CHAPITRE X
« Don, regardez-moi. Regardez-moi Don !
Le Dr Landsfort était de nouveau au chevet du malade. Celui-ci, réveillé depuis quelques heures d'après l'infirmière, était figé sur son lit, les yeux rivés sur le plafond, sans paraître prêter la moindre attention à ce qui l'entourait et le psychiatre savait qu'il était urgent de le sortir de cet état catatonique dans lequel il se laissait sombrer petit à petit.
« Regardez-moi répéta-t-il.
Comme incapable de résister à cette voix, l'agent tourna la tête vers lui et soudain il se sentit happé par le regard perçant du médecin, incapable de se soustraire à l'aimant de ses pupilles. Il aurait voulu détourner les yeux, ne plus le voir, ne plus l'entendre, pouvoir rester avec ses pensées, avec ses fantômes, mais il en était incapable.
« Comment vous sentez-vous Don ?
Malgré lui, l'agent s'entendit répondre.
- Seul. Je me sens abominablement seul.
- Pourtant, c'est un sentiment auquel vous êtes habitué : ça n'a rien de nouveau pour vous.
- Comment ça ? Je ne comprends pas… balbutia-t-il.
- Mais si vous me comprenez. Vous savez bien que vous vous êtes toujours senti seul. Alors en quoi la solitude d'aujourd'hui diffère-t-elle de vos autres solitudes ?
- Je n'ai plus personne aujourd'hui.
- C'est aussi un sentiment que vous avez déjà connu, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? répéta-t-il plus fort devant le mutisme de l'agent. Et celui-ci, à nouveau, répondit comme en dépit de sa volonté.
- Oui, c'est vrai.
- Racontez-moi Don. Racontez-moi la première fois où vous avez ressenti ce sentiment.
- A quoi bon ? tenta-t-il de protester. Ca n'a rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui.
- Au contraire Don. Bien au contraire. Alors cessez de résister et racontez-moi. »
A nouveau il se sentit impuissant à détourner son regard de celui du médecin et les mots lui vinrent aux lèvres de manière mécanique.
