Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela/Lyly u
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Note: Je vous invite à visiter ma nouvelle page Facebook (voir lien sur mon profil) sur laquelle vous pourrez découvrir l'artwork de Coeurs Déjà Pris commandé et payé par moi à la merveilleuse Nijuuni.
Chapitre 10 : SHINRA
Mais retiens-moi, c'était dit
Je sais, ton cœur est pris
Et retiens-moi, même si c'est…
Ainsi.
Reno se réveilla un peu avant que le réveil sonne, le lendemain matin, et en profita pour fouiller un peu dans sa garde-robe. Elle était archi-pleine, mais c'était récent. Lui et Roxas étaient retournés à l'appartement de ce dernier, lors de son dernier jour de congé, pour récupérer le reste de ses affaires puisqu'il quittait définitivement les lieux. Il avait été dubitatif quand Roxas avait dit qu'un ou deux trajets en voiture suffiraient, s'attendant un vrai déménagement, mais Roxas avait seulement chargé le coffre et les sièges libres de sacs de vêtements et n'avait emporté qu'une seule petite caisse contenant deux-trois bibelots, un classeur rempli de documents administratifs, trois gros albums de photos, un ordinateur portable et quelques livres.
- C'est tout ? S'était étonné Reno.
- L'appartement était complètement meublé. Même la bibliothèque était déjà là, seuls ces livres-ci sont à moi.
Il les avait rangés sur la bibliothèque du salon, disposé les bibelots ici et là, puis il avait fallu trouver de la place pour ranger les vêtements. La plupart étaient neufs, les chemises encore rangées dans leur étui plastifié, et les autres habits avaient encore leurs étiquettes, pour la plupart nouées à une lichette ou à un passant par de la ficelle ou du ruban. Il n'y avait là que des vêtements de marque, chers et bien coupés. C'était sympa, avait songé Reno. Roxas ne bénéficierait plus jamais des avantages inhérents à la profession de mannequin, mais il avait là de quoi s'habiller pour dix ans. Ça lui ferait sûrement un drôle d'effet, le jour où il devrait aller pour la première fois s'acheter un jean lui-même et débourser le quart d'un mois de salaire s'il en voulait un d'une qualité pareille.
Ils avaient tout déballé. Il y avait des manteaux, des costumes complets, des T-shirts, des jeans, des sous-vêtements (Calvin Klein, s'il vous plaît), plusieurs paires de chaussures dans des cartons sophistiqués et bourrés de papier de soie, un smoking blanc, un smoking noir, une cape noire doublée de rouge qui n'aurait pas eut l'air déplacé à une fête de Halloween (mais qui devait coûter un bras), des cravates, des boutons de manchette dans des petites boîtes qui ressemblaient à des écrins (Roxas avait dit le nom de la marque, que Reno n'avait jamais entendu auparavant et qu'il avait déjà oublié cinq minutes plus tard en découvrant une veste en jean qui lui avait tapé dans l'œil. Roxas la lui avait fait essayer et donnée en disant qu'il ne la portait pas, et qu'il avait même voulu l'offrir à Axel mais qu'il avait oublié.) et même, rangé dans une grande housse en plastique épais, le costume qu'il avait porté le soir du défilé auquel il avait assisté. Reno s'était souvenu que c'était la première fois qu'il défilait sur un podium et à quel point il était fier. Ces vêtements-là, qu'il laissa dans leur enveloppe protectrice, lui rappelleraient sans doute toujours que ça ne s'était jamais reproduit.
La garde-robe de la chambre d'Axel ne suffisait pas à tout contenir et comme il n'était pas question de faire de la place en retirant les vêtements de ce dernier, Roxas avait rangé les costumes, les chemises, les cravates et une partie des T-shirts dans celle de Reno en l'invitant à se servir de ce qui lui plairait. Les pantalons seraient trop courts, et les chemises sur mesure un rien trop larges, mais tous les hauts lui iraient.
En dehors de la veste sublime, Reno n'avait encore rien pris, mais ce matin-là, il ouvrit l'armoire et regarda les costumes. Il en choisit un, noir et sans apprêts, assez semblable à ceux qu'il portait d'habitude, ainsi qu'une des chemises blanches, les déposa sur son lit et s'habilla avec ses propres vêtements. Puis, il alla déposer l'ensemble dans la salle de bain et réveiller Roxas. Il hésita brièvement devant la porte, puis entra.
Roxas dormait, comme la veille, torse nu et le dos tourné à la porte. En s'approchant, il eut un pincement au cœur en réalisant qu'il ne s'agissait pas juste de ça. Il était allongé sur le côté gauche et tourné vers le côté droit du lit, le bras étendu sur les couvertures et reposant sur la place vide.
Axel dormait toujours du côté droit.
Il se demanda s'il lui arrivait de le chercher dans son sommeil, lui aussi, et décida qu'il préférait encore ne pas savoir. Il n'avait pas besoin de preuves supplémentaires pour savoir à quel point il lui manquait il le ressentait à chaque instant. C'était comme un hameçon resté fiché dans son cœur, qui tirait douloureusement dès qu'il bougeait. Soupirant, il se secoua et se pencha vers le lit.
- Roxas ? Appela-t-il.
Il posa une main sur sa tête, glissant les doigts dans ses cheveux en une caresse spontanée qui lui fit mal au ventre et qu'il regretta aussitôt.
- Roxas, réveille-toi.
- Mmmmmmmh…, marmonna le blond en remuant et Reno retira sa main.
C'était comme si ses doigts le brûlaient.
- Debout, c'est l'heure.
- Reno, pourquoi tu veux m'emmener à ton travail ? Demanda Roxas d'une voix enrouée par le sommeil et en se retournant sur le dos. Tu sais, je ne compte pas sortir…
Il ouvrit des yeux de gars encore bien dans le cirage, et qui aurait voulu se rendormir.
- Je sais, mais j'ai besoin que tu m'accompagnes. Je t'expliquerai. Allez, lève-toi et va t'habiller. Je t'ai préparé des vêtements, ils sont dans la salle de bain.
Roxas soupira, l'air désespéré à l'idée de devoir sortir de son lit, mais s'exécuta. Reno se détourna aussitôt et quitta la pièce.
Il fit couler une demi-cafetière et répartit le liquide brûlant dans deux tasses. Roxas sortit de la salle de bain au moment où lui quittait la cuisine, un mug dans chaque main. Il lui en tendit un.
- Café ?
- M-Merci, bâilla Roxas en le prenant. Je crois que j'en ai bien besoin.
Reno le regarda pendant qu'ils buvaient. Le costume était parfait (il devait bien coûter le prix d'une petite voiture d'occasion, aussi…), et il avait peigné ses cheveux. Il savait qu'il ne pouvait être question de les coiffer, à moins d'avoir deux heures devant lui. De toute façon, ce n'était pas nécessaire. Ça ne lui donnait pas l'air négligé. Juste… anormalement beau. Comme toujours.
- On y va ? Demanda Roxas. Ce serait bête de te mettre en retard.
Reno hocha la tête et ils partirent ensemble.
- Alors, pourquoi tu m'emmènes ? Demanda Roxas dans la voiture, après plusieurs minutes de trajet silencieux.
- Je t'expliquerai. On arrive, là, mais j'ai besoin que tu fasses un truc.
- Quoi donc ?
Reno braqua et se gara, à deux cent mètres de l'entrée.
- Tu vois le bâtiment, là-bas, avec les portes tournantes ?
- La façade grise ?
- Celui-là. Je voudrais que tu ailles jusque là m'attendre devant la porte, et que tu fasses comme si on se voyait pour la première fois de la journée quand j'arriverai.
Roxas eut l'air surpris mais ne posa pas de question. Il se contenta d'acquiescer et de descendre de la voiture.
Reno le regarda s'éloigner sur le trottoir, attendit deux minutes et sortit à son tour. Il actionna le verrouillage central avant de se mettre lui-même en route. Il retrouva Roxas, debout à côté de l'entrée, et le salua d'un signe de la main.
- Bonjour. Comment ça va ? Demanda le blond.
- Bien, et toi ?
- Super. On y va ?
- On y va.
Ils passèrent les portes. Reno répondit en passant au salut de la réceptionniste, une jeune femme aux longs cheveux châtain foncé, habillée tout en rose, et appela l'ascenseur.
- Merci, dit-il. Promis, je t'explique tout dans cinq minutes.
Roxas regardait autour de lui, l'air distrait.
- J'étais curieux de voir où tu travailles, en fait. Alors je ne vais pas te mentir et te dire que je n'avais pas envie de dormir, mais je suis content d'être là.
- Tant mieux.
Ils sortirent de l'ascenseur et à nouveau, Reno salua du monde dans la pièce. Roxas remarqua deux jeunes hommes qui les regardaient arriver d'un drôle d'air. Celui aux cheveux courts couvait Reno d'un regard mauvais qu'il ne cherchait pas à cacher, et celui qui semblait plus âgé et avait de très longs cheveux, le regardait, lui, avec une expression qu'il ne parvenait pas à déchiffrer. Il fit comme si de rien n'était et suivit son guide jusqu'à un bureau séparé dont il referma la porte.
- Bon, ça c'est fait, soupira Reno. Voici mon bureau.
- Tu l'as eu quand tu as été promu, c'est bien ça ? C'est classe.
Reno ne put réprimer un sourire et se dirigea vers le meuble qui se trouvait dans le coin gauche de la pièce, à côté de la porte. Il posa une main dessus et se tourna vers Roxas.
- Je te présente ton nouveau meilleur ami, dit-il, et Roxas le regarda comme s'il avait pété un fusible.
- Reno, c'est quoi ? Demanda-t-il calmement, en appuyant sur le dernier mot.
- Ton nouveau bureau.
- Mon quoi ?
- Assieds-toi, s'il te plaît, répondit le roux en gagnant son siège, derrière son propre espace de travail. Roxas prit place en face de lui, de plus en plus largué.
- Tu veux bien me dire ce que c'est que ce cirque ? Demanda-t-il.
- Un entretien d'embauche.
Roxas resta muet de surprise, et il poursuivit.
- Je t'ai dit que j'ai besoin d'un assistant. Mon chef me tanne sans cesse avec ça, et même si ça m'arrache la gueule de le dire, je tiens pas le rythme tout seul. J'ai besoin d'aide. Et si je choisis pas moi-même très vite, on va me désigner quelqu'un d'office. Toi, tu as besoin de retrouver du travail. Le docteur Master a dit que tu pouvais rester avec moi à condition que je veille sur toi, alors voilà ce que je te propose. C'est un endroit agréable, le salaire n'aura évidemment rien de comparable à ce que tu gagnais avant mais je t'assure que c'est plus que correct et tu pourras toujours chercher autre chose en même temps. Travaille avec moi, s'il te plaît.
- Mais… mais je ne sais pas faire ça ! S'exclama finalement Roxas, sans élever la voix pour autant.
Enfin revenu de sa surprise, il semblait trouver l'idée aberrante.
- Reno, je n'ai pas fait d'études. Je suis mannequin, moi, pas comptable, tu te rappelles ?
- Tu sais écrire ?
- Oui mais…
- Tu sais faire des photocopies ?
- Oui mais…
- T'as déjà pris un rendez-vous ?
- Mais Reno…
- Oui ou non ?
Roxas se rembrunit.
- Oui.
- Alors bienvenue à la SHINRA.
Après un moment de silence, Roxas soupira.
- Si c'était aussi simple… Pourquoi toute cette mise en scène ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?
- Il y a deux raisons. D'abord, parce que je me doutais de ce que serait ta réponse et je voulais t'emmener, pour que tu voies l'endroit et que tu te fasses une idée avant de refuser. Et ensuite, parce que je ne veux pas que les gens sachent qu'on vit ensemble. Il y en a qui se feraient une joie de hurler au piston et de demander une enquête juste pour m'emmerder.
- Et tu parlais de bonne ambiance ?
- Bon, là, j'avoue, y a un bémol, admit Reno avec une grimace.
- Lequel, exactement ?
- Kadaj.
- Pardon ?
- Kadaj. Kadaj Seph, celui qui a les cheveux courts et argentés.
- Je l'ai vu en passant, dit Roxas. Tu sais, si les regards pouvaient tuer, tu ne serais déjà plus qu'une pulpe sanguinolente en train de suinter sur cette jolie moquette. Je comptais justement te poser la question. C'est quoi, son problème ?
Reno leva les yeux au ciel, l'air exaspéré.
- Il briguait le poste que j'occupe maintenant. On s'est jamais vraiment appréciés mais l'antipathie qu'il éprouve pour moi a pris des proportions bibliques, depuis. Il me hait. D'ailleurs, si un jour on me retrouve avec un couteau planté entre les deux omoplates, pour info, c'est lui l'assassin. Juste au cas où. Enfin soit. Tout ça pour dire qu'il ne perd jamais une occasion de me chier dans les bottes – pardon – et que s'il apprend que j'ai engagé… enfin, que je t'ai engagé, il se dépêchera d'aller raconter à qui voudra bien l'entendre tout ce qu'il aura pu échafauder comme hypothèses tordues sur ce fond de vérité, juste pour me créer des ennuis. Tu feras attention ?
- Reno, n'essayes pas de jouer à ce petit jeu avec moi. Je n'ai pas encore accepté, alors arrête de parler comme si tout était décidé.
Le roux cacha mal un sourire amusé.
- Tu peux pas me reprocher d'avoir essayé, pas vrai ? Mais sérieusement, qu'est-ce que t'as à perdre, hein ?
Roxas hésita avant de répondre.
- Je ne suis pas sûr d'être capable de faire ce travail.
- Je te formerai. Arrête de te méjuger comme ça, t'étais mannequin mais ça fait pas de toi un imbécile. Ton boulot consistera principalement à faciliter le mien, je te dirai quoi faire et comment.
- Si j'accepte, ça veut dire que je deviendrai ton employé et que je serai payé à obéir à tes ordres ? Demanda le blond avec une expression bizarre sur le visage.
Reno pensa qu'il avait dû trouver très étrange de prononcer ces mots. Autant qu'il l'était pour lui de les entendre.
- Non, bien sûr que non. Tu crois que je t'aurais proposé cette place, si c'était le cas ? Je suis le patron de personne, Dieu merci ! Quelle horreur. Si tu acceptes, tu seras mon collègue. Et ton travail consistera à faire ce que je te demanderai poliment, en te disant toujours « s'il te plaît » et « merci ». Vois ça comme un échange de bons procédés. Le chef me fichera enfin la paix et toi, t'auras du boulot. Ça te fera une autre expérience professionnelle à indiquer sur ton CV, tu pourras chercher autre chose ou économiser un ou deux ans et reprendre des études, si tu veux. Vraiment, Roxas, je sais que c'est dur et dégueulasse, ce qui t'es arrivé, mais c'est fait, et c'est terminé.
- Je sais, répondit le blond en soutenant le regard rivé au sien.
- Essaye de voir ça comme une opportunité plutôt que comme une fin en soi. Des tas de possibilités s'offrent à toi. Vingt-trois ans, c'est jeune, tu peux encore tout faire. A part peut-être te lancer dans le patinage artistique, parce que ça, faut commencer vraiment petit.
Roxas sourit d'abord, puis rit un tout petit peu, au grand plaisir de Reno.
- Tu as raison. Mais Tifa ? Elle sait, elle, que je vis chez toi.
- Arrête de dire ça, répondit Reno, redevenant sérieux. Tu vis pas chez moi. Cet appartement est le mien et celui d'Axel, et c'est devenu le tien aussi. Tu es chez toi, Roxas. Même si dans trois mois tu t'installes ailleurs et qu'on se voit plus comme maintenant, tu seras toujours chez toi. Quant à Tifa, enchaîna-t-il rapidement, pour couper court au silence gêné qui suivait sa déclaration, c'est une sacrée pipelette, mais elle sait se taire quand il faut. Et le cas Kadaj, elle connaît.
- Et celui avec les longs cheveux ? Demanda Roxas, curieux. (Il avait très envie de se retourner pour regarder la pièce à travers les stores vénitiens ouverts mais se retenait : on ne faisait pas ça lors d'un entretien d'embauche.) Ils se ressemblent beaucoup.
- Ah, lui c'est Yazoo. Et ces deux là sont des grands mystères de l'humanité. C'est juste une aberration que deux personnes issues du même milieu, de la même famille et ayant reçu la même éducation, nées avec le même patrimoine génétique, puissent être aussi différentes. Autant Kadaj est une vraie vipère – non, un nid de vipères – autant son frangin est un type sympa, serviable, discret et poli. Un véritable paradoxe ADN.
- Oh. Je vois.
Roxas semblait distrait, à présent. Reno laissa s'écouler un long moment de silence pendant lequel il s'efforça de dissimuler un sourire satisfait. Le blond avait commencé à regarder autour de lui, probablement sans même s'en rendre compte, et les choses prenaient donc le tour qu'il avait recherché. Il connaissait bien Roxas, depuis le temps, et il savait qu'il était curieux de nature (Même si sa curiosité s'arrêtait toujours là où commençait la vie privée des autres et qu'il s'occupait toujours de ses affaires, ce qui était appréciable.). C'était pour ça qu'il l'avait amené là avant de lui parler de son idée. Il était prêt à parier qu'il ne pourrait pas résister à l'envie de découvrir tout ça – de nouvelles personnes, un nouvel endroit, un nouveau genre d'environnement et de conditions de travail, un nouveau travail tout court – après en avoir eu un aperçu. Il pouvait littéralement lire le cheminement des pensées du blond dans ses yeux tandis qu'il continuait d'observer la pièce, l'air pensif. C'était pour ça que Reno était si bon dans ce qu'il faisait. Il avait un talent inné pour convaincre les gens, et il avait poli et taillé ce don comme une pierre précieuse pendant presque toute sa vie (même ses parents, aujourd'hui encore, étaient persuadés que certaines des idées qu'il leur avait « soufflées » leur étaient venues toutes seules). Axel avait coutume de dire qu'il aurait été capable de lui faire acheter un sac d'ordures s'il avait vraiment essayé. Il n'avait jamais essayé.
- Espèce de manipulateur sournois, accusa soudain la voix de Roxas, mi-fâchée mi-amusée. Tu m'as bien eu !
- Coupable, répondit Reno en croisant son regard agacé et en s'efforçant de ne pas sourire. Alors c'est oui ?
- Evidemment. Comme si tu ne le savais pas.
- Boude pas, gamin ! Je suis sûr que ça te plaira, et si jamais c'est pas le cas, rien ne t'obligera à rester.
Roxas haussa les épaules et le regarda d'un œil noir, croisant les bras et les jambes.
- Tu boudes.
- J't'emmerde.
- Putain, Roxas, mais ton langage quoi ! Deux fois en deux jours ! A chaque fois, je fais un mini-infarctus, moi !
- Ce n'est pas mon problème. Bon, comment ça se passe ?
Reno le laissa avoir le dernier mot, trop heureux de la façon dont tout se goupillait.
- On va aller voir le chef – Tseng, tout le monde ici l'appelle « chef », tu t'y feras vite – vu que je lui ai demandé de préparer un contrat. Prends ton temps pour le lire et le signer, et après, si ça te va, tu commenceras.
- Tout de suite ?
- Si ça ne te dérange pas.
Roxas haussa une nouvelle fois les épaules.
- Non, aucun problème. Mais ne t'attends pas à ce que je fasse des étincelles.
Reno lui sourit et lui tendit la main par-dessus le bureau. Roxas la serra.
- Bienvenue dans le département TURK.
Roxas haussa les sourcils.
- Le département Turc ? Répéta-t-il, et Reno comprit qu'il pensait à autre chose.
- Non, pas Turc, TURK. Ah, ça t'aide pas. T-U-R-K. Me demande pas pourquoi ça s'appelle comme ça, j'en sais rien. Allez, viens, ajouta-t-il en regardant sa montre. J'avais dit à Tseng huit heures et demie, et il est trente-cinq.
- Une vraie conspiration… Enfin, je te suis.
Reno retraversa les bureaux en sens inverse, Roxas sur les talons, frappa à la porte de celui qui se trouvait en face du sien et entra sans attendre de réponse. Le blond le suivit après une seconde d'hésitation.
L'homme assis derrière le bureau était manifestement aussi asiatique que son nom le laissait entendre. Il avait de longs cheveux lisses d'un noir de bakélite, des yeux sombres en amande et ce teint de pêche propres aux orientaux. Il était très beau, dans son genre. Roxas se demanda soudain s'il se débarrasserait un jour de cette déformation professionnelle. La première fois qu'il avait vu Reno et Axel l'un à côté de l'autre, il avait pensé la même chose qu'Olette : quel magnifique sujet ils auraient pu faire !
- Chef, voici Roxas Seren, annonça Reno alors que Roxas refermait la porte derrière lui. C'est pour le contrat.
- Bonne nouvelle, répondit le brun en ouvrant un tiroir. Il en tira une mince liasse de feuilles agrafées entre elles et les tendit à Roxas. Bienvenue, lui dit-il quand il les prit. N'hésite pas à venir me voir si tu as des questions, mais Reno t'expliquera tout en détail. Je suis Tseng. Je t'en prie, assieds-toi.
- Enchanté. Merci.
Reno luttait contre un sentiment qu'il n'arrivait pas à identifier, qu'il avait commencé à éprouver en voyant Roxas dans son bureau et qui s'amplifiait maintenant qu'il l'écoutait parler avec Tseng. Ce n'était pas désagréable, juste bizarre. Roxas chez les TURKs, c'était comme si deux pans jusque là bien distincts de sa vie se télescopaient soudain. Pour la première fois depuis qu'il avait eu cette idée, il se demanda si elle était vraiment bonne et s'il n'aurait pas dû y réfléchir un peu plus. Jusqu'à ce moment précis, et à ce moment-là encore, pendant que Roxas lisait son contrat, ses lunettes sur le nez – D'où diable les sortait-il, d'ailleurs ? Le costume que Reno avait choisi n'avait qu'une poche de poitrine, pas assez profonde pour y glisser autre chose qu'une carte de visite – il n'avait vu et ne voyait toujours que des avantages. Il y avait cependant trop d'inconnues dans cette équation. Il n'avait pas pensé à tout – c'était impossible – et il y avait certainement des tas de choses qui pouvaient mal tourner.
Roxas accepta le stylo que lui tendait Tseng et signa au bas de la dernière page d'une main qui n'hésita pas. C'était trop tard pour faire marche arrière, et de toute façon, Reno n'en avait pas envie. Il veillerait sur Roxas, redoublerait de vigilance et d'ardeur au travail, et s'assurerait que tout se passe bien. Le jeu en valait la chandelle.
Roxas signa le deuxième exemplaire du contrat, le plia, le glissa dans une poche intérieure de sa veste (résolvant au passage le mystère des lunettes sorties de nulle part) et se leva. Il serra la main que Tseng lui tendait en le remerciant, puis se tourna vers Reno. Son regard semblait dire « Tout va trop vite pour moi, je te fais confiance mais t'as carrément intérêt à assurer ». Ouais. Pas du tout la pression.
- Viens, dit-il. Je vais te faire faire le tour. Bonne journée, chef.
- A toi aussi, répondit distraitement Tseng.
Il était déjà retourné à ses occupations et semblait concentré. Ils sortirent sans rien ajouter.
