Note de l'auteure M : Alooch... je crois bien que c'est le plus long chapitre de toute cette fic. J'espère que ça tiendra quand même. Ne soyez point découragés ! ^^
W : Héhééé et nous continuons de conquérir le monde, hyek, hyek... * prenant un air plus innocent * Juste pour signaler à Ambroise qu'en effet, les adjectifs 'petit' 'minuscule' et 'rouge' semblent pouvoir se référer à Edo-sama (comment ce frère indigne peut-il ainsi blasphémer sur la magnificence suprême qu'est le vénérable et supérieur Edo-sama ?) Quant à la phrase du café, il n'y a pas d'erreur, c'est juste qu'Edo-sama, quand il boit trop de café, oublie ce qu'est une négation. Il faut donc lire ''ce n'est plus comme une simple amie''. Cette explication est-elle suffisante ?
M : Y a intérêt... Grrr...
W : Pardon, M a tendance à se vexer très vite quand on ne comprend pas ce qu'elle veut dire (mode Alphonse on) Pardon, pardon, j'ai honte... (mode Alphonse off) En attendant, bonne lecture ! Enujjoyu !
* * * * *
Chapitre 10 : Comment établir un traité en 5000 leçons.
On va peut-être me considérer comme un fou complètement paranoïaque, mais je sais que mon frère est incapable de s'occuper correctement de quoi que ce soit (même quand menacé de mort par sa mécanicienne), et encore moins d'un chat (et d'ailleurs, aussi fou que je puisse paraître, à côté de lui je suis très sain d'esprit). Il peut le nourrir, à la rigueur (ou plutôt le laisser manger ce qu'il trouve par terre au vu du bordel de son appartement, ou même dans son frigo et ses placards puisqu'il est bien capable d'oublier de fermer les portes... mais après tout, c'est tout ce que je lui demande).
Mais nettoyer sa litière ?
Je ne suis pas utopiste.
Ma question est donc simple : qui êtes-vous et pourquoi vous occupez-vous de mon chat ?
PS : Edward, si tu tombes sur ce mot parce que je t'ai mal jugé, sache que mon repentir sera immense et je te promets de te payer le restaurant tous les jours midi et soir pendant un mois pour me faire pardonner.
Sian n'avait pas pensé qu'Alphonse, avec son air un peu naïf, aurait tant de jugeote, au point de deviner aussi vite les raisons de l'évolution de son chat (et tout ça grâce à son apaisante présence, elle maîtrisait tellement bien les techniques de relaxation xinoise, quelle classe).
Elle s'attendait encore moins à ce qu'il se manifestât par écrit, mais après tout, vu le nombre de fois où elle avait vu ses lettres traîner sur les meubles d'Edward, elle aurait dû se douter que c'était un support qu'il privilégierait.
Par contre, il ne semblait pas avoir la moindre idée de qui elle était. Parce qu'Edward ne lui avait jamais parlé d'elle (ce qui l'étonnerait beaucoup tout de même, puisque son collègue vantait toujours le talent et la passion de son frère pour l'alchimie) ou parce qu'il n'avait absolument aucune jugeote et ne faisait pas le lien ?
Quant au PS, il lui indiquait une chose : Alphonse était persuadé que jamais Edward ne tomberait sur cette lettre, au vu de ce qu'il était prêt à promettre. Cela la fit sourire. Peut-être pourrait-elle en tirer parti. Il y avait tout plein de restaurants devant lesquels elle passait sans cesse et qui la tentaient bien, tout en affichant des prix tueurs de porte feuille.
La promesse des repas restaurant pendant un mois peut-elle me concerner pour que j'évite de laisser échapper la si mauvaise opinion que son frère a de nous savons qui ?
Alphonse s'écroula dans un fauteuil en lisant cette réponse, ignorant s'il devait être amusé ou effrayé de voir qu'Edward avait rencontré quelqu'un d'aussi vorace que lui (il était maintenant prêt à parier qu'ils s'étaient rencontrés dans un restaurant, ou devant un vendeur à la sauvette où ils s'étaient battus pour le dernier sandwich) et que ce mec (son écriture partait trop dans tous les sens pour être celle d'une fille, même Winry n'écrivait pas aussi mal, et d'abord qui d'autre qu'un grand type – ou lui, qui partageait le patrimoine génétique des Elric – pouvait rivaliser avec Edward sur le plan digestif ?) avait déjà eu son pauvre Griney en son pouvoir, et l'aurait sans doute de nouveau, puisqu'il n'était revenu que pour quelque temps et devrait sans doute repartir très bientôt, sa mission de réquisition de gants à Centrale s'étant très facilement déroulée (il avait été impossible de mettre la main sur le colonel, mystérieusement mis en congé pour raison d'apathie sérieuse et déclarations insensées selon lesquelles il ne donnerait plus jamais de rendez-vous à une femme, qui faisaient sérieusement de son équilibre mental du moment, et Alphonse s'était seulement contenté de forcer la serrure du tiroir de son bureau – heureusement qu'Hawkeye avait été affectée ailleurs, même si c'était comme secrétaire d'un homonculus devant faire le compte des vies perdues par mois – pour y prendre les gants, et y plaçant un mot d'explication pour quand le colonel reviendrait, cela lui remonterait sans doute le moral).
Il calma cependant son angoisse pour son adorable chaton (qui grandissait cependant à vue d'oeil) en se disant qu'il risquait davantage de devenir gros que de se faire manger – à moins que ce type ne s'en occupât bien que pour essayer une recette de ce pays barbare qu'était Xing où des paysans sauvages mangeaient les chats errants ?
Alphonse priait pour que le gars soit hors de la sphère d'influence de l'infâme monstre rampant d'origine orientale à contrôler, qu'il ne soit par exemple que le voisin d'Edward qu'il ne voyait que pour garder le chat.
La promesse pourra éventuellement s'étendre partiellement à une tierce personne si elle fait tout le nécessaire pour maintenir Griney dans sa meilleure forme et le plus grand bien-être possible – une sorte de remerciement, puisque je sais bien qu'Edward, qui n'a aucun sens des valeurs d'un chat, est incapable de songer ne serait-ce qu'à remercier qui que ce soit pour bien s'en occuper.
La liste qui suit est un rappel résumé de tout ce à quoi il faut penser.
Sian parcourut en diagonale les deux premières des neuf pages qui constituaient la liste résumée, se demandant comment Alphonse avait trouvé le moyen 1) de la rédiger en si peu de temps, puisqu'il n'était resté à Centrale que deux ou trois jours, et 2) de la faire entrer dans la cage de Jin.
Elle nota que cela ressemblait davantage à une thèse de fanatique mixé avec un maître-gâteau qu'à des indications utiles et envoya le tout sur sa pile de brouillons (cet idiot n'avait utilisé que le verso de ses feuilles, quelle honte ! Comme si le papier tombait du ciel) en se disant qu'il ne pouvait pas être sérieux et que, dans ce cas, sa blague n'était absolument pas drôle.
De plus, ses espoirs d'après lesquels il aurait un meilleur nom qu'elle pour Jin s'était envolé par la fenêtre, avait d'ailleurs raté son décollage, au point de rentrer dans le premier lampadaire venu et de s'écraser misérablement au sol où il s'était vu réduire à l'était de crêpe de purée par un char d'assaut militaire qui passait par là, conduit par le colonel Mustang, en plus.
Elle ne savait si elle devait les venger ou au contraire remercier Alphonse de lui montrer qu'au moins dans un domaine il y avait au moins une personne de vraiment pire qu'elle. Même s'il ne s'agissait que de donner un nom à une boule de poils.
Le fait qu'il n'ait fait aucune remarque sur son écriture affreuse (elle devait souvent déchiffrer ses remarques illisibles pour ses élèves et Edward se plaignait sans arrêt de sa calligraphie torturée à cause de l'influence du xinois, alors même qu'il écrivait comme un pied d'automail en début de rééducation) fit finalement pencher la balance du côté de l'immense et époustouflante magnanimité (si elle voulait être un sage vénéré, autant s'entraîner dès maintenant pour ce futur job, qui promettait d'être sympa).
De plus, Edward lui avait proposé de venir avec lui à Resembool aux prochaines vacances, argumentant haut et fort qu'Alphonse voulait absolument la rencontrer donc qu'elle devait l'accompagner. Ce à quoi Sian avait répondu qu'il suffirait pour cela qu'il lui permette de venir chez lui quand son frère était à Centrale, ce qu'il n'avait jamais fait jusqu'alors, prêt à barricader son quartier pour qu'elle ne puisse pas approcher et déranger ses étranges expériences avec son frèrichounet.
Il avait visiblement eu beaucoup de mal à comprendre cet argument. Alors elle avait ajouté que ce n'était pas la peine d'essayer de lui faire croire à cet alibi honteusement inventé pour pouvoir aller voir Winry à Resembool sans éveiller de soupçons (mouais), puisqu'il semblait étendre sa paralysie téléphonique aux visites à la famille. Edward avait alors baissé les bras (ou plutôt élevé le taux de coloration de son visage en protestant d'une voix entrecoupé que non, c'était pas ça du tout, c'était vraiment Alphonse qui lui avait dit qu'il voulait la rencontrer, ce par quoi Sian avait conclu qu'Alphonse était bel et bien un benêt pour ne pas avoir deviné qu'elle et l'individu s'occupant de Jin n'étaient qu'une seule et même personne).
Malgré tout, elle n'avait pas l'intention de tout foutre en l'air en se montrant peu sympathique avant même de le voir en vrai.
Cela risquerait de compromettre la situation de ce pauvre chat, Alphonse ne permettrait plus qu'elle s'occupe de lui, alors qu'elle l'aimait bien, Jin – ou Griney, quel nom préférait-il ? Lorsqu'elle posa la question au félin, il refusa de lui répondre, montrant qu'il était dans une profonde indécision, et que donc elle devait tout faire pour l'empêcher de devoir subir une séparation – et non, ce n'était pas parce qu'elle était intéressée par Alphonse à force d'entendre parler de lui.
N'étant pas le maître de « Griney », je n'ai absolument pas l'intention de lui fournir le traitement optimal, qui risquerait de déstabiliser le pauvre animal. Mieux vaut un traitement peut-être moins approprié, mais qui lui permettra de garder une vision claire de qui est son vrai maître – or, il me semble que ce n'est pas moi, et je n'ai pas envie de vous éloigner l'un de l'autre.
D'ailleurs, j'ai remarqué que tu faisais de nombreux voyages très bref, j'ai bien peur que cela ne le perturbe également de changer si fréquemment de lieu d'habitation, une restriction serait donc recommandée, tu ne crois pas ?
Voilà qu'il devenait familier. Était-ce positif (ce n'était pas un coincé) ou négatif (c'était un sans gêne) ? Alphonse ne sut pas trop.
En même temps, il était d'accord sur son avis concernant les nombreux voyages qu'il faisait en ce moment, il devrait passer plus de temps avec Griney, il était vraiment un maître indigne, c'était un miracle que le chat veuille encore de lui, au fond il était peut-être vrai qu'il ne valait pas mieux que tous les autres vils humains, ce type avait l'air plus attentif, il devrait peut-être se séparer de Griney, se sacrifier pour le bonheur futur de l'animal, quand bien même ce serait douloureux. Il avait déjà subi pire.
Mais en même temps, il devrait pouvoir se rattraper une fois sa mission accomplie, mission qui était un sacrifice nécessaire. Il avait déjà réussi les deux tiers du plan, à savoir récupérer les gants du colonel et maîtriser son alchimie des flammes (il s'était pour cela entraîné dans un coin perdu – encore plus que Resembool – et c'était tant mieux car il aurait dans le cas contraire massacré la moitié de la population de Centrale), restait le plus difficile : encore un stage intensif chez leur maître, Izumi Curtis, afin de pouvoir déjouer les techniques basses que cette Sian utilisait forcément (d'autant plus basses qu'elle était riquiqui, hé hé).
Pour se rattraper, il promit à Griney de longues semaines seul avec lui, où il ne ferait que le pomponner. L'indifférence affichée de l'animal, quand il s'agenouilla à côté de lui pour en faire le serment solennel, le vexa un peu, mais il modéra son sentiment en se disant qu'il était naturel qu'il lui en veuille, vu qu'il était un maître tout à fait indigne (cette Sian était vraiment une sorcière, rien que de connaître son existence l'avilissait !).
Mais bientôt, bientôt tout serait fini, le mal suprême éradiqué, et il pourrait se rattraper, Winry pourrait attacher Edward à un arbre et le menacer de sa clef à molette s'il utilisait l'alchimie pour se libérer et s'enfuir, et tout irait mieux dans le meilleur des mondes possibles – et on le vénérerait pour son action salvatrice, et il pourrait se consacrer à sa thèse, non mais.
Je promets de moins vagabonder à l'avenir, je suis juste très occupé en ce moment et ne peux prévoir tout à fait ce que je vais faire ensuite, d'autant plus que plusieurs imprévus d'importance capitale retiennent mon attention et me contraignent à changer mes plans à la dernière minute.
Je te demande juste de t'occuper une dernière fois de Griney, ensuite je ferais en sorte que tu n'aies plus à t'en charger, je comprends que tu n'aies pas que ça à faire que de servir d'exploité à mon frère.
Sian ne put s'empêcher de se sentir triste en lisant cette lettre. Avait-elle donné l'impression qu'elle ne voulait plus s'occuper de Jin ? Tout de même pas, si ? En tout cas, le chat risquait de lui manquer profondément. Elle en parlerait à Alphonse lorsqu'il arriverait.
Elle regarda par la fenêtre, contemplant un instant la fort jolie campagne de Resembool (endroit idéal pour passer ses vacances d'été, c'était vrai) où il devait bientôt les rejoindre. Elle n'avait pas trouvé un instant seule pour regarder s'il y avait un mot dans la cage de Jin avant, et s'était un peu questionnée sur son impatience à en trouver un.
Sans doute parce qu'elle n'avait pas pu vérifier tout de suite.
Réaction typique de toute personne normale : il suffit que quelque chose, même totalement insignifiant, soit hors d'atteinte pour que cela suscite son envie. Un point, c'est tout.
Elle se leva et descendit à la cuisine pour confirmer sa conclusion et s'affirmer que la réflexion était close. Elle y trouva Winry, seule, Edward ayant visiblement décidé de passer sa journée entière à bouder dans son coin.
En effet, sitôt arrivé à la porte de la maison, il avait eu droit à un examen attentif de son automail. Au premier coup d'oeil, Winry avait remarqué une légère tache sur son avant bras, résultat d'une attaque accidentelle à la soude pendant un cours quelques jours plus tôt.
La tête d'Edward ayant bien montré qu'il avait espéré qu'elle ne verrait rien – n'ayant visiblement pas du tout conscience que son « amie » était une professionnelle – il s'était pris un surprenant coup de clef à molette sur la tête (Sian avait admiré cette technique et s'était demandé si Winry voudrait la lui apprendre), suivi de quelques cris de reproche, et cela avait suffi à vexer ce petit douillet qui avait posé ses valises et fait volte face pour s'enfuir comme un lâche.
Sian s'était retrouvée seule face à une Winry visiblement très gênée et n'ayant qu'une envie, s'était de se trouver ailleurs – mais pourquoi donc ? - puis le salut était venu sous la forme de l'étrange petite vieille aux cheveux en épi de maïs qu'elle avait déjà vue sur des photos (elle était encore plus petite en vrai, plus petite qu'elle, Sian, c'était dire), qui lui avait souhaité la bienvenue en l'inspectant de haut en bas comme si elle était un automail géant, avant de la mener à sa chambre – qui, ô comble de misère, était juste à côté de celle d'Edward, comme l'en informa la petite vieille nommée Pinako, alors que franchement, Edward aurait pu dormir n'importe où, comme pendu à un arbre ou dans la grange qu'on voyait plus loin, elle s'en contrefichait.
Hélas, maintenant qu'elle redescendait, Sian se retrouvait dans la même situation que quand son collègue l'avait honteusement abandonnée en milieu inconnu (mais après tout, ça, il le faisait tout le temps), et cette fois-ci, il n'y avait pas de vieille avec une pipe pour venir à son secours.
Elle s'assit à la table de la cuisine dans un silence gêné – pourquoi était-elle gênée, Winry lui envoyait des ondes négatives sans aucune raison, ce n'était pas juste – jetant un coup d'oeil méfiant à la clef à molette exposée bien en évidence sur la table, d'une taille non négligeable (mais pourquoi Sian était-elle une naine, pourquoi ?). L'autre jeune fille semblait s'appliquer à étudier le papier peint de la pièce, qu'elle devait pourtant déjà connaître par coeur.
Sian décida de ne pas se laisser démonter et de faire la conversation. Si l'ambiance ne s'améliorait pas vite, elle ne supporterait pas de rester deux semaines ici comme prévu, et encore moins de repartir avec un sentiment d'échec, puisqu'elle avait décidé de s'assurer des sentiments de Winry et de forcer Edward à lui en parler, en l'attachant à un arbre s'il le fallait.
« C'est pour le taper à nouveau quand il reviendra ? » demanda-t-elle en désignant la clef à molette, ne trouvant rien de mieux.
Winry sursauta légèrement en tournant brusquement la tête vers elle, comme si elle venait d'entendre sa chaise lui parler. Puis elle sembla comprendre la question et répondit, visiblement sans savoir ce qu'elle disait.
« Oui... heu, non... Je ne sais pas. Peut-être. S'il refuse encore de me laisser faire ce qu'il faut faire pour son automail. » Elle jeta un petit regard vers Sian, puis baissa de nouveau les yeux – avait-elle peur que Sian devine quelque chose si elle la regardait en parlant d'Edward ? Mais voilà qui était fort intéressant ! « Ne t'inquiète pas, je ne vais pas trop l'abîmer, il est habitué. »
« Oh, je ne m'inquiète pas, il a bien besoin de ça, ce crétin. » Devant un autre coup d'oeil de Winry, apparemment saisie, elle se dit qu'elle avait peut-être été un peu directe pour la pauvre jeune fille. « Mais pourquoi tu le fais, si ce n'est pas indiscret ? »
Nouveau coup d'oeil de Winry, qui semblait essayer de déterminer si Sian était vraiment intéressée par ce qu'elle demandait. Ce qui était le cas, s'il y avait une technique secrète pour neutraliser Edward, Sian était preneuse, histoire d'avoir enfin un ou deux week-end de libre par an.
Puis la jeune femme étudia de nouveau ses mains posées sur ses genoux.
« Oh, c'est une habitude que j'ai prise quand j'étais plus petite... » répondit-elle avec hésitation, avant de vérifier si Sian l'écoutait par un coup d'oeil supplémentaire. Celle-ci s'était penchée en avant, écoutant avec attention prête à saisir la moindre information utile.
Cela sembla encourager son interlocutrice, car elle continua, prenant un ton légèrement conspirateur de celui qui raconte un secret médisant – le ton parfait.
« Il ne faisait jamais attention à ce sur quoi il marchait, et passait son temps à donner des coups de pieds dans mes outils de mécanique. D'accord, ils auraient pu être mieux rangés, mais tout de même, lui, il aurait pu faire un effort. Un jour il a dépassé les bornes... »
Oh, ce devait être quelque chose de vraiment terrible, Edward était en réalité un criminel, cela devenait en effet très intéressant.
« ... il a shooté dans ma clef à molette fétiche... »
Winry tapota celle qui se trouvait en face d'elle, comme pour la rassurer face à ce récit sans doute traumatisant.
« ... alors c'est pas compliqué, je lui ai fait comprendre ce que ça pouvait faire comme effet à ma clef en lui rendant la pareille – en lui tapant avec sur la tête. »
Sian était pendue à ses lèvres, et Winry commençait à se dégeler, laissant un petit sourire apparaître sur ses lèvres.
« Et je lui ai dit qu'il prendrait la même chose s'il recommençait. Ensuite, il a arrêté de marcher n'importe comment quand mes outils étaient à proximité. Et comme ça avait marché pour ça, j'ai décidé d'essayer la même techniques pour d'autres choses qu'il faisait et pour lesquelles il méritait d'être châtié. Et voilà. »
Sian hocha la tête, admirative, approuvant l'infaillibilité d'une telle technique.
Puis elle posa la question qui la titillait. « Donc tu l'as utilisée pour le forcer à prendre soin de son automail. Mais il n'y a pas une diminution de l'efficacité au bout d'un moment ? Je veux dire, là par exemple, il a trouvé le moyen de l'endommager tout de même. »
Winry examina sa clef à molette, qu'elle avait prise dans sa main comme pour s'assurer de sa solidité, l'air songeur. Elle prenait la question de Sian au sérieux.
« Non, » dit-elle finalement. « Je crois que ça va encore. Je veux dire, ça, c'est rien. Avant, il revenait avec le bras entièrement disloqué, voire pas de bras du tout. Et il ne me disait jamais comment il avait fait pour le mettre dans un état pareil. »
« Si tu veux savoir, cette fois-ci, c'était de la soude. »
Winry ouvrit de grands yeux, s'étrangla, puis se leva en brandissant sa clef, regardant Sian d'un air furieux – celle-ci cependant ne s'inquiéta pas, se doutant que sa colère n'était pas dirigée contre elle.
« De la soude ? » s'exclama Winry d'une voix suraiguë. « Mais il est fou, ce type ! Qu'est-ce qu'il a fait pour réussir à mettre de la soude sur la magnificence suprême qu'est mon automail ? »
« Hum, petite expérience ratée, la routine quoi. »
« Expérience ratée, expérience ratée, je t'en foutrai des expériences ratées, moi ! » répliqua Winry, marchant de long en large dans la cuisine, regardant fréquemment vers la porte ouverte sur la campagne, attendant visiblement qu'Edward ait la bonne idée de se pointer en cet instant précis pour le lui faire payer. « D'abord avec Al, maintenant en cours, il fait que ça, ma parole ! »
Visiblement, ce n'était pas la première fois qu'Edward décidait de faire joujou avec des produits chimiques et de l'alchimie pour provoquer des conséquences désastreuses.
« C'est si grave que ça, de la soude sur un automail ? Je veux dire, le métal a l'air assez résistant. »
Winry sembla ne pas pouvoir s'empêcher de frissonner à la mention de « soude » et « automail » dans la même phrase. Puis elle se tourna vers Sian – la regardant enfin véritablement – avec un air incrédule.
« Si c'est grave ? Mais bien sûr que c'est grave ! Il faut que je change le plateau, si ça se trouve ça aurait pu endommager l'intérieur. Pourquoi il a attendu tout ce temps avant de venir, si ça se trouve il y a des dommages irréparables ! »
Sian eut un sifflement appréciateur.
« Eh ben, s'il avait su ça, il aurait déjà eu un prétexte tout trouvé pour venir, il n'aurait pas eu à inventer cette histoire qu'Alphon... »
Elle s'arrêta soudain au milieu de sa phrase, réalisant ce qu'elle était en train de faire. Oh, non elle préparait involontairement le terrain pour Edward, alors que ce devait être un chemin ardu pour lui, plein d'épines et d'embûches, jusqu'à réussir à dire ce qu'il avait sur le coeur. Mais quelle idiote elle était !
« Un prétexte ? » demanda Winry, toute calme tout d'un coup, et toute blanche par la même occasion.
Sian se dit que puisqu'elle en était là, autant continuer. Elle forcerait Edward à la rembourser plus tard.
« Oui, un prétexte, » répondit-elle avec le ton calme, simple et posé de toute xinoise qui se respecte.
« Pour quoi ? »
« Pour venir. »
« Pourquoi ? »
Sian eut la légère impression que Winry n'avait pas compris sa réponse et répétait sa question, puis se souvint que la langue d'Amestris était à moitié rachitique, considérant que couper un mot en deux en y mettant un espace était suffisant pour changer le sens de ce qu'on disait – parce que bien sûr, quand on parlait, les espaces se voyaient beaucoup, il étaient même indiqués avec des panneaux lumineux roses ou verts.
Donc Winry avait compris et posait une question différente. Découverte suprême.
« Ben, parce qu'il lui fallait un prétexte. »
« Oui, mais pourquoi ? »
« Parce qu'il marche avec les visites comme avec le téléphone. »
« C'est-à-dire ? »
« Qu'il lui faut une ''raison'' soi-disant valable pour appeler. Et pour venir. »
« Mais pourquoi il fait ça ? »
Sian la fixa intensément. Puis dit lentement : « Ça me semble assez évident, » tout en maintenant son regard, pour lui faire comprendre que oui, c'était bien elle qu'elle regardait, et non, ce n'était pas le papier peint – Edward ne devait même pas en avoir remarqué la couleur, aucune chance qu'il vienne pour le revoir parce qu'il lui manquait et qu'il l'appréciait.
Winry sembla ne pas comprendre ce que Sian sous-entendait – ou plutôt refuser de comprendre, il était vrai qu'être la cible de l'intérêt d'Edward était un métier dangereux – mais comprendre en revanche qu'elle ne serait pas plus explicite.
« Et il utilise quoi, comme alibi ? » demanda-t-elle à la place de précisions plus importantes.
En réponse, Sian haussa les épaules. « J'en sais rien, moi. Je ne sais pas quelles sont ses pratiques d'approche. Mais j'ai cru comprendre qu'il avait du mal à appeler pour autre chose que pour son automail. »
Il y eut un silence, pendant lequel Winry eut un petit froncement de sourcil perplexe, comme si elle essayait de donner un sens à toute la conversation sans y parvenir. Puis soudain, quelque chose apparut dans ses yeux, un soupçon effrayant et outragé. Ses lèvres s'entrouvrirent et elle prit une inspiration furieuse. Sa main se serra si fort autour de sa clef à molette que Sian ce demanda si elle ne se faisait pas mal.
C'est le moment précis qu'Edward choisit pour arrêter d'être un gamin boudeur et redevenir un inconscient suicidaire, en entrant par la porte de la cuisine, les mains dans les poches, le pas un peu lourd.
Aussitôt, Winry fit volte face et lui tomba dessus, prête à frapper si son soupçon se confirmait. Ce devait vraiment être quelque chose d'horrible.
« J'y crois pas, comment tu peux faire exprès de casser ton automail pour venir ici ? » hurla-t-elle avec une force impressionnante, qui fit bourdonner les oreilles de Sian et lui fit se demander si Edward, lui, n'était pas devenu sourd.
Celui-ci, pris au dépourvu par l'assaut violent auquel il avait cru échapper par sa fuite infâme, blêmit et, avec sa discrétion habituelle et son aptitude à taire les choses à taire absolument pour sa propre sécurité, s'exclama à son tour : « Comment tu sais ? » avant de fermer la bouche avec un « clac » audible et d'y porter la main, son visage ayant une curieuse expression : rouge jusqu'aux oreilles – allait-il essayer de faire passer ça pour de la colère ? - avec dans son regard une crainte, non, un effroi aussi grand que quand il avait évoqué son maître quelques jours auparavant, quand il avait dit à Sian, avec une admiration et une fierté sans bornes, que son frère avait trouvé le courage d'y retourner.
Il devait penser que la clef à molette allait vraiment lui réduire le crâne en bouillie, cette fois-ci.
Mais au lieu de frapper, Winry se retourna vers Sian, visiblement trop ahurie pour frapper, et son regard ne faisait que demander si elle avait bien entendu, si ce que Sian lui avait fait comprendre était bel et bien vrai, et pourquoi elle lui avait fait réaliser ça, c'était possible tant de vilenie en ce monde, quelqu'un qui casse volontairement un automail, et d'abord pourquoi on peut faire ça, pour quelle raison hautement vitale et supérieure ?
Son air perdu montrait qu'elle n'en voyait aucune. Sian soupira. Avec Winry aussi, il allait falloir du temps. Rien d'étonnant à ce qu'il n'y ait rien entre eux. Il avaient vraiment besoin de l'aide suprême qu'elle pouvait leur apporter dans son immense magnanimité.
Remarquant le regard qui passait entre ses deux amies – même si l'une des deux était bien plus qu'une amie, il fallait qu'il l'admette, mais il était carrément lent à la détente sur ce coup-ci – Edward prit une expression outrée et trahie.
« Comment t'as pu lui raconter une chose pareille ? » lui demanda-t-il d'un ton accusateur, tentant comme Sian l'avait prévu (comme il était prévisible ! C'en était déprimant) de faire passer – de façon peu efficace, certes – sa gêne optimale pour de la colère, et ce que Sian était censée avoir dit pour un mensonge.
« Je ne savais rien, elle l'a compris toute seule, et en fait, c'est toi qui t'es vendu. Tout seul. »
Tout cela dit toujours avec son calme importé de l'est, en insistant bien sur les deux derniers mots. En réponse, Edward eut un grincement de dents très intéressant, qu'elle n'avait jamais vu ni entendu, ce qui lui fit hausser les sourcils. Winry, elle, ne cilla pas, semblant y être habituée. Puis il leva ses deux bras en l'air.
« Cette fois-ci, je vais te zigouiller ! » clama-t-il avec tant de conviction que Sian se demanda si ce n'était pas cela, le manque de motivation, d'envie de meurtre, qui lui manquait quand il se battait contre elle et lui permettait à elle de l'envoyer au tapis si facilement.
Puis elle se demanda à quel point sa présence augmentait ses capacités. Son esprit de chercheuse s'éveilla. Elle devait savoir. Et elle ne pouvait pas attendre.
« Tu veux que je te rétame encore une fois ? » demanda-t-elle d'un ton bas et menaçant en se levant lentement.
« Cette fois-ci, ça marchera pas, » répliqua-t-il. « J'ai battu Al, l'autre jour, je te signale. » Comme si c'était un haut exploit et le plaçait au niveau supérieur, voire au sommet.
« Ne viens pas pleurer ensuite si je t'explose de nouveau, » fit Sian d'un ton calme en enlevant ses pics de ses cheveux et en se faisant une queue de cheval à la place à l'aide d'un des élastiques qu'elle portait toujours au poignet. Winry la regarda faire avec un drôle d'air, puis garda les yeux fixés sur les deux baguettes laissées sur la table.
Comme si Sian allait les garder et les laisser s'en aller pendant qu'elle se battait ! Son chignon ne tiendrait jamais. Mais après tout, ce serait un handicap intéressant, des cheveux dans les yeux et pour entraver ses bras (oui, ses cheveux avaient des tendances de pieuvre à ventouses et s'enroulaient autour si elle les laissait faire), cela donnerait sans doute plus de chance à Edward. Mais pas beaucoup. Hé, hé.
Celui-ci était déjà dehors, attendant impatiemment de commencer – il était vraiment masochiste. Sian croisa le regard de Winry en sortant. Elle eut un petit sourire.
« Ne t'en fais pas, » dit-elle doucement. « Je ne vais pas trop l'abîmer. Il a l'habitude. »
Winry écarquilla légèrement les yeux, semblant réaliser le renversement de situation dans le domaine du sous-entendu, et Sian la vit commencer à rougir.
Pour ne pas la gêner, elle évita de la fixer avec un sourire entendu – elle ne pouvait le faire qu'avec Edward, qui ne les remarquait jamais, avec sa finesse d'observation qui en était presque légendaire – et descendit les quelques marches pour rejoindre la prairie ou Edward bondissait sur place, impatient d'essayer en vain de lui faire payer ce dont il était le seul coupable.
Elle sentit le regard de Winry sur elle, un regard songeur. Comme si elle devait reconsidérer tout ce qu'elle pensait jusqu'alors.
Sian se demanda ce que Winry devait se demander, puis fut hélas contrainte d'abandonner ses réflexions poussées pour porter un petit peu plus d'attention au combat qui venait de débuter, au moment où elle fut contrainte de lever le bras pour parer un coup.
En effet, Edward gesticulait beaucoup plus quand il était vraiment énervé, et d'ailleurs elle ne comprenait pas pourquoi il l'était, elle lui avait mâché le travail pour qu'il lui fasse sa déclaration enflammée, de quoi se plaignait-il ?
Elle ne put s'empêcher de réfléchir tandis qu'elle continuait à parer, puis s'accroupissait soudain et lui faisait un croc-en-jambe, après lequel il se rattrapa en jouant au gymnaste et en prenant ses distances.
Peut-être n'avait-il pas compris les raisons de sa manoeuvre subtile ?
Il sauta pour lui donner un coup de pied à la tête (ah, il profitait lâchement de sa taille, hein !) mais elle lui attrapa la jambe après s'être baissée et l'envoya voler en se servant de son propre élan, et il évita de s'écrouler misérablement en exécutant une roue.
Peut-être était-il persuadé qu'elle cherchait à le vilipender auprès de Winry, d'amener son « amie d'enfance » (hem, hem) à la haïr puisqu'il était trop boulet, et donc à le réduire en charpie ?
Visiblement, c'était ça, ou quelque chose d'aussi horrible que ça, au vu de son regard brûlant tandis qu'il enchaînait toute une série de coups assez adroits, mais qu'elle parvenait tout de même à parer, avant de riposter avec un coup dans l'estomac (prends ça, espèce de ventre à pattes qui n'as même pas su savourer la cuisine xinoise à sa juste valeur) qui l'envoya rouler au loin où il claqua dans ses mains avant de se relever en prenant appui sur elles.
Mais comment avait-elle encore réussi à faire deviner à Winry une chose si terrible qu'elle le faisait la détester et vouloir l'anéantir, sans même savoir ce que cette chose était, et d'ailleurs pourquoi …
Elle n'eut pas le temps de finir sa question mentale, interrompue par sa tentative soudaine d'échapper à une fissure qui s'était brusquement ouverte sous ses pieds tandis que des pics surgissaient à sa droite et à sa gauche pour lui barrer le passage. Elle fut reconnaissante aux arts martiaux de Xing qui apprenaient à sauter très haut, et lui permirent de s'échapper, tout en se disant qu'ils auraient pu la prévenir qu'à Resembool, l'activité des plaques était aussi intense et inattendue.
Elle chercha Edward des yeux en se relevant pour l'engueuler de ne rien avoir dit. Elle ne le vit tout d'abord pas. Puis elle l'entendit derrière elle et pivota à temps pour parer son coup de poing, ce qui le fit reculer. Elle remarqua alors qu'il avait transmuté son bras d'automail en pointe (il s'y prenait vraiment au sérieux cette fois-ci).
Puis elle se rendit compte que, du point de vue de la tectonique, il n'y avait pas plus paisible que Resembool.
Sauf quand un espèce de nabot mou, lâche, misérable et vicieux décidait de faire mumuse en claquant dans ses mains.
Du coup, elle ne se préoccupa plus de se questionner sur ce qu'elle avait pu faire de mal. Si ça se trouve, elle chercherait même à caser Winry avec un autre mec. Peut-être même avec Roy Mustang. Une fois qu'elle l'aurait zigouillé et réduit à l'état de petit tas de viande tellement hachée qu'on ne pourrait même pas l'utiliser pour faire des boulettes ni de la soupe.
« Tu vas voir, » fit-elle avec un regard noir, tout en sachant que, trop préoccuper à la fixer pour bien lui faire comprendre qu'il assumait la traîtrise qu'il venait d'opérer (il devait y être habitué, ce méprisable avorton masochiste et sans cervelle), il n'avait pas vu qu'elle avait tracé un cercle d'élixirologie avec son pied. « C'est toi qui va morfler. »
Et elle lança la transmutation.
S'ensuivit un joyeux bordel.
Ce fut Winry qui l'interrompit, appelant Sian au moment où elle s'apprêtait à faire pousser une nouvelle branche, avec deux fourches pour être précise, sur l'arbre qui se trouvait là et était par miracle encore debout, afin d'épingler Edward avec, Edward qui tentait de l'aveugler à coup de flash alchimiques et de feuilles – pauvres victimes collatérales et nouvelles meilleures amies de ses cheveux qui les avaient invitées chez eux sans la permission de Sian, parce qu'il étaient toujours mal élevés ceux-là.
Même si elle et son collègue étaient partis dans une lutte à mort, ils étaient demeurés des êtres civilisés (enfin, elle était restée un être civilisé, et Edward l'était de façon passable une fois qu'il était coincé entre le sol et une branche d'arbre qui voulait lui faire un câlin), et elle s'arrêta pour écouter ce que la jeune fille avait à lui dire, s'approchant d'elle en sautant de surface piquetée en barre de rocher, en évitant les crevasses et les zones instables – que les braillements incompréhensibles d'Edward, qui tenait à rester dans le camp des barbares, risquaient à tout moment de faire tomber – jusqu'à arriver sur la terrasse arrière de la maison restée intacte.
« Un coup de fil pour toi, » fit Winry avec un regard à la fois interrogateur et légèrement inquiet.
Sian, qui était encore dans son combat de fin du monde, retomba brusquement sur terre où les oiseaux chantaient et le soleil brillait, se doutant qu'elle allait bientôt tomber bien plus bas, là où il n'y avait qu'une atmosphère glauque et des marasmes gris, et où les seuls êtres compréhensifs étaient les mouchoirs.
Elle avait donné le numéro à sa famille en cas d'urgence. Et, connaissant sa famille, s'ils appelaient, c'était vraiment pour une urgence. Elle courut vers le téléphone.
Je suis vraiment désolée, j'aurais aussi vraiment aimé te rencontrer après tout ce qu'Edward m'a raconté sur toi, mais je suis obligée de partir. Winry t'expliquera sans doute (je sais qu'Edward sera incapable de penser à le faire). Ce sera pour une prochaine fois.
PS : ça ne me dérange absolument pas de continuer de m'occuper de ton Griney, surtout si Edward est ton unique autre choix. Il n'a pas l'air de se déplaire chez moi. D'ailleurs, comme Edward n'a jamais pu me donner son nom, je l'appelle Jin.
Alphonse crut qu'il allait faire une crise cardiaque en réalisant qu'il était le plus grand pécheur de l'univers.
Pire qu'Havoc avec ses cigarettes émettant leur fumée noire et toxique, technique qu'il devrait réserver pour le champ de bataille.
Pire qu'Hawkeye avec son infâme traîtrise, le jour où elle avait dévoilé qu'elle préférait les chiens aux chats et avait adopté Black Hayate.
Pire que Den avec sa cruauté injustifiée le jour où il avait ramené le pauvre Griney à la maison.
Pire que Roy Mustang avec tous ses rendez-vous avec des pouffes peinturlurées vêtues comme des paquets cadeau.
Pire qu'Hohenheim-alien, le concentré des sept péchés capitaux en boîte de conserve de mauvaise qualité.
Et enfin, comble du comble, pire qu'Edward, qui refusait d'admettre son affinité avec les chats et avait tant de fois refusé qu'on garde ceux qu'Alphonse avait trouvés et protégés amoureusement dans sa puissante armure.
Il s'effondra dans un fauteuil, mais ce fauteuil n'aurait pas dû être là, il aurait dû au contraire trébucher et tomber, tomber, tomber dans le vide jusqu'à atterrir dans les plus horribles tourments de l'enfer, pour y subir son châtiment pour l'éternité, et au delà.
Le pauvre gentil voisin un peu con-con et victime exploité sans rémunération par Edward qui voulait se débarrasser d'un chat sans se brouiller avec son frère et l'espèce de naine rabougrie psychopathe pouffiasse avec ses cheveux gluants, ses dents pointues et ses yeux pervers n'étaient en réalité qu'une seule et même personne.
Il aurait voulu s'évanouir, perdre conscience jusqu'à la fin des temps, s'endormir pour ne plus jamais se réveiller, tout cela en souffrant éternellement, pour expier sa faute et surtout l'oublier, oublier tout.
Il était entré en contact avec cette chose.
Il avait pris la peine de lui écrire.
C'est-à-dire qu'il lui avait parlé à distance.
Bordel, il avait même été sympa avec elle.
Il lui avait fait croire que c'était ok, qu'il n'y avait pas de problème, qu'elle pouvait prendre ses aises en volant son chat, son frère, son futur d'être sage et adulé !
Comment avait-il pu ?
Comment pourrait-il jamais se pardonner ?
Et Winry ?
Il était déjà prêt à ramper à ses pieds, à la supplier de bien vouloir accepter de souiller sa clef à molette en frappant sa tête indigne jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que de la pâté pour chat qu'elle ne devait même pas permettre à Griney de manger. Elle devrait le laisser pourrir dans un coin comme l'être répugnant qu'il était, à l'avoir tout d'abord laissée seule face à cette tarée, puis à l'avoir trahie de la façon la plus abominable, la plus abjecte. En fait c'était le contraire. Mais ça ne changeait rien. Il devait mourir de sa main, et vite.
Pourtant, Winry n'avait pas du tout eu l'air d'être au bord du suicide, ni de la folie quand il était arrivé. Elle lui avait simplement dit que finalement, il y avait eu une urgence et que « Sian » (comment avait-elle pu prononcer son nom ?) n'était déjà plus là, qu'il ne pourrait donc pas la rencontrer.
Ah, la sorcière orientale avec utilisé ses tours louches et avait vu ses projets à lui, elle avait vu la puissance avec laquelle il maîtrisait et l'alchimie des flammes (ce n'était qu'un petit accident mineur si la dernière fois qu'il l'avait utilisée, il avait légèrement carbonisé l'arbre derrière lui au lieu du chiffon vingt mètre devant lui) et les arts de combat (ce n'était qu'un petit coup de fatigue insignifiant si il n'avait pas réussi à porter un seul coup à son maître la dernière fois et boitait à moitié à force d'atterrir sur les fesses), et dans sa lâcheté vile elle avait pris peur et s'était enfuie, prétextant une quelconque stupidité que Winry, dans sa gentillesse, et Edward, dans sa stupidité, avaient gobé comme une mouche (ils avaient tous les deux aussi mauvais goût, autre preuve qu'ils étaient destinés l'un à l'autre).
Ah, il l'aurait cette chose à éradiquer, il l'aurait, elle aurait beau fuir, il l'aurait, et il se rachèterait de sa faute auprès de Winry.
Mais Winry n'avait pas l'air de lui en vouloir
Depuis qu'il était là, elle n'avait presque rien dit, sauf quand il lui avait demandé s'il y avait eu une guerre derrière la maison en voyant l'état chaotique du terrain qui autrefois avait été composé de paisibles collines aux herbes vertes s'agitant doucement dans la brise. Ce n'était plus qu'un résidu d'éruption volcanique et de séisme mixé avec un champ de bataille d'Ishbal et l'appartement d'Edward. Lequel Edward n'était pas en vue, n'avait pas sauté sur Alphonse avec enthousiasme lorsqu'il était arrivé.
Où était-il ?
« Oh, il boude dans sa chambre, » avait répondu Winry en haussant les épaules.
« Il boude ? »
« Oui, il a perdu. »
Il n'avait rien pu tirer d'autre de cette songeuse Winry qui déambulait depuis son arrivée dans les pièces du rez-de-chaussée, s'arrêtait parfois avec les yeux perdus dans le vague, l'air de se poser des questions tout en étant à moitié shootée, parfois avec un air hésitant, l'air de vouloir aller vers le téléphone comme un aimant, parfois les yeux posés sur des baguettes laissées en plan sur la table, baguettes qu'Alphonse avait reconnues avec un frisson.
C'est qu'elles se multipliaient, en plus, ces saletés !
Complètement perdu face à cette fille qui prétendait être son amie, mais devait aussi avoir été envoûtée (non, pas elle aussi, Alphonse ne voulait pas se retrouver seul au monde à résister) car elle ne semblait pas vouloir massacrer la parasite naine et chiante, Alphonse s'était dirigé vers la chambre de son frère, qu'il trouva en train d'écrire avec l'air d'un écolier qui fait ses devoirs, n'a qu'une envie, c'est sortir, mais n'a pas envie de se prendre de baffes.
Qu'écrivait-il ?
« Une lettre, » avait-il dit sans lever les yeux, scribouillant allègrement sur sa feuille un chapelet de signes illisibles qui prétendaient être des lettres de l'alphabet sans parvenir à cacher leur état de travesties.
Alphonse était resté coi pendant une bonne minute, se demandant où il était, il devait être passé dans un univers parallèle, un univers où un certain Edward savait ce qu'était une lettre et semblait capable d'en écrire une au moins une fois dans sa vie.
Le seul problème était qu'il n'y avait qu'une seule personne au monde à qui il était autorisé à écrire des lettres, sans avoir jamais exploité les milliers d'avantages de cette merveilleuse autorisation, et cette même personne était un étage en dessous, en train de jouer à la somnambule éveillée.
« Pour qui ? » avait-il réussi à demander.
« Pour Sian, » avait répondu Edward dans un grognement, et Alphonse, dans sa fureur soudaine pour avoir entendu ce nom abhorré, avait cru qu'il allait lui prendre la tête pour l'éclater contre le mur en face sans même se soucier des livres présents sur le bureau qui risquaient d'être tâchés de sang et de cervelle (oui, il était vraiment énervé), et d'ailleurs sa main s'était élancée pour être stoppée net quand Edward avait continué, complètement inconscient de ce qui se tramait derrière lui, ne quittant jamais sa feuille du regard, ni son attitude de gamin craignant la punition : « C'est Winry qui veut que je le fasse. »
La punition devait être un coup de clef à molette.
Alphonse avait commencé à se demander si un jour il réussirait à fermer sa bouche béante et à retrouver l'usage de la parole.
Incapable de comprendre ce qui était arrivé à son innocente amie pour qu'elle devienne folle à ce point (oui, ce devait être ça, et ce devait être la faute de cet immonde truc xinois reparti à temps pour ne pas se faire écraser comme un moucheron), il s'était réfugié dans sa chambre qui, il l'espérait, était, elle, restée à l'endroit, ce qui était le cas et l'avait donc tout d'abord rassuré, mais où il avait découvert la cage de transport de Griney... et l'innommable vérité.
Il était complètement anéanti, commençant à se demander si cet ennemi n'était pas trop fort pour lui, puisqu'il avait réussi à rendre Winry à moitié idiote, à faire de son frère un couillon magistral qui savait écrire, à le tromper, lui qui se croyait encore résistant, invincible et intouché par ses impuretés.
À ce moment-là, Griney entra dans la pièce et monta sur ses genoux. Alphonse le regarda et faillit éclater en sanglot en voyant que cet animal si bon, si magnanime, si supérieur, voulait bien encore de lui, ne le rejetait pas, ne le mettait pas aux ordures comme le déchet inhumain qu'il était devenu, gardait toute sa pureté et...
Et Alphonse arrêta soudain son élan lyrique, plissa les yeux et regarda avec suspicion le félin roulé en boule sur ses genoux (toujours aussi confortables, et toc !), pris d'un affreux soupçon.
Le chat, semblant réaliser qu'on le fixait avec circonspection, la bouche pincée, releva la tête, bâilla en émettant un petit miaulement adorable (non, non Alphonse, ne te laisse pas amadouer ni distraire, va droit au but !), puis regarda le seul et unique maître qu'il aurait jamais dû avoir et révérer jusqu'à la fin de ses jours pour l'avoir sauvé de son destin miséreux.
Malchance, le chat s'était peut-être laissé acheter.
« Jin, c'est ça ? » demanda Alphonse d'un ton un poil agressif, tremblant au plus profond de lui-même, craignant que la vérité trop cruelle ne se dévoile soudain et ne le rende aveugle par l'éclat de son horreur.
Griney eut une réaction très simple. Il ferma les yeux, se réinstalla confortablement pour pioncer, comme indifférent. Puis ronronna.
Il ronronna.
Faisant ainsi comprendre que oui, Alphonse avait raison, il était bien un agent de l'ennemi, acheté avec quelques croquettes et un simple canapé, un espèce de petit escroc qui profitait des honnêtes gens comme lui, Alphonse, pour entrer dans la société par la grande porte, histoire de foncer directement vers les bas quartiers, chez les types louches qui gagnaient leur argent sur le dos des pauvres gens et s'amusaient à détruire des vies avec autant de joie et de facilité que d'autres pour jouer aux échecs ou détacher des pics de glace de tuyaux gelés.
Et il en était fier ! Il le disait carrément, en face d'Alphonse, sans honte, avec orgueil, il étalait sa pratique du vice comme un manteau luxueux, arborait sa traîtrise comme un diadème.
C'en était trop pour Alphonse qui se leva brusquement sans se soucier de briser le cou de la bête (sans doute une chimère déguisée en plus) et s'enfuit de sa chambre (il en avait marre de fuir partout).
En passant devant celle d'Edward, il entraperçut son frère affalé sur son lit, ayant tiré les rideaux, en bonne voie pour faire sa petite sieste de l'après-midi (seulement cinq heures), après avoir fini la lettre qui trônait sur le bureau, dans son enveloppe, avec son adresse.
Il n'en vit pas plus car déjà il était dans l'escalier qu'il dévalait, et quand il arriva en bas, il faillit entrer dans Winry qui émergeait du salon avec – enfin ! - un air déterminé sur le visage. Elle le remarqua à peine et se dirigea droit vers le téléphone, où elle trifouilla parmi les papiers posés pêle-mêle à côté, en sortit un, décrocha, composa à gestes vifs le numéro qui devait y être indiqué et attendit avec un regard décidé.
« Bonjour, excusez-moi de vous déranger, » commença-t-elle lorsqu'on sembla décrocher. Alphonse, toujours sur sa dernière marche d'escalier, se demandait qui elle appelait avec une tête pareille, et non ce n'était pas de la curiosité qui n'est pas un vilain défaut dans ce genre de situations. D'abord. Winry continuait : « Je m'appelle Winry Rockbell, j'aimerais parler à Sian, s'il vous plaît. »
Elle tourna brièvement la tête vers Alphonse qui, sans avancer, avait raté la dernière marche et s'était écroulé, la fixant avec des yeux comme des soucoupes. Avait-il bien entendu ? Mais c'était encore pire que ce qu'il croyait !
« Oh, elle n'est plus là ? » Un silence. « Est-ce que vous avez un numéro où je pourrais la joindre ? »
Un autre silence, Winry ignorait toujours Alphonse qui avait oublié qu'on pouvait se relever quand on était tombé.
« Oh, elle est déjà retournée à Centrale ? »
Un autre silence, et Alphonse se demandait vaguement s'il n'était pas en train de se transformer en escalier avec le temps, un escalier avec des yeux énormes.
« Heu, oui, si c'est possible, un instant, je prends de quoi noter. »
Comment Winry parvint à noter le numéro qu'on lui donnait en tenant le combiné d'une main et le bout de papier dans l'autre était quelque chose qui dépassaient les capacités mentales d'un escalier en devenir.
« Merci beaucoup, » dit-elle. « Oui, désolée de vous avoir dérangée. Au revoir. »
Elle raccrocha, eut un petit soupir, reprit son air déterminé, et recommença son manège aussitôt, cette fois-ci avec un autre numéro. Alphonse, toujours incapable de se relever, commençait à se demander quelque chose, une petite idée germait dans son crâne.
Et si Winry avait été en train de méditer sur une argumentation quand il était arrivé ?
Et si elle était en train d'appeler la chose pour lui dire ses quatre vérités, afin de lui dire d'éloigner ses sales pattes d'Edward, qui d'ailleurs ne quitterait plus Resembool ?
Et si la lettre qu'elle avait fait écrire à Edward contenait un râteau magistral ?
Il eut un léger sourire, ayant le sentiment qu'un rayon de soleil passait sur son visage au milieu de ce monde obscur et mauvais où il avait atterri il ne savait comment. Peut-être tout n'était-il pas encore perdu...
« Allô ? » fit Winry a bout d'un moment. Puis : « Oui, salut, c'est... c'est Winry... Oui, oui, mais, heu, et toi ? »
Le rayon de soleil, déjà bien faiblard, devint carrément blafard face au ton doux qu'abordait Winry. Mais peut-être feignait-elle pour mieux frapper ensuite ? Il y eut un long silence.
« Je vois... je suis désolée... mais... tu es déjà retournée à Centrale ? J'aurais cru... »
Autre long silence. Bon, c'était quand que Winry sortait sa technique secrète mortelle derrière ses sourires en sucre ?
« Une période de deuil ? »
Encore un silence. Alphonse s'impatientait et s'inquiétait en voyant d'énormes nuages noirs arriver à la charge pour cacher son misérable petit rayon de soleil artificiel.
« Oh, et moi qui l'ai appelée ! » Winry semblait catastrophée. « Elle ne doit voir personne ? Pendant tout un an ? »
Autre silence.
« Je vois... »
Petit silence, cette fois-ci gêné. Winry devait se dire qu'il était temps d'attaquer, mais comme elle était gentille (pourquoi était-elle toujours gentille avec les autres et jamais avec Edward et lui, hein ?), elle hésitait à prendre son ennemi par surprise après avoir aussi bien réussi à l'amadouer.
« C'est qui en fond ? »
Petit silence.
« Oh, et il s'appelle comment ? Il a quel âge ? »
Encore un silence, puis Winry laissa échapper un bruit qu'Alphonse, malgré son immense incrédulité, n'eut d'autre choix que de classer dans la catégorie rire. Même s'il était petit.
« Ça me rappelle Edward, quand il avait le même âge, il était insupportable, une fois il a... »
Et voilà, elle était partie sur ses anecdotes – certes très néfastes pour son pauvre frère – mais qu'elle était censée partager avec des amis, des copains à la rigueur, mais absolument pas avec des ennemies de catégorie A. Elle était donc bien perdue, elle aussi. Alphonse se retrouvait seul.
N'ayant pas le courage de devenir pour de bon un escalier, car il aurait dû rester là à écouter son ancienne amie d'enfance vendre son âme en pactisant avec le démon, il remonta lentement vers sa chambre, oubliant à moitié qu'il l'avait fuie quelques instants plus tôt.
En passant devant la chambre de son frère, qui dormait maintenant à la fois n'importe comment et comme une masse, il aperçut la lettre sur le bureau.
Avec son adresse.
Discrètement, il s'approcha et entreprit de la recopier. Il ne pouvait plus rien faire pour certaines choses, il avait certes perdu, mais ce n'était qu'une bataille, ce n'était pas la guerre. Il pouvait encore attaquer. Il harcèlerait cette chose par courrier, jusqu'à extirper d'elle de la culpabilité. Vengeance, vengeance. Des années de fréquentation d'Edward, c'était un processus qu'il connaissait parfaitement.
J'ai piqué ton adresse sur la lettre d'Edward.
Juste pour dire qu'en effet, quel dommage qu'on n'ait pas pu se rencontrer, quelle malencontreuse circonstance pour que tu ne sois déjà plus là, alors que j'avais prévu tant de choses absolument primordiales qui commencent vraiment à ne plus pouvoir attendre du tout.
Mais bien sûr, ce n'est pas du tout de ta faute, pas du tout comme si tu avais voulu lâchement éviter cette rencontre comme toute personne indigne le fait, ce n'est qu'un triste hasard.
Mais après tout, on n'y peut absolument rien, tu n'as pas fait exprès du tout de partir avant que je n'arrive. Après tout, il y a au moins un point positif, c'est qu'Edward et Winry vont enfin pouvoir se voir tranquillement sans que des gêneurs non demandés s'incrustent et foutent tout en l'air en dérangeant. Ils ont tant de choses à se dire sans avoir besoin d'une tierce personne qui n'est pas la bienvenue dans ce genre de situation et peut être reléguée au rang du pire monstre humainement imaginable.
J'espère que tout va bien se passer entre eux et qu'ils se détourneront des distractions futiles qui ont pu être apportées par certaines personnes dévergondées de la ville, mais je ne cite personne, elles se reconnaîtront.
En espérant que ton voyage s'est bien passé et t'a emmené bien loin, et que tu pourras rester très longtemps auprès des tiens qui ont sans doute énormément besoin de toi, contrairement à d'autres.
Sian relut de fois cette « lettre », sans trop savoir quoi en penser.
Il y avait quelque chose dans la façon dont elle était écrite qui lui donnait l'impression qu'Alphonse était vraiment content qu'elle ait dû s'en aller aussi vite et le lui faisait savoir d'un ton acerbe et ironique.
Mais ce devait être son moral au trente-sixième dessous qui lui faisait penser ça. Peut-être essayait-il au contraire de l'égayer en exagérant peu discrètement sa déception de façon à la rendre loufoque. Mais cela ne la fit même pas sourire. C'était trop ambigu. Ce sentiment d'agressivité ne la quittait pas.
La lettre d'Edward, elle, était plus simple et directe. « C'est Winry qui m'oblige à écrire. » Mieux valait ne pas savoir comment, ni pourquoi. En tout cas, c'était droit au but, pas de fioritures, 100% honnête, 100% Edward, même s'il risquait de se prendre un mur, il fonçait tout droit, sans regarder, après avoir débranché les freins – juste pour le fun. Au moins, de sa façon maladroite habituelle, il essayait de lui faire comprendre qu'il se sentait mal à l'aise devant son malheur (oh, oui, qu'elle était malheureuse, sortez les mouchoirs, elle pouvait sortir un film) mais compatissait, sans savoir quoi faire, en se sentant très nul – con – de ne pas pouvoir aider, et en étant son boulet habituel.
Mais au moins un gentil boulet avéré.
La lettre d'Alphonse ressemblait trop à un couteau à double tranchant déguisé en fleur pour que, dans son état, elle soit heureuse de la recevoir.
Il y avait cependant dans son contenu une étincelle positive qu'elle apportait dans l'océan noir de sa déprime. Elle ajouta donc un PS à son intention dans la brève lettre de remerciement qu'elle envoya à Edward – et à Winry, dont les deux coups de fil l'avaient plus aidée qu'elle ne l'admettait, ce qui l'avait beaucoup rapproché de la mécanicienne, confirmant son pressentiment selon lequel elles pouvaient bien s'entendre.
PS : Tu diras à Alphonse que je le remercie pour sa lettre même si elle était assez bizarre. Signale-lui que je suis contente de voir que je ne suis pas la seule au monde à avoir remarqué ce dont il parle dans la seconde partie de ladite lettre, enfin quelqu'un d'autre qui voit !
J'espère aussi que beaucoup de choses vont être dites qui feraient avancer les choses mais hélas, d'après mes observations, il y aura besoin d'un bon coup de main parce que les personnes concernées sont aveugles. Si d'aventure elles lisent ces lignes, elles seront incapables de comprendre que c'est d'elles qu'il s'agit, je suis prête à le parier.
« T'as écrit une lettre à Sian ? » demanda Edward en entrant sans prévenir dans la chambre, faisant sursauter Alphonse qui essayait, à coup de friandises et de jouets en forme de souris, de faire revenir Ji... Griney du bon côté de la force, parce que bien sûr, il lui enseignait des techniques de combat pour qu'il puisse défendre son territoire et ne voulait pas qu'elles soient perverties par celles de la Chose.
Il regarda son frère d'un air atterré, incapable de croire qu'il avait encore une fois réussi à le faire sursauter – il était réhabitué à son corps, bordel – et que ça le fasse toujours autant marrer. Une fois de plus, Alphonse sentit le rouge monter à ses joues.
Mais curieusement, il avait le sentiment que ce n'était pas tant de colère et de gène face à sa réaction disproportionnée, mais davantage à un sentiment volant non identifié (SVNI) à l'idée qu'on l'air surpris en train de pactiser avec le démon – mais d'abord, il ne pactisait pas, c'était une déclaration de guerre, nom d'un chien !
Comme pour l'appuyer, Den aboya devant la maison, signe que Winry l'emmenait en promenade. Et son plan de les laisser seuls en tête à tête foutu en l'air. Alphonse en avait marre.
« Pourquoi tu me demandes ça ? » fit-il en lançant un regard noir à son cher frère dont les yeux étaient presque fluorescents à force de briller de délice moqueur, sans doute à cause du bond d'un mètre d'une pauvre victime qui n'était même plus une armure de deux mètres pour se protéger, Edward n'était pas assez évolué pour soupçonner quoi que ce soit d'autre, la preuve, il ne soupçonnait rien pour lui-même, alors que les preuves s'accumulaient, chaque jour plus nombreuses.
Avec un sourire ironique, son très cher frère agita une feuille de papier devant lui en disant : « Il y a un PS pour toi. Et je sais pas de quoi elle parle dedans, tu me diras. Tu lui as écrit une lettre. Pourquoi tu me l'as pas dit ? On aurait envoyé les deux ensemble, ça nous aurait fait économiser un timbre. »
Et qui était le radin comparable à Greed dans tout ça ? Une nouvelle partie de thèse se dessinait sur l'alchimiste nabot pingre qui portait toujours les mêmes vêtements transmutés à sa taille au lieu d'en acheter des neufs et n'envoyait jamais de lettre (sauf sous menace de mort imminente par clef à molette, visiblement, à préciser dans le paragraphe des remarques importantes) sous prétexte que c'était trop cher.
Alphonse saisit d'un geste vif la feuille qui s'agitait sous son nez – il avait en effet travaillé les réflexes rapides chez son maître, il avait ainsi réussi à esquiver un ou deux coups de poing droit de la ''femme'', mais sans hélas prolonger suffisamment cette prouesse pour éviter le gauche qui suivait.
« Tu lui as sans doute demandé des indices pour pouvoir tenter misérablement de me battre la prochaine fois, » fit Edward d'un air hautain et supérieur.
Depuis qu'il avait lâchement battu Alphonse au cours de sa visite à Centrale, il s'y croyait un peu trop. Alphonse aurait bien voulu lui rabattre son caquet en l'envoyant au tapis, de préférence un tapis épineux pour percer et ainsi faire dégonfler ses chevilles.
Mais il était sur le moment davantage intrigué par ce que la Chose avait pu lui répondre. Il avait pensé que la puissance de l'exorcisation de sa lettre la neutraliserait pendant quelque temps. Or, visiblement, il l'avait sous estimée.
Ou plutôt, en être vil qu'elle était, elle avait simulé la faiblesse et caché sa force véritable (et il en fallait de la force pour être un danger aux yeux de Winry Rockbell).
Ou encore, il avait encore été trop gentil, elle avait pris des cours avec Jin... heu, Griney pour savoir quel était son point faible et comment l'attendrir : il ne pouvait pas être assez cruel.
Bref, il voulait savoir comment elle avait réchappé à son violent assaut supérieur. Peut-être la lettre contenait-elle des indices inconsciemment appliqués sur le papier, indices qui lui permettraient de comprendre.
« Exactement, » répondit-il donc simplement à son frère pour qu'il s'en aille.
Et comme son frère, nul à la pêche, ne savait pas ferrer un poisson une fois qu'il avait mordu à l'hameçon, et ce même si le poisson était énorme – un mois sur une île à ne faire que ça ne l'avait hélas pas aidé à se perfectionner – il ne chercha pas à attraper celui-ci, ne songea même pas qu'il pouvait l'attraper, haussa les épaules, fit demi-tour en laissant son cadet seul avec la lettre, une bombe à retardement, sur laquelle il se jeta aussitôt pour la lire – par simple curiosité intellectuelle, même si jamais il ne ferait une thèse sur la Chose.
Puis il la relut.
Et la relut encore une fois.
Leva les yeux.
La relut une troisième fois.
Puis une quatrième.
Et une cinquième ne lui fit pas de mal.
Il devait y avoir une erreur. Elle devait encore chercher à le tromper. Il ne pensa qu'à une seule question qu'il écrivit et envoya sans même réfléchir à une stratégie.
Tu n'as pas de vues sur mon frère ?
Sian s'écroula de sa chaise.
« Ça va, Sian ? » demanda aussitôt son petit frère Ming, en xinois bien sûr, car elle avait décidé qu'il ne perdrait pas entièrement l'année qu'il passerait chez elle à Centrale, et qu'ainsi il pourrait plus facilement et rapidement se consacrer à sa passion quand il partirait à Xing.
En effet, Ming ne jurait que par la poterie, surtout depuis que Sian lui avait révélé qu'une vieille dame rencontrée à Xing – une certaine Elena Sergueïevitch Gorlanova d'origine drachmaïenne avec une pipe, un chapeau de paille et un visage brûlé par les années au soleil – lui avait prédit, à la façon d'un chamane, grâce au mouvement de la fumée de tabac, que son frère ferait des vases qui seraient renommés dans le monde entier, mais seraient condamnés à se briser dès qu'ils seraient 1) évoqués dans un livre ou un film, 2) à moins d'un kilomètre d'un chien ou d'un gamin.
L'ambition familiale ayant pris le dessus sur la crainte pour les créations, Ming n'avait plus qu'une idée en tête, devenir potier, et attendait donc impatiemment son voyage à Xing, dès la fin de sa primaire. Sian ne cherchait pas à réduire son enthousiasme en lui parlant des quelques six mille cousins à rencontrer qui allaient avec, sans compter les semaines de train. Il découvrirait cela bien assez tôt. Hyark.
Mais pour l'heure, il devait surtout finir sa scolarité, et donc faire ses « devoirs d'été », ou plutôt exercices maison d'écriture des caractères xinois, ce à quoi il était diligemment occupé quand sa soeur avait semblé faire une crise cardiaque.
Elle croisa ses yeux écarquillés tandis qu'elle tentait pitoyablement de se relever. Difficile à faire quand on ne peut plus respirer et qu'on est plié en deux... de rire. Elle finit par renoncer et rester assise au sol, appuyée sur sa chaise. Elle ne risquait pas de tomber plus bas.
Tandis qu'elle parvenait à calmer peu à peu ses éclats, ce qui s'annonçait comme une procédure longue et fastidieuse, la vue du papier qu'elle avait dans la main – et donc ce qui était écrit dessus – n'aidant rien, son frère alla lui chercher un verre d'eau et posa de nouveau sa question, l'air inquiet, craignant peut-être se s'être trompé et donc de ne pas s'être fait comprendre.
Il était vrai qu'il ne l'avait même pas vue sourire depuis qu'ils s'étaient revus à l'hôpital, où ils n'était pas restés longtemps, son caractériel de père ayant décidé que, quitte à mourir, autant le faire ailleurs que dans cette ambiance calfeutrée aux odeurs nauséabondes qui lui soulevaient le peu de coeur qui lui restait, et il était donc stoïquement allé jusqu'à la petite colline où il faisait sa longue promenade du dimanche, hors de la ville, avant de s'y allonger calmement et de fermer définitivement les yeux, et ce malgré les prières de la pauvre infirmière si mignonne qui l'avait suivi pendant tout le chemin en tentant de le retenir.
Une vraie mort à la xinoise.
En ajoutant treize fioles de poison, trois cent assassins et un peu de sang (sept cent litres, pas plus), elle aurait été digne de celle d'un empereur. Mais voilà, son père n'était pas empereur, ni même – chose extraordinaire – lié à lui par le sang, pas même au 134è degré, mais peut-être au 135è, on s'arrêtait à ce niveau, sans que nul ne sache pourquoi.
Il n'avait eu donc que ses modestes moyens pour la mort classe. Avec la pluie battante, le vent et les températures fort peu estivales en bonus. La veine.
Cependant, dans ces conditions, il n'avait pas été question de sourire pour le féliciter de finir en beauté. Ça n'entrait pas dans les moeurs xinoises.
En buvant son verre, Sian se demanda même si son frère l'avait jamais vu rire auparavant. Si oui, il ne devait pas s'en souvenir, vu comment il était petit quand elle était partie. C'était déjà un miracle qu'il se soit souvenu d'elle tout court.
Elle espérait juste qu'il avait des amis non coincés qui lui avaient montré que le rire n'était pas une étrange maladie mortelle et transmissible – enfin, transmissible sans doute, étrange en effet, maladie peut-être, mais certainement pas mortelle.
Quoique.
Vu la difficulté qu'elle avait encore à respirer, elle se demandait à quel point l'expression « mourir de rire » était figurée. C'était exactement le genre de mort stupide auquel une personne encore plus stupide pouvait être exposée. Comme Edward, par exemple.
À noter : éviter de trop faire rire son collègue la prochaine fois qu'il voudrait avoir le récit du râteau généreusement offert à Mustang. Peut être dangereux pour sa santé. Dommage, elle s'était souvenue de quelques détails qu'elle avait omis la dernière fois et qu'il aurait sans doute savourés en se roulant par terre. Mais elle ne voulait pas faire de peine à cette pauvre Winry.
Pour rassurer son frère, elle lui dit qu'elle lui expliquerait quand il irait se coucher. Ce serait son histoire du soir. Son visage rond et ses yeux sombres s'illuminèrent, et il retourna travailler avec zèle.
Sian, quant à elle, se releva péniblement (l'âge, déjà l'âge...), se rendit compte qu'elle allait avoir un bleu à la cuisse gentiment laissé par sa chaise qui devait avoir voulu la retenir dans sa chute (mais pourquoi tant de serviabilité dans ce monde ?), se rassit avec précaution (il ne manquait plus qu'elle manque le siège et se casse de nouveau la figure, la honte totale, une fois suffisait, elle devait préserver le mythe de la Grande Soeur supérieurement supérieure), et entreprit de répondre à la lettre (en prenant garde à ne pas l'écrire en xinois).
Merci pour la demi heure de fou rire. Je ne pensais pas que je pourrais rire comme ça avant longtemps. Franchement, certaines de tes blagues son douteuses, mais celle-ci est une perle. Moi, avoir des vues sur Edward... autant dire qu'un jour il fera l'éloge du colonel, ou qu'il aimerait le lait.
Mais bon, je ne sais pas m'étendre en remerciements – je ne pense pas que ce soit utile, même quelqu'un comme ton frère peut le comprendre... (quoique...)
Je vais plutôt profiter du fait qu'il y ait sur cette planète au moins une personne ayant un peu d'intelligence. Je pense, d'après ce qui tu as écrit, que tu as remarqué à quel point Edward et Winry sont des cas désespérés, mais que comme ils ne le sont pas autant que Mustang, les mesures vraiment radicales ne sont pas de mise. Il faut hélas de la subtilité si on veut les aider et les décoincer, mais j'avoue que, même si j'ai essayé, je bloque. Ils sont un peu forts pour moi seule.
Aussi je vais être directe.
Je propose une alliance. Libre à toi d'accepter ou non. Sache seulement que, même seule – je comprendrais que tu ne veuilles pas te mêler des affaires de ton frère – je continuerai sur la voie que j'ai choisi et je caserai ces deux idiots ensemble.
En attendant, voici déjà un ensemble de ce que j'ai déjà pu observer et rassembler. Si tu acceptes notre alliance, tu peux me demander plus de détails sur ce qui te paraît utile.
Alphonse avait tourné en rond comme un lion en cage pendant des jours, depuis qu'il avait envoyé la lettre, enfin, la question. Il l'avouait. Il s'était mille fois demandé s'il n'aurait pas mieux fait de demander par téléphone. Il aurait ainsi décelé tout mensonge dans sa voix, aussi douée fût-elle en tromperie.
Mais il y aurait eu le risque qu'Edward le grille. Ou Winry. Or, il n'avait pas envie qu'ils sachent. Ils risqueraient de poser des questions. Ou même de deviner son identité cachée d'ange gardien qu'on vénérerait dans le futur.
C'était là son seul souci. Rien d'autre.
Ainsi, par précaution, il avait pris en charge la fonction de ramassage du courrier – ce qu'il avait pu faire sans problème, tout le monde dans la maison ayant la flemme de se traîner jusqu'à la boîte aux lettres au niveau de la route, même Pinako, et même Edward, puisque sa bougeotte ne le frappait jamais le matin. Il avait même rempli son nouveau devoir avec zèle, allant vérifier s'il y avait du courrier deux fois par jour – et non pas trois, là, c'était juste pour voir s'il n'avait pas oublié de lettre, juste au cas où.
Et s'il pestait contre la lenteur du facteur, c'était uniquement parce qu'il tardait à lui envoyer la réponse de Gracia Hugues, à qui il avait pris l'habitude d'écrire, ainsi qu'à plein d'autres personnes.
Mais pas à une certaine Chose de Centrale. Ce ne serait jamais le cas. Il n'avait jamais pris plaisir à écrire quoi que ce soit lui étant destiné. Et il n'en prendrait jamais. Il avait agi par devoir.
Et d'ailleurs il ne recommencerait pas. Ce n'était pas une correspondance. Ce n'en serait jamais une. Et il n'attendait pas la réponse avec impatience – ce n'était que curiosité intellectuelle, pour voir comment la Chose allait se défendre et mentir.
De même que, s'il avait posé tant de questions à Winry, qui semblait être sa nouvelle meilleure amie (argh), c'était juste pour savoir à quoi s'attendre. Il n'en tira pas grand chose, juste des avis positifs et l'affirmation de la certitude qu'ils s'étaient trompés, qu'il n'y avait rien entre elle et Edward, qu'Edward était trop un incapable borné et aveugle pour ça.
Alphonse n'avait su qu'en conclure, refusant de sentir sa certitude sur la culpabilité de la Chose fléchir.
Aussi, quand ce soir-là il avait enfin trouvé une lettre avec une écriture à moitié illisible lui étant destinée, s'il avait souri, c'était seulement parce qu'il s'enorgueillissait et se félicitait de sa prévoyance, il pouvait planquer la lettre et nul ne connaîtrait jamais son existence, ni Edward, ni Winry. Aucune question possible. Son identité secrète n'était pas en danger.
S'il avait avalé son repas encore plus vite qu'Edward sans se vanter ensuite d'avoir battu son record, parce que ce repas n'était en fait qu'un fâcheux contretemps, c'était seulement parce que son esprit scientifique était intéressé par l'analyse des outils de l'argumentation que la Chose avait employés et la défense qu'elle avait visiblement soigneusement développée, au vu de l'épaisseur de l'enveloppe.
S'il avait couru jusqu'à sa chambre après avoir jeté sans précaution ses couverts dans l'évier et monté les escaliers quatre à quatre sans se soucier de ce que les autres allaient penser ou dire, c'était seulement parce qu'il voulait être là avant Jin pour avoir le lit et être confortablement installé si d'aventure il était pris d'un fou rire machiavélique face à ce que la lettre dirait.
S'il avait à moitié déchiré l'enveloppe, c'était seulement parce qu'elle était trop fragile et que le rabat était trop fortement collé.
Et s'il souriait maintenant qu'il parcourait la lettre pour la seizième fois – on n'était jamais sûr d'avoir suffisamment compris, d'avoir peut-être manqué un élément trahissant une certaine fausseté, et il devait fortement se concentrer sur chaque parcelle de cette écriture étrange, non parce qu'elle l'intriguait, mais parce qu'il voulait être certain d'avoir bien compris – c'était seulement de soulagement à l'idée que le coeur de Winry n'avait en fait bel et bien rien à craindre d'une rivale, qui, comme elle l'avait deviné avec finesse, n'existait pas vraiment, même si ledit coeur avait à craindre les maladresses énormes comme le QG de Centrale et aussi nombreuses que les noms sur le tableau de chasse du colonel que faisait à répétition un certain faux ex-alchimiste d'Etat qui prouvait que la taille physique n'avait aucun lien avec celle des bourdes possiblement exécutables, sauf si c'était un lien inversement proportionnel.
Point à étudier dans un des paragraphes de sa thèse, restait à déterminer lequel.
Il pouvait également sourire d'une légère satisfaction. Déjà, il avait un grand nombre de nouvelles informations très intéressantes à consigner dans son carnet, comme une certaine conversation dans un certain bar louche entre une petite xinoise et un Edward bourré au café (l'alcool le plus efficace sur lui).
Ensuite, au fond d'elle, cette Sian (et non la Chose, ça n'avait été qu'un nom de code pour cacher ce qu'il croyait vraiment, voyons) était bonne, et ce malgré les apparences et malgré un certain nombre de sous entendus étranges (de quelles blagues parlait-elle donc ? Il avait toujours écrit dans le plus grand sérieux, il était en mission, il ne les prenait pas à la légère, pas comme Edward). Il l'avait toujours su, il l'avait même dit à Winry quand, hors d'elle-même, elle avait fait son petit discours.
L'instinct supérieur, tout simplement. Il méritait vraiment d'être vénéré.
S'il souriait, c'était seulement pour Jin, il n'avait pas besoin de se soucier de lui trouver un nouveau gardien protecteur, sa stabilité mentale était assurée, Alphonse était rassuré.
Ce n'était absolument pas parce qu'il était heureux de voir que celle pour qui il ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la sympathie et de l'intérêt était vraiment sympa et intéressante. Enfin, si, peut-être un tout petit peu. Mais presque pas.
Mais c'était seulement par curiosité intellectuelle qu'il lui demanda de clarifier un certain nombre de hasards qui l'avaient précédemment interpellé, juste pour être sur qu'elle ne cherchait pas à le tromper.
Et c'était seulement pour venir en aide à son incapable de frère et à son inconsciente d'amie d'enfance qu'il accepta de continuer cette correspondance en répondit à la lettre et en écrivant avec soin.
Je suis tout à fait d'accord. Ils ont vraiment besoin d'aide. J'accepte donc cette alliance à distance pour l'augmentation du savoir de l'humanité.
* * * * *
à suivre...
