa surface. L'enfant recula, et ses yeux remontèrent alors l'immense paroi rocheuse qui lui faisait face. Andreth réalisa alors que la roche se resserrait jusqu'à former une voûte naturelle sur laquelle s'accrochaient des stalactites brillantes. Une grotte ! Elle se trouvait dans une grotte.

A peine cette pensée la traversa que de légers coups furent portés à la porte de la chambre. Paniquée, Andreth fit demi-tour et se rua dans l'immense lit. Elle n'eut pas le temps d'attraper les couvertures que déjà la porte s'ouvrait. La petite fille cessa de respirer et resta immobile, en observant une femme pénétrer dans sa chambre.
Elle portait dans ses mains fines une assiette et était vêtue étrangement. Sa robe semblait flotter autour d'elle et elle accompagnait ses mouvements gracieux. Mais ce qui retenu l'attention de la fillette, c'étaient les oreilles pointues qui dépassaient de la chevelure blonde de la nouvelle venue.

- Bonjour, dit celle-ci d'une voix mélodieuse en s'approchant doucement du lit.

Andtreh était méfiante et se recula par réflexe. L'Elfe déposa l'assiette sur la table de nuit et la fillette put voir qu'elle contenait de la soupe parfumée.

- Je m'appelleLalwendë, indiqua alors l'Elfe.
L'enfant ne répondit pas, intimidée et fascinée par la dame qui se tenait devant elle. Toute cette situation était bien trop étrange et perturbante pour quelqu'un de si jeune. Face à l'absence de réponse d'Andtreh, l'Elfe poursuivit :
- Je suis heureuse de voir que tu es réveillée. Je t'apporte à manger.
Andtreh jeta à nouveau un regard vers l'assiette, mais lorsque l'Elfe tendit son bras pour la lui donner, elle se recula un peu plus dans le lit. La méfiance ne la quittait pas. Mais un gargouillement sonore troubla alors le calme de la chambre. L'enfant se sentit rougir.
- Je vais te laisser seule et je reviendrai te voir plus tard, dit alors l'Elfe avant de partir.

Aussitôt que la porte fut renfermée, Andtreh se rua sur la soupe. Elle retira la cuillère en argent et but à même l'assiette à grandes gorgées. Le liquide chaud coula dans sa gorge et réchauffa son petit corps fatigué.

Lorsque l'Elfe revint, elle découvrit l'assiette vide sur la table de nuit et sourit. Andtreh semblait moins méfiante et Lalwendë lui parla à nouveau doucement.

- Sais-tu où tu te trouves ?
La fillette secoua la tête, bien qu'elle en eu une vague idée.
- Tu es dans le Royaume des Elfes Sylvains. Thranduil, le souverain de ces lieux, souhaiterait s'entretenir avec toi, t'en sens tu la force ?
Thranduil... Andtreh se souvint soudain avoir vu le Roi Elfe à Dale.

La fillette avait peur, mais sa curiosité l'emporta, et elle acquiesça silencieusement. Heureuse de sa réponse, Lalwendë lui indiqua une bassine d'eau fraiche ainsi qu'une serviette pour se rafraichir. La main de l'Elfe s'approcha de la serviette dans le but d'aider la petite fille à se nettoyer, mais Andtreh fut plus rapide. Elle se saisit de la serviette et s'éloigna le plus possible de l'Elfe. Là, elle se nettoya le visage avec application en observant du coin de l'œil Lalwendë.

Lorsque cela fut fait, l'Elfe guida Andtreh jusqu'à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur un passage éclairé par des torches rouges dont la lumière dessinait des ombres vacillantes sur les murs irréguliers. Malgré la profondeur, l'air était pur. La fillette suivit Lalwendë à travers un dédale de couloir et d'escaliers. Elles croisèrent certains Elfes sur leur route, et Andreth se dissimulait à chaque fois derrière les pans de la robe de Lalwendë, espérant passer inaperçue.

Bientôt, les parois de la grotte s'élargirent et les décorations se firent plus riches. Andtreh contemplait avec émerveillement les pierres sculptées, les statues et les orfèvreries qu'elle croisait sur son chemin. L'Elfe et la fillette finirent par arriver dans un vaste espace lumineux. Andtreh distingua une faille dans les hauteurs de la grotte par laquelle pénétrait la lumière du soleil. Face à elle, d'immenses piliers sculptés tels des arbres soutenaient la voûte de la caverne. Des chants elfiques résonnaient et la petite fille se laissa porter par la douceur de la mélodie. Plusieurs passerelles et des escaliers conduisaient vers un espace en hauteur au centre de la grotte. Il était surmonté d'une nef en bois sombre. C'est là qu'Andtreh fut conduite.

Elle suivit l'Elfe sur les passerelles étroites, et toute deux arrivèrent face à des gardes armés. Andreth sentit alors la peur l'assaillir. Lalwendë s'adressa en elfique aux gardes, et ceux-ci s'écartèrent aussitôt du passage. La petite fille arriva alors sur la plateforme circulaire qui dominait toute la caverne. Là, Lalwendë s'écarta et fit un geste encourageant à Andtreh. L'enfant déglutit et s'approcha en tremblant.

A quelques mètres d'elle, sur un trône immense sculpté dans du bois précieux siégeait le Roi Thranduil. Andtreh rencontra son regard d'acier et s'arrêta aussitôt d'avancer. Elle fut incapable de quitter le Roi Elfe des yeux. Le visage de ce dernier était sans âge, ni jeune ni vieux bien qu'on puisse y lire le souvenir de maintes choses. Sa chevelure d'or éclatant était ceinte d'une couronne de baies rouges et dans sa main Thranduil tenait un bâton de chêne sculpté. Ses yeux étaient du gris du soir clair.

- Approche enfant.

La voix du Roi Elfe résonna contre les parois de la caverne, envoyant des frissons sur la peau de la fillette. Intimidée, Andtreh s'exécuta.

- Quel est ton nom ? Demanda alors Thranduil.

Pour la première fois, la voix d'Andtreh retentit entre les murs du palais elfique.

- Andreth, murmura-t-elle.

Une lueur attira soudain l'attention de la petite fille. Ses yeux se détachèrent enfin de ceux du Roi, et se tournèrent vers la lumière. C'est alors qu'elle vit, posée sur une table de pierre, la pierre qu'elle avait trouvée à Dale. Ses yeux s'écarquillèrent, et à peine eut-elle reconnu la pierre que celle-ci se mit à briller plus intensément. Thranduil observait la scène en silence. Il se leva soudain et descendit les quelques marches de l'estrade qui menaient à son trône et s'approcha d'Andreth.

- Sais-tu pourquoi tu es ici ? Demanda-t-il. - Non...
- Tu as été blessée lors de la Bataille, expliqua alors le Roi Elfe. Et je me suis engagé auprès des tiens à te soigner et à te garder en sécurité dans mon palais.
- Où est mon père ? Demanda alors Andreth.
- Il est resté à Dale.
- Quand pourrais-je le retrouver ?
- Lorsque la paix sera revenue, indiqua alors Thranduil d'un ton évasif. Pour l'heure, tu es mon invitée. Nul mal ne te sera fait en ces lieux et tu seras bien traitée.

Les larmes montèrent aux yeux d'Andtreh à l'idée qu'elle ne reverrait pas les siens de sitôt. Lorsqu'elle fit demi-tour pour retrouver Lalwendë, elle fut surprise de voir qu'elle n'était plus là. A sa place se tenait un autre Elfe qu'elle connaissait. Et pour cause, il s'agissait de son sauveur.

Fin du chapitre.


J'ai créé un blog sur les Enfants de la Lune ! J'y poste des illustrations, des cartes, des informations relatives à l'histoire mais aussi mes inspirations du moment ! Allez-y faire un tour : chatonjoli(point)wix(point)com(slash)lesenfantsdelalune et dites moi ici ce que vous en pensez =)

Autre chose, j'avoue être parfois légèrement déçue au regard du nombre important de visites et du faible nombre de reviews. En me baladant sur le site, je constate que c'est le cas pour presque toutes les fanfictions ces temps-ci... Je trouve ça dommage ! Selon moi, l'un des intérêt de poster sur internet est d'avoir des retours directs sur mes écrits. Pour les petits timides qui passent par là, sachez que je ne mords pas, et que je réponds toujours avec bonne humeur aux reviews et aux questions ;)