Hello!
Bon, j'étais en vacances, pas d'Internet, pas de télé, le bonheur, alors j'ai pris un peu de recul avec ma fic...
Juste pour vous préciser aussi que j'ai vraiment BEAUCOUP de boulot qui m'attend au mois d'août, donc qu'il est fort possible que je ralentisse le rythme de publication... Mais en tout cas, je vous promets que je finirais quoi qu'il arrive cette histoire, pas question de laisser tomber, j'aime trop Sam en animateur radio dans le Sud!
Merci pour vos reviews, ça me fait TRES plaisir!
Bonne lecture.
Chapitre 9
Memphis, Tennessee – 5 mars 2017, 21h40
Profitant de cette fin de week-end et de l'arrivée extrêmement précoce du printemps, Sam Evans et Joyce Goddard-Smith entrèrent dans le Rum Boogie Cafe après une ballade sur les bords du Mississippi. Ils saluèrent deux-trois habitués, qui semblaient décidément passer leur temps accoudés au comptoir à commenter les derniers résultats du championnat de base-ball (« Les Saint Louis Cardinals sont vraiment à la ramasse cette saison, tu ne trouves pas Sam ? »), et s'assissent sur deux des hauts tabourets du bar.
« Salut Donnie !
- Hey ! » répondit le barman, occupé à astiquer l'imposante machine à bière. « On est de relâche ce soir, à ce que je vois !
- Tu connais la règle : le premier dimanche du mois, c'est un concert country qui est diffusé sur WBMI !
- Je sais, je sais… » fit le barman avec un sourire. « Ils diffusent un live de Ryan Bingham de 2013. J'adore ce type. » ajouta simplement Donnie.
Sam sourit en reconnaissant « Sunrise », un de ses titres préférés de Bingham. Lui aussi adorait ce live enregistré il y a maintenant bien longtemps au Grande Ole Opry House, à Nashville. Ce soir-là de mai 2013 avait une saveur toute particulière pour lui. Tandis que le barman leur préparait deux Budweiser, il s'éclaircit la voix et dit à voix basse à sa voisine : « J'ai assisté à ce concert. »
Joyce faillit s'étouffer avec la cacahuète qu'elle était en train d'avaler. « Tu charries ! » fit-elle en riant une fois qu'elle eut reprit sa respiration. « Ce show est considéré comme son meilleur concert ! Quelle chance… » ajouta-t-elle d'un ton rêveur, en remerciant Donnie qui venait de déposer les bouteilles devant eux.
Sam but une gorgée de bière, toussa doucement et précisa : « J'y étais allé avec toute ma famille. »
Joyce le regarda et reposa sa bouteille. « Avec ton père et ton frère aussi, c'est ça ?
- Oui. »
Il y eut un court silence, ponctué des applaudissements enregistrés au concert de Nashville. Les souvenirs défilaient devant les yeux de Sam : Stanley et son Stetson sur la tête (son premier, Sam s'en souvenait très bien, offert par ses parents pour son dixième anniversaire), les yeux écarquillés et le sourire jusqu'aux oreilles, avec à la main l'autographe de Ryan Bingham. Le rire de son père. D'habitude, le simple fait de se rappeler de ces petits détails lui faisait monter des larmes aux yeux, amères et rageuses. Mais depuis quelques temps, Sam se sentait plus en paix. Plus serein. Il adressa un sourire à Joyce et reprit un peu de Budweiser.
« Tu ne parles jamais de… de ton père et de frère. » dit-elle avec une certaine prudence. Depuis qu'ils travaillaient ensemble, Sam n'avait jamais mentionné directement les événements qui avaient affectés sa famille. Elle se souvenait lors de leur première rencontre l'avoir trouvé très beau. Un corps superbe, des lèvres incroyables. Du style et une voix à tomber. Mais elle avait surtout été frappée par la mélancolie évidente qui se dégageait de son regard. Quelques mois plus tard, Joyce avait appris par hasard par une standardiste un peu gaffeuse l'histoire derrière le sourire toujours un peu triste de ce drôle de garçon. On pouvait légitimement se demander pourquoi un passé aussi dramatique n'était pas arrivé plus tôt à ses oreilles, se dit-elle. Les histoires dramatiques étaient pourtant souvent les plus diffusées, racontées, à tort ou à raison d'ailleurs. Mais, comme elle l'avait très vite comprit, dans le Tennessee on était pas du genre à répandre des informations personnelles sur les gars du pays, et de fait, étant originaire du Kentucky, elle n'était pas (encore) considérée comme une fille de Memphis.
« C'est vrai. » répondit Sam, sortant Joyce de ses pensées. « C'est dommage, d'ailleurs. Je devrais plus souvent parler d'eux.
- C'est peut-être encore trop douloureux…dit Joyce avec autant de tact qu'elle en était capable.
- Ca le sera toujours, » fit Sam en la regardant droit dans les yeux, « mais je dois bien avancer à un moment où à un autre, non ? »
Elle acquiesça, tout en scrutant Sam avec beaucoup d'attention, comme si quelque chose lui échappait.
« Quoi ? demanda Sam avec un sourire, tout en jetant un coup d'œil discret aux résultats sportifs diffusés à la télé qui semblaient faire réagir fortement leurs deux voisins à chapeaux de cow-boys.
- Non, rien ! ». L'expression sur le visage de Joyce changea, passant de l'interrogation au soulagement. « Je suis heureuse de t'entendre dire cela, Sam. Tu mérites d'être heureux.
- Mériter, je ne sais pas. Mais je dois au moins essayer de m'en donner les moyens. »
Dans le Rum Boogie Café, Donnie monta le volume des enceintes afin de faire profiter aux clients du concert diffusé sur WBMI. Quelques personnes applaudirent et poussèrent des sifflements enthousiastes, tandis que les premières notes de « For what it's worth » retentirent.
« Quelle soirée parfaite ! » déclara Sam d'un ton léger.
Joyce fronça à nouveau les sourcils : « Je te trouve bien enthousiaste mon cher !
- C'est plutôt bien, non ? » répondit Sam, un léger sourire toujours sur les lèvres.
A ce moment, son portable se mit à vibrer. Il fouilla dans sa poche intérieure, et vit sur l'écran s'afficher le prénom de Rachel.
Oh mon Dieu j'adore Ryan Bingham. Je le connais depuis environ 10 minutes, mais c'est pas grave, j'adore !
Sam sourit, avant de taper rapidement une réponse : Alors prépare ton chapeau de cow-boy, Miss Berry, il est à l'affiche de Memphis in May !
Il rangea son téléphone et interpela Donnie, qui s'était joint à la conversation animée entre les habitués sur les incohérences d'arbitrage lors du dernier match entre les Texas Rangers et les Chicago Cubs. « Dis-moi, tu n'aurais pas des contacts parmi les autres patrons de bars de la ville ?
- Tu veux me quitter, mec ? » répliqua le barman d'un ton faussement indigné. Joyce se mit à rire.
« Jamais, voyons ! » répondit Sam en levant les yeux au ciel d'un air amusé. « J'ai une amie qui vient ici pour un mois, pendant Memphis in May. Elle est chanteuse. » A ce moment, Joyce ouvrit des yeux ronds et poussa un cri de triomphe : elle venait de comprendre. Elle s'apprêta à parler mais Sam lui couvrit la bouche, avant de continuer, impassible. « Je discutais avec elle hier soir et elle aimerait bien profiter de son séjour pour faire quelques concerts dans un ou deux établissements, histoire de garder le rythme…
- Et de gagner quelques dollars… » rajouta Donnie avec un clin d'œil. « T'as pas honte de faire payer un loyer à une dame ?
- Mais non ! Je ne lui fais pas payer de loyer, mais son appart' new yorkais ne va pas se financer tout seul…
- Une fille de New-York ? ». Le barman émit un sifflement admiratif, tandis que les deux hommes coiffés de Stetson se mirent à applaudir, hilares.
Joyce réussit à s'extraire de l'étreinte de Sam et lui donna un rapide coup à l'épaule pour se venger. « Toi et moi, on va avoir une petite discussion ! » chuchota-t-elle. Il fit semblant de ne pas l'avoir entendu et écouta Donnie, qui réfléchissait aux personnes qu'il pouvait contacter.
« Elle chante de la country ou du blues ?
- Non, son genre c'est plutôt Broadway. »
Le barman eut un hochement de tête réprobateur. « Bon, elle est sûrement très douée, mais avoue qu'en sortant du registre country ou blues elle n'aura pas trop de chance pour obtenir un set dans un bar de Beale Street, sans compter que tout est déjà presque planifié et programmé en vue du festival…
- Je ne pensais pas à Beale Street. Tu ne connais pas quelqu'un avec un bar dans une ambiance plus pop-rock ?
- Voire salon de thé… ? ». Sam se retourna en reconnaissant la voix (légèrement moqueuse) de sa sœur : lui et Joyce était venus l'attendre ici en attendant que se termine sa répétition de danse traditionnelle irlandaise. Stacey lui fit une bise accompagnée d'un sourire.
- Un Coca, Stac' ? » Il servit la jeune fille, et reprit : « Ok, je vois : un bar plutôt calme, donc. Laisse-moi réfléchir… Tu as bien le Cocoon Café, sur Madison Avenue : la patronne est très sympa, l'ambiance est plutôt thé et petits gâteaux, et des scènes ouvertes sont régulièrement organisés. Je vais en parler à Emily, la gérante dis à ton amie » (il insista sur le dernier mot, ce qui fit pouffer de rire Joyce et Stacey) « de t'envoyer une démo, tu iras la porter là-bas !
- Merci, Donnie. »
Une fois le barman reparti vers de nouveaux clients, les filles se penchèrent vers Sam en affichant un air de conspiratrices. Joyce lança les hostilités : « Alors, voila qu'on reparle de la fameuse Rachel Berry…
- Oh hé, c'est bon là ! Je dépanne une amie, c'est tout !
- Et tu l'héberges pendant un mois entier… Très généreux, en effet… »
Sam grignota quelques cacahuètes et soupira : « Enfin, c'est normal ! Elle doit toujours payer son loyer à New-York, je vous signale, alors pas la peine de dépenser en plus une fortune dans un hôtel ici à Memphis, surtout en plein festival !
- Mais que va dire Maman ? ajouta Stacey d'un ton malicieux.
- Inutile de prévenir tout l'Etat… » répondit Sam, un peu agacé. « Mais c'est pas vrai, je peux quand même accueillir une amie sans faire la une du Daily News de Memphis, merci bien !
- C'est dommage, je pensais justement l'annoncer à l'antenne demain soir en début d'émission… !
- Ce n'est pas drôle, Joyce… »
Stacey prit son frère par les épaules. « Allez Sammy, te vexe pas ! C'est juste que… » Elle s'interrompit, cherchant les mots justes, « … elle t'a redonné le sourire, c'est tout ! ».
Sam finit sa bière, et marmonna : « Reprendre contact avec les ex-New Directions m'a remonté le moral. C'est complètement différent. »
Les filles acceptèrent de changer de sujet, mais Sam voyait bien à leur sourire en coin qu'elles n'étaient absolument pas convaincues par ses explications.
En sortant du bar, il lut aussi discrètement que possible le dernier sms de Rachel. Décidemment, la voix rauque de Ryan Bingham lui avait fait un sacré effet.
Je vais me coucher : répétitions intensives demain ! On pourra aller voir son concert pendant Memphis in May ? S'il te plait S'il te plait S'il te plait S'il te plait D : D :D :D : ?
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Rachel
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New York – 6 mars 2012
Alors que la troupe de Meet Me in St Louis reprenait difficilement son souffle après une séance épuisante de répétitions de « The trolley song », Ethan, qui jouait le rôle du voisin du personnage qu'interprétait Rachel, déclara d'un ton solennel : « James Atta-Bolden est un tyran. Voila, c'est dit. »
Rachel rit, avant de prendre une gorgée d'eau puis de répondre avec sagesse : « Oui, mais c'est notre metteur en scène, alors il faut faire avec ! »
Ethan renifla avec mépris, et finit par dire à contrecœur : « Ouais, je suppose que tu as raison… ». Ils regardèrent un moment le responsable des décors et son équipe qui prenait des mesures sur la scène du George Gershwin Theater. Ethan continua d'un air réjoui : « Hâte aux quatre semaines de relâche en mai, en tout cas. Oui je sais, travailler sur une telle pièce est une chance, Atta-Bolden est un génie, blablabla, mais franchement il est insupportable en période de rodage du spectacle. Après, tu verras, ça ira mieux… En tout cas, sur Gipsy ça s'est passé comme ça : une fois que les négociations avec les financeurs sont bouclées, et qu'il sait exactement quel budget il aura, il est beaucoup plus détendu. »
Rachel espérait que son partenaire avait raison, car pour l'instant Atta-Bolden était si exigeant que plusieurs danseurs étaient littéralement terrorisés et que Rose, qui interprétait la mère d'Esther Smith (le personnage de Rachel), avait fini par le traiter de « nazi » en pleine répétition. Tout en reprenant ses étirements, Rachel soupira : « Pas de vacances pour moi, je vais à Memphis travailler mon accent du Sud…
- Ouh la la, Memphis ! Je ne t'envie pas…
- Tout le monde ne peut pas imiter à la perfection les différents accents des Etats autour du Mississippi… fit Rachel d'un ton pincé.
- J'ai un ex originaire de l'Idao. Un mormon. Il m'a appris à reconnaître tous les accents du Sud.
- Oui mais… attends, un MORMON ? »
Ethan eut un grand rire, et ajouta avec un clin d'œil : « Oui, il était plutôt libéré pour un ultra-religieux… ». Alors qu'ils revenaient vers la scène, il s'étira et demanda : « Pourquoi le Tennessee et pas le Missouri, d'ailleurs ?
- J'ai un ami là-bas…
- Oh oh ! Quel genre d'ami ?
- Ben, un ami, c'est tout.
- Il est mignon ?
- Il ne joue pas pour ton équipe, Ethan !
- Quelle charmante expression, j'adore !
- C'est un copain de lycée. Période Glee Club.
- Oh mais tu m'as montré quelques vidéos, je me souviens. C'est le mignon petit brun ?
- Il y avait pas mal de mignons petits bruns ! » fit Rachel en riant. « Non, c'est le blond.
- OHHHHHHHH ! » roucoula Ethan, s'attirant un regard réprobateur du metteur en scène qui venait de houspiller sévèrement un danseur. « Bien joué, Berry !
- Mais arrête, voyons ! » répondit Rachel avec dignité, alors qu'elle s'apprêtait à subir les habituels reproches de James, qui de rage après le danseur venait de donner un coup de poing dans un arbuste en plastique. Evoquer son séjour chez Sam devrait donc encore attendre un petit moment.
Pendant sa pause de midi, elle rejoignit Tina pour un rapide déjeuner au Candle Café. Elle lui demanda en riant comment elle devait l'appeler désormais : Chang, Cohen-Chang-Chang, à moins que ce ne soit l'inverse… Tina lui dit dans un sourire que cela lui était égal. De retour de sa lune de miel en République dominicaine, elle avait une mine superbe. Lorsque leur commande arriva, Rachel se mit à évoquer les répétitions du spectacle et se décida à rapporter, mine de rien et d'un ton détaché, les remarques d'Ethan. « Il faut croire que même en 2017, une fille qui va dormir chez un ami, cela reste toujours suspect ! » protesta-t-elle, plantant avec rage sa fourchette dans sa tourte aux légumes.
Tina eut un sourire : «Je ne crois pas que ce soit ça… C'est juste que tu ne parles jamais de garçons ! Alors, il ne faut pas s'étonner que ça fasse réagir tes amis…
- Comme quoi, on ne sort jamais des années lycées : rumeurs rumeurs rumeurs !
- Tu n'étais pas la dernière, au lycée, à t'intéresser aux ragots !"
Rachel ignora sciemment la remarque de Tina. « En plus, l'info risque d'être bien vite déformée. Bientôt toute la troupe va penser que j'ai un amoureux cow-boy de rodéo !
- Ouh la la, maintenant j'ai l'image mentale qui se dessine devant mes yeux, c'est assez drôle en effet, merci ! » Elle se servit un peu d'eau et remarqua incidemment : « Toi et Sam, vous avez l'air de vous bien entendre… »
Rachel la considéra d'un air soupçonneux. Tina lâcha un rire. « Détends-toi Rach', pourquoi tu réagis au quart de tour dès que le nom de Sam est prononcé ?
- C'est que… ». Rachel soupira. « J'aime bien Sam. C'est un ami. Un AMI, j'insiste ! Mais je ne peux pas m'empêcher de penser… Tu sais, mes seules relations amoureuses sérieuses remontent justement à l'époque du Glee Club. En fait, il s'agit de mon histoire avec Finn, puisqu'on ne peut pas parler de véritable relation avec Puck. Je n'ai pas envie d'être… la fille qui ne peut vivre dans le passé, qui n'avance qu'en terrain conquis, qui évolue uniquement avec des gens qu'elle connaît.
- Tu as peur qu'on pense cela de toi ?
- Oui. » répondit Rachel avec franchise. « C'est pas que je ne veux pas rencontrer de nouvelles personnes. Je vis à New York, ma vie c'est Broadway : je rencontre des gens formidables tous les jours.
- Je ne te suis pas trop… » avoua Tina. « Tu penses qu'en allant vers Sam, on va te prendre pour la fille qui cherche à se caser par défaut avec un ami ? »
Rachel considéra Tina avec surprise. « Hé bien, on ne peut pas dire que tu manques de franc-parler… Mais oui, c'est un peu ça.
- Tu sais, personne ne te juge, Rachel… Ne le prends pas mal, mais tout le monde est trop occupé à vivre sa propre vie ! »
Elle médita un moment les paroles qu'elle venait d'entendre. Peut-être qu'elle se posait trop de questions. Après tout, à part quelques sous-entendus pas méchants, personne ne l'avait vraiment interrogé sur le fait qu'elle aille chez Sam.
« Je ne cherche pas quelqu'un… » finit-elle par dire, sur le ton de la défensive.
Tina lui fit un sourire, posa sa fourchette et dit tranquillement : « Mais parfois, cette personne – qui qu'elle soit, te trouve quand même… »
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Vol New York – Memphis, 30 avril 2017
" Mesdames et messieurs, nous amorçons notre descente vers l'aéroport de Memphis, Tennessee. Il est 17h25 heure local. La température extérieure est de 21°. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage et… »
Tandis que l'hôtesse déroulait son discours impeccablement rôdé, Rachel jeta un dernier coup d'œil dans son sac à main. Dans son agenda était déjà noté le premier rendez-vous avec un professeur de diction, qu'elle avait eu au téléphone il y a deux jours. James avait insisté pour qu'elle rencontre le meilleur spécialiste des accents du Tennessee, qui enseignait également la linguistique à l'université. Rachel se demandait bien comment on pouvait se spécialiser dans les accents du Sud des Etats-Unis, mais après tout, si cela pouvait la rendre meilleure sur scène, elle n'avait pas à hésiter une seconde. « C'est le seul but du voyage ! » se dit-elle avec conviction. Bien sûr, elle était ravie de revoir Sam. Tina n'avait pas tort, tout deux s'étaient rapprochés, d'une certaine façon. Elle continuait d'écouter son émission dès qu'elle le pouvait, bercée dans un demi-sommeil par la voix de Sam, et parfois réveillée au milieu de la nuit par une étrange mélodie country issue de la programmation nocturne de WBMI, parce qu'elle avait laissé la radio allumée. Ils s'appelaient au téléphone de temps en temps, elle entendait Sam accorder sa guitare à l'autre bout du fil tandis qu'il lui racontait les dernières frasques de Max au studio (l'approche de Memphis in May et de son traditionnel Barbecue Cooking Contest qui agrémentait à sa manière les différents concours musicaux le rendait d'humeur particulièrement facétieuse), ou qu'il lui parlait de Stacey et de ses progrès en danse traditionnelle irlandaise (« Oui, je sais, c'est étonnant comme choix ! » disait Sam en riant). Elle lui faisait écouter le bruit de la circulation new-yorkaise qui parvenait jusqu'aux fenêtres de son petit studio, ou lui expliquait les complexes exercices de chants auxquels elle devait se soumettre. Oui, évidemment, des liens s'étaient crées. En regardant par le hublot l'avion atterrir sur la piste, Rachel se dit cependant que son objectif premier était de progresser dans la maîtrise de ce fichu accent. Et pas autre chose.
Bien qu'on ne soit pas à New York, les procédures pour sortir de l'aéroport restaient compliquées. Surtout que Sam avait accepté que Rachel vienne avec son chat Honey, ce qui corsait encore un peu plus les opérations. Après avoir récupéré sa valise rose, et prit sous son bras le panier contenant un Honey terrifié après des heures dans une soute d'avion, Rachel arriva tant bien que mal dans le hall de l'aéroport. La foule était dense, les derniers participants au festival cherchant eux aussi à quitter l'aéroport : des bluesmen, des instruments diverses, des rires résonnaient dans l'immense bâtiment. Il faisait presque chaud. Rachel s'arrêta pour essuyer quelques perles de sueur sur son front, et aperçu Sam. Elle avança vers lui, et sans réfléchir le prit immédiatement dans ses bras. Et là, l'évidence la frappa. « Tu es vraiment mal barrée, ma fille… » se dit-elle, son menton contre l'épaule de Sam. « Reprends-toi ! » pensa-t-elle, se détachant de Sam et lui confiant sa valise.
Sam lui donna son bras, et lui dit : « Bienvenue à Memphis, Miss Berry ! ».
