Noël à Poudlard était quelque chose de solitaire. Ginny avait l'habitude du bruit et de l'agitation, et que trop de personnes soient amassées dans une pièce trop petite. Elle avait l'habitude du pudding de Noël et du sapin abritant des cadeaux à bas prix.

Bon, elle avait mangé du pudding, se dit-elle, tandis qu'elle s'asseyait dans la Grande Salle avec les autres laissés pour compte qui n'avaient nulle part où aller. Elle ne les connaissait pas, et personne ne lui parla. Ils étaient tous perdus dans leur propre solitude, une douzaine de personnes seules dans la même pièce.

Elle ne s'attendait pas à recevoir de messages ou de cadeaux. Sa mère lui avait envoyé un colis qui contenait son pull de cette année. Au moins, il était d'un gris morne, contrairement à celui des années précédentes, marron et rouge ; elle supposait que c'était déjà ça. Sa mère essayait quand même, même si elle ne pouvait pas se résoudre à tricoter un pull vert Serpentard. Elle ne s'attendait pas à recevoir quoi que ce soit d'autre, donc quand un hibou entra et laissa tomber un colis sur son coude elle faillit sursauter. Elle attendit d'être retournée dans son dortoir pour l'ouvrir et faillit couiner quand elle en sortit sept petites boîtes, toutes emballées dans du papier vert et du ruban argenté. Je voulais être sûr que tu aurais quelque chose à ouvrir, disait la note dans le paquet. Ils sont tous un peu débiles, cela dit. On se voit bientôt. D.

Elle défit les rubans lentement, essayant de faire durer le plaisir de recevoir des cadeaux d'un garçon, et déballa une Chocogrenouille, un livre qui avait sûrement été suggéré par sa mère, un jeu de cartes explosives, un petit dragon en peluche qui bougeait les ailes, un paquet de Dragées Surprises de Bertie Crochue, un Vif d'Or d'entraînement, et un bracelet de perles en verre. Elle fourra l'une des dragées dans sa bouche et ouvrit son journal pour le dire à Tom.

Joyeux Noël, lui dit-il, et il la laissa être surexcitée par le fait que Draco Malfoy lui avait offert des cadeaux. Elle lui demanda de lui parler de ses Noëls quand il était enfant et il lui dit simplement qu'il ne voulait pas en parler, que les histoires de l'orphelinat étaient trop sombres pour qu'il l'embête avec ça, et il lui demanda de lui parler des cadeaux qu'elle avait reçus. Elle passa son doigt sur les mots et souhaita, et ce n'était pas la première fois, que Tom soit une vraie personne.

Il était réel, bien sûr, mais un livre ne tenait pas compagnie. Parler aux autres lui manquait. Elle avait l'habitude d'avoir des gens autour d'elle, qu'il s'agisse de sa grande famille dans une petite maison ou un dortoir empli de filles, même si elle n'aimait pas ces filles et elles ne l'aimaient pas en retour. Le silence de Poudlard pendant les vacances l'irritait. La voix de Tom dans sa tête lui manquait. Tout était mieux que ce silence opressif.

Draco Malfoy rompit cette solitude le lendemain, lorsqu'il entra d'un seul coup, laissa tomber une pile de choses par terre, et s'écroula à côté d'elle dans le canapé de la salle commune. "Je t'ai manqué ?" demanda-t-il avec un sourire suffisant qui la fit rire, et elle l'entoura de ses bras et le serra contre elle jusqu'à ce qu'il couine.

"Merci, espèce d'abruti," dit-elle. "Les cadeaux étaient géniaux."

"J'en ai un encore mieux que les autres," dit-il, "mais tu dois promettre de ne rien dire."

"Sur la tombe de Merlin," répondit-elle, puis elle glapit de plaisir lorsqu'il se leva, fouilla dans sa pile d'objets, et en sortit une boîte à gateaux avec un pudding au chocolat à moitié mangé à l'intérieur.

"Je l'ai volé," dit-il. "Meilleur gâteau du monde."

Ils mangèrent, puis s'emmaillotèrent et partirent voler, à ras du sol jusqu'à ce qu'ils ne puissent pas être vus du château. Ils ne voulaient pas risquer que quelqu'un décide de s'assurer que les premières années ne volent pas. Ils n'avaient pas encore été attrapés, mais ils savaient bien qu'il fallait qu'ils restent vigilants. Quand ils furent à bout de souffle et s'installèrent dans une cabane abandonnée depuis longtemps pour les protéger du vent, leurs visages étaient roses de froid. Draco posa son balai en équilibre contre le mur de pierre et se mordit la lèvre en la regardant. Ginny se sentit soudain nerveuse et, malgré le froid de l'air, put sentir ses mains devenir moites, tandis que le garçon légèrement plus vieux qu'elle qui était revenu pour elle au château s'éclaircissait la gorge. Elle souhaita pouvoir demander à Tom quoi faire.

"Tu ne t'es pas sentie trop seule ?" demanda-t-il. "Je veux dire, ici ?"

"Si," répondit-elle. Elle s'appuya contre le mur, une tentative futile pour paraître nonchalante et imperturbable, et réussit seulement à avoir encore plus froid quand le gel des pierres anciennes pénétra sa cape et ses vêtements.

Est-ce que Tom avait froid parfois ? se demanda-t-elle. Est-ce qu'il faisait froid dans un journal ? Est-ce qu'il se sentait seul lorsqu'elle ne lui parlait pas ? Est-ce qu'il rêvait ? Est-ce que ses amis de son époque lui manquaient ?

"L'année prochaine tu pourras venir avec moi," lui proposa Draco. "Ma mère a dit qu'elle était d'accord. Elle a dit que ta famille ne devrait pas te laisser rester ici toute seule. Que les Sang-Purs ne font pas ça." Il frotta ses pieds sur la neige et envoya voler un peu de poudreuse et elle ne put s'empêcher de remarquer que le cuir de ses chaussures semblait très cher. "Ma mère peut être un peu... Elle a ses idées, tu vois ? A propos de ce que les gens sont censés faire et ce qu'ils sont censés aimer et tout." Ginny acquiesça. Sa mère avait des idées aussi. Elle avait l'habitude des mères avec des idées. Elle avait même l'habitude des mères qui recueillaient les enfants des autres. Sa mère à elle avait recueilli Harry Potter et la mère de Draco allait la recueillir, elle.

Draco était encore en train de parler. "Mais elle est géniale, tu sais. Vraiment géniale."

Ginny frissonna à cause de la neige et hocha la tête à nouveau. Draco passa sa langue sur ses lèvres et s'approcha d'elle avant de prendre sa main gantée. "Tu es plutôt géniale aussi," dit-il. "Est-ce que Blaise... Est-ce que vous deux...?"

"Non," répondit Ginny. Elle était de plus en plus perturbée et voulait vraiment parler à Tom. "On est juste... Je veux dire, je sais pas. Il m'emmène en cours et tout mais..." Elle se mordit la lèvre et dit, "Mais tu es celui qui m'envoie des cadeaux et revient pour passer les vacances avec moi."

Draco hocha la tête et renifla légèrement à cause du froid. Il semblait ne pas savoir comment procéder et Ginny pouvait presque entendre la voix exaspérée et chaude de son meilleur ami en train de dire, Embrasse-le avant de geler.

Alors elle le fit. Il sursauta presque lorsqu'elle frôla ses lèvres contre les siennes puis il prit de l'assurance. Ses lèvres étaient rugueuses et gercées, probablement à cause de l'hiver, et leurs nez se cognèrent. "Peut-être qu'on devrait rentrer," dit-elle. "J'ai froid."

Qu'est-ce que tu en as pensé ? lui demanda Tom plus tard, amusé, comme d'habitude.

C'était froid, répondit-elle. Et humide. Et un peu dégueu.

Ça s'améliorera, lui promit-il mais lorsqu'elle lui demanda des détails, il refusa d'élaborer son propos.