Titre : Laissez-moi vivre.

Auteur : Rukyoshû.

Déclaration de l'auteur : Et voilà le chapitre suivant !

Bravo à mon alpha-lecteur pour la petite histoire du coquillage. C'était trop chou !

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Bonne lecture !

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X – Nouveau départ.

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Le début des vacances passa rapidement. Ces trois semaines de camping avec Kyo et nos parents nous firent du bien à tous les quatre, même si Kyo devait sans cesse veiller sur moi étant donné que je faisais preuve d'une maladresse peu commune. En rentrant, je passai les quelques jours me séparant de mon petit ami à faire la lessive, n'ayant plus assez de vêtements pour tenir jusqu'au trois août, date officielle de mon retour. Alors, quand mes parents m'emmenèrent à la gare pour que je me rende chez Tora, j'eus l'impression de simplement retourner à l'école. Pourtant la lanière de mon sac me sciant l'épaule était témoin que c'était différent ; jamais il n'avait été si lourd. Pour la première fois, j'allais vivre loin de tous mes repères. Je partais à l'aventure, sans Kyo, sans mes parents, mais vers Tora. Une fois sur le quai, Kyo me donna une dernière accolade, ma mère m'embrassa une dernière fois, et je partis avec le sourire de mon père comme au revoir. Je m'installai dans le train, fis un signe de la main à ma famille qui accompagnait Kyo au train qui l'emmènerait vers Toshiya, et m'appuyai confortablement sur le dossier de mon siège, caressant Choupi pour me destresser. Je passai le trajet à admirer le paysage, jetant parfois un œil à la montre digitale de mon voisin. Mon train devait arriver pour treize heures.

« Le train va entrer en gare, les passagers sont priés de… »

Soupirant, je passais une main dans mes cheveux en serrant le petit bac de mon lapin contre moi. Trois fois que la voix automatique répétait la même phrase et m'angoissait un peu plus. Le train finit par se stopper et je me levai pour récupérer mon sac. Assourdi par le sang qui tapait à mes temps, je descendis finalement sur le quai d'un pas chancelant, prenant garde à ne rien faire tomber. Je m'écartai de la porte pour laisser passer les autres passagers et posai mon sac à mes côtés pour attendre Tora. Ce dernier arriva rapidement, un grand sourire aux lèvres, et s'empara immédiatement du sac.

« Besoin d'aide ? souffla-t-il gentiment. »

Il était là, juste devant moi, et mon cœur battit un peu plus vite alors que je restai figé, ne sachant que faire et l'admirant un moment. Il était vêtu d'un débardeur et d'un pantacourt qui dévoilaient son corps finement musclé et sa peau qui semblait incroyablement douce.

« Bon… jour… soufflai-je finalement d'une voix timide. »

Je ne savais jamais comment me comporter et sa tenue ne m'aidait pas vraiment à me concentrer. Tora eut un grand sourire et, tout en installant le sac sur son épaule, il vint effleurer ma joue du bout des doigts.

« Tu as fait un bon voyage ? »

J'acquiesçai d'un signe de tête en serrant le bac de Choupi un peu plus fort. Je me sentais légèrement perdu, et le sourire de Tora m'éblouit un instant. Il me guida doucement vers la sortie de la gare. Je ne le quittai pas des yeux et restai aussi proche de lui que possible. La gare n'était pas si grande, mais j'étais capable de me perdre aisément. Nous finîmes par sortir et, quelques pas plus loin, Tora se tourna vers moi sans prévenir, me releva délicatement le menton, et posa un baiser furtif sur mes lèvres. Ce qui ne manqua pas de me faire rougir vivement. Je clignai plusieurs fois des yeux avant de lui faire un petit sourire en rougissant davantage, baissant rapidement la tête. C'était trop nouveau et je n'y étais pas habitué.

« T'es trop mignon quand tu rougis, sourit-il en me caressant la joue. »

« Mer… ci, soufflai-je. »

Il rit doucement, et recommença à avancer.

« J'espère que ça ne te dérange pas de marcher. »

Je déniai de la tête et calai le bac de Choupi contre moi d'un bras pour attraper timidement la main de Tora. Il la serra dans la sienne avec douceur, et je le suivis calmement.

Environ quarante minutes plus tard, Tora ralentit légèrement l'allure.

« On arrive, sourit-il. Pas trop fatigué ? »

« Hm. »

Tora resserra doucement sa prise sur ma main, puis m'entraîna vers une des grandes maisons de la rue. Il frappa à la porte d'entrée, sans doute pour annoncer notre arrivée, puis nous nous glissâmes dans le couloir d'entrée. Il posa mon sac dans un coin et se retourna vers moi.

« Alors, stressé à l'idée de rencontrer mes parents ? souffla-t-il dans un clin d'œil. »

Je démentis d'un vif mouvement de tête en resserrant à la fois ses doigts et la cage de Choupi. J'étais réellement angoissé à l'idée de ne pas faire une bonne impression mais ne voulais pas qu'il le sache. Tora eut un petit sourire, sentant bien qu'en réalité, j'étais mort de stress. Avec douceur, il me caressa la main à l'aide de son pouce.

« Ne t'en fais pas, tout se passera bien. Et puis il y aura Nao aussi. »

« H… Hm, acquiesçai-je en me crispant un peu plus. »

Et si ses parents me détestaient ?

« Ca te fait peur ? demanda Tora. »

Je déniai vivement pour ne pas me montrer trop peureux, mais je savais qu'il savait que je mentais. Il poussa un léger rire en me faisant face pour prendre mon visage entre ses mains.

« Ca ira, ne t'inquiète pas. Je suis certain qu'ils vont tous t'adorer. »

« Mais… mais si je ne leur plais pas ? soufflai-je en baissant les yeux. »

« Pourquoi tu ne leur plairais pas ? Ils apprécieront ton calme, surtout mon père, et je suis prêt à parier que ma mère va te trouver adorable. »

Je me mordillai la lèvre inférieure en hochant la tête.

« Alors… Allons-y. »

Il me caressa doucement les joues en récupérant ses mains.

« On est rentré, fit-il ensuite. »

« Je suis dans la cuisine, répondit une voix féminine. »

Je me collai presque à Tora, comme pour me dissimuler aux yeux des autres, me cacher dans son ombre. J'avais peur de la réaction de sa famille et je mordis un peu plus fort ma lèvre. Tora me fit passer dans la salle à manger puis dans la cuisine où sa mère sirotait un café. Elle salua son fils d'un sourire avant de poser ses grands yeux bruns sur moi. Je sentis mes joues rosir légèrement alors qu'elle me lançait un sourire éclatant en guise d'accueil.

« Bonjour, fit-elle. Tu dois être Ruki. »

« Bon… bonjour, saluai-je en acquiesçant d'un signe de tête. »

Je me rapprochai davantage de Tora en serrant aussi fort que possible le bac de Choupi entre mes doigts. J'allais, au choix, me briser les os ou fendre le plastique.

« Tu as fait un bon voyage ? demanda-t-elle. »

« Je… je crois, balbutiai-je sans oser la regarder. »

J'avais peur qu'elle découvre trop rapidement ce que je cachais au fond de moi, bien que j'avais réussi à évoluer nettement à ce niveau là, parvenant à dissimuler un peu mieux les émotions troubles de mon regard. Depuis que je n'étais plus indifférent, mes yeux dévoilaient tout, c'était dérangeant.

« Papa n'est pas là ? finit par demander Tora. »

« Il travaille dans son bureau, il redescendra tout à l'heure. Et Nao est toujours dans la salle de bain, il ne sait pas quoi mettre. »

Tora leva les yeux au ciel sous le petit rire de sa mère, puis m'adressa un regard d'excuse.

« Désolé, Nao est très content de te revoir, et il ne veut pas te donner l'impression qu'il vient à peine de se lever… »

« Mais… c'est pas grave, soufflai-je en penchant la tête sur le côté. Je veux juste… qu'il soit lui-même. »

« Il veut juste te faire bonne impression en dehors de l'école, sourit Tora. »

Je fronçai légèrement un sourcil.

« Je ne comprends pas. »

En quoi s'habiller différemment changerait quelque chose ? Tora échangea un regard avec sa mère, puis me suggéra de le suivre hors de la cuisine pour se diriger lentement à l'étage. Je le suivis sans rechigner, écoutant ses explications sur la motivation de Nao à changer ses habitudes pour moi.

« A l'école, on doit suivre à la lettre le règlement, on a l'uniforme tout ça, ça efface les différences, fit-il. Ici, les règles ne sont pas les mêmes, et il a juste envie de paraître 'super cool' pour t'impressionner j'imagine. »

« Mais… mais l'apparence… ne compte pas… marmottai-je. »

« Je sais bien, soupira-t-il doucement. Mais tu connais Nao, il a une estime de lui proche de zéro. Ne t'inquiète pas pour lui, ça lui passera. »

« Ta maman… est gentille, soufflai-je alors. »

« Elle avait hâte de te rencontrer, avoua Tora en souriant. Tu l'intriguais pas mal. »

« Ah ? m'étonnai-je. »

« Hm, Nao a tout balancé sur toi et moi pendant un repas, expliqua Tora. Du coup, elle n'a pas arrêtée de me poser des questions sur toi tout ça… »

Je rougis violemment en baissant la tête pour me cacher derrière un rideau de cheveux.

« Enfin voilà, c'est pour ça qu'elle voulait te voir. Et je crois qu'elle t'aime bien. »

« Tu penses ? demandai-je d'une petite voix. »

« Oui, sourit-il en resserrant mes doigts. Je suis certain qu'elle te trouve trop mignon. »

La chaleur de mes joues augmenta un peu plus encore alors que je commençai à avoir mal aux doigts de tant serrer le bac de Choupi. Tora finit par m'entraîner vers les escaliers, et me guida tranquillement jusqu'à sa chambre.

« Je te présente ma chambre, sourit-il en ouvrant la porte. »

Je relevai légèrement la tête pour jeter un œil à la pièce. Le lit se trouvait sur la gauche, la tête de lit collée contre le mur. Un bureau était juxtaposé à une armoire sur le mur du fond qui comportait une unique grande fenêtre. Sous celle-ci, légèrement décalées pour ne pas en empêcher l'accès, trois guitares trônaient fièrement sur leur socle et je retins une exclamation d'admiration. Des posters, quelques bibelots et autres photos prenaient place sur les murs ou les armoires. En somme toutes sortes de petits détails qui me faisaient indéniablement entrer dans la vie de Tora. Je rabaissai alors la tête en resserrant à nouveau mes doigts sur le bac de mon lapin. C'était douloureux mais ça me permit d'éloigner un peu la gêne que je ressentis à être dans sa chambre pleine de vie.

« Ca te plaît ? demanda Tora avec douceur. »

J'hochai la tête. C'était harmonieux et j'aimais beaucoup la douceur évidente qui régnait dans cette pièce. Il m'entraîna alors par la main pour me faire entrer entièrement à l'intérieur. Retenant ma respiration, je me figeai en plein milieu de la chambre. Une sensation étrange fit remonter un frisson le long de ma colonne vertébrale. La pièce embaumait de fraîcheur et de calme, de paix et d'amour. C'était réellement… étonnant.

« Un problème ? interrogea Tora, assis sur le bord de son lit. »

Je ne déniai ni n'acquiesçai.

« C'est… vivant, soufflai-je sans le regarder. »

« Et… ça te fait quoi ? »

« Ca me donne froid. »

Je fronçai les sourcils en déglutissant difficilement.

« Enfin je… je veux dire que… que ça me donne des frissons, balbutiai-je. »

Tora se releva, attrapa avec douceur le bac de Choupi pour le poser sur le sol, et me prit contre lui.

« Je suis content que tu sois ici, souffla-t-il. »

« Hm. »

Je me blottis contre son torse en laissant le sang retourner dans le bout de mes doigts. C'était douloureux. Avec une hésitation teintée de douceur, Tora me caressa doucement le dos. C'était rassurant.

« Il est comment… ton papa ? demandai-je timidement en me boudinant au maximum entre ses bras. »

« Il me ressemble, répondit-il sans me lâcher. Sauf qu'il a l'air un peu plus sévère, mais c'est qu'une façade. »

« Je dois me comporter comment ? »

« Comme d'habitude, sourit-il. Ca le changera de ses deux énervés de fils. »

« Hm. »

Je relevai légèrement la tête.

« Il va me trouver bizarre. »

« Pourquoi il te trouverait bizarre ? »

« Parce que… comparé à vous… c'est ce que je suis. »

Tora soupira un peu, un sourire aux lèvres.

« Il ne cherchera pas à comparer. Si ma mère t'a adopté, c'est probable que mon père en fasse autant. »

« Mais on ne sait pas vraiment. »

« Ruki… »

« Hm ? fis-je en rentrant ma tête dans mes épaules. »

« Tu penses trop. »

Je poussai un petit miaulement en cachant mon visage contre son torse. Je le savais, mais je passais ma vie dans ma tête, comment voulait-il que je m'arrête de penser ? Tora eut un petit rire attendri, et me resserra un peu plus.

« Je t'apprendrai si tu veux. »

« Hm. »

Il ne se doutait certainement pas de ce qu'impliquait cet engagement.

« Ca fait du bien de ne pas penser tu sais. C'est… libérateur. »

« Libérateur ? »

« Hm, hm. Tu es libéré de toute contrainte, de tout poids… »

Je fermai les yeux le temps de bien analyser, puis j'haussai les épaules et posai ma tête sur son épaule en soupirant doucement.

« T'y arriveras un jour… C'est une question de temps. »

« Hm. »

Et d'envie. Tora passa une main dans mes cheveux en souriant. La porte de la chambre s'ouvrit alors brusquement avant de se refermer tout aussi sec. Sursautant brutalement, je me décollai de Tora et allai m'accroupir près de Choupi en rougissant vivement, adoptant presque l'attitude du gamin pris en faute.

« J'suis désolé ! s'exclama la voix de Nao derrière la porte. »

« Vous êtes incurables… soupira Tora avant de sourire. »

Me mordillant la lèvre inférieure, je clignai plusieurs fois des yeux avant de me lever doucement pour aller ouvrir la porte avec lenteur. Nao bondit littéralement dans le couloir avant de rougir également.

« Vraiment désolé, je voulais pas… Enfin bref… Ca va ? questionna-t-il. »

Je penchai la tête, le regardant curieusement. Puis j'haussai les épaules en acquiesçant.

« Et toi ? »

Il hocha vivement la tête en signe d'assentiment.

« Tu… tu as fait bon voyage ? Et la maison te plaît ? Tu as vu maman ? Et est-ce que… »

« Nao, tu vas l'étouffer avec toutes tes questions, et toi avec, signala son frère. »

J'hochai trois fois la tête pour répondre.

« Merci de m'accueillir chez vous, soufflai-je. »

« Oh, mais c'est cool que tu sois venu ! sourit Nao. Tora commençait à être saoulant à force d'être tout seul. Tu sais qu'il rêve même de toi ? »

« Nao ! s'exclama Tora. »

« Bah quoi c'est vrai… bouda-t-il. »

« T'en fais autant avec Saga, alors ne ramène pas ta fraise. »

« C'est pas bon les fraises, intervins-je à voix basse en retournant près de Choupi. »

« Mais si, c'est délicieux ! protesta Nao en entrant à son tour. »

« Nao, fous-lui la paix… »

M'agenouillant pour ensuite m'asseoir sur mes pieds, je pris délicatement mon lapin dans mes mains pour le caresser tendrement. Nao vint instantanément s'asseoir près de nous, me surprenant légèrement, et eut un grand sourire.

« Il est trop mignon ! s'exclama-t-il. »

L'examinant un instant, je finis par lui tendre ma petite bête.

« Choupi adore les caresses. »

« Je peux ? s'étonna-t-il en ouvrant de grands yeux. Il aura pas peur ? »

J'hochai la tête et mon lapin remua des moustaches. Alors, avec douceur, Nao le prit entre ses bras pour le câliner et m'offrit un sourire rayonnant.

« Il est trop doux ! »

« Hm. »

Tora vint s'asseoir à côté de moi en caressant ma joue du bout des doigts.

« Aw, il est tout petit, tout doux, tout mignon ! s'extasia Nao. »

« Oui, acquiesçai-je avec un petit sourire timide en rougissant sous les doigts de Tora. »

« Ca fait longtemps que tu l'as ? demanda curieusement Nao. »

De son côté, Tora laissa ses doigts descendre doucement dans mon cou. J'affirmai en rougissant davantage sans oser bouger cependant.

« Je lui préparerai des trucs à manger tout à l'heure, fit-il en caressant doucement les oreilles de Choupi. »

Tora récupéra finalement sa main et, sans comprendre pourquoi, mon cœur se serra et je me remis à mordiller ma lèvre inférieure, toujours aussi immobile. Je détestais ne pas savoir comment agir et réagir, mais j'étais incapable de savoir quoi faire et à quel moment. Je me détestais.

« Tu veux aller voir le jardin ? demanda alors Nao. Comme ça Choupi pourra gambader un peu s'il a le droit, non ? »

Tora approuva d'un signe de tête en se levant. Je ne répondis rien, me contentant de me lever à mon tour. Mes mains tremblaient un peu et je les enfonçai dans mes poches pour que personne ne le remarque. C'était stupide. J'étais stupide. Il était normal que je ne sache quoi faire en ayant vécu la majeure partie de ma vie enfermé chez moi ou en moi. J'étais juste un petit garçon qui découvrait le monde sur le tard. Nao sortit dans le couloir et, sans un mot, Tora attrapa délicatement l'une de mes mains en l'extrayant de ma poche, glissant ses doigts entre les miens en souriant. Abasourdi par son sourire, je me contentai de le suivre sans broncher. Quand il souriait, tout son visage s'éclairait et mon cœur battait toujours un peu plus vite. Il m'éblouissait à tous les coups. Tranquillement, il m'entraîna à sa suite et ouvrit un peu plus la baie vitrée de leur salon, à peine entrouverte par le passage de Nao. Et nous pénétrâmes dans le jardin. Ne pouvant retenir un petit soupir d'adoration, je regardai partout autour de moi. C'était grand et vaste, et je n'avais qu'une envie : m'allonger dans l'herbe pour admirer le ciel d'un bleu magnifique.

« Ruki, est-ce que si je pose Choupi dans l'herbe, il va se sauver ? demanda Nao en nous faisant signe de le rejoindre. »

Je repris un peu pied sur terre et déniai de la tête.

« Si je lui dis de rester, il reste. »

« C'est cool ! fit Nao en libérant doucement mon petit lapin dans l'herbe. Te sauve pas, hein ? »

« Nao gagatise beaucoup sur ce qui est petit et mignon, nota Tora en souriant sous le rougissement de son frère. »

Je rougis également en allant m'asseoir près de Nao, surveillant mon petit lapin. Il gambadait joyeusement, s'arrêtant par moment pour renifler une fleur. C'était mignon.

« Le début des vacances s'est bien passé ? demanda alors Tora. »

« Hm. On a fait du camping. »

« Kyo aussi ? interrogea Nao. »

J'hochai la tête.

« Il me surveillait. Et puis, le soir, il me réchauffait. »

« Vous dormiez à deux ? »

« Hm. Dans une petite tente. »

« C'est trop mignon ! »

« Il va bien ? s'enquit Tora en s'asseyant confortablement. »

« Oui. Il est parti chez Toshiya. »

« OK. »

Il semblait assez étonné d'entendre ainsi parler de Kyo. Nous étions loin du « warumono ».

« Et vous ? »

« Tora a pas arrêté de parler de toi ! s'exclama Nao. Il… »

Mais il s'arrêta en voyant le regard noir que lui lança son frère, et reporta son attention sur Choupi.

« On a pas bougé, poursuivit Tora. On a surtout fait du rangement dans la maison. »

« Regarde pas… ton frère… comme ça, soufflai-je en rougissant. Je trouve ça… mignon… que tu aies parlé de moi. »

« Désolé… C'est juste que Nao a tendance à le dire partout et à tout le monde. »

« Han, c'est même pas vrai ! Tu le dis assez souvent sans que j'ai besoin d'en rajouter, pouffa-t-il. »

Tapotant mes index l'un contre l'autre, je baissai la tête pour me cacher derrière mes cheveux. Savoir que Tora parlait de moi aux autres était agréable mais légèrement gênant.

« Bref, soupira Tora, on a pas fait grand chose. Et je suis content que tu aies pu venir. »

« Moi aussi. J'aime bien… votre maison. C'est joli. »

« Mon endroit préféré, c'est quand même le jardin, intervint Nao. Bien grand, avec plein d'espace, plein d'herbes, et plein de soleil ! »

« J'aime bien aussi. Il est beau. Et grand. Et calme. »

Et je me souvins que mon lapin était seul dans la pelouse. Relevant la tête à la recherche de Choupi, je le découvris assez loin de nous. Me redressant sur mes genoux, je le rejoignis à quatre pattes, le reprenant dans mes bras pour le caresser calmement, m'allongeant dans l'herbe. Nao me suivit et s'installa près de moi.

« Il se sauve ? interrogea-t-il. »

« Plus maintenant. »

« Il serait allé loin tu crois ? »

« Non. Mais il aurait pu se perdre. Comme moi. »

Tora se rapprocha de nous tandis que Nao me considérait d'un air perplexe. Je détournai la tête.

« Tu te sens perdu ? »

J'hochai timidement la tête sans oser les regarder.

« Je… j'ai un peu de mal… sans repère… Mais je vais m'y habituer ! »

Tora eut un grand sourire.

« J'y compte bien. Et puis on est là pour t'aider si ça ne va pas. »

Nao approuva d'un vif signe de tête. Me remettant en position assise, je leur offris un minuscule sourire.

« Merci. »

« C'est normal ! s'extasia Nao. C'est un peu comme si… tu faisais partie de la famille maintenant ! »

Une fois n'est pas coutume, je rougis violemment et me cachai derrière mes cheveux.

« Je me sens moins seul, constata Nao avec un petit rire. »

Tora sourit de plus belle, et vint passer un bras à ma taille pour déposer un baiser sur ma joue.

« Désolé, soufflai-je en me collant contre lui. »

« C'est rien, j'aime bien tes rougissements, avoua-t-il. »

Nao leva les yeux au ciel, et après m'avoir prévenu d'un regard, il emmena Choupi un peu plus loin dans le jardin pour nous laisser. Clignant des yeux en le regardant faire, je relevai finalement la tête vers Tora.

« Il doit se sentir… un peu seul… quand on est deux… »

« C'est possible, avoua-t-il. C'est même probable. Mais ne t'en fais pas pour lui, Saga doit revenir à la fin du mois. Et puis il est content que tu sois là. »

« Hm. Et puis il a Choupi. »

« Oui, rit Tora. T'inquiète pas pour lui. »

Et il me chatouilla doucement. Je me tortillai un peu pour lui échapper et me boudinai contre son torse.

« Tu me… serres contre toi ? osai-je demander. »

Sans rien ajouter, Tora passa ses bras à ma taille, et me serra délicatement contre lui, un sourire accroché aux lèvres. Me sentant englobé de sa présence, je poussai un petit soupir en fermant les yeux. J'aimais beaucoup être ainsi dans ses bras.

« T'es mieux comme ça ? s'enquit-il. »

« Hm. »

Inspirant profondément son odeur, je frissonnai légèrement alors que son parfum me faisait tourner la tête. Il était frais et léger, c'était délicieux. Nous restâmes immobile un moment, Tora me caressant juste les cheveux ou la joue du bout des doigts. A quelques mètres de là, Nao s'amusait avec Choupi, un grand sourire aux lèvres.

« Il a l'air d'aimer mon lapin, soufflai-je en l'entendant rire. »

« Il adore tout ce qui ressemble à une peluche, expliqua Tora. Alors avec Choupi, il est vraiment heureux, crois-moi. »

« Moi aussi j'aime bien Choupi. »

« Je me doute. Ce n'est pas un voisin très bruyant, et il est tout doux. »

« Hm. Et puis, tu m'as aidé… à lui trouver un nom. »

« Je m'en rappelle encore. C'était la tempête de neige. »

« Hm. Tu venais me chercher. »

« Et je vous ai retrouvé tous les deux. »

J'hochai la tête en me mordillant la lèvre inférieure, cachant ensuite mon visage contre son cou. Tora me laissa faire un moment avant de reprendre la parole.

« Tu veux qu'on rentre ? Mon père ne devrait pas tarder à descendre. »

Me figeant légèrement, j'approuvai timidement, mes doigts se refermant sur son débardeur.

« T'inquiète pas, il va pas te manger, sourit Tora en se levant, me prenant près de lui. Il fait sévère comme ça, mais en fait il est super sympa. »

« H… hm. »

Attrapant sa main avec une vivacité surprenante, je crispai mes doigts sur le bas de ma veste de l'autre et le suivis maladroitement. Tora prévint Nao qui répondit négligemment d'un signe de main sans bouger pour autant, puis il m'emmena en direction de la baie vitrée. Me collant contre lui, à moitié caché derrière son dos, j'entrai dans la maison à sa suite en regardant partout pour essayer de voir si son père était là.

« Eh, doucement, sourit Tora. »

« Mais… mais s'il me trouve… trop bizarre ? soufflai-je en relevant à peine les yeux vers son visage. »

« Je lui ai déjà parlé de toi, expliqua-t-il en s'installant dans le canapé. Tu es juste timide et renfermé, pas bizarre. »

Me dépêchant de m'installer contre lui, j'attrapai sa main pour jouer avec ses doigts.

« Je veux pas… faire mauvaise impression. »

« Tu ne feras pas mauvaise impression Ruki, contra Tora avec douceur. »

« Comment tu le sais ? »

« Parce que je le sais, fit-il avec un sourire énigmatique. »

Lui lançant un regard étonné, j'haussai finalement les épaules.

« Tu veux bien… me raconter une histoire ? »

Ça marchait toujours avec Kyo pour me calmer, ça devrait aussi pouvoir marcher avec Tora.

« Quel genre d'histoire ? s'étonna-t-il en haussant un sourcil. »

« Une jolie. »

« OK… souffla Tora en réfléchissant. Ouvre grand tes oreilles. »

Le regardant fixement, je me figeai pour l'écouter au mieux.

« C'est l'histoire d'un coquillage, commença-t-il, qui a échoué sur le sable. C'est arrivé comme ça, il ne sait pas pourquoi. Une vague plus forte que les autres a réussi à le décrocher de son rocher, et après avoir longtemps dérivé entre deux eaux, il a fini par atteindre une plage. »

Serrant doucement ses doigts entre les miens, je l'engageai à continuer d'un simple regard.

« Une plage totalement déserte, poursuivit-il. Juste les grains de sable qui viennent le tourmenter dans sa solitude. Et le coquillage se referme, un peu plus chaque jour, pour ne pas entendre la brise qui emporte le sable, et fait ricocher les grains sur sa coquille. Il se ferme au monde, et attend avec un peu d'espoir que la mer vienne le rechercher. Mais la mer tarde… »

« Elle finit bien ton histoire, hein ? demandai-je d'une petite voix. »

Tora approuva d'un signe de tête, mais n'en dit pas plus.

« Les saisons défilent, rien ne passe. A force d'être râpée par les grains de sable, la coquille du coquillage devient lisse, parfaitement lisse et sans défaut. Et lui a cessé d'espérer que la mer revienne. Refermé pour toujours, il attend juste que quelque chose arrive, mais il sait qu'il ne reverra jamais la mer. Jusqu'au jour, où… »

Resserrant mes doigts un peu plus encore sur les siens, je l'interrogeai avidement du regard en me penchant vers lui légèrement.

« Une nuit de pleine lune, quelqu'un d'autre échoue sur la plage. Une sirène est venue profiter du clair de lune sur sa peau, et elle s'est allongée sur la plage, juste à côté du petit coquillage. Lui n'y fait pas attention, il ne voit rien, n'entend rien. Mais elle, en voyant sa couleur si particulière, se penche vers lui, et caresse sa coquille avec un sourire. Il est si doux, mais tellement renfermé. »

« Et il est sorti, dis, il est sorti ? demandai-je. »

« Pas encore. Il a tellement perdu l'habitude des caresses de la mer qu'il ne sent plus rien. Mais la sirène ne se décourage pas et, avec un sourire, elle pose ses lèvres sur sa coquille et l'embrasse. L'eau de ses cheveux coule jusqu'au coquillage, et celui-ci se rend compte qu'il s'agit de l'eau de mer. N'osant y croire, il ne bouge pas, mais la sirène continue de l'embrasser avec douceur. Elle le chatouille parfois du bout des doigts pour le faire réagir, et le petit coquillage s'ouvre enfin. Alors la sirène a un petit rire, elle le prend au creux de sa main, et le ramène avec elle dans la mer, où il finit par se rouvrir totalement. »

« Aw, et il est heureux maintenant, murmurai-je en me blottissant contre Tora. »

« Exactement, il vit avec sa sirène au fond de l'océan, sourit-il. »

J'acquiesçai d'un signe de tête.

« Merci. »

« De rien. C'est la plus jolie dont je me souviens, je suis pas un expert en histoire. »

« C'était bien. »

« Tu m'en vois ravi, souffla-t-il en embrassant mes cheveux. »

« Tu crois que je suis comme le petit coquillage ? »

« C'est possible, avoua-t-il. »

Je posai un bisou sur sa joue, luttant contre tout rougissement intempestif, et me lovai confortablement contre lui. Et ce fut à cet instant que des pas se firent entendre à l'étage, puis sur la mezzanine, avant que le père de Tora n'arrive dans le salon. Il retira ses lunettes avec un léger sourire. Ouvrant de grands yeux en rougissant violemment, je m'éloignai de Tora et m'assis sagement à ses côtés.

« Bonjour, dit-il aimablement en me regardant. »

« Bon… bonjour, saluai-je en fixant mes pieds. »

« Papa, je te présente Ruki. Ruki, voici mon père. »

« Enchanté de faire ta connaissance Ruki. »

« Moi… aussi… soufflai-je en m'inclinant légèrement devant lui. »

Tora lui ressemblait beaucoup, c'était impressionnant.

« Tu as fait un bon voyage ? »

J'hochai la tête sans oser le regarder, tripotant mes doigts les uns avec les autres. Il avait un charisme imposant et je devais paraître ridiculement banal et fade à côté d'un homme d'une telle classe.

« J'espère que tu passeras un bon séjour ici, sourit-il avant de se tourner vers Tora. Ta mère est à la cuisine ? »

« Hm, et Nao est dans le jardin avec le lapin de Ruki, informa-t-il. »

« Très bien. Je vais retourner travailler, passez un bon après-midi. »

Et il sortit de la pièce d'un pas souple. Je le suivis du regard, clignant à peine des yeux et ne pensant pas à lui répondre.

« Tu vois, il t'a pas mangé, sourit Tora. »

Relevant la tête vers lui quelques secondes, je la retournai ensuite vers l'endroit où son père avait disparu.

« Je ne… serai jamais… à la hauteur, soupirai-je en cachant mon visage dans mes mains. »

« A la hauteur de quoi ? s'étonna Tora, un peu perdu. »

« De toi… »

« Je vois pas ce que tu veux dire, avoua-t-il. »

« Vous êtes tous… et je suis si… bafouillai-je. Je… je me sens… décalé. »

« Mais… t'as aucune raison d'être décalé. T'es juste un peu renfermé, c'est normal que tu te sentes pas à l'aise, expliqua-t-il en se rapprochant de moi. »

« Hm… C'est différent… de chez moi… Faut que je m'habitue… »

« Tout va bien se passer, assura-t-il. C'est juste une question de temps. »

J'acquiesçai d'un signe de tête.

« Et puis tu seras là. »

Il sourit.

« Bien sûr que je serais là. Je te l'ai promis. »

Retournant me blottir contre lui, je poussai un petit soupir.

« Hm. »

Tora me prit contre lui et nous restâmes un moment sans bouger. Nous entendîmes son père quitter la maison, puis Nao revenir dans le salon. Ce dernier soupira distinctement.

« Vous comptez rester comme ça tout l'après-midi ? demanda-t-il. »

Rouvrant les yeux, je lui lançai un regard désolé.

« Choupi a été sage ? »

« Hm, hm. Il aime bien s'amuser avec les brins d'herbe, et il court vite pour un lapin aussi petit. »

« Hm. C'est un coquin. »

« Je crois qu'il te cherchait en fait, avoua Nao en caressant ma petite boule de fourrure. Mais il a été très sage. »

« C'est bien alors. »

Et je me relevai souplement pour aller le caresser également.

« Je sors chez une amie, soyez sages les enfants, fit alors la voix de leur mère dans le couloir d'entrée. »

« OK maman, je les surveille, pouffa Nao. »

« A tout à l'heure mes chéris. »

Et elle quitta la maison à son tour, alors que Tora fusillait son frère du regard. Me mordillant la lèvre, je les regardai tour à tour, ne sachant que faire. D'un pour les empêcher de se chamailler, de deux pour nous occuper. Quand je m'ennuyais à la maison, je faisais la cuisine, testant de nouvelles recettes mais je n'avais aucune idée de leur propre façon de s'amuser.

« J'ai faim, fit alors Nao, on fait un truc ? »

« Ca fait même pas deux heures que t'as mangé… soupira Tora. »

Lui lançant un regard surpris, j'hochai vivement la tête. C'était comme s'il avait lu dans mes pensées.

« Cuisine ! s'exclama alors Nao en emportant Choupi avec lui, tandis que Tora se levait. »

« On y va ? demanda-t-il en m'ébouriffant les cheveux. »

« Hm. C'est où la cuisine ? »

« Par ici… »

Il m'invita à le suivre et, après avoir passé le couloir puis être entré dans la salle à manger, il tourna à gauche, dans la pièce où Nao fouillait déjà dans les placards. Je rejoignis rapidement Choupi qui était roulé en boule sur la table pour le caresser tendrement, regardant ce que Nao sortait de ses placards.

« Vous voulez faire quoi ? demanda-t-il en sortant toutes sortes de choses pour confectionner un gâteau. »

Je lançai un regard interrogateur à Tora. Tant qu'il n'y avait pas de fraises, peu m'importait.

« Ce que tu veux. »

« Alors chocolat ! s'exclama-t-il en grimpant sur le plan de travail pour chercher les plaquettes. »

Je retournai près de Tora, sa présence rassurante semblant un peu trop loin de moi, et observai Nao s'activer avec enthousiasme.

« Vous voulez quoi comme choco ? demanda-t-il après réflexion. Noir, lait, blanc, Nut ? »

« Pas… noir, soufflai-je. »

Je le trouvais trop amer.

« OK, OK ! On a qu'à faire au lait alors. Ruki, tu veux bien venir casser la plaque dans le plat que j'ai sorti s'il te plaît ? »

J'acquiesçai d'un signe de tête.

« Je… je peux poser Choupi où ? Son bac est… dans la chambre de Tora. »

Nao interrogea son frère du regard.

« Mets-le où tu veux, je vais chercher son bac, fit Tora en sortant de la cuisine après un tendre baiser sur ma joue. »

Rougissant un peu, je posai mon petit lapin sur la table.

« Bouge pas de là, le prévins-je. »

Puis j'allais me laver les mains avant de prendre le chocolat et le plat. Je déballai délicatement la plaquette et tentai de la casser, fronçant les sourcils sous la concentration. Je réussis à la diviser en quatre, mais luttai pour la casser davantage.

« Ca va aller ? demanda Nao en sortant la farine. Hésite pas à y aller, c'est pour le fondre de toute manière. »

« Hm. »

Je forçai au maximum et le chocolat lâcha brutalement, manquant de me faire tomber en arrière.

« Yeah, la victoire de Ruki sur le chocolat, sourit Nao. »

Un peu surpris, je tentai de réitérer l'opération sur un autre quart de chocolat.

« Allez, je suis sûr que tu peux le vaincre ! m'encourage-t-il. »

Serrant les dents, je ne me laissai pas faire et le chocolat finit par céder. La violence du geste me retourna un doigt et je poussai un petit gémissement plaintif.

« Tu t'es fait mal ? s'alarma Nao en se retournant. »

Pinçant les lèvres, je déniai vivement de la tête.

« T'es sûr ? Laisse-moi voir. »

Il abandonna momentanément sa préparation, et attrapa ma main entre ses doigts.

« C'est rien… »

« Ca va sûrement passer, fit-il en me lâchant. »

« Hm. »

Et je retournai à mon chocolat, évitant de me servir de mon petit doigt dorénavant. Tora finit par revenir, et déposa le bac de Choupi dans un coin.

« Pas de bêtises pendant mon absence ? demanda-t-il. »

Je déniai de la tête en grimaçant sous la résistance de ce concentré de cacao.

« Vous avez l'air de bien vous en sortir sans moi, remarqua-t-il. »

Pour la énième fois, la force du choc me déstabilisa et je poussai un petit soupir surpris en me penchant vers l'arrière.

« La bataille est rude on dirait, sourit Tora en me regardant. Un peu d'aide ? »

« Hm. Il est méchant, boudai-je en désignant le chocolat. »

Il me chatouilla le cou en riant et s'empara de la plaque pour finir de la casser en morceaux. Je passai mes mains à l'eau pour en ôter les résidus de chocolat et allai prendre Choupi pour le mettre dans son bac.

« Sois sage. »

Je lui donnai quelques petites caresses avant de partir m'appuyer sur la table.

« Bon Tora tu t'occupes du choco, moi je finis la pâte, fit Nao en désignant la masse gluante qu'il mélangeait. »

« OK chef. »

Me mordillant la lèvre inférieure en les voyant faire, le sentiment d'être différent s'imposa un peu plus à moi et je m'entortillai les doigts en regardant ailleurs, me faisant aussi discret et invisible que possible.

« Tu viens mélanger Ruki ? demanda alors Nao avec un petit sourire. Je commence à avoir mal aux bras. »

« Flemmard, pouffa Tora. »

« Hm. »

Me repassant les mains à l'eau, je les essuyai et vins relayer Nao.

« Tu dis quand tu en as marre, prévint-il. »

J'acquiesçai d'un signe de tête en m'appliquant à rendre la pâte aussi lisse que possible. Pendant ce temps, Tora fit fondre le chocolat, m'envoyant des sourires régulièrement.

« C'est bon, comme ça ? »

Je n'étais pas très calé en pâtisserie.

« Pense à bien racler les côtés pour que toute la pâte se mélange bien, fit Tora, sinon tout ne sera pas pareil. »

« Hm. C'est fait. »

« On va bientôt pouvoir mettre le chocolat, informa Nao, si Tora ne se laisse pas distraire. »

« Toi, tu perds rien pour attendre… »

Je ne fis aucun commentaire, me contentant de continuer à mélanger, inlassablement. Nao vint se poster entre nous, et regarda l'un et l'autre mélange.

« Je crois que c'est bon, tu peux mettre le choco. »

Tora s'empara alors de son plat, puis versa le tout dans la pâte que je mélangeais.

« Ah, c'est joli ! soufflai-je en regardant les deux couleurs se mélanger. »

« T'es pas obligé de mélanger beaucoup, sourit Tora, ça laissera des marbrures sur le gâteau comme ça. »

« Hm ! »

Et j'arrêtai de touiller.

« Très bien, approuva Nao comme un grand chef. »

Puis il apporta le moule, et Tora se dévoua pour verser la pâte dedans. Je le regardai faire et trempai mon doigt dans la pâte avant de le mettre à ma bouche, me cachant ensuite de l'autre côte de la table.

« Han, comment tu oses ! protesta Nao en ouvrant de grands yeux. »

Je ne répondis pas, lui offrant un regard désolé. J'aimais beaucoup goûter à tout.

« Fais pas gaffe, souffla Tora, Nao aime bien râler. »

Puis il décocha un sourire à son frère qui était devenu pivoine.

« Moi, j'aime bien découvrir de nouvelles saveurs. »

« Moi aussi, protesta Nao, mais pas un gâteau pas cuit… »

« C'est bon, pourtant. »

« Oui mais… non. »

Tora leva les yeux au ciel en souriant puis me prit par la main pour m'emmener au calme, au jardin. Me laissant faire sans rechigner, je regardai partout pour essayer de mémoriser le plan de la maison.

« Au fait, comment… je dois appeler… tes parents ? demandai-je alors qu'il s'asseyait sur la pelouse. »

« Tu peux les appeler par leurs prénoms, sourit-il. Ma mère s'appelle Houseki et mon père Mosa. »

« Houseki et Mosa, répétai-je pour les retenir. »

Je n'étais pas certain de leur parler énormément, mais je savais au moins comment les nommer au cas où.

Nous passâmes le reste de la journée à farnienter dans le jardin et j'en profitai pour me ressourcer de la présence apaisante de Tora. J'avais l'impression de ne pas l'avoir vu depuis des mois et en même temps de l'avoir quitté la veille. Vers seize heures trente, nous allâmes chercher Nao pour aller goûter le gâteau que nous avions cuisiné. Il se révéla excellent et j'appréciai réellement ce moment partagé avec eux. Puis, attendant le retour de leurs parents et le repas du soir, Tora me fit visiter vaguement la maison avant de retourner au salon où nous nous installâmes dans le canapé pour regarder un peu la télévision et Nao ne tarda pas à nous rejoindre avec Choupi. Ce dernier sauta directement sur mes genoux et je le caressai tendrement, m'assoupissant légèrement contre l'épaule de Tora. L'arrivée de Houseki me réveilla brutalement. Elle posa un baiser sur chacun de nos fronts, me faisant rougir avec force, avant d'aller préparer le repas. Mosa ne tarda pas non plus, vint nous saluer et rejoignit sa femme à la cuisine.

Une demie heure plus tard, le repas était servi et nous étions tous à table. Tora me rassura d'un sourire, voyant bien que j'étais plus stressé que jamais. Houseki et Mosa le remarquèrent également et firent tout pour me mettre à l'aise. Tout se passa très bien et je me détendis doucement. A la fin du repas, Tora fila pour prendre une douche et je me proposai pour aider à débarrasser la table. Nao en profita pour disparaître et Mosa leva les yeux au ciel.

« Tu es plus serviable que mes propres fils, soupira-t-il avec un sourire. »

Je baissai la tête en rougissant et empilai les assiettes avant de les déposer sur l'évier. Houseki posa une main douce sur mon épaule et me congédia, me disant qu'elle finirait de débarrasser toute seule et que Tora devait m'attendre. Je la remerciai timidement et elle posa un nouveau baiser sur mon front.

« Bonne nuit Ruki, me souhaita-t-elle. »

« Bonne nuit. »

Je les saluai en m'inclinant légèrement devant eux et sortis de la pièce. Je montai doucement les escaliers et ouvris ce que je pensais être la porte de la chambre de Tora. Malheureusement, ce n'était pas la bonne et je me retrouvais dans la salle de bain, devant un Tora en boxer, ses cheveux mouillés gouttant sur ses épaules. Je mis une main devant mes yeux en m'excusant vivement sans penser à sortir pour autant, complètement figé. Plus le temps s'écoulait, plus j'étais mal à l'aise et n'entendre aucune autre réaction me stressa d'autant plus. Des bruits de pas dans le couloir m'alertèrent que quelqu'un arrivait mais je ne n'osai pas bouger, contrôlant même ma respiration. Je reconnus la présence de Nao, il était trop petit pour être son père mais trop grand par rapport à sa mère. Je me sentis alors soudainement poussé en avant et entendis la porte se refermer derrière moi. J'ouvris les yeux à peine trente secondes, le temps de rétablir mon équilibre. Je refermai ma main gauche sur le poignet de Tora et ma main droite se posa sur son torse. Je constatai sans grand étonnement mais avec maladresse que sa peau était d'une douceur à faire pâlir les pétales de rose et sentait extrêmement bon. Je clos fermement les paupières, arrêtai de respirer et rougis violemment en me rendant compte de ma position. Tora frissonna puis se baissa, pour se mettre à mon niveau. Il posa ensuite une main sur ma joue. Je respirai profondément et me plongeai dans son regard. Il était d'une tendresse absolue.

« Désolé… je me suis… trompé de porte… »

J'aurais voulu ôter ma main de son torse, mais j'aimais la sensation de sa peau sous mes doigts. Tora eut un grand sourire.

« C'est rien, c'est pas grave. T'as plutôt eu de la chance de tomber sur moi. »

Il avait raison… Mais les sensations que je ressentais étaient nouvelles et je ne savais pas si elles étaient bonnes ou mauvaises. Je remontai lentement ma main jusque sa clavicule, caressant sa peau délicatement, profitant de sa douceur et de sa chaleur. Je me sentis rougir légèrement. C'était une expérience toute neuve mais loin d'être déplaisante. Il me rassura d'un regard, caressa tendrement ma joue et son autre main vint se poser sur ma hanche, dans un geste à peine appuyé. Ma main continua alors son chemin, glissant dans son cou pour caresser sa mâchoire. Je passai mes doigts sur ses lèvres, redessinant leur contour. J'avais peur de mal faire et mes gestes étaient hésitants. Je ne quittais pas son visage du regard, trop gêné pour regarder ailleurs. Son souffle chaud caressa mes doigts et je me rapprochai un peu plus de lui. Ma main gauche libéra son poignet et remonta le long de son bras pour se poser sur son épaule. Lentement, Tora replaça une mèche derrière mon oreille et ses doigts chatouillèrent mon cou. Je soupirai doucement de contentement et enfouis ma tête dans son cou, passant mes bras autour de ses épaules. Je respirais lentement, m'enivrant de son odeur, de sa présence, de sa douceur. Il passa délicatement ses bras à ma taille et m'attira tout contre lui. Je sentais son cœur battre contre le mien, chaque battement résonnant dans mon torse. La dernière étreinte aussi tendre et intense que j'avais reçu datait d'il y a plus de sept ans. Pour la première fois depuis tout ce temps, je me sentis en parfaite sécurité et heureux. Je me serrai un peu plus contre lui.

« Merci, murmurai-je doucement. »

« Je t'aime, souffla-t-il. »

Je fus content d'avoir le visage caché tant je me sentis rougir. J'étais pourtant persuadé qu'il devait sentir la chaleur de mes joues contre sa peau. Il finit par s'écarter, m'ébouriffa les cheveux avec tendresse et entreprit de finir de se sécher. En le voyant s'activer, je savais qu'il fallait que je sorte. Seulement mes jambes n'en firent qu'à leur tête et je ne réussis pas à décoller mes pieds du sol. Mon regard glissa le long du torse pâle et finement musclé de Tora, passant par ses longues jambes. Mes joues brûlaient littéralement et je bégayai une excuse avant de sortir rapidement pour filer réellement dans sa chambre cette fois-ci. Je m'assis par terre, m'appuyant contre son lit, et ramenai mes genoux contre moi. J'allais devoir apprendre à me contrôler, c'était indéniable. Je me sentais honteux d'être aussi timide. Je soupirai doucement et posai mon front sur mes genoux. J'espérai que Tora ne prenne pas mal mes hésitations. Quelqu'un entra dans la chambre. Je relevai la tête pour me retrouver face à des jambes fines et blanches. Je me mordis la lèvre et levai un peu plus la tête pour tomber sur le visage souriant de Tora. Je me contrôlai pour ne pas rougir et lui rendis un léger sourire.

« Tu peux y aller, fit Tora en s'asseyant sur son lit, juste derrière moi. Et… désolé pour mon poison de petit frère. »

« Non, il est gentil, ce n'est rien, dis-je en me levant. Je me dépêche. »

Je passai une main légère sur son genou, pris mes affaires et allai m'enfermer dans la salle de bain. Je pris une douche rapide, me séchai en vitesse, enfilai mes éternels t-shirt et caleçon trop grands et repartis dans la chambre, cachant légèrement, et peut-être inconsciemment, mon bras gauche derrière mon dos. A peine fus-je revenu que Tora m'invita à le rejoindre. J'avançai d'un pas hésitant jusqu'à lui, restant debout. Je ne savais pas si je devais lui montrer ou non mes cicatrices. Aurait-il peur ? Ou honte ? Je finis par m'asseoir sur le bort du lit, lui tournant le dos, passant mon index sur les fines lignes pâles qui parcouraient ma peau. J'inspirai profondément avant de me lancer.

« Tu es au courant, n'est-ce pas ? »

Il acquiesça en se rapprochant un peu de moi. C'était douloureux d'évoquer ça mais nous devions passer par là. C'était d'autant plus dur que je n'aimais toujours pas parler.

« Je le savais parce que… ton regard a changé… Tu as toujours été doux et gentil… Mais en plus, tu es devenu bienveillant et tendre… Je me suis toujours senti apaisé en ta présence… Et j'ai peur que tu découvres ce que je cache au monde depuis sept ans… »

« Tu as peur que ça m'éloigne de toi ? demanda-t-il en s'asseyant juste derrière moi. »

J'hochai la tête en signe d'assentiment. Doucement, il passa un doigt dans ma nuque.

« Je crois que rien au monde ne pourrait m'éloigner de toi. Je ne pourrais jamais te laisser seul avec ça enfoui au fond de toi. »

Je me retournai doucement vers lui et baissai la tête vers mon bras. Je pris délicatement sa main dans la mienne et fis passer ses doigts sur les cicatrices. Puis je la relâchai en tournant la tête vers la fenêtre.

« Elles ne s'effaceront jamais… Comme pour me rappeler ce jour-là à chaque minute de ma vie… Comme pour me punir d'une chose que je n'ai pas commise… »

Je n'eus pas le courage de regarder son visage pour poser la question qui me brûlait les lèvres.

« Dis, Tora, est-ce que je te fais peur ? »

Celui-ci laissa voguer ses doigts le long de mon bras.

« Non, finit-il par répondre simplement. »

Je me laissai aller contre son torse.

« Dis-moi… ce que tu penses… »

Il passa ses bras à ma taille, comme pour me protéger.

« Je pense que tu as besoin qu'on s'occupe de toi. Parce que tu es trop tourné vers ton passé, et que c'est le présent qu'il faut vivre. Je sais ce que c'est, de se rappeler chaque jour un passé douloureux, mais j'ai appris à y faire face, pour ne plus y penser. C'est terminé, et on ne peut pas revenir dessus. Alors il faut aller de l'avant. »

Il poussa un soupir, suivi d'un léger sourire.

« Et c'est beaucoup plus agréable d'être accompagné pour ça. »

« Hm. »

Je posai mes mains sur ses bras en fermant les yeux.

« Tu es là, maintenant. »

« Oui, souffla-t-il. Et c'est hors de question que je te laisse te miner le moral. On a qu'une vie, faut en profiter. »

« Laisse-moi juste… le temps de m'y habituer… »

Tora resserra légèrement sa prise sur moi, comme une promesse d'être toujours là.

« T'inquiète pas, du temps on en a. »

Je m'installai confortablement contre lui, me calant bien au chaud dans ses bras. Je ne sais pas s'il se doutait qu'il était privilégié, étant une des rares personnes ayant le droit d'avoir un contact physique avec moi. Je restai sans rien dire un moment, écoutant les battements réguliers de son cœur.

« Tu avais tout lu ? demandai-je finalement. »

« Oui, avoua-t-il un peu gêné. »

J'hochai la tête, au moins je n'aurais pas besoin de lui raconter.

« Désolé, tu dormais tellement bien à ce moment-là que je n'ai pas eu envie de te réveiller. »

« Merci… J'avais du mal à dormir… à mon arrivée. »

« Ca peut se comprendre. Tu venais de changer totalement d'environnement, du silence à une bande de gamins surexcités. »

J'acquiesçai d'un mouvement de tête.

« Et tout le monde me souriait. »

« C'était étrange à ce point ? »

J'acquiesçai de nouveau, bien plus vivement cependant.

« Ca a dû te paraître encore plus bizarre que tout le monde veuille s'occuper de toi… »

« Hm. J'étais mal à l'aise. »

« Et maintenant ? »

J'haussai les épaules.

« Ca arrive par moment. »

« Et là maintenant tout de suite ? »

« Non, je suis bien. »

Je rougis légèrement.

« Je me sens en sécurité. »

Tora sourit, et déposa un très léger baiser sur mon épaule.

« Alors c'est tant mieux. »

« Hm. »

Il s'étira un moment, puis finit par s'écarter pour s'affaler sur le coin du lit en soupirant de bonheur. Je me redressai doucement et tendis le bras pour passer ma main sous son t-shirt, le chatouillant légèrement, étonné de ma propre audace. Il me lança un sourire éclatant, en plongeant ses yeux dans les miens. Je lui répondis par un minuscule sourire comparé au sien et accentuai mon contact, essayant de le faire réagir à mes chatouillis. Tora se mordit la lèvre mais son regard trahissait l'émotion qu'il ressentait. Mon sourire s'agrandit légèrement, je voulais y arriver. Il était tellement rare que j'ai réellement envie de réussir que ça me motiva davantage. Je continuai en rajoutant l'autre main, je viendrais à bout de sa résistance.

« Hey, tu triches ! protesta Tora en riant. »

Je déniai de la tête. Son rire semblait parcourir mon corps complet, embaumant mon cœur d'une joie que je n'avais jamais ressentie. Je m'arrêtai un peu, profitant de ce son en fermant les yeux. C'était doux et réconfortant, chaleureux et tendre. Tora profita de l'accalmie pour reprendre son souffle.

« T'es trop fort pour moi, souffla-t-il. »

« Tu ne t'es simplement pas défendu, notai-je en plongeant mes yeux dans les siens. »

« C'est un mal ? demanda-t-il. »

« Je sais pas… »

Je lui fis un petit sourire malicieux avant de me remettre à le chatouiller.

« Nan ! protesta-t-il en riant de plus belle. »

J'eus un léger rire. Et ce fut le son de mon propre rire qui m'arrêta brutalement. Je me figeai totalement, abasourdi et effrayé de constater que j'avais autant changé en si peu de temps. Tora se redressa pour me faire face et plongea son regard dans le mien, un petit sourire aux lèvres. Je clignai plusieurs fois des yeux, totalement décontenancé. Il prit délicatement mon visage entre ses mains, me contempla un instant et posa brièvement ses lèvres sur les miennes. A peine le temps d'un battement de cils. Puis il me relâcha pour me contempler de nouveau. Comme chaque fois que ses lèvres se posaient sur les miennes, mon cœur s'arrêta pour repartir de plus belle. Elles étaient douces et délicates et je ne m'y habituais pas. Ce n'était pas désagréable, au contraire, c'était juste surprenant. Je n'avais jamais cru possible de ressentir tant d'émotions d'un coup. Tant d'émotions tout court. J'étais persuadé qu'il entendait les battements de mon cœur. Du moins, ils emplissaient mes oreilles…

« Tu as un joli rire, dit alors Tora avec un sourire en coin, le regard doux. »

« Merci, soufflai-je. Toi aussi. »

Tora se rapprocha de moi et me caressa négligemment le cou.

« Ca faisait un moment, non ? »

« Une paire d'années… »

« Ca fait quoi ? demanda-t-il. »

« Etrange… »

« En bien ou en mal ? »

« Je ne sais pas. »

« Ca donnait l'impression que tu étais heureux, j'ai trouvé. »

« Je le suis. »

« Moi aussi. »

Et sur ce, il apposa de nouveau ses lèvres sur les miennes. Peut-être un peu plus longtemps que les fois précédentes. Si je ne m'étais pas contrôlé, j'aurais certainement pris une teinte coquelicot une nouvelle fois. Il me faisait faire de drôles de choses. Je n'évoluais pas dans le bon sens, ou alors simplement pas assez vite. J'en avais lu, des histoires d'amour, mais c'était tellement différent de le vivre que je ne savais jamais comment agir. Chaque geste me surprenait et j'avais toujours l'angoisse de tout rater. Je ne me reconnaissais plus. Tora s'écarta en souriant, puis posa ses mains sur les miennes. Il pencha légèrement la tête sur le côté, l'air interrogateur.

« Ca te gêne ? »

Je déniai de la tête en fronçant les sourcils.

« Je me sens nul, soupirai-je. »

Jusqu'à présent, j'avais toujours tout réussi du premier coup, mais je me sentais en retard de plusieurs années lumières quand il s'agissait de sentiments.

« Nul ? s'étonna-t-il en haussa un sourcil. Pourquoi ? »

Comment lui expliquer ce que je ressentais ? Quels mots utiliser pour lui montrer que je ne savais pas m'y prendre ? Je fronçai davantage les sourcils, ce qui m'étonna. Tora avait un effet réellement néfaste sur l'indifférence. C'était peut-être ça qui m'avait attiré ? Cette façon désinvolte et involontaire qu'il avait d'envoyer promener mon mal-être.

« Je t'aime. »

Je rougis violemment en prononçant ces mots. Non, vraiment, je ne m'étais jamais senti aussi pitoyable. Comment faisait-il pour simplement sourire ? Comment arrivait-il à me les dire si fréquemment ? C'était la première fois qu'ils franchissaient mes lèvres. Je ne l'avais jamais dit. A personne. Je me contentais toujours de répondre un simple « moi aussi ». Et c'était étrange. Mes joues chauffaient de plus en plus et mon cœur avait perdu son rythme régulier. Les mains de Tora remontèrent sur mon visage et vinrent me fermer les paupières. Ses doigts glissèrent ensuite tendrement jusqu'à mes lèvres, qu'il effleura d'une caresse. Et lentement, il vint m'embrasser, plus profondément encore mais sans me brusquer. Ma respiration s'accorda aux battements désordonnés de mon cœur. C'était d'une telle douceur que je me sentis flotter loin au-dessus de moi. Je me resserrai un peu contre Tora, passant une main dans ses doux cheveux bruns et posant l'autre dans son cou. Mais qu'étais-je censé faire, maintenant ? Comment ça se passait, déjà, dans les livres ? Il m'attira doucement à lui et, délicatement, il vint caresser mes lèvres de sa langue, comme pour me demander la permission de passer. Une tempête de pensées me fracassa le crâne mais je n'entendais plus que l'irrégularité des battements de mon cœur collé au sien. J'entrouvris les lèvres en soupirant de contentement. Et doucement, avec hésitation, je laissai ma langue rejoindre la sienne qui la caressa doucement, comme pour l'apprivoiser, apprendre à connaître le moindre de ses détails. C'était plein d'une tendresse et d'une intensité telles que j'en eus un long frisson dans le dos. Je n'avais jamais rien ressenti d'aussi exaltant et je mis un peu plus d'ardeur dans le baiser, jouant volontiers avec la langue inquisitrice de Tora. Il resserra légèrement ses doigts sur mon corps fin et je le sentis à peine dans la vague de sensations nouvelles qui déferlait en moi. Le souffle commençait à me manquer et je réfrénai ma soudaine passion, calmant le baiser, finissant par desceller nos lèvres. Je restai cependant près de lui, laissant nos souffles anarchiques continuer à se mêler.

« Moi aussi je t'aime Ruki, souffla-t-il en plongeant son tendre regard dans le mien. »

Je fermai les yeux pour savourer ces mots, ce moment. Je finissais par comprendre ce qu'aimer voulait dire. Je me collai contre son torse, posant ma tête sur son épaule. J'aimais beaucoup me sentir entouré de sa présence, comme un cocon protecteur. J'étais une petite chenille qu'il finirait sans doute par transformer en libre papillon. Tora me serra doucement contre lui. Lentement, il me caressa les cheveux, passant ses doigts dans mes mèches. Je me mis en boule tout contre lui en fermant les yeux. S'il continuait à passer sa main dans mes cheveux, je ne tarderais pas à m'endormir. Tora poussa un soupir de contentement et, lentement, il s'allongea sur le lit, me gardant collé à lui, avant de rabattre doucement la couverture sur nous malgré la chaleur.

« B'nuit, baragouinai-je. »

J'étais tellement bien là.

« Bonne nuit Ruki. Fais de beaux rêves, sourit-il. »

Toi aussi. Je ne savais pas si je l'avais dit tout haut ou si je l'avais simplement pensé mais je m'endormis paisiblement.

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A suivre...

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Déclaration de fin : Voilà. Alors nous allons maintenant entrer dans la période des vacances. Elle sera longue, mais importante dans l'évolution du comportement de Ruki. J'espère que ça vous plaira toujours autant. A la revoyure mes amis.