J'ai écrit… réécrit… re-réécrit ce chapitre (enfin ces deux chapitres)… Au final, et après m'être arrachée les cheveux à en devenir presque chauve, j'en suis toujours aussi peu satisfaite (je les déteste, même...). Désolée, j'ai l'impression d'être passée à côté de quelque chose d'important.
Au vu de la longueur totale, j'ai finalement préféré le séparer et en faire deux chapitres distincts avec le 10.
CHAPITRE 9: SEULS ENSEMBLE
« On ne vit pas dans la solitude lorsqu'on est seul avec la personne qu'on aime »
Wayne Walter Dyer
- Solan, tu accompagneras monsieur Tazuna, compris ?
La présence de l'architecte était requise sur le chantier. L'état de Kakashi faisait que nous n'étions pas encore en mesure de rentrer immédiatement à Konoha, et en échange du toit que Tazuna nous offrait il était convenu que nous assurions encore sa protection pendant un moment. Notre sensei pouvait désormais marcher, mais son corps affaibli ne lui permettait pas de s'agiter outre-mesure. Selon lui, le contrôle du chakra de Sasuke et Naruto laissait à désirer, et il décida de superviser un entraînement qui améliorerait leur capacités. Quant à moi, il jugea que je n'avais pas besoin d'un tel exercice et m'envoya escorter Tazuna jusqu'au port.
- C'est trop fort ça ! s'indigna Naruto. Pourquoi j'aurais besoin de cet entraînement et pas elle ? Moi aussi, je suis capable de réaliser des techniques super bizarres, y a qu'à demander !
Je n'étais pas d'humeur à me chamailler et lorsque je l'entendis parler de femmes nues et de laisses à pics, je décidai de sortir en l'ignorant. Mes sandales enfilées, je partis en tête sans même les saluer. Kakashi avait su frapper là où ça faisait mal, et il me faudrait certainement plusieurs jours pour m'en remettre. Sur le chemin, Tazuna n'essaya qu'une seule fois d'engager la discussion; la froideur avec laquelle je l'envoyai balader le découragea de recommencer. Nous mîmes quatre heures à atteindre l'autre bout de l'île, et sans croiser personne heureusement.
Arrivés en ville, Tazuna m'invita à boire une tasse de thé que j'acceptai, un peu honteuse de la manière dont je m'étais comportée avec lui plus tôt dans la matinée.
- Pour combien de temps pensez-vous en avoir ? l'interrogeai-je sans oser demander pourquoi mon prétendu thé ressemblait à s'y méprendre à de l'eau froide.
- Deux jours, peut-être un peu plus… De toute façon j'aurai besoin d'être un peu plus présent, désormais.
- Comment ça ?
- Et bien, si les gens me voient sur le chantier, ils comprendront que je n'ai pas perdu espoir et continueront de croire en moi et en ce pont. L'espoir, c'est tout ce qui reste aux gens d'içi. Nous ne devons pas craindre Gâto…
Facile à dire, un peu moins à faire…
- Je resterai avec vous le temps qu'il faudra, monsieur Tazuna.
Nous quittâmes le salon et traversâmes les rues mal entretenues du village. Je compris alors pourquoi l'architecte pensait que les habitants ne pouvaient rien faire d'autre qu'espérer. De chaque visage émanait une telle impression de tristesse, d'accablement et de misère que mon cœur s'en serra. J'aurais aimé traîner le milliardaire véreux dans la boue pour lui faire rendre compte de la cruauté du sort auquel il condamnait les habitants du Pays des Vagues. L'argent, le pouvoir… ces mots étaient si éloignés de mes idéaux que je ne parvenais à comprendre comment ils pouvaient devenir la raison de vivre de certains, et ce au prix de vies humaines.
Alors que je suivais Tazuna, une silhouette familière de l'autre côté de la rue retint mon attention. Je m'arrêtai et eut un haut-le-corps lorsque je la reconnus.
- Monsieur Tazuna… déclarai-je à voix basse. Continuez sans moi, je vous rejoins tout de suite.
Je n'attendis pas sa réponse et me lançai à la poursuite de la fille. Elle ne semblait pas m'avoir vue mais disparut dans une rue transversale. J'accélérai le pas et, méfiante, ne passai que la tête pour jeter un coup d'œil dans le passage. La fille s'avançait lentement, un panier à la main.
- Un petit collier pour la petite demoiselle ? fit une voix chevrotante dans mon dos.
Je me retournai et me retrouvai nez à nez avec une vieille marchande ambulante.
- Non merçi, madame, répondis-je distraitement en jetant à nouveau un coup d'œil dans la rue.
- Une jolie petite bague pour ses jolis petits doigts ?
- Non, fichez-moi la paix ! Je suis occupée !
- Un petit peigne pour démêler ses horribles cheveux mal coiffés ?
La fille tourna à gauche et je m'engageai à mon tour furtivement dans la rue déserte. J'arrivai à hauteur du croisement et me plaquai à nouveau contre le mur, tête penchée pour regarder discrètement. Disparue ? J'hésitai un instant puis m'enfilai en courant dans le petit passage en espérant retrouver sa trace. Comme l'autre fois, je dus me rendre à l'évidence: je l'avais à nouveau perdue…
Je sentis l'anesthésiant se répandre avant même la piqûre brûlante de l'aiguille. Poussant un cri de surprise je portai la main à ma nuque en me retournant. Mes réflexes se faisaient déjà plus lents. Je distinguai une fragile silhouette mais c'était trop tard, mes paupières se fermèrent et je m'enfonçai dans les ténèbres.
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Elle m'ordonnait de partir avec mon cousin, mais je refusais en m'accrochant désespérément à ses genoux. Mes pleurs étaient assourdissantes et j'avais l'impression de me noyer dans mes propres larmes. Au début, elle me l'avait gentiment demandé, en caressant mes cheveux et mon visage pour me rassurer, puis lorsqu'elle avait compris que je ne la lâcherai pas, elle avait durci le ton.
J'avais l'habitude de ne pas désobéir lorsqu'elle me grondait, mais cette fois-çi les sanglots se mêlaient à la colère, et c'est-ce qui me pétrifiait. « Allez, Solan, sois courageuse, ma fille ! Pour ta maman et ton papa, montre-toi digne de ton nom ». Mon cousin était un peu plus grand que moi, il n'eut aucun mal à me forcer à le suivre en tirant sur mon bras. J'hurlais, mes seuls les cris de la guerre répondirent à mes appels. Digne de mon nom…
J'ouvris les yeux. Les cris résonnaient encore dans ma tête mais j'étais trop occupée à savoir où je me trouvai. Un sol, froid et terreux même s'il s'agissait d'un endroit abrité. J'esquissai un mouvement de tête mais en un éclair la souffrance m'incita à l'immobilité. D'après la douleur lancinante dans mes épaules, cela faisait plusieurs heures que mes mains étaient liées dans mon dos. Je tentai une technique pour me dégager, mais le nœud de la fille avait été consciencieusement et savamment réalisé. Renonçant à me libérer, j'ignorai la migraine qui me sciait le crâne et entrepris une inspection un peu plus poussée des lieux.
À première vue, l'endroit où je me trouvais tenait plus de la hutte géante que d'une véritable maison. Luttant contre la douleur, je tournais la tête vers la gauche et aperçus deux lits. Les couvertures de l'un d'eux se soulevaient en rythme: il était occupé par une personne qui respirait assez lentement et difficilement. Peut-être pouvais-je le prendre par surprise… Soudain, le bruit d'une porte que l'on ouvre me fit sursauter et je fis tout de suite semblant d'être encore inconsciente. J'entendis quelqu'un marcher; les pas se rapprochaient.
- Ah, tu es réveillée…
C'était la voix de la fille. Vexée d'avoir été si peu persuasive, j'ouvris les yeux en pinçant les lèvres. Difficilement, je tendis la tête et tombai nez à nez avec ses pieds nus. Elle s'accroupit et posa ses mains sur mes épaules. Avec une douceur extrême qui ne m'empêcha pas de pousser un gémissement de douleur, elle me redressa et me mis en positions assise. Je relevai la tête et la fixai droits dans les yeux.
- Toi… murmurai-je d'une voix enrouée. J'apprécierais vraiment que tu me dises qui tu es.
- Désolé d'avoir serré si fort tes liens, répondit-elle en s'agenouillant, c'est par précaution, tu comprends ?
- Par précaution ? Mais qu'est-ce que tu me veux, à la fin ?
- Hmm… Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer en fait, répondit-elle d'une voix gênée. Mais, quand je t'ai croisée l'autre fois, j'ai compris qu'on était un peu pareils tous les deux… ça m'a intrigué, et je voulais faire un peu plus ample connaissance avec toi.
J'écarquillai les yeux de stupeur. Tous les deux ?
- Tu… n'es pas une fille ? demandai-je, incrédule.
- Non, je pensais que tu l'avais compris.
Je fronçai les sourcils. Il était plus fin et plus gracieux que la plupart des filles que je connaissais, comment aurais-je pu deviner ?
- Peu importe, après tout… soupirai-je -j'avais tendance à être plutôt crédule ces temps-çi. L'autre jour, tu étais de mèche avec le déserteur, pas vrai ?
- Seule toi et le junnin ont eu des doutes lorsque je suis passé à côté de vous. Tes coéquipiers étaient trop occupés à se chamailler… ça ne doit pas être facile tous les jours…
- Tu ne m'as pas répondu ! m'insurgeai-je. Qu'est-ce que tu fichais là-bas exactement ?
- Il fallait bien que je vienne en aide à mon maître…
Je plissai les yeux et tournai la tête vers le dormeur. Non, impossible.
- C'est…
- Mon maître, Zabuza. Kakashi l'a mis dans un sale état, heureusement que je suis intervenu à temps.
- Hmm… Alors c'était toi, le mystérieux ninja de Kiri. Chasseur de déserteurs, tu parles… Et Kakashi qui ne sait même pas prendre un pouls correctement, je rêve…
- Zabuza était bel et bien mort, à ce moment-là. Je l'avais plongé dans une léthargie temporaire.
- Tu as arrêté son cœur… et tu l'as ramené à la vie ? demandai-je d'une voix incrédule en plissant les yeux. Bon sang mais qui es-tu, exactement ?
- Le disciple de maître Zabuza depuis de longues années. À la fois son élève et son bras droit. Je le suis partout où il va et lui suis entièrement dévoué.
- C'est plutôt incongru de t'entendre parler d'une chose aussi noble que le dévouement quand on voit quel genre de personnes tu sers…
- Pourquoi ça ?
- Est-ce que tu as vu la misère dans laquelle Gâto et ses hommes plongent ce pays ? m'emportai-je en tirant sur mes liens. Tu te réfugies derrière ta prétendue fidélité à Zabuza sans regarder ce qui se passe autour, idiot ! À moins que tu aimes le sentiment de te voir supérieur à tous ces gens et à leurs souffrances !
- Il ne me reste que lui, tu sais. Lui seul m'a tendu la main alors que tout le monde me tournait le dos; lui seul a su voir en moi autre chose qu'un orphelin inutile et encombrant…
Je le dévisageai longuement puis vis la tristesse au fond de ses yeux. Baissant la tête, je me rappelai ce que j'avais moi-même ressentie durant mes premières années à Konoha. Je ne cautionnais par leurs méfaits pour autant.
- Il ne fait que se servir de toi et de ta solitude… marmonnai-je. Les enfants sont très facilement manipulables, surtout s'ils sont tous seuls… Ils se raccrochent à tout et n'importe quoi du moment qu'ils ont l'impression d'être aimés.
- Oui, c'est vrai. Peut-être qu'il se sert de moi, et c'est très bien comme ça… Je ferais tout et n'importe quoi pour ne plus affronter cette sensation horrible, celle que j'ai ressentie après m'être posé cette question…
- Laquelle ?
- Si je mourrais maintenant, est-ce que quelqu'un s'en apercevrait ?
Je baissai la tête et fixai le sol. Ses mots étaient d'une sincérité désarmante: comme le monde aurait pu être simple si les ennemis demeuraient des visages haïssables et sans la moindre once d'humanité.
- Tu es mon ennemi… murmurai-je. Pourquoi est-ce que tu me parles de ce genre de choses ?
- Adversaire, rectifia-t-il, pas ennemi. Je ne te veux aucun mal, mais comme moi tu as choisi de servir Konoha de façon à te sentir utile à une cause, à une personne, je me trompe ? Rien ne nous différencie, si ce n'est nos chemins divergents.
- Tu disais qu'on était pareils…
- Oui, tu comprends pourquoi maintenant. L'espion de Zabuza nous avait informés qu'une jeune fille nommée Solan faisait également partie de l'escorte de l'architecte. Apparemment, c'était aussi le prénom de la fille présumée décédée des Hanayuki. Et d'après l'informateur, ton visage portait sur lui les traits reconnaissables du clan… Zabuza avait des doutes, mais il m'a parlé de toi avant l'embuscade. J'ignorais tout de l'histoire de ta famille, j'étais trop jeune à cette époque, mais ce qu'il m'a raconté a éveillé ma curiosité et je n'ai pas résisté à la tentation de te rencontrer…
- Pourquoi ?
- Je suis également originaire du Village Caché de Kiri… et j'ai tout perdu à cause du Mizukage Yagura…
Je levai les yeux vers lui et le dévisageai sans rien dire, attendant qu'il reprenne la parole.
- Savais-tu que ta famille et plusieurs actuels déserteurs de Kiri comme mon maître ont élaboré leur coup d'État main dans la main ? Zabuza connaissait ta mère, et pour être franc, il n'était pas plus enjoué que ça à l'idée de t'éliminer.
- Ce n'était pas flagrant…
- Tu vois, les gens sont tous pareils, seuls les contextes changent. Ce qui nous rapproche toi et moi, c'est notre attachement et notre amour envers les personnes qui nous sont chères. Finalement, nous combattons tous les deux pour la même chose. Nous cherchons à faire nos preuves et nous rendre indispensables, nous cherchons la reconnaissance dans le regard des autres, toi dans celui de ton nouveau village, moi dans celui de mon maître… C'est notre raison de vivre, que deviendrons-nous sans ?
- Konoha ne s'en prend pas à des civils démunis… répliquai-je à voix basse.
- Qui te dis qu'il ne l'a pas fait dans le passé ? Crois-tu que ton village ai fondé sa richesse et sa paix sur une base toujours juste et équitable ? Je sais que tu n'es pas stupide… Zabuza est ma seule famille. Dis-moi, aurais-tu le courage de renier tous tes proches et de te retrouver confrontée à la solitude encore une fois maintenant que tu connais les joies que procure le sentiment d'être apprécié ?
- Apprécié… ou utilisé ?
- Je me contente de ce que la vie a bien voulu me donner. Savoir qu'une personne compte sur moi me rempli suffisamment de bonheur. Le reste m'importe peu…
Il avait manqué d'amour. J'avais l'intime conviction que mon parcours aurait été exactement le même que le sien si nos places avaient été échangées. Je refusai cependant de l'admettre et me murai dans un silence borné. Décidemment, cette mission était vraiment pourrie… Au bout de quelques secondes, des froissements de tissu me parvinrent aux oreilles: Zabuza semblait se réveiller.
- Tout va bien, Zabuza ? demanda le garçon en se tournant vers lui.
L'autre grogna en guise de réponse et s'assit sur le lit. Il posa successivement ses yeux sur moi puis sur son disciple.
- Hmm… Je savais que j'avais éveillé ta curiosité, déclara-t-il, mais de là à ce que tu la kidnappes…
- Je n'allais pas manquer une occasion de faire la connaissance d'une concitoyenne, répliqua le garçon d'un ton léger. Et puis, elle nous sera certainement utile.
- Tu as fini de préparer mon médicament ?
- Je viens de cueillir les plantes, je m'y attelle tout de suite.
Trois jours après, Zabuza se sentit assez rétabli pour passer à la contre-offensive. Je me maudissais intérieurement tandis que lui et Haku -c'était le nom du garçon- réalisaient les préparatifs de leur combat: ma stupidité allait conduire Kakashi à livrer bataille alors qu'il n'était certainement pas encore guéri. Angoissée, mes entrailles se serrèrent et je ne déglutissais qu'avec difficulté.
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La veille au matin, Haku s'était rendu au village pour s'enquérir des manœuvres de mon équipe. Tazuna avait averti Kakashi de ma disparition; lui, Naruto et Sasuke étaient actuellement au port et semblaient mener les recherches dans tous les environs.
- Parfait, avait tranché Zabuza en se levant de son lit. Mieux vaut ne pas attendre, dans ce cas-là. Il ne faudrait pas que ce soient eux qui nous tombent dessus. Demain, on passe à l'action. Quant à toi, avait-il ajouté en me lançant un regard assassin, tu auras intérêt à te tenir tranquille sinon ce sera moi et pas Haku qui se chargera de ton cas.
Durant ces jours, l'attitude de Zabuza à mon égard s'était résumée à une indifférence glaciale. Haku, en revanche, avait veillé à ce que je ne souffre ni de la faim, ni de la soif, ni du manque de confort. Sous l'œil et parfois les remarques désapprobateurs de son maître, il s'était occupé de moi avec autant de soin que si j'avais été leur invitée d'honneur -seuls les liens permanents autour de mes poignets semblaient rappeler ma condition de prisonnière. Haku s'était même astreint à dormir par terre pour me laisser son lit. C'était une sensation désagréable que de ne pas pouvoir éprouver une haine totale envers son ennemi: j'ignorai q'il s'agissait d'un stratagème de sa part, mais les choses eurent été bien plus simples s'il s'était contenté de me traiter comme une moins que rien…
Après ces quelques jours passés en leur compagnie, il me parut qu'ils formaient un duo bien inattendu. Ainsi, la froideur, la force brute, le mauvais caractère de Zabuza tranchaient avec la gentillesse, la douceur et la bonne humeur de Haku. Malgré leur personnalités antipodiques une harmonie indéniable régnait entre eux, comme si leur caractères opposés constituaient justement le ciment de leur relation. Deux en un seul… Je songeais que c'était aussi le visage de notre monde, un tout régi par les interactions de deux forces contraires qui s'entremêlaient. Lorsque l'une prenait le dessus sur l'autre, elle se rendait compte qu'elle ne pouvait exister sans son opposé. Aussi antinomiques qu'ils étaient, que pouvaient être l'homme sans la femme ? Le bonheur sans la misère ? Le tout sans le rien ? L'amour sans la haine ? Le monde était un funambule qui avançait tant bien que mal, en proie à l'équilibre parfois incertain de son harmonie bipolaire.
- Bois un peu de thé avant de partir, m'ordonna Haku en portant le bol à mes lèvres. Il neige dehors, tu risques de prendre froid.
Avec amertume je songeai que ni Naruto ni Sasuke n'auraient pris aussi bien soin de moi. Quelle injustice, Haku, que nous soyons dans des camps adverses, et que ni toi ni moi ne renoncerons jamais à nos principes et à nos amis… Zabuza ordonna le départ, et nous quittions tous les trois la hutte géante des deux déserteurs. Il avait certainement neigé toute la nuit: le sol mousseux, les branches des arbres, les buissons bas… tout était recouvert d'un manteau blanc épais de plusieurs centimètres.
Haku me tenait par la corde qu'il avait nouée autour de mes poignets. Pendant trois jours et trois nuits, j'avais subrepticement essayé de m'en débarrasser, en vain. Je les suivais docilement à travers les arbres alourdis par la neige; son tapis étouffait tous les bruits autour de nous, et j'eus l'impression qu'il s'agissait du calme avant la tempête. Peu à peu, cette tranquillité ambiante parvint même à apaiser mes angoisses: une paix sereine et mystérieuse se répandait dans mon esprit, et le monde me parut soudainement au-dessus de toutes les misères humaines.
- Haku, appelai-je d'une voix tranquille. Qu'est-ce que tu m'as fait boire ?
Le bien-être laissa place à l'engourdissement, et mes jambes se firent lourdes.
- Pardonne-moi… répondit Haku en s'arrêtant de marcher. Zabuza n'a pas totalement confiance en toi.
Zabuza continuait son chemin en nous ignorant, et je m'écroulai dans la neige.
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- Qu'est-ce que c'est que ces cris ? s'exclama Naruto en se retournant.
Kakashi l'avait chargé de mener les recherches dans la ville. En deux jours et demi, l'équipe avait ratissé les environs sur un rayon de trente kilomètres, en vain. Solan demeurait introuvable, et la peur de perdre sa coéquipière s'insinuait peu à peu dans son cœur.
- Ils l'ont kidnappée pour la vendre à un réseau de pervers ! On ne la reverra plus jamais à part chez les prostituées ! s'était-il désolé, les larmes aux yeux.
Quelque peu soulagé quand Kakashi lui avait fait remarqué qu'un homme sain d'esprit ne dépenserait pas un centime pour risquer sa vie avec une furie, les craintes de Naruto avaient redoublé lorsque le junnin avait émis des doutes quant à la mort réelle de Zabuza. Mais, aussi terrifié qu'il était, une chose demeurait certaine: si le déserteur ou qui que ce soit d'autre s'avisait de toucher à un seul de ses cheveux, il devrait le payer de sa vie.
Bravant les flocons qui plongeaient la ville dans un flou blanc, l'armée de ses clones sillonnait les rues en quête d'éventuels indices, interrogeant tous les passants qu'ils croisaient. Alors que lui-même s'adressait à une vieille marchande ambulante qui tenait absolument à lui vendre ses faux bijoux, la rumeur des hurlements lui parvint aux oreilles.
- On dirait que ça vient du port… murmura-t-il pour lui-même.
Laissant ses clones disparaître les uns après les autres, il s'élança à tout vitesse au milieu des villageois. Afin de gagner du temps, il mit à profit l'entraînement de Kakashi et monta à la verticale le long de la façade d'une maison: les toits étaient bien moins fréquentés que les pavés de la rue. Tout en courant, il cherchait vainement des yeux les quais et le pont en construction: ils avaient été engloutis par le brouillard blanc qui s'y était levé. Zabuza…
Parvenu au quai, il s'enfonça dans la brume épaisse et rejoignit à toute vitesse le premier tronçon du pont inachevé. Des corps inanimés qui commençaient à disparaître sous la neige jonchaient le sol, mais Naruto ne s'y attarda pas: l'envie d'en découdre avec le ravisseur de sa coéquipière -il était maintenant convaincu qu'il s'agissait bel et bien de Zabuza- occultait tout autour de lui. Comment pourrait-il jamais se pardonner sil devait lui arriver malheur ?
De vagues silhouettes apparurent au milieu de la tourmente blanche et grise: leurs contours flous se précisèrent à mesure que Naruto s'avançait sur le bitume. Reconnaissant les individus qui se tenaient devant lui, il stoppa net. Kakashi et Sasuke avaient pris position devant Tazuna, kunaï tirés, et sharingan dévoilé pour le junnin. Ils faisaient face à Zabuza et au garçon masqué de l'autre fois qui avaient tout sauf l'air d'être ennemis.
- TOI ! vociféra Naruto en le pointant du doigt. Tu t'es bien fichu de nous l'autre fois, sale petit vaurien ! Vous étiez complices !
- C'est celui qui a un temps de réaction inférieur à la moyenne, lâcha Zabuza à l'adresse du garçon masqué. Cela va être un jeu d'enfant, pas vrai Haku ?
Ce dernier acquiesça et retira son masque en le jetant au loin. Puis il se tourna vers Naruto en le fixant intensément.
- Te souviens-tu de moi ? interrogea-t-il tandis que le cœur de Naruto ratait un battement.
- La fille… enfin, le garçon de la forêt… répliqua-t-il, interdit. Et dire que je t'ai aidé à cueillir des plantes… Pourquoi ne m'as-tu pas tué alors que tu en avais l'occasion ?
- Parceque la gentillesse de Haku le perdra tôt ou tard, répondit Zabuza à sa place. Il s'agit bien du seul défaut que j'ai à lui reprocher… Enfin, tu vas pouvoir te rattraper maintenant, n'est-ce pas ?
Haku hocha la tête et se saisit d'un kunaï.
- Une dernière question avant de commencer, lança Naruto d'une voix menaçante. Qu'avez-vous fait de Solan ?
- Il est encore plus long à la détente que dans mes souvenirs… dit Zabuza avec mépris.
- Qu'est-ce que vous voulez dire, exacte…
Naruto plissa les yeux pour améliorer sa vision entre les flocons. Cela lui avait échappé jusqu'à maintenant, mais il remarqua tout à coup le corps inerte allongé au pied du déserteur et de son complice. Il reconnut la cape d'hiver de Solan en partie recouverte de neige.
- ORDURES ! QUE LUI AVEZ-VOUS FAIT ?
- Elle est encore vivante, rétorqua calmement Zabuza, mais ça ne va pas durer si vous refusez de nous livrer l'architecte.
- Nous ne vous livrerons ni Solan, ni le vieux Tazuna, annonça calmement Naruto. C'EST VOUS QUI N'AVEZ PAS LE CHOIX, CAR JE VAIS TOUT SIMPLEMENT VOUS ECLATER !
- NARUTO ! NE FAIS PAS…
De l'autre côté de Zabuza et Haku, Kakashi tenta vainement de le dissuader. Naruto s'élança tout en créant deux clones qui l'entourèrent. Sans ciller, les deux adversaires le regardèrent calmement approcher. Alors qu'à cinq mètres d'eux il dégaina ses kunaï, Zabuza fit un signe de tête à Haku. L'instant d'avant Naruto courait à toute vitesse escorté de ses deux clones, en une seconde c'était dans les airs alourdis de neige qu'il se retrouvait, dévié dans sa course par un puissant coup de pied dont il ignorait l'origine. Juste avant de s'écraser lourdement au sol, il entendit clairement le pof caractéristique des clones éliminés.
- Naruto, entre dans la formation défensive ! ordonna Kakashi qu'il avait quasiment rejoint grâce au généreux geste de l'ennemi.
- Comment… comment est-ce arrivé ? Je n'ai rien vu du tout !
- C'est le garçon, répliqua Kakashi sans lâcher les deux déserteurs du regard, il est si rapide qu'il est presque impossible de distinguer ses mouvements… Sasuke, tu te charges de lui: tes capacités seront utiles pour en venir à bout. Quant à moi… il est temps que je règle définitivement mes comptes avec Zabuza.
- Et moi, alors ! s'exclama Naruto avec rage tout en se relevant. Qu'est-ce que je…
- Tu restes avec monsieur Tazuna. Et si jamais tu perçois une ouverture, fonce récupérer Solan, compris ?
- Mais…
Sasuke s'élança, kunaï en main. Haku n'attendit pas pour se confronter à lui: en quelques secondes un combat acharné débuta entre les deux garçons qui rivalisèrent alors d'adresse et de vitesse. Au bout d'un moment, Sasuke parvint même à prendre l'avantage sur le disciple de Zabuza: ils combattaient d'égal à égal.
Kakashi en profita pour lancer l'offensive contre le déserteur de Kiri: le sharingan entama sa lutte avec le redoutable hachoir. Malgré la frustration qu'il ressentait à être laissé de côté, Naruto saisit soudainement l'urgence de la situation en se remémorant la technique de Zabuza qui consistait à apparaître et disparaître au gré de la brume. Comme pour le conforter dans ses craintes, le démon de Kiri profita d'un déséquilibre momentané de Kakashi pour joindre ses mains en un signe incantatoire. S'attendant à le voir s'évaporer au milieu des flocons de neige, il fut surpris -mais pas tout à fait soulagé- lorsque deux clones du déserteur firent leur apparition.
L'instant d'après ils étaient invisibles, et Naruto se prépara à les voir se matérialiser juste devant lui. Le combat entre Haku et Sasuke se poursuivait. Ce n'était pas sans conséquence que ce dernier rivalisait avec son adversaire: essoufflé, entaillé au bras, il conservait néanmoins sa position défensive. Brusquement des craquements sonores et cristallins retentirent, et Naruto poussa une exclamation de surprise: des plaques de glace semblables à d'immenses miroirs naquirent du sol et se dressèrent à la verticale autour de Sasuke qui disparut alors de son champs de vision.
- SASUKE ! hurla Naruto avec horreur.
Loin de constituer un heureux présage, l'adversaire de Sasuke avait lui aussi disparu. Sans réfléchir, Naruto s'élança vers les parois de glace. Un clone de Zabuza se matérialisa soudainement face à lui, lui barrant de ce fait le chemin. Il stoppa net et fit un bond en arrière, mains en garde. Les mouvements d'une silhouette loin derrière le Zabuza attirèrent son attention: le second clone du déserteur s'approchait du corps inanimé de Solan.
- NON ! QU'EST-CE QUE TU T'APPRÈTES A FAIRE, POURRITURE ?
- Vois comme je suis bon avec toi… lança sournoisement le clone. Içi et maintenant, je te laisse le choix.
- QUOI, COMMENT ÇA LE CHOIX ?
- Choisis entre la vie de l'homme que tu es censé protéger… et celle de ta précieuse coéquipière. Mais ne tardes pas trop à prendre une décision, ou il se pourrait bien que je les tue tous les deux…
Les yeux de Naruto s'écarquillèrent d'horreur. Il joignit ses mains et invoqua trois clones qui s'élancèrent immédiatement vers Solan. Face au double de Zabuza qui les y attendait, ils ne tinrent pas plus d'une dizaine de secondes. Naruto se mordit la lèvre: seul lui, l'original, pouvait décemment faire front face à un clone du déserteur. Ses clones, quel que pouvait être leur nombre, n'auraient jamais la puissance de lui tenir tête.
- Dépêches-toi, ou ta petite amie va aller rejoindre les requins au fond de l'océan… L'eau ne doit pas être bien chaude avec ce temps, qu'est-ce que tu en dis ?
Au loin, Naruto vit avec horreur le clone de Zabuza prendre dans le corps inerte de Solan dans ses bras et se diriger vers les bords du pont.
- Vas-y, petit ! s'exclama Tazuna dans son dos. Vas sauver la gamine, après tout, c'est entièrement de ma faute si…
Il ne l'écoutait pas. Le Zabuza qui tenait Solan par le col de sa cape tendit lentement le bras au-dessus du vide. Pétrifié, Naruto serrait les dents sans savoir ce que l'on attendait de lui.
- Un authentique ninja, souffla Zabuza d'une voix faussement admirative. Tout à fait comme je les aime… Haku devrait prendre exemple sur toi, finalement. Qui aurait cru que pour mener à bien ta mission tu sacrifierais la vie de ta camarade sans l'ombre d'une hésitation ?..
Naruto eut un brusque haut-le-corps. Sacrifice… « Je crois que le sacrifice est une valeur fondamentale pour comprendre ce que signifie le sens du mot ninja ». Les doigts du clone de Zabuza s'écartèrent et le corps de Solan disparut dans le vide. Naruto fut aspergé d'eau: Kakashi, encore aux prises avec l'original, était tout de même parvenu à créer un clone. Le kunaï de ce dernier venait de transpercer le Zabuza auquel Naruto faisait face.
- VA CHERCHER SOLAN, NARUTO ! hurla Kakashi en évitant de justesse le retour de lame de Zabuza. VITE, ELLE RISQUE DE SE NOYER !
Voilà, la deuxième partie ne devrait pas tarder.
