Disclaimer : Je joue avec les créations de J.K Rowling et je n'en tire aucun profit !

Notes : Le plan commence ! Bancal, dîtes-vous ? Non, magique... Harry y croit, tentons d'y croire avec lui !

Until we bleed ; Chapitre 9

Harry était dans la grande bibliothèque du manoir : il ne bouquinait plus depuis longtemps parce qu'il savait ce qu'il devait faire, même s'il savait que ce serait long, difficile, et que tout ne fonctionnerait peut-être pas comme il l'imaginait. Après tout, personne n'avait jamais fait ça. Il comptait sur la chance, celle qui l'avait quitté des mois, et sur la lune, celle qui l'avait emmené ici, qui l'avait piégé, transformé.

Comme il l'avait prévu parce qu'il l'espionnait depuis quelques jours, Rogue entra dans la bibliothèque, très certainement pour profiter des nombreux livres à disposition et du cadre calme, contrastant avec les couloirs et les salons envahis de mangemorts ricanant sur leurs récentes victoires. Ils se regardèrent quelques instants et Rogue s'approcha, s'installant en face de lui.

« Vous ne sortez que très rarement de votre chambre, monsieur Potter. Je suppose que vous n'êtes pas là sans raison. »

« De quel côté êtes-vous réellement ? » demanda Harry, ses grands yeux verts suppliants derrière ses lunettes rondes. Il voulait la vérité. « Je souhaite changer les choses. » Il ne précisa pas pour qui, pourquoi. Il ne devait pas se tromper : il ne devait pas trop révéler au cas où Rogue, contre toute attente, se révélait être un ennemi, mais il devait intéresser l'homme, l'inclure dans son plan. Son ancien professeur de Potions était l'élément central.

« Vous êtes enfin prêt », remarqua Rogue d'un ton neutre, indifférent. « Vous avez pris votre temps. » Il se leva et s'approcha de la porte, lançant quelques sortilèges compliqués, certainement pour assurer la confidentialité de leur conversation. Il revint s'asseoir. « L'Ordre du Phénix, un groupe de résistants qui a vu le jour lors de la Première Guerre, s'est réuni. Ils essaient de renverser le nouveau ministre et ses partisans et tentent de découvrir où se cache le Lord pour détruire ses mangemorts à la source. Je ne peux pas leur révéler l'endroit où se situe le manoir. Le pouvez-vous ? »

« Non », répliqua Harry. « Voldemort est le Gardien. »

Rogue hocha la tête. « Que comptez-vous faire, Potter ? Le Lord vous a-t-il mis au courant de la prophétie qui vous concerne ? »

« Oui. Il a écouté la prophétie complète au Ministère. Je suis le seul à pouvoir le tuer et c'est mon plan. Je vais le tuer, je compte sur les résistants, sur Dumbledore, pour se charger de ses hommes. Il a toujours su que je devrais faire ça, je comprends ses lettres désespérées. Malgré l'urgence de la situation, il ne m'a même pas révélé mon rôle. » Il grimaça. « Je vais pourtant le jouer jusqu'au bout. J'ai besoin de vous pour cela, Rogue. Je vous promets que le monde sera libéré. »

« Ne formulez pas des promesses que vous n'êtes pas certain de pouvoir tenir, Potter. » L'homme était froid mais il semblait résigné. « Vous êtes malheureusement notre seule arme contre le Lord. Ne vous précipitez pas. »

« Je réfléchis depuis des mois et c'est la seule solution que j'ai trouvée », murmura Harry en baissant les yeux. « J'y crois, je dois y croire. J'ai besoin de vous, et vous me devez bien ça ! »

« Je vous dois mon aide ? Pourquoi donc, Potter ? » ricana Rogue en levant un sourcil interrogateur.

« Rabastan m'a appris qui a révélé la prophétie à Voldemort... C'est à cause de vous si ce fou a décidé de poursuivre mes parents. C'est à cause de vous si j'ai dû vivre chez les Dursley. Je sais que vous croyez que j'ai vécu une vie idéale, mais c'est loin d'être le cas. C'est en rencontrant Dobby, l'elfe de maison des Malefoy, que j'ai réalisé que j'étais exactement comme lui pour les Dursley. C'est à cause de vous si mes parents sont morts, Rogue. Vous me devez l'aide que je vous réclame. »

Le silence était palpable : les deux hommes se regardaient. Contrairement aux yeux de Rabastan qui lui transmettaient de précieuses informations sur ce qu'il ressentait, l'esprit de Rogue était fermé, glacial. L'homme le jaugeait, cherchant à savoir s'il pouvait compter sur lui pour mettre fin à la guerre.

« Et de quelle aide s'agit-il ? » demanda Rogue entre ses dents.

« J'avoue à Voldemort que j'ai découvert que vous êtes un traître, que vous soutenez Dumbledore. Je lui dis que je veux vous tuer moi-même, surtout parce que je sais le rôle que vous avez joué dans la mort de mes parents. Je me sers de vous pour faire un horcruxe. » Rogue était silencieux. Harry décida de continuer. « Vous allez mourir, vous ne verrez pas le monde renaître de ses cendres. Mais ce fragment d'âme que je vais cacher dans celle de Voldemort... Je suis quasiment certain qu'il finira par le tuer. Cela pourrait mettre quelques semaines. Mais pour récupérer ses horcruxes, pour récupérer les fragments d'âme dont nous nous sommes séparés, j'ai lu qu'il fallait ressentir un remord sincère, puissant. Je me sens coupable. Ce sera pire après vous avoir tué. Je ne sais pas ce qu'il se passera lorsque j'inverserai le rituel. Je ne sais pas si je vais juste détruire l'horcruxe ou si je vais blesser Voldemort. Je sais simplement que le rituel est violent, que plus les remords sont grands, plus le réceptacle risque de subir des dégâts. Voldemort, dans ce cas-là. »

« Votre plan est bancal, Potter, et vous voulez que je meurs pour ça ? » Harry détourna le regard mais hocha la tête. « Nous croyons avec Dumbledore que vous êtes vous-même un horcruxe. S'il s'avère que nous avons raison, le Lord sera blessé mais ses blessures ne seront pas mortelles. Vous le maintiendrez en vie. Il a certainement d'autres horcruxes également. »

« Vous avez raison », confirma Harry. « Nous l'avons découvert et c'est l'une des raisons pour lesquelles je l'ai rejoint. Il a détruit tous ses autres horcruxes devant mes yeux. Il ne ressentait aucun remord mais il a réussi à les réunir en lui. Je ne sais pas comment il a fait mais, en tout cas, ils n'existent plus. »

« Il vous a peut-être menti, Potter. Il s'agit de son immortalité. Il ne peut décemment pas compter sur vous seul pour le maintenir en vie. »

« Voldemort agit bizarrement », commenta Harry. « Je pense sincèrement qu'il a voulu faire de moi son unique protecteur parce qu'il adore cette idée paradoxale. En tout cas, rassurez-vous sur un point : j'ai lu que deux horcruxes ne pouvaient pas cohabiter dans le même réceptacle et, lors du rituel qui devra me rendre mon âme entière, le fragment que j'ai confié à Voldemort, avant de pénétrer mon essence même, sera considéré comme un horcruxe, comme un corps étranger. J'ose espérer que cela détruira le fragment d'âme de Voldemort. »

Rogue avait l'air fatigué. « C'est trop compliqué et votre plan ne repose que sur des spéculations. Tout pourrait se passer autrement. Je ne veux pas donner ma vie pour quelque chose qui, à terme, pourrait vous tuer et détruire les derniers espoirs du monde sorcier. »

« C'est la seule solution que je peux offrir, Rogue. Voldemort doute déjà de vous : vous êtes le seul mangemort qu'il me laissera tuer. Si vous refusez, les derniers espoirs du monde sorcier sont déjà détruits car je n'ai pas d'autres plans. Je le maintiens en vie et, si je me suicide, vous n'aurez pas le temps d'intervenir qu'il aura déjà créé d'autres reliques qui retiendront son âme sur terre. » Harry soupira. « Je sais que c'est bancal. Que ça n'a pas de sens, que je tire des conclusions vagues de textes qui le sont encore plus... »

Rogue se leva abruptement. Il était rigide. « Quand ? »

Harry releva la tête et ils s'observèrent quelques secondes. Les yeux noirs de Rogue étaient profonds et, désormais, Harry pouvait y percevoir peine et résignation. Il avait envie de pleurer mais il ne voulait pas montrer à l'homme à quel point il était attristé par sa propre décision. « Demain. » Rogue acquiesça subtilement et s'enfuit de l'endroit après avoir levé les sortilèges qui protégeaient leur discussion. Rabastan était derrière la porte et il le regarda partir avec intérêt. Il rejoint Harry rapidement.

« Il t'a emmerdé ? »

« Non. Il fait partie de mon plan. Voldemort... Qu'a-t-il dit ? »

« Il est ravi de cette idée. Je lui ai dit que tu le verrais demain. Tout est prêt pour toi ? »

Harry soupira mais lui répondit que oui, tout était prêt. Il allait tuer Rogue. Il allait faire de Voldemort son horcruxe. Et, enfin... Il regarderait vers le ciel et prierait pour que tout se passe comme il l'imaginait. Il n'était pas très intelligent, ni même très rusé ; mais tous les calculs qu'il avait effectués après la lecture des quelques livres qui mentionnaient les horcruxes et leur création lui désignaient une fin heureuse.

Le lendemain, Harry avait révélé à Voldemort la vérité : Rogue était un traître. Ils se trouvaient tous les trois dans un grand salon, Harry ayant refusé d'effectuer le rituel en compagnie d'autres mangemorts. Rogue, dissimulant précieusement le souvenir de sa discussion avec Harry la veille, avait laissé Voldemort plonger dans son esprit pour y découvrir la vérité.

« Je suis déçu, Severus... » siffla Voldemort en arpentant la salle calmement. Harry le regardait marcher, l'esprit vidé, le cœur lourd. Il revoyait dans sa tête les textes qu'il avait lus avec attention, il repensait à son plan, au sacrifice que Rogue effectuait pour tenter de sauver le monde. Il réalisait qu'il était le véritable héros : Harry avait accepté le contrat sans broncher, il était resté caché des mois dans ce manoir, et il devait tuer pour arranger les erreurs qu'il avait commises, pour rétablir la paix. Il se détestait. « Tu permettras donc au jeune Harry de faire de moi le gardien de son âme. Votre héros, votre sauveur, veut devenir fou pour vivre en ce monde sur lequel je vais régner avec force. Si je suis déçu, tu dois être terrorisé à l'idée qu'il n'y a vraiment plus d'espoir. »

Rogue ne répondit pas et se contenta de regarder Harry droit dans les yeux, le sommant silencieusement d'en finir. Harry leva sa baguette d'une main tremblante ; il rassembla en lui toutes les raisons qui l'avaient poussé à choisir Rogue pour son sacrifice, la prophétie, les heures de potions insupportables, ses regards noirs, ses insultes dissimulées, sa vie chez les Dursley... La colère ne pouvait néanmoins pas surpasser l'immense tristesse qu'il ressentait ; pourtant, il prononça les deux mots mortels d'une voix claire. Avada Kedavra.

Rogue tomba et Harry, comme le conseillaient les livres, pointa sa baguette sur Voldemort qui avait les bras grands ouverts, prêt à recevoir le morceau d'âme que Harry lui confierait. Harry sentit quelque chose se briser en lui ; son cœur, peut-être, parce qu'il avait tué, et son âme, parce que la création avait fonctionné. Un long filament blanc sortit de son corps et Harry tomba à genoux sous la douleur qui le frappa dès que le fragment quitta son être. Il se plia en deux et entendit Voldemort rire tandis que l'horcruxe était finalisé. Harry l'entendit s'approcher et l'homme se mit à genoux près de lui. Il attrapa son visage entre ses mains et Harry leva les yeux.

« Ce que je ressens, Harry... Je suis toi, tu es moi. Je ressens ta douleur mais elle diminuera avec le temps. Laisse-toi porter par la soudaine légèreté qui t'envahit. Tu n'es plus complet, je te protège du lourd fardeau d'être entier et de devoir ressentir complètement chaque chose qui t'attaque. » Il posa ses lèvres sur les siennes. « Nous sommes Un. Merci Harry. » Il se leva et le laissa là, avec le corps de Rogue, étendu sans vie, à quelques mètres de lui. Harry le regarda longuement, cherchant dans son cœur s'il était différent. Les larmes coulaient sur ses joues.

La première partie du plan avait fonctionné : malgré son âme brisée, il avait toujours cette volonté, ce besoin de tuer Voldemort.

La deuxième partie serait la plus longue, la plus difficile... Il devait cultiver ses remords, il devait laisser son horcruxe s'ancrer dans le corps, dans le cœur de Voldemort.

Heureusement, il pourrait compter sur Rabastan pour le soutenir avant d'entamer la dernière partie du plan, l'inversion du rituel.