Chapitre 10 : Dernière heure
Draco n'était pas le genre de personne à être émue durant les mariages, mais lorsqu'il vit Pansy et Daphnée descendre l'allée main dans la main jusqu'à la pergola où elles allaient prononcer leurs vœux et être unies par la célébrante, il sentit son cœur se serrer avec émotion. Il déglutit et jeta un regard vers Harry qui était assis avec Teddy et Narcissa dans la première rangée, à la place qu'aurait normalement dû occuper la famille de Pansy. Le regard de son amoureux croisa le sien et il lui sourit, de cette manière si naturelle et remplie d'amour, portant si facilement ses sentiments sur son visage. Narcissa, elle, avait les yeux fixés sur Pansy et Daphnée, une main posée sur sa poitrine, mais le visage impassible.
Faisant fi des traditions et certainement pour faire fâcher son père, Astoria dans sa robe noire ajustée et ses Doc Marten's avait pris place à côté de Teddy plutôt qu'avec la famille Greengrass. Draco se redressa et sourit à sa meilleure amie lorsqu'elle arriva à sa hauteur. Près de lui se tenait Hannah Abbott, l'autre témoin, qui était aussi la meilleure amie de Daphnée. Draco portait un lys épinglé sur la poitrine, rappelant le bouquet de Pansy. Ces mêmes fleurs décoraient les chaises bordant l'allée et la rambarde de la pergola, ainsi que des rubans dans des tons de bleu marine et de blanc.
Si le père de Daphnée avait réussi à obtenir d'elles un grand mariage avec une centaine d'invité ayant lieu dans ce château magnifique au cœur de la campagne anglaise qui avait été transformé en hôtel après la deuxième guerre mondiale, les mariées avaient tout de même obtenues d'être mariées par une célébrante lors d'une cérémonie durant laquelle elles avaient choisi de prononcer leurs propres vœux.
Les deux futures épouses avaient choisi de porter chacune une robe blanche différente, mais qui s'agençaient à la perfection. Draco se dit que c'était l'une des rares fois où il avait vu son amie porter une robe et il la trouva magnifique, même s'il n'avait pas manqué de l'agacer un moment à ce sujet juste alors qu'elle se préparait pour la noce.
Ce fut Daphnée qui dit ses vœux en premier et lorsque vint le tour de Pansy, elle dû s'y reprendre à deux fois avant de pouvoir commencer, l'émotion la prenant à la gorge alors que les larmes brouillaient sa vue. Draco essuya rapidement ses yeux, espérant que personne n'avait vu les larmes s'y accumuler. Pansy était sa meilleure amie depuis l'enfance et elle était réellement comme une sœur pour lui et de la voir dans un tel état ne pouvait que l'affecter, même si la cause de toutes ces émotions était une joie immense.
De la voir ainsi, parfaitement heureuse, ses mains dans celles de sa future épouse était tout ce qu'il avait toujours souhaité pour elle. Et après tout ce qu'ils avaient traversé, cela lui semblait presque inespéré, même si entièrement mérité.
La cérémonie fila rapidement et bientôt, tous les invités se dirigèrent vers les grandes tentes banches qui avaient été montées un peu plus loin sur le terrain gazonné et bordé de fleurs du château dont les chambres avaient été réservées en entier pour les invités. Draco chercha du regard son petit-ami et Teddy. Il aperçut bien vite Harry qui discutait avec Ron, Hermione et une femme d'un certain âge qu'il ne connaissait pas et qui n'avait de cesse d'agripper le coude du rouquin qui semblait légèrement mal à l'aise.
Harry lui sourit en le voyant approcher et il sentit son cœur se réchauffer.
-Salut beau gosse, murmura Harry en déposant un rapide baiser sur ses lèvres. Est-ce que je t'ai dit que cette robe de soirée te va à ravir?
-Oui, plusieurs fois, mais ça fait toujours plaisir à entendre. T'es pas trop mal non plus, répondit Draco avec un air enjôleur.
Hermione rougit et Ron leva les yeux au ciel.
-Est-ce qu'il vous arrive d'arrêter d'être aussi écœurant de mièvrerie? demanda-t-il en portant le verre de champagne qu'il tenait à ses lèvres.
-Non, jamais, rétorqua Draco, puis il se mit à regarder autour d'eux comme s'il cherchait quelque chose. Où est notre fils?
Cette question se répondit d'elle-même lorsqu'il vit Teddy passer en courant un peu plus loin en compagnie d'une fillette et d'un garçon un peu plus vieux que lui. Draco ne put réprimer une grimace lorsque la fillette perdit l'équilibre et tomba à genoux dans la pelouse, tachant sa robe jaune pâle, puis se releva pour se remettre à courir comme si rien ne s'était produit. Il pensa que jamais ses parents ne l'auraient laissé se comporter de la sorte et fut content que Teddy puisse bénéficier d'une enfance plus libre et plus amusante que la sienne.
-Je pense que ce sont des petits-cousins à Daphnée, dit Hermione en guise d'explication. Au moins, vous n'aurez pas de difficultés à le coucher ce soir.
-Tu pourrais être surprise, il y a longtemps que je le dis, cet enfant est pire qu'un Jack Russel, répondit Draco en fronçant les sourcils alors qu'il vit Teddy passer dans une plate-bande remplie de fleurs. Si vous voulez bien m'excuser, ajouta-t-il avant de partir rapidement dans cette direction, il y avait tout de même des limites.
Hermione se tourna vers Harry qui semblait plus détendu qu'il ne l'avait été dans les deux derniers mois. Cela faisait plaisir à voir.
-Dire qu'il y a peu, je doutais de la capacité de Draco à prendre soin d'un enfant et maintenant c'est lui qui est le plus papa-poule de vous deux.
-Ouais, il est extraordinaire, répondit-il, un air amoureux sur le visage alors qu'il regardait Draco s'agenouiller devant Teddy et lui parler pour sans doute lui dire de ne pas piétiner les fleurs de l'hôtel.
-Bon, je crois bien que j'en ai assez entendu dans la catégorie Malfoy-est-extraordinaire pour la soirée, qui veut du champagne? intervint Ron en désignant son verre vide.
Le repas fut à la hauteur de la réception et les convives passèrent une soirée très agréable. Juste après que le gâteau fut coupé et que les proches des nouvelles mariées eurent porter chacun leur tour des toasts de plus en plus déjantés, Daphnée se leva et, d'un coup de baguette, amplifia sa voix pour que tous puissent l'entendre. Elle les remercia tous de leur présence, puis elle annonça que Pansy et elle-même avaient une nouvelle à leur annoncer.
-Nous profitons aussi de cette occasion pour vous annoncer que, dès le mois de septembre, mon… épouse, Daphnée prononça ce mot avec un sourire sur les lèvres, comme si elle en savourait la saveur nouvelle, et moi-même déménagerons à Boston puisqu'elle a été admise à la maîtrise en mathématiques appliqués à Harvard. Elle sera également chargée de cours.
-Harvard? Une université moldue? À Boston? s'exclama le père de Daphnée en fronçant le nez comme s'il venait de sentir une mauvaise odeur.
Des murmures se propagèrent au sein des invités, certains applaudirent.
-Oui, une université moldue et l'une des meilleures au monde, donc profitez du reste de la soirée pour vous amuser, nous voulions simplement dire la nouvelle à tout le monde en même temps, mais nous ne quitterons pas avant encore un mois, donc nous aurons tout le loisir de vous dire au revoir avant cela, conclut Daphnée en regagnant la table d'honneur où Pansy l'attendait, Draco debout à ses côtés dont le regard allait de l'une à l'autre avec une expression indéchiffrable sur le visage.
Daphnée s'assit auprès de Pansy et posa un baiser sur ses lèvres.
-Merci, murmura sa nouvelle épouse.
-Je t'avais dit qu'il ne fallait pas en faire tout un plat, répondit Daphnée. C'est fait maintenant et ils seront tous bientôt à moitié saouls et ne penseront qu'à danser et non pas à notre départ.
-Merci.
-Tu te répètes, ça ne te ressemble pas, se moqua Daphnée.
-C'est toi qui me fait perdre la tête.
La blonde ne manqua pas de lever les yeux au ciel, mais Pansy lui vola un baiser, puis un autre qui s'approfondit, cette fois.
-Les États-Unis! dit soudain Draco qui était toujours debout à la droite de Pansy, comme s'il venait tout juste de reprendre conscience.
Pansy mit fin avec regret au baiser et se tourna vers son ami avec réticence. Elle ne l'avait pas mis au courant à l'avance, puisqu'elles avaient décidé, d'un commun accord, qu'elles n'en parleraient à personne avant ce soir. Elle sentit néanmoins le poids désagréable de la culpabilité s'installer dans son ventre. Draco et elle s'étaient toujours tout dit et garder cette information secrète lui avait pesé, même si elles n'avaient su que la semaine dernière que Pansy avait été admise. La décision n'avait pas été longue à prendre suivant la lettre d'admission, Daphnée avait balayé du revers de la main les hésitations de sa petite-amie concernant le déménagement. Lorsqu'elle avait fait sa demande d'admission, elles avaient discuté de la possibilité de quitter l'Angleterre et la blonde avait alors accepté de la suivre.
En vérité, autant Pansy que Daphnée avaient envie de changer d'air pour diverses raisons. Le poids de son nom de famille et ce qui y était associé pesait lourd à Pansy et elle avait constaté que cela pourrait nuire ou même l'empêcher d'avoir une carrière dans ce qui la passionnait. Quant à Daphnée, s'éloigner de son père ne pourrait que lui être bénéfique.
Néanmoins, maintenant que le regard acier de son meilleur ami la scrutait ainsi avec tant de sérieux, elle se sentit bien moins sûre d'elle.
-Oui, répondit-elle, incertaine de ce qu'il ressentait, son masque fermement en place.
-En septembre.
-Oui, répéta-t-elle.
Et, contre toute attente, il l'enserra fortement dans ses bras, chose qu'il n'avait fait que deux ou trois fois depuis qu'ils se connaissaient et ils jouaient déjà ensemble à l'âge de trois ans. Pansy figea un moment avant d'enlacer à son tour son ami, son frère, sous le regard encourageant, mais subjugué de Daphnée.
-Je suis tellement content pour toi, murmura Draco en relâchant lentement son étreinte. Mais terriblement triste pour moi.
Pansy le toisa avec un air faussement altier, trahi par son regard devenu soudainement brillant.
-Tu vas t'en remettre, Malfoy.
Il lui adressa un demi-sourire.
-Sans aucun doute, répondit-il en essayant d'employer le même ton, mais en échouant lamentablement, parce que l'émotion lui montait à la gorge. T'as pas fini d'entendre parler de moi, j'espère que vous reviendrez en Angleterre souvent, après tout, ce serait dommage de perdre toute votre civilité à force d'être en contact avec ces rustres d'américains.
Daphnée secoua la tête devant ce petit jeu qui se jouait entre son épouse et son ami. Elle s'y était habituée au fil des années même si elle ne le comprenait pas vraiment.
-L'appartement que nous avons loué comporte une chambre d'amis, suggéra Daphnée en acceptant à son tour l'accolade de Draco qui fut plus brève, cette fois.
-Que j'aille séjourner dans un pays où ils ne sont même pas capables de servir une tasse de thé plus ou moins potable? se moqua-t-il en haussant un sourcil. C'est Astoria qui doit être enchantée à l'idée de venir vous y visiter, maintenant que j'y pense.
-En fait… commença Daphnée.
-Astoria a décidé de venir avec nous, compléta Pansy en faisant comme si cette nouvelle la minait au plus haut point. Comme elle a terminé ses études à Poudlard cette année, elle a fait une demande d'admission elle aussi à Harvard et a été admise en études littéraires.
Les yeux de Draco s'agrandirent à cette nouvelle.
-Cette fois, c'est bien vrai, entre ton mariage avec Pansy, votre déménagement, les études de ton épouse dans une université moldue et cette nouvelle, tu vas achever ton père, rit Draco. Est-ce que tout cela fait partie d'une stratégie pour hériter plus vite de sa fortune? Tu es une serpentard après tout, on a tôt fait de l'oublier, parfois. Par ailleurs, j'ai entendu dire que le coût de la vie à Boston est plutôt élevé donc ça pourrait avoir un certain sens.
Daphnée se contenta de lever les yeux au ciel.
-Nous attendons un autre jour que celui de notre mariage pour lui annoncer la nouvelle, précisa Pansy.
-Une sage décision, conclut le blond, sachant quel genre de dispute cela créerait sans doute.
Draco sentit alors une main se poser sur son épaule et se retourna pour voir que Harry se tenait derrière lui. Un mince sourire étira ses lèvres alors qu'il admira une nouvelle fois son petit ami dans sa tenue de soirée. Harry ne manqua pas de capter son regard et serra doucement la main qu'il avait posée sur lui en lui adressant un clin d'œil avant de se pencher vers les deux nouvelles mariées.
-Quelqu'un m'a dit de vous dire que… c'était le moment, chuchota—t-il d'une manière plus ou moins cryptique.
Si Draco ne comprit pas de quoi il était question, l'air sombre qui s'étala sur le visage de Pansy ne fit rien pour l'orienter, d'autant plus que le visage de Daphnée, lui, s'éclaira.
-Ah non, laissa échapper Pansy dans un souffle à peine perceptible, ce qui ne manqua pas d'intriguer davantage son ami.
L'instant suivant, Daphnée se levait et la prenait par la main pour l'inviter ou plutôt la forcer à la suivre. Lorsque les premières notes de musique envahirent la tente, Draco comprit et un sourire particulièrement vil prit possession de son visage.
La première danse.
Pansy avait toujours eu horreur de danser, tout le contraire de Daphnée, encore une fois et comme sur bien des choses. Il était amusant de constater à quel point Pansy et lui-même avaient su choisir des compagnons qui étaient, à bien des égards, leur opposé. Harry et lui regagnèrent leur table et s'y assirent. Draco posa une main sur sa cuisse, en réponse, le brun mit sa main sur la sienne. Elle était chaude.
Draco ne détacha pas son regard de ses deux amies qui se frayèrent un chemin jusqu'au centre de la piste de danse sous les encouragements des invités. Si Pansy jeta dans un premier temps une multitude de regards assassins autour d'elle, bien vite, elle n'eut yeux que pour son épouse.
Près d'eux, Hermione et Ron regardaient le couple danser en discutant à voix basse entre eux. Le bras de Ron entourant affectueusement les épaules de son amoureuse, splendide dans sa robe violette, ses cheveux remontés dans un chignon lâche duquel s'échappait quelques mèches folles. Draco remarqua qu'Astoria et le jeune homme qui l'accompagnait et qu'il n'avait jamais rencontré auparavant avaient quitté leur table.
Il n'allait pas s'en plaindre, autant il peinait à supporter la plus jeune sœur Greengrass, autant son cavalier lui avait paru insipide et insupportable après les regards lourds qu'il avait adressé à Harry et à lui-même durant le repas. Draco s'était demandé si c'était parce qu'ils étaient deux hommes. Ce qui aurait été plutôt ironique puisqu'il s'agissait d'un mariage entre deux femmes. Même si, stupidement, certains hommes étaient uniquement dérangés par les couples composés de deux hommes tandis que leur équivalent féminin ne les dérangeait pas ou pire, les excitait.
Si ce n'était pas parce qu'ils étaient deux hommes, dans ce cas, il devait en être la cause. Certaines personnes ne croyaient toujours pas que Draco avait réellement joué les espions pendant la guerre et aurait voulu qu'il soit enfermé à Azkaban avec son père. Ces gens désapprouvaient la relation qu'il entretenait avec le Sauveur du monde sorcier et certains allaient même jusqu'à dire que Draco avait ensorcelé par un moyen ou par un autre le Survivant.
Qu'importe dans laquelle de ces catégories le cavalier d'Astoria se trouvait, Draco était ravi qu'il ne les ait pas graciés plus longtemps de sa présence. Il trouvait tout de même curieux que la petite-sœur de Daphnée eut demandé à un tel imbécile de l'accompagner, ce n'était pas du tout son genre, bien au contraire, elle était ouverte et souvent trop au goût de son père. Peut-être l'avait-elle invité sans trop le connaître, ne se doutant pas qu'il se comporterait de la sorte. Il ne pouvait que l'espérer.
La main de Harry se resserra autour de la sienne et il se tourna vers lui pour constater que l'autre le regardait déjà. Naturellement, leurs lèvres trouvèrent leur chemin les unes vers les autres, se joignant en un baiser doux et remplit d'émotion.
Les choses semblaient être revenues presque à la normale entre eux depuis peu, à quelques choses près. Harry s'ouvrait de plus en plus et son état semblait s'être stabilisé dans les trois dernières semaines. Son humeur était plus égale et il avait appris à avertir Draco lorsqu'il se sentait moins bien, ainsi, ce dernier ne se sentait pas attaqué ou rejeté si Harry était plus à fleur de peau cette journée-là. Et, même si Harry avait pardonné à Draco ce qui s'était passé ce soir-là à Paris depuis un moment déjà, Draco, lui, s'était presque entièrement pardonné lui aussi cette fuite, sachant qu'il ne referait jamais cette erreur.
La médication de Harry semblait bien fonctionner, mais elle avait aussi ses désavantages, même si Draco n'osait pas s'en plaindre. En fait, depuis que Harry la prenait, il avait noté une forte baisse de leurs moments intimes. Pour être vraiment honnête, Draco pouvait compter sur les doigts d'une main les moments où ils avaient fait l'amour dans les derniers deux mois. Et ces fois avaient presque toutes été initiées par lui. Il avait d'abord cru que ce n'était que passager, ne soulevant pas le sujet, se disant que c'était normal après ce qu'il avait vécu, après leurs disputes, aussi. Mais plus le temps passait, plus cela soulevait des questions et il devait bien l'avouer, des inquiétudes, chez lui. Il n'en avait pas parlé à Harry, craignant à la fois sa réponse, mais surtout, craignant que cela ne crée une autre dispute entre eux.
Eux qui avaient toujours eu une sexualité plutôt active, Draco se sentait de plus en plus frustré, même s'il se sentait infiniment mal de se l'avouer. Il n'avait de cesse de se répéter de laisser du temps à son amant, que cela allait revenir, mais une voix s'élevait de plus en plus souvent en lui, lui répétant que si Harry n'avait plus envie de lui, c'était peut-être, aussi, de sa faute et qu'il ne le trouvait peut-être plus attirant.
Ce genre de chose était apparemment commun dans les couples qui sont ensemble depuis un moment. Et pourtant, Draco, lui, avait toujours envie de Harry, autant qu'avant. Et ce n'était pas seulement une question de sexe, il avait aussi envie, besoin de le retrouver, de se rapprocher de lui, de se sentir aimé, rassuré de cette façon. Il avait tenté de dissimuler combien cette histoire avec son père le minait, se disant que Harry vivait déjà suffisamment de choses, mais la vérité, c'était qu'il avait besoin du support et de la présence de son amoureux, comme il en avait toujours eu besoin.
-Je t'aime, murmura Harry à son oreille comme s'il venait de lire dans ses pensées, le faisant frissonner malgré lui.
-Je t'aime aussi, dit Draco en sentant une sorte de trémolo traverser sa voix, ce maudit mariage semblait réveiller sa vulnérabilité.
-Je pensais… souffla Harry encore tout près de son oreille, frôlant son lobe de ses lèvres, qu'on pourrait profiter de la soirée encore un moment, danser, puis qu'on pourrait se retirer dans notre chambre…
Il s'interrompit et Draco réalisa qu'il s'était tendu, le cœur battant plus rapidement, le désir se distillant doucement au creux de son ventre.
-Oui? encouragea-t-il pour que l'autre continu.
-On pourrait admirer la vue de notre balcon donnant sur l'océan, dit Harry en glissant sa main sur la cuisse de son amoureux qui trembla.
Il trembla de peur que ce moment s'interrompe, que finalement, Harry le rejette. Il trembla d'envie, aussi. Il trembla comme la première fois où l'ancien gryffondor l'avait touché, ce soir-là dans la bibliothèque, un frôlement plus qu'autre chose, de sa main sur son épaule et qui pourtant l'avait secoué tout entier. Il trembla comme à toutes les fois où ils faisaient l'amour, quand les yeux verts se posaient sur lui, qu'il avait la certitude que tout ceci n'était pas un rêve et qu'il était aimé tout comme il aimait lui aussi. Il trembla de crainte de le perdre, de peur que ces mains ne se posent plus sur lui, de l'horreur de les imaginer sur quelqu'un d'autre.
-Et ensuite? murmura le blond, la voix étouffée.
-Ensuite, je me presserais contre ton dos, puis je t'embrasserais le cou, les épaules, le dos.
Il pouvait les sentir, ces baisers contre sa peau. Humides, chaudes et puis frais dès que les lèvres s'écarteraient. Certains le chatouilleraient, lui enverraient un frisson dans le corps en entier, d'autres le feraient soupirer, se coller contre lui impudiquement, rendre les armes.
-Et tes mains? demanda-t-il si bas qu'il se demanda si son amant pouvait l'entendre.
-Elles déboutonneraient ta robe et te la retireraient, ensuite elles glisseraient sous ta chemise, caressant ta peau brûlante en comparaison avec la fraîcheur de la nuit…
-Et s'il fait trop froid? demanda Draco alors que son souffle s'accélérait.
-Il ne fera pas trop froid, je serai là pour te réchauffer.
La main sur sa cuisse se mit à le caresser, remontant lentement le long de sa cuisse, en une douce torture.
-Et ta robe de soirée?
-Elle va bientôt rejoindre la tienne par terre.
Draco fit une moue.
-Par terre?
Harry leva les yeux au ciel en riant.
-D'accord, pas par terre, sur la chaise, près de la porte.
Son amant acquiesça lentement.
-Et après?
-Et après… tu verras bien tout à l'heure, interrompit Harry en se levant soudainement, retirant sa main du même geste.
Draco écarquilla les yeux, outré. Dévisageant son petit-ami comme s'il peinait à le reconnaître. Venait-il vraiment d'oser faire ça? Et qu'était-il censé faire maintenant, se demanda-t-il en baissant les yeux vers l'érection qui déformait son pantalon.
-Tu es cruel, dit-il en fronçant les sourcils.
-Et c'est ainsi que tu m'aimes, allez, viens danser avec moi.
-Ainsi? dit Draco en désignant son entre-jambe.
-Si tu danses suffisamment près de moi, personne ne verra rien.
Draco secoua la tête, peinant à croire que le brun venait vraiment de dire ça.
De l'autre côté de la tente, Narcissa était assise aux côtés du père de Daphnée. Elle faisait mine de l'écouter attentivement alors qu'il entamait son énième verre de whisky pur-feu en revenant encore et encore sur la nouvelle qu'ils venaient d'apprendre, soit le déménagement de Pansy et de Daphnée. Teddy était lové contre Narcissa, sa tête dodelinant de la fatigue d'avoir passé la journée à courir partout avec les cousins et cousines de Daphnée et d'avoir été admiré et sollicité par la moitié des invités qui le trouvaient tout bonnement adorable. À juste titre, pensait Narcissa en caressant doucement le dos de l'enfant.
Narcissa se dit d'ailleurs qu'elle irait bientôt le coucher dans la chambre qu'elle partagerait avec lui. Ayant proposé à Draco de laisser Harry et lui profiter de la soirée et de leur chambre, à la grande surprise, mais surtout à la grande gêne de ce dernier. Ce qu'elle n'avait pas dit c'est qu'elle avait trop peu l'occasion de passer de longs moments avec Teddy et que cela lui faisait plaisir d'avoir la compagnie de l'enfant qui lui vouait une profonde affection.
-Je vous plains, ma chère, de vous retrouver à devoir vous occuper d'un enfant à votre âge, fit remarquer monsieur Greengrass en désignant Teddy du menton. D'autant plus que ce n'est pas comme s'il était véritablement votre petit-fils.
-Mais vous vous trompez, mon cher, répliqua aussitôt Narcissa en imitant l'expression employée par son interlocuteur, du fiel plein la voix, il s'agit bel et bien de mon petit-fils puisque ses parents sont assis à cette table, là-bas, et, qu'à moins que je ne me trompe grossièrement, celui qui ressemble comme deux gouttes d'eau à mon mari, est mon fils.
L'homme assis à ses côtés la regarda comme s'il pensait qu'elle avait perdu la tête, mais il se retint de tout commentaire. Narcissa se tourna vers sa voisine de table, espérant couper court à toute conversation avec l'imbuvable père de la mariée alors que ce dernier commandait de nouveau à un serveur qui passait par-là, un whisky. Son regard se porta vers la piste de danse où Pansy et Daphnée dansaient ensemble en se souriant mutuellement et elle sourit elle aussi sans s'en rendre compte. Elle vit aussi Draco entraîner son amoureux sur la piste de danse et ce dernier l'enlacer avec maladresse alors que Draco lui murmurait quelque chose à l'oreille avant de déposer un chaste baiser sur ses lèvres.
À une certaine époque, elle aurait, elle aussi, foulée la piste de danse avec joie. Lucius avait toujours été un fin danseur et lors des réceptions, les épouses des autres s'étaient toujours empressées de lui demander d'être leur cavalier le temps d'une chanson, puisque leurs propres maris étaient la plupart du temps des danseurs malhabiles et lourdauds. Bien que Lucius accordât certaines danses à ces femmes, il concentrait ses attentions envers la sienne, n'ayant de yeux que pour elle. Narcissa se souvenait d'un temps, tellement lointaine, lui semblait-il, où le regard possessif de son époux sur elle suffisait à la faire chavirer, son cœur battant la chamade alors que ses joues se teintaient de rouge et qu'un désir beaucoup plus profond que celui d'une simple danse la secouait de part en part.
Mais cette époque était depuis longtemps révolue et maintenant elle préférait regarder les plus jeunes s'amuser. D'autant plus qu'elle refusait de déplacer Teddy qui, elle en était presque sûr, était tombé endormi.
Malheureusement, sa voisine de table, qui était une tante de Daphnée fut entraînée à son tour sur la piste de danse. Bien vite, comme attendant ce moment, monsieur Greengrass se remit à lui parler, se plaignant encore et encore de tout ce qui pouvait concerner de près ou de loin le déménagement de sa fille.
-Je n'ai aucun doute que c'est cette Pansy qui est derrière toute cette idée! Après tout, c'est elle qui a choisi de partir étudier là-bas, il prononça ce dernier mot avec une moue de dégoût sur les lèvres. Ce n'est certainement pas ma Daphnée qui aurait choisi de partir ainsi, mais l'autre la contrôle depuis toujours, c'est moi qui vous le dit.
Narcissa fronça aussitôt les sourcils. Elle avait toujours été proche de l'amie d'enfance de son fils puisqu'elle la connaissait depuis toujours et qu'elle avait passé un nombre incalculable de journée et même de nuits au manoir avec Draco. Narcissa avait d'ailleurs longtemps cru qu'ils finiraient ensemble avant qu'elle ne réalise que ni Pansy ni Draco n'avaient d'intérêt pour l'autre sexe.
Et puis, après la mort des parents de Pansy durant la bataille de Poudlard alors qu'ils se battaient tous deux du côté du Seigneur des ténèbres, Narcissa avait accueilli Pansy au manoir durant l'été. Elles s'étaient encore davantage rapprochées durant cette période. C'est à ce moment que Narcissa avait pu rencontrer son amoureuse, Daphnée. Narcissa connaissait bien la famille Greengrass puisqu'avant la guerre, ils fréquentaient les mêmes sphères de la haute-société sorcière. Elle se souvenait même avoir déjà vu Daphnée et sa petite sœur dans un évènement social bien des années auparavant, alors qu'elles n'étaient que de fillettes.
Elle se rappelait encore de la manière dont Draco lui avait annoncé avec un regard remplit de défiance que Daphnée était la petite-amie de Pansy, guettant la moindre de ses réactions, prêt à y réagir avec toute la répartie dont il était capable. Il lui avait annoncé quelques jours plus tôt sa propre relation avec Harry Potter, lui disant du même souffle que si elle s'y opposait, il quitterait le manoir sur le champ.
Mais rien de cela ne fut nécessaire et aucun drame n'éclata ce jour-là. La guerre venait de se terminer, Lucius était incarcéré et elle, assignée à résidence en attendant l'issue de l'enquête la concernant. Elle était soulagée d'avoir retrouvée son fils sain et sauf et encore plus d'apprendre qu'il avait non seulement fait preuve du courage qui lui avait toujours fait défaut de refuser de suivre le Seigneur des ténèbres, mais qu'en plus, il s'était battu aux côtés de l'Ordre du Phénix. Elle apprendrait plus tard, avec un mélange d'horreur et de fierté, qu'il avait rejoint les rangs de cette organisation au cours de sa sixième année et qu'il avait joué un rôle d'espion pendant tout ce temps, au péril de sa vie.
Et donc, lorsque le père de Daphnée parla en termes aussi peu flatteurs de Pansy, cela réveilla en elle une férocité qu'elle avait cru enfouit depuis longtemps en elle.
-« Cette Pansy » comme vous dites, est une jeune femme incroyable que je considère, soit-dit en passant, comme ma propre fille. Votre fille est chanceuse de l'avoir dans sa vie, même si l'inverse est aussi vrai et je ne vous laisserai pas parler d'elle de la sorte le jour de leur mariage et ni jamais d'ailleurs! Alors, je vous prierais de changer de sujet de conversation puisque cela fait plus d'une heure que vous me rabâcher les oreilles au sujet de ce déménagement alors qu'à vous entendre, je les comprends de vouloir déménager le plus loin possible de vous! claqua Narcissa de son ton le plus hautain.
Teddy se réveilla à ces mots et chigna un peu. Le visage de monsieur Greengrass vira au rouge et il se mit à respirer plus rapidement, l'esprit embrumé par tout le vin et le whisky pur-feu qu'il avait consommé au cours des dernières heures. Il se redressa en la foudroyant de ses yeux teintés de rouge à cause de l'alcool en prenant une inspiration qui ressemblait davantage à un étouffement, le col de sa chemise et sa cravate semblant l'empêcher de respirer convenablement.
-Vous êtes très mal placé pour me faire la morale après le rôle qu'a joué votre famille durant la guerre…
-Je ne laisserai pas ma famille et moi-même être insultés plus longtemps, le coupa-t-elle en se levant, décidant que c'était l'heure d'aller coucher Teddy et que si elle restait une minute de plus en cette compagnie, elle lui jetterait un sort.
-Le fait que votre fils écarte les cuisses pour le Sauveur du monde sorcier ne change absolument rien au fait que vous devriez tous être à Azkaban! cracha l'homme comme si elle ne l'avait jamais interrompu.
-Comment osez-vous! se retint de crier Narcissa en se levant, prenant Teddy dans ses bras, offusquée non seulement par ses propos que par le fait qu'ils les aient prononcés devant un enfant.
Au même moment, comme s'ils avaient vu la situation dégénérée de plus loin, Harry et Draco furent à ses côtés.
-Qu'est-ce qui se passe ici? demanda d'un ton sec Draco, fronçant les sourcils en direction de l'homme au teint violacée qui dévisageait sa mère avec agressivité.
-Le père de la mariée semble avoir trop bu, répondit Narcissa dédaigneusement, serrant davantage Teddy contre elle et s'éloignant de quelques pas, suivi par Harry.
-Je vais aller le reconduire à sa chambre, indiqua Draco à son petit-ami en agrippant monsieur Greengrass par le coude.
Harry acquiesça non sans jeter un regard sévère à l'homme.
-Lâchez-moi, espèce de…
-Je vous invite fortement à ne pas finir cette phrase si vous ne voulez pas que je vous stupéfixe ici et maintenant et qu'ensuite je vous fasse léviter jusqu'à votre chambre et que je vous laisse dans cet état jusqu'à demain. Croyez-moi, je n'hésiterai pas à le faire. Je ne vous laisserai certainement pas gâcher le mariage de mes deux meilleures amies, le coupa Draco en l'entraînant vers l'hôtel en amont, adressant des sourires faux aux gens qu'ils croisaient.
Restés à la réception, Narcissa et Harry regardèrent Draco et monsieur Greengrass partir en direction du château majestueux. Harry se tourna vers la mère de son petit-ami. Elle semblait encore secouée.
-Il n'a pas été trop désagréable? demanda-t-il pour combler le silence entre eux.
-Exécrable, répondit-elle, mais ma grand-mère disait toujours qu'un mariage n'est considéré un succès que s'il cause au moins deux bagarres et un divorce.
-Votre grand-mère était sans doute une personne…fascinante.
-Oh, absolument, répondit-elle, une lueur dans les yeux que Harry aurait qualifié de moqueuse chez n'importe qui d'autre sauf chez elle, car il ne pouvait imaginer que c'était le genre d'émotion dont elle était capable.
Le silence se réinstalla entre eux et Harry se demanda si Draco reviendrait bientôt, dire qu'il n'était pas à l'aise avec sa mère était un euphémisme.
-Si vous ne voulez plus garder Teddy cette nuit, ça ne pose pas de problème, je peux le prendre, suggéra Harry en voyant Narcissa réprimer un bâillement.
Elle le dévisagea d'un air soudain sévère.
-Doutez-vous de ma capacité à prendre soin d'un enfant pour une nuit? Sachez que c'est moi qui ait élevé Draco et à ce que je sache, il se porte très bien aujourd'hui.
-Non! Non. C'est seulement, si c'était trop fatiguant…
-Je suis en mesure de juger de ce qui est trop fatiguant pour moi et prendre soin de mon petit-fils n'entre pas dans cette catégorie.
Il s'apprêta à répondre quelque chose de l'ordre d'une excuse lorsque les mots qu'elle avait prononcés se frayèrent un chemin jusqu'à son cerveau et il se tut. Il était absolument certain que c'était la première fois qu'elle appelait Teddy son « petit-fils », du moins, devant lui.
-Attention, à force de rester la bouche grande ouverte de la sorte, vous allez finir par avaler des doxies, lui fit-elle remarquer et cette fois il était presque certain de percevoir l'ombre d'un sourire sur ses lèvres. Bon, j'ai assez vécu d'émotions pour cette soirée et je pense que Teddy aussi. Je vous souhaite une bonne nuit, Harry, et vous direz à Draco que je lui souhaite la même chose lorsque vous le verrez, ajouta-t-elle et, à son plus grand choc, elle lui embrassa la joue.
Il fut si surpris qu'il en oublia presque d'embrasser Teddy et de lui souhaiter à lui aussi une bonne nuit. Lorsque Draco revint, il avait sûrement encore un air estomaqué sur le visage puisque son petit-ami le dévisagea en souriant avec curiosité.
-Qu'est-ce qui s'est passé?
-Je ne veux pas t'alarmer, mais il est possible que quelqu'un ayant pris du polynectar personnifie ta mère ou alors qu'elle soit soumis à l'Imperium, répondit Harry, faussement sérieux.
Draco fronça les sourcils.
-De quoi est-ce que tu parles?
-Tu ne me croiras jamais.
Harry et Draco regagnèrent finalement leur chambre plus tard qu'ils ne l'avaient prévu, après avoir dansé tout leur saoul avec leurs amis. Harry ne pouvait qu'admirer la facilité avec laquelle son petit-ami se mouvait sur la piste de danse et la grâce dont été empreinte ses mouvements. Le contraste entre Ron et lui était des plus marqué.
Après avoir félicité de nouveau les mariées et salués les invités qu'ils connaissaient plus intimement, ils se dirigèrent vers leur chambre aux petites heures du matin.
Harry n'avait pas pris d'alcool, puisque cela n'était pas recommandé avec sa médication, mais il avait invité Draco à boire s'il en avait envie et à ne pas se priver pour lui. Le blond titubait donc quelque peu alors qu'ils pénétrèrent dans leur chambre et se laissa tomber sur le lit en poussant un soupir de bien-être. Après avoir vidé sa vessie, Harry le rejoignit sur le grand lit, ayant déjà enlevé son veston et ses chaussures, il entreprit d'aider Draco à en faire de même.
-C'était vraiment un beau mariage, dit le blond alors que son petit-ami déboutonnait habilement sa chemise, lui embrassant la clavicule et l'épaule au passage, en la lui retirant.
-Hmmm, oui, murmura son petit-ami en détachant le pantalon de Draco, le laissant uniquement en sous-vêtement alors que lui était encore presque entièrement habillé.
Harry surplombait son amant, une jambe de chaque côté de lui et il se pencha doucement pour poser un baiser sur ses lèvres. Draco y répondit d'abord mollement, sous l'effet de l'alcool, puis avec plus d'intensité en sentant une langue se glisser contre ses lèvres, puis dans sa bouche. Les mains de Harry se firent de plus en plus aventurières, l'une se glissant pernicieusement sur la bande élastique de son sous-vêtement. Draco poussa un soupir de contentement en sentant la main chaude empoigner son sexe.
-Tu portes trop de vêtements, dit-il entre deux baisers.
Harry se redressa et retira rapidement sa chemise.
-C'est mieux comme ça?
-Oui, mais ce n'est pas encore parfait, répondit l'ancien serpentard en désignant du regard son pantalon.
S'il avait cru quelques instants auparavant être trop fatigué pour faire quoi que ce soit cette nuit, il se ravisa en voyant Harry retirer lentement son pantalon de soirée avant de poser sur lui des yeux si remplient de désir qu'il en frissonna de part en part. Parfois, il se disait que c'était ce regard qui l'avait séduit plus que tout autre chose.
En sentant Harry s'allonger de nouveau sur lui, il réalisa combien son petit-ami lui avait manqué, combien le contact de sa peau contre la sienne lui donnait envie de plus, de bien plus et à quel point il le désirait. Peut-être que les mêmes pensées traversèrent l'esprit du brun puisque leurs baisers se firent soudain plus profonds, plus ardents. Draco caressa le torse de son petit-ami, puis remonta jusqu'à sa chevelure en bataille qu'il avait toujours trouvé particulièrement sexy, approfondissant encore plus leur baiser, même si cela lui aurait paru impossible un instant auparavant. Harry se colla à lui, mais ce n'était pas encore assez pour le blond qui se mit à onduler contre lui.
La barbe naissante de Harry lui griffait le visage, mais il n'en avait cure, au contraire, il se délectait de sentir ce frottement contre ses lèvres, son menton et ses joues. Harry sentait bon, un mélange d'eau de Cologne et de quelque chose de mâle, cette odeur qui n'appartenait qu'à lui seul et qu'il reconnaîtrait entre toutes. Il poussa contre lui, voulant plus encore sentir ce poids sur lui, l'attirant à lui avec plus de force, l'agrippant de ses mains, se repaissant de la sensation d'être pris sous lui, à sa merci.
Il frémit en sentant la langue de Harry dans son cou, puis le long de sa clavicule. Il gémit lorsque son amant glissa une main dans son boxer, stimulant encore une fois son sexe qui demandait plus, encore plus. Il réprima une plainte quand Harry se redressa pour lui retirer son sous-vêtement, mais étouffa un hoquet lorsque les mains de son amoureux furent sur lui de nouveau. Encore plus entreprenantes qu'elles ne l'étaient quelques secondes plus tôt. Draco n'en pouvait déjà plus, entre l'alcool qu'il avait bu et l'abstinence des derniers mois, il pensa qu'il n'avait jamais eu autant envie de sentir son amant en lui de toute sa vie.
Il souleva les genoux et écarta les cuisses impudiquement en prenant le visage de Harry entre ses mains.
-Prépare-moi, mon amour, j'ai tellement envie de toi, tu ne peux pas savoir.
Harry avait les yeux voilés par le désir et entre l'affriolante position dans laquelle venait de se placer Draco et cette invitation tout aussi indécente, il ne sut ce qui l'excitât davantage. Le blond n'avait pas remarqué à quel endroit Harry avait placé la bouteille de lubrifiant avant qu'ils ne commencent cette délicieuse activité, mais elle se trouvait à présent entre les mains de Harry. Il se détendit en sentant un doigt se presser contre son intimité, puis la bouche de son amant l'aida à se relâcher complètement alors qu'elle parsemait son sexe de baiser avant de le prendre en entier.
-Oh, Harry…oui.
Le doigt du brun se mit à bouger lentement en lui et bientôt, il fut rejoint d'un deuxième. Draco força Harry à arrêter ses caresses buccales en l'agrippant doucement par les cheveux.
-Arrête, arrête ou je vais jouir avant même que tu ne sois en moi.
-Oh, et on ne voudrait surtout pas ça, sourit Harry en continuant à préparer son petit-ami, joignant à nouveau leurs bouches dans un baiser plus lent, mais profond, qui traduisait tout ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre.
-Harry… gémit Draco en sentant un troisième doigt le pénétrer. Je t'aime… Merlin que je t'aime.
-Tu m'as manqué, ça m'a manqué, répondit Harry en cherchant le point de plaisir en Draco en bougeant ses doigts. Tu es si beau, si désirable. Je n'ai pas voulu te négliger, je…
-Chut… tu es tout pardonné, mais je t'en prie, viens… je veux te sentir en moi, viens.
Puis Harry se redressa, abaissant à son tour son sous-vêtement et le jetant par terre, il se leva pour empoigner la bouteille de lubrifiant qui était tombée par terre durant leurs plus récentes activités.
Draco sentait un vide et un manque atroce depuis que Harry avait retiré ses doigts et il n'attendait qu'une chose, que son petit-ami enfouisse son sexe en lui et le complète à nouveau.
-Mon amour, viens… viens, appela-t-il en direction de son amant qui lui faisait dos, toujours debout au pied du lit.
Mais Harry ne bougeait pas.
-Harry?
Il vit son petit-ami se passer nerveusement une main dans les cheveux et il se leva à son tour, soudain inquiet.
-Harry, ça va? demanda-t-il en l'encerclant de ses bras par derrière.
Un sanglot traversa alors le corps de son amant. Il le força à se retourner.
-Je… je ne sais pas ce qui se passe, dit Harry sans le regarder. Tout allait bien, je…
Puis Draco comprit le problème ou plutôt, il le vit.
-Ça va, ce n'est pas grave, on est fatigué, c'est le genre de chose qui peut arriver, dit-il aussitôt, taisant les craintes qui naissaient en lui, celles qu'il avait depuis un moment déjà, cette vieille peur qu'un jour Harry se lasse de lui, qu'il ne le désire plus.
Harry serra la mâchoire, le visage défait.
-Non, ce n'est pas juste ce soir… c'est… Je… j'ai tellement envie de toi, je ne veux pas que tu penses que…
Draco secoua la tête en se rassoyant sur le lit, une main posée sur son avant-bras, tentant de l'attirer à lui pour qu'il revienne dans le lit, près de lui. Il s'en voulut de ce pesant de plus en plus pressant qu'il avait que son amant le rassure alors que ç'aurait dû être le contraire, que ça devait être à lui de le rassurer.
-Non, je sais. Ne t'en fais pas, allez, reviens dans le lit, répondit-il alors qu'au fond, il n'en savait rien.
Mais Harry détourna le regard, ne le rejoignant pas.
-Ce sont ces foutus potions! Depuis que je les prends, je ne suis presque plus capable de bander. Putain de merde! Je pensais que ça finirait par s'améliorer et ce soir, j'avais tellement envie que ça soit possible, je…
Il s'interrompit une seconde et Draco se demanda si c'était parce qu'il voulait se retenir de pleurer ou bien parce qu'il devait se retenir de tout casser.
-…je t'aime. Tu me manques. J'ai envie de te faire l'amour, si tu savais. Je ne pense qu'à ça, j'ai envie de toi, Dray.
Draco acquiesça comme s'il le savait, comme s'il n'y avait pas de doute pour lui, parce que c'était ce dont son amoureux avait besoin, mais, en lui, les émotions se bousculaient, la peur et le doute en tête.
-Chut, arrête. Arrête de t'en faire, viens te coucher avec moi, murmura le blond en l'entraînant vers le lit, toute trace de son propre désir envolé.
Harry finit par consentir à la demande de son amant. Ils s'étendirent sur le lit et Draco rabattit les draps sur eux, essayant d'enfouir au plus profond de lui ce qu'il ressentait, se disant qu'il devait être là pour Harry et rien d'autre.
-Je t'aime, dit Harry d'une manière qui résonnait davantage comme une prière que comme une déclaration d'amour.
-Je t'aime aussi. Maintenant, essayons de dormir et ne pense plus à tout ça. Ce n'est pas grave, répéta Draco en collant son torse contre le dos de son petit-ami et en l'enlaçant avec force, étouffant ses propres inquiétudes et ses déceptions dès qu'elles apparaissaient dans son esprit.
-Grand-mère.
Silence.
-Grand-mère?
Narcissa ouvrit lentement les yeux pour se retrouver nez à nez avec le visage souriant de Teddy.
-Tu es réveillée? demanda l'enfant en chuchotant aussi fort que s'il avait parlé normalement.
-Maintenant, oui. Tes parents ne t'ont jamais dit qu'il était impoli de réveiller les personnes âgées de la sorte?
Il haussa un sourcil dans une imitation parfait de Draco ce qui remua quelque chose en elle.
-Non, répondit-il, candide. Mais tu n'es pas une personne âgée.
Cette fois, elle rit doucement.
-Là, je reconnais bien le côté charmeur de mon fils.
Il rit à son tour.
-Papa dit toujours ça! On fait quoi? J'ai faim!
Elle jeta un regard vers l'horloge posée sur la table de chevet. Il était à peine six heures, nul doute que suite aux festivités de la veille qui avaient dû se terminer aux petites heures du matin, personne ne serait debout. Tant mieux, cela signifiait qu'ils auraient la paix.
-Faisons un brin de toilette, habillons-nous et allons voir ce qu'il y a pour le petit-déjeuner, avec un peu de chance, peut-être que nous verrons l'un de ces insipides invités étendu sur la pelouse, n'ayant pas su tenir l'alcool comme tous ces jeunes, aujourd'hui.
Teddy l'étudia du regard avec sérieux, puis, un sourire fendit son visage.
-Tu es drôle, grand-mère.
Elle le regarda d'un air très sérieux, cette fois.
-Surtout, ne le révèle jamais à personne.
Il sauta du lit en riant alors qu'elle le suivait, faisant mine de tenter de l'attraper. N'importe qui la connaissant et qui l'aurait vu à ce moment aurait cru être la proie d'hallucinations.
Narcissa avait vu juste, les couloirs et les diverses pièces de l'hôtel étaient complètement désertes, sauf pour le personnel qui les saluèrent lorsqu'ils les virent passer. À la grande déception de Teddy, ils ne virent aucun invité sur la pelouse garnissant le terrain du château.
Ils s'installèrent dans la salle à manger intérieure.
-…et là, Whoopsie a fait comme ça et papa a crié et daddy et moi on a bien ri! finit de raconter Teddy en portant un morceau de pomme à sa bouche.
Whoopsie Daisy, ou Whoopsie, pour faire plus court, était le nom du poney que lui avait offert Draco un peu plus tôt dans l'été et, depuis, c'était le sujet principal de conversation de l'enfant. Narcissa était présente lorsque Harry et Draco avaient présenté pour la première fois l'adorable poney gris à son nouveau propriétaire. L'enfant avait poussé un cri de joie et s'était précipité sur l'animal, enfouissant ses mains dans la crinière épaisse du poney qui avait levé la tête du tas de foin qu'il dévorait pour étudier avec curiosité le jeune garçon.
Ça avait tout pris pour que Teddy accepte de le laisser à l'écurie et renonce à le ramener au Square Grimmaurd avec eux. Si l'enfant accompagnait fréquemment Draco à l'écurie auparavant, maintenant, il refusait tout bonnement que l'homme s'y rende sans lui. Harry et Draco avaient été clairs avec lui en lui disant qu'il ne pouvait monter son poney que s'il obtenait leur permission au préalable et que comme c'était le sien, c'était à lui de le brosser et de s'assurer qu'il ne manquait de rien.
Draco s'était dit qu'il enseignerait lui-même à l'enfant à monter, mais il se heurta rapidement à deux problèmes. Tout d'abord, il manquait déjà de temps pour s'occuper de ses propres chevaux et pour les entraîner. Mais, surtout, il découvrit qu'il était presque impossible d'enseigner soi-même à son propre enfant et que ce dernier était beaucoup plus enclin à apprendre et écouter les consignes de n'importe qui plutôt que de son parent. Vaincu, il se résigna à engager une jeune instructeur travaillant dans une écurie de cours d'équitation située dans la région qui se déplaçait deux fois par semaine pour enseigner à Teddy.
L'enfant progressait bien et rapidement, mais ce n'était guère étonnant puisqu'il avait été élevé au sein des chevaux. Si le cœur de Narcissa se serrait parfois en voyant son fils enchaîner les obstacles sur des chevaux parfois un peu trop impétueux à son goût, elle comprit bien vite que ce n'était rien en comparaison de voir Teddy perdre l'équilibre ou pire, tomber de sa monture. Ce n'était arrivé qu'une seule fois et elle s'était aussitôt ruée dans la carrière, arrivant à l'enfant avant même l'instructeur qui était pourtant plus près de lui au départ. Mais Teddy s'était relevé, la mine sérieuse, et avait exigé de remonter. Harry, qui ne partageait pas la passion du cheval de son petit-ami et de Teddy, venait néanmoins souvent le voir lors de ses leçons et s'assoyait avec elle. Draco se moquait alors de leurs inquiétudes et plaisantait en disant qu'ils avaient au moins ce point en commun. Aucun des deux ne trouvaient cela amusant.
-J'aimerais que papa il accepte qu'on aille vivre au manoir, comme ça, je pourrais voir Whoopsie tous les jours, dit Teddy en continuant à dévorer, aurait-on dit, son propre poids en nourriture sous le regard fasciné de sa grand-mère.
Elle haussa un sourcil, se demandant s'il disait une telle chose simplement comme ça ou parce qu'il avait entendu une discussion à ce sujet entre ses tuteurs. Cela faisait des années que Narcissa tentait de convaincre Draco d'emménager avec Harry au manoir, mais il la rabrouait toujours en disant que ce n'était pas dans leurs projets à Harry et à lui. Et pourtant, Narcissa savait qu'il aimait la demeure familiale et qu'il y était attaché malgré ce qui s'y était passé durant la guerre. Ce n'était pas pour rien qu'il mettait tant de temps et de passion à la rénover et à la restaurer. Était-il possible qu'il eut changé d'idée?
-Est-ce que papa ou daddy ont parlé d'une telle chose? demanda-t-elle innocemment à l'enfant.
-Ouais, mais papa il ne veut pas.
Évidemment.
-Tu pourrais peut-être lui demander, suggéra-t-elle en se sentant mal d'utiliser son petit-fils pour arriver à ses fins, même si cela portait peu à conséquences.
-Tu penses qu'il va dire oui si je lui demande? répondit Teddy alors que, sans raison apparente, ses cheveux viraient au bleu.
-Je ne sais pas, il faudrait que tu lui poses la question pour savoir.
L'enfant hocha lentement la tête, comme s'il réfléchissait à ce que sa grand-mère venait de dire. Un couple que Narcissa ne connaissait pas pénétra dans la verrière où se trouvait la salle à manger. Les invités commençaient sans doute à se lever et ils partiraient ensuite.
-Ils sont où papa et daddy? demanda Teddy au bout d'un moment, après avoir repoussé son assiette le plus loin possible de lui, comme si ce qui lui avait apparu délicieux quelques instants auparavant lui soulevait maintenant le cœur.
-Encore couchés, sans doute.
-Oh. Pourquoi ils ont pas dormi avec nous?
-Parce qu'ils n'y avaient pas assez de place dans une seule chambre. Et parce qu'ils préfèrent dormir juste tous les deux.
-Comme à la maison.
Elle acquiesça. Au même moment, Hermione et Ron arrivèrent dans la salle à manger, l'air fatigué, mais content. En voyant Teddy, Hermione se dirigea vers lui et serra l'enfant dans ses bras, lui embrassant la joue, saluant poliment la mère de son ami. Ron en fit de même et Narcissa les invita naturellement à prendre place à leur table.
-Je ne vous pensais pas aussi lève-tôt, fit remarquer Narcissa à Ron en étudiant son air débraillé et ses cheveux en bataille, on eut dit qu'il venait de tomber de son lit.
Hermione sourit.
-En fait, nous partons en voyage aujourd'hui aux Pays-bas, alors nous devons quitter rapidement, notre portoloin nous attend pour midi à Londres.
-Moi qui croyait que c'était le mariage de Daphnée et Pansy hier et voilà que c'est vous qui partez en voyage de noces.
La jeune femme rit doucement.
-En fait, c'est pour mon stage, mais Ron a décidé de m'y accompagner et nous avons donc choisi de prolonger notre séjour.
Madame Malfoy hocha lentement la tête. Draco lui avait déjà dit qu'Hermione étudiait en droit. Ron s'excusa auprès d'elles en voyant le chariot sur lequel était posé le thé et le café, il leur demanda si elles désiraient quelque chose et se leva en posant un rapide baiser sur les lèvres de sa petite-amie.
-C'est même pas comme ça qu'on fait les bébés! s'exclama Teddy en prenant l'air supérieur de celui qui détient une information que les autres n'ont pas.
Les trois adultes se tournèrent vers lui d'un même geste en haussa les sourcils.
-Quoi? dit Ron comme s'il n'était pas certain de ce que venait de dire l'enfant.
-C'est pas en donnant des bisous qu'on fait des bébés, c'est daddy qui l'a dit, puis de toute façon même s'ils font des bisous tout le temps avec papa, ils peuvent pas parce que ce sont des hommes, expliqua Teddy en fin connaisseur.
Un fou rire s'empara d'Hermione malgré elle et elle mit une main devant sa bouche pour le réprimer alors que Ron profita de ce moment pour s'éclipser chercher du café et du thé.
-C'est pas faux, Teddy, se contenta de dire Narcissa, le visage imperturbable.
À plus de cent kilomètres de là, un petit hibou rondouillet voletait entre les rues rapprochées d'un quartier tranquille de Londres, évitant au passage les lampadaires, les arbres et les cheminées. Deux corneilles se querellaient pour le contenu d'un sac à ordure répandu sur le pavé et il fit un détour pour passer loin d'eux, n'ayant aucune envie d'être mêlé à une quelconque querelle de si bon matin. Il faisait cette route tous les jours, portant entre ses serres l'exemplaire du jour de la Gazette du sorcier. Il se posa sur le rebord de la fenêtre de la cuisine où habituellement on le laissait entrer et cogna contre la vitre avec son bec. Voyant que personne ne venait lui ouvrir, il cogna de nouveau, cette fois avec plus de vigueur, mais en vain. Renonçant bien vite à la poignée de friandises pour hibou qu'on lui offrait normalement, il laissa son paquet sur le bord de la fenêtre et s'envola, mécontent, d'un battement d'ailes particulièrement agressif.
Sur la une du journal on pouvait lire, en lettres majuscules : DERNIÈRE HEURE : LUCIUS MALFOY LIBÉRÉ : sa peine commuée, il la purgera au manoir familial.
Note de l'auteur :
Chers lecteurs,
TAM TAM TAM! Une fin exactement comme je les aime, j'espère qu'elle aura aussi su vous plaire. Un chapitre que j'ai eu particulièrement du plaisir à écrire. Tous mes personnages préférés y étaient, notamment Narcissa.
Merci de me lire, de me suivre et de commenter,
Harley
