Divulgation

La glissade avait été plus longue que prévue, et Harry s'était à un moment demandé si la chute s'arrêterait un jour. Quand il se retrouva projeté sur le sol, il se dépêcha de se rouler sur le côté pour éviter que les autres ne lui tombent dessus. Un mouvement désespéré certes, mais utile. Il ne fallut que quelques secondes pour que ses amis ne finissent par terminer le voyage, et lorsque Lockhart atterrit à son tour, Harry se rua sur sa baguette et la pointa sur son professeur. Celui-ci leva la tête et fronça les sourcils :

- Vous croyez vraiment pouvoir me neutraliser, Potter ? demanda-t-il clairement dubitatif.

- Si on est avec lui, oui, affirma Seamus en pointant à son tour son arme sur l'adulte.

- Vous savez ce que vous êtes en train de faire ?! s'écria Lockhart, le visage tordu par la colère.

En se relevant lentement, il remarqua que tous les élèves le visaient. Il réajusta sa coiffure d'un geste vif tandis qu'Harry ordonna d'une voix dure:

- Passez devant.

Lockhart acquiesça en tentant de garder une posture confiante. Il s'avança doucement vers la sortie obscure de la grotte dans laquelle ils avaient tous atterris. Hermione jeta un « lumos », ce qui facilita grandement la progression de chacun. Personne ne parlait pendant le trajet, trop occupé à observer les environs. Soudain, Lockhart poussa un juron et s'arrêta.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna Ron.

- U-Une mue de serpent. J'ai trébuché dessus, avoua le professeur d'une voix tremblante.

- Il fallait vous y attendre, c'est pas comme si on avait dit que le monstre était un serpent géant, ironisa Seamus.

- Mortel, qui plus est. Continuez, conclut Hermione, implacable.

La mue en question était très longue, et laissait deviner la taille actuelle du monstre, ce qui n'était pas du tout rassurant. Néanmoins, les Gryffondors prirent leur courage à deux mains et tentèrent de ne pas afficher la peur qui serrait leurs cœurs, contrairement à Lockhart.

- Vous savez qui a été emmené ici ? s'enquit tout à coup Ron.

- Non, personne ne le sait, dit simplement le professeur tremblant.

Après avoir marché ainsi pendant plusieurs minutes qui parurent très longues à Harry, ils arrivèrent face à une porte ornée de deux serpents entrelacés. Les yeux des créatures de la gravure étaient en émeraude. Pas de doute, ils étaient proches du but.

- Allez-y, Potter. Vous êtes le seul ici qui puisse ouvrir cette porte !

Harry s'exécuta sans réfléchir, et l'instant d'après il entendit un cri. Il se retourna tandis que sa baguette lui échappait des mains, et vit que Lockhart avait pris celles de tout le monde.

- Vous n'auriez pas dû me laisser garder ma baguette, un simple "Accio Baguettes" et tout s'est envolé. Vous êtes à ma merci, à présent, alors faites exactement ce que je vous dis.

- Vous comptez vraiment vous en sortir comme ça ?! s'insurgea Hermione rouge de colère et de honte de ne pas avoir réfléchi à cette possibilité.

- Le sortilège d'Oubli est ma spécialité, l'auriez-vous oublié ? Sans mauvais jeu de mots, ricana le professeur de défense. D'ailleurs, pendant que Potter ouvrira cette satanée porte, je vais m'empresser de tous vous mettre hors d'état de nuire, déclara Lockhart avec un sourire vainqueur. Alors, quelle était ma baguette...? Non, pas celle-là...

C'était le moment qu'ils attendaient. Seamus et Ron se jetèrent sur le professeur qui, pris par surprise, laissa échapper plusieurs des armes en sa possession. Hermione se rua pour les ramasser et agita une baguette au hasard : "Expulso !".

Le professeur fut projeté contre le mur, ce qui l'assomma. Tous jetèrent un regard admiratif à Hermione, qui expliqua modestement :

- Il faut croire que le club de duel n'était pas si inutile que ça. J'avais pensé que ça pourrait être utile, et...

- Comment t'as fait pour trouver ta baguette aussi vite ? s'étonna Ron.

- C'était de la chance, confessa Hermione avec le sourire. Ce n'est pas le tout d'avoir du talent, la chance aide beaucoup aussi.

- Je n'aurais jamais pu croire que tu dirais quelque chose comme ça, affirma Harry.

- Bon, maintenant que l'autre débile est sonné, qu'est-ce qu'on en fait ? dit Seamus en changeant de sujet.

- Il faut que vous remontiez, affirma Harry.

- Pas question ! protesta Ron.

- Si, Ron, il a raison. Il faut que nous ramenions le professeur Lockhart en haut et que nous avertissions le directeur.

- Et je ne serais pas de trop pour le porter, devina Seamus. D'accord, on s'en charge. Fais attention à ne pas mourir, j'en connais un qui voudrait te parler après tout ça.

- Qui ?

- Ton frère, répondit l'Irlandais avec le sourire.

Alors qu'Harry haussait les sourcils, Ron s'élança vers la sortie :

- Bon, à plus.

- Mais comment allons-nous faire pour remonter le tuyau ? s'inquiéta Hermione.

- On trouvera bien. Allez bonne chance Harry, conclut Seamus.

Et ce faisant, les trois amis d'Harry repartirent vers l'entrée de la Chambre. Le Survivant se demandait bien comment ils allaient remonter, mais il décida plutôt de se concentrer sur sa tâche. Il retourna vers la porte, siffla quelques mots et entra dans la chambre obscure.

L'endroit était encore plus sinistre que ce qu'Harry avait imaginé. La lumière verdâtre éclairant faiblement la salle confirma les soupçons du jeune garçon : il était sous le lac. Le sol, les murs, le plafond, tout semblait humide. D'étranges et imposantes statues bordaient la partie centrale des deux côtés, et en les examinant plus attentivement, Harry s'aperçut qu'elles avaient la forme de gigantesques gueules de serpents. Ces statues atteignaient le plafond, et Harry avait le sentiment d'être minuscule. Son regard se porta alors sur la statue au fond de la salle, plus éclairée que les autres, représentant un vieil homme à la longue barbe. C'était probablement Salazar Serpentard. Et devant cette construction se trouvaient deux personnes. Harry s'avança, n'arrivant dans un premier temps pas à les distinguer.

Après quelques pas, il commença à courir, de plus en plus persuadé qu'il connaissait au moins une des deux personnes. Lorsqu'il arriva à moins d'une dizaine de mètres des deux individus, son intuition fut confirmée. Quelqu'un était à terre et ne semblait plus bouger.

- Leo ! s'écria Harry les yeux écarquillés en se précipitant vers lui.

- Oui, c'est bien lui, affirma la personne à ses côtés.

Harry se retourna et observa le jeune homme qui se tenait là. C'était un élève plus âgé et aux cheveux bruns, au teint légèrement pâle. Mais il ne l'avait jamais vu auparavant...

- Tu es parvenu ici sans problème, si je ne m'abuse ? demanda l'inconnu sarcastique. J'espérais que Lockhart te ralentisse un peu, mais c'est un imbécile. Il n'est bon qu'à signer des autographes tout en conservant son air niais.

- Qui êtes-vous ?! s'écria Harry.

En entendant ces mots, l'étranger éclata d'un rire glaçant. Harry en était à présent certain; ce n'était pas un simple élève.

- Tu me demandes mon nom ? Je pensais que tu le connaitrais déjà. La jeune Weasley a plusieurs fois essayé de se débarrasser de moi, mais c'était sans compter sur les propriétés magiques de cet objet. Peu importe la manière dont elle s'y prenait, je revenais mystérieusement auprès d'elle. Elle avait beau me jeter du haut de la tour d'Astronomie, j'étais de retour dans sa valise le soir-même. Elle ne comprenait jamais comment cela arrivait, car elle ne pouvait pas imaginer que quelqu'un d'autre puisse être au courant de mon existence. Elle n'avait jamais bien saisi qui j'étais. Toujours à m'appeler "Mon cher Tom", "Mon fidèle ami", et d'autres sottises que seul un Weasley aurait pu écrire. Mon nom est Tom Jedusor.

- Ça ne me dit rien, déclara nerveusement Harry.

- Vous n'êtes pas entrés en possession du carnet, alors ? Dommage.

- Vous êtes le Tom que Mimi Geignarde n'arrête pas de mentionner, déduit Harry en croisant les bras, celui d'il y a cinquante ans. Mais comment pouvez-vous avoir l'air aussi...

- Jeune ? La magie noire, Harry, recèle de nombreux secrets pratiques pour conserver une immortalité relative. Enfin, je ne suis pas exactement vivant. En vérité, je suis un souvenir placé dans ce petit carnet, une sauvegarde de mon état placée lors de ma septième et dernière année à Poudlard.

Harry acquiesca, même s'il ne comprenait que vaguement ce que lui racontait l'autre personne. Il se tourna vers son frère, toujours à terre, qui n'avait jusqu'alors pas montré signe de vie. Le plus jeune s'approcha du corps, et le fixa plusieurs secondes, avant de demander d'une voix tendue :

- Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

Jedusor sourit :

- J'y venais. Je suis enfin, je veux dire le journal, est passé entre de nombreuses mains au cours de ces derniers mois. D'abord Lucius, qui l'a "offert" à cette … merveilleuse Ginevra.

- Vous parlez de Lucius Malefoy ? Du père de Drago ? souleva avec étonnement le Survivant.

- Qui d'autre ? s'impatienta le souvenir vivant.

- Vous le connaissez ?

- Cela va de soi, sinon je ne parlerais pas de lui.

Le jeune homme fixa quelques secondes le corps de Léo avant de se reprendre, comme galvanisé.

Harry fit volte-face, pris d'un terrible pressentiment. La voix blanche, il murmura :

- Qui êtes-vous... réellement ?

- Il y a cinquante ans, j'étais élève dans cette école, répondit Jedusor avec un sourire cruel. Dès cette époque, j'avais commencé à me forger un nom et une réputation, pour devenir par la suite le plus grand mage noir d'Angleterre...

- Voldemort, comprit Harry.

- Correct ! s'exclama-t-il comme ravi. Je suis à la fois son passé, son présent, et son avenir. J'avais confié ce carnet à Lucius, mais il a cru utile de devoir le glisser dans les affaires de Ginevra. Cette peste ne m'intéressait même pas. Il n'y avait qu'une personne dont je rêvais de faire la connaissance, vois-tu. Et c'est finalement arrivé peu après le nouvel an.

- Leo ? devina le Survivant.

- Finalement, tu es un peu plus futé que tu en as l'air, Harry. Oui, je parle bien de ton frère. J'avais déjà eu l'occasion de te voir en fin d'année dernière, mais je n'avais jamais vraiment pu rencontrer ce cher Leo.

- Mais qu'est-ce que vous lui voulez ? hurla le survivant avec angoisse.

Voldemort soupira longuement, s'approcha de Leo et répondit vaguement :

- Beaucoup de choses, à priori. Certaines que tu ne soupçonnes même pas, d'autres... un peu plus évidentes. J'aimerais beaucoup le compter dans mon armée, par exemple.

- Il n'acceptera jamais, asséna Harry.

- Oh, je n'en doute pas. Mais on ne pourra en tout cas pas m'accuser de ne pas lui avoir laissé de chances, répliqua Voldemort d'un ton acerbe.

Il y eut un silence de quelques secondes, durant lequel Harry réfléchit à toute vitesse. Il ne savait toujours pas exactement ce qui s'était passé, et voulait gagner du temps. Avec un peu de chances, Dumbledore avait été prévenu par Ron ou Hermione, et il arriverait bientôt.

- Tu souhaites sans doute me faire perdre assez de temps pour que cet incompétent et pathétique Dumbledore te sauve la mise. Mais alors que nous discutons, je draine ton frère de sa vie. Et plus les minutes passent, plus je regagne des forces. Bientôt, il sera mort.

- Quoi ?! s'exclama Harry. Vous... vous mentez, non ?

- Est-ce que j'ai l'air de mentir ?

Le rire que laissa échapper le journal personnifié écarta les derniers doutes d'Harry. Ce type était complètement cinglé.

- A présent, tu vas avoir l'immense honneur d'affronter le légendaire monstre de Salazar Serpentard !

Harry n'eut pas le temps de se préparer qu'il entendit un long sifflement que les parois de la Chambre firent raisonner. Immédiatement, Harry ferma les yeux et prépara sa baguette. Un lourd glissement sur le sol lui indiqua que le basilic venait d'entrer, et se trouvait en face de lui. Il ne savait absolument pas comment il allait s'en sortir, alors il décida de se retourner et de courir vers l'entrée. Il n'avait aucun moyen de terrasser le monstre en l'état actuel des choses. Il se retrouva bientôt acculé contre l'entrée, et alors qu'il sentait sa dernière heure arriver, il entendit un cri perçant. Il reconnut immédiatement Fumseck, mais se demanda pourquoi le phœnix de Dumbledore s'était invité à la fête. Il entendit soudain un bruit sourd, comme si quelque chose était tombé à côté de lui, et juste après entendit de nouveaux cris, venant à la fois du serpent et de l'oiseau.

- Non ! Qu'est-ce que tu fais !? Va-t-en, oiseau de malheur ! Suis-le aux sons !

Aux sons ? Est-ce que Jedusor parlait au serpent ? Dans ce cas, était-il possible que Fumseck... ait crevé les yeux de la créature ? Harry se retourna et se risqua à ouvrir les yeux. Le basilic était aveugle, à présent ! Remerciant mentalement l'oiseau, Harry jeta un coup d'œil à ce qui était tombé à côté de lui. Une épée. En s'en rapprochant, Harry vit que le nom du propriétaire originel était forgé dessus. Il s'agissait de l'épée de Godric Gryffondor, pas de doute là-dessus. Harry la saisit à deux mains, puis se tourna vers la créature. Il était décidé à en finir. Tout en continuant de garder la créature dans le coin de l'œil, il se rua sur le côté en faisant le plus de bruit possible. Le basilic chargea, et Harry esquiva derrière une des statues. Celle-ci ne s'effondra pas, et Harry en déduit qu'elle devait, comme toutes les autres statues, être protégée par une puissante magie. En revanche, quand il observa le grand serpent, il s'aperçut que celui-ci avait l'air légèrement sonné. C'était sa chance.

Harry fonça et perça le corps du monstre de sa lame. Le sang s'échappant de la perforation manqua d'aveugler Harry, mais le coup eu l'effet voulu. La créature poussa un long cri et s'effondra sur le sol. Elle était néanmoins toujours vivante.

Jedusor semblait fou de rage, et lançait des ordres à tout va. Harry courut vers la gueule de l'animal et d'un geste puissant enfonça la lame dans sa gorge. Le basilic hurla de plus belle, mais il en était fini de lui. Le Survivant se détourna de l'animal et retourna d'un pas chancelant vers Voldemort. Alors que la créature agonisait, il s'écria :

- Laissez mon frère vivre !

- Il se débrouille très bien tout seul, vois par toi-même ! affirma le souvenir d'une voix agacée.

Harry se surprit à courir vers son frère et se pencha vers lui. Celui-ci avait les yeux légèrement entrouverts, et bien qu'il soit aussi blanc qu'un cadavre, sa respiration semblait revenir à la norme.

- Comment… ça se fait ? Il avait l'ai mort ! s'exclama Harry les yeux écarquillé.

- Je ne sais pas, figure-toi ! ragea Jedusort.

- Les... carnets...

D'une voix faible, Leo venait de prononcer ces mots. Harry, rassuré de voir que son frère vivait toujours, demanda :

- Quels carnets ?

Il ne reçu pas de réponse, mais finit par les voir. Deux ouvrages identiques, à la couverture sombre. Il comprenait maintenant pourquoi Dean avait été pétrifié, alors que le carnet était en possession de son frère.

- Il n'y avait pas qu'un seul carnet, n'est-ce-pas ?

- Tu en as mis du temps à le comprendre ! confirma Jedusor avec cynisme. Et alors ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Je suis toujours là et je compte bien le rester !

- Plus pour longtemps, grogna le survivant en se relevant.

Sur ces mots, Harry se tourna vers les carnets, les mis l'un sur l'autre, et tendit la main vers l'épée de Gryffondor. Cette même épée qui lui avait permis de terrasser le basilic. Alors que ses doigts se refermaient sur la garde de l'arme, Harry tomba à terre avec fracas, la lâchant d'un même coup.

Harry grimaça, et alors que son adrénaline disparaissait, il tomba face contre sol et ses yeux se fermèrent malgré eux. Il entendit un crépitement, comme si l'on brûlait quelque chose. Alors que sa conscience s'éteignait, il souriait, en devinant ce qu'il se passait.

La suite dans le Chapitre 11, Regrets

Encore une fois, merci à LePoussinCarnivore pour sa relecture qui m'a été très utile. Le prochain chapitre sera le dernier de la partie, mais ce ne sera pas fini, loin de là… :) N'hésitez comme d'habitude pas à commenter, partager et voter !