NEUF

Arès, Dieu de la Guerre, se tenait invisible juste devant la porte du temple d'Aphrodite. Vu l'humeur dans laquelle elle était, il ne se risquerait pas à entrer comme à son habitude, il devrait marcher pour ne pas être détecté ou pulvérisé. Il attendait aussi que Joxer arrive.

Il n'était normalement pas quelqu'un que l'on pouvait intriguer, mais il se trouva malgré lui, et bien, intrigué. Voici un mortel qui était dans la cité depuis quoi, ça faisait bien maintenant une heure ? Et qui avait réagi face au manque total de normalité dans la ville comme si cette anormalité était normale ; soignant et nettoyant une déesse assez malade, discutant avec un dieu, et il était toujours l'homme doux et souriant qu'il était en arrivant.

Ça, et aussi la petite voix au fond de son esprit qui criait. Il ne savait pas ce qu'elle lui criait, mais ça avait commencé quand Joxer lui avait adressé une prière juste quelques moments auparavant. Joxer était impliqué d'une manière ou d'une autre. Il en était sûre.

Quand cette petite voix lui disait quelque chose, il lui prêtait attention.

Non seulement il y avait ça, mais il était aussi évident que Joxer avait une espèce de résistance naturelle à la marée actuelle de rose. Les seuls objets sur lui qui avaient pris la couleur qu'Aphrodite aimait tant étaient ceux qui avaient touché le sol : les fleurs dans sa mains et le sac qu'il avait déposé quand il s'était occupé d'Éris. Même après sa chute devant le puits il n'était pas devenu rose.

Exceptées ses bottes, mais celles-ci ne comptaient pas vraiment... Elles n'avaient pas encore changé de couleur, mais commençaient à s'éclaircir un petit peu, si vous y regardiez de très près. Mais si vous remarquiez ça, on pouvait vous accuser d'avoir remarqué aussi le reste de sa personne, donc Arès changea rapidement le cours de ses pensées pour reporter son attention sur Éris.

En pensant à sa sœur, Arès fit une inspection mentale rapide de sa sœur jumelle, et la trouva enfin réveillée.

« Ça va, sœurette ? demanda-t-il gentiment.

_ Qu'est-ce qui m'est passé dessus ? Oh, ma Déesse, qu'est-ce que c'est que ces vêtements ? Oh ma Déesse, je me souviens... répondit Éris tout d'abord avec confusion, puis avec choc, et enfin avec une panique grandissante. Oh Arès, qu'allons-nous … commença-t-elle d'un ton inquiet.

_ Allons, Ris, ne t'inquiète pas. Presque tous les dieux et déesses ont cette réaction face au rose. Et si tu t'inquiètes pour Joxer, ce n'est pas la peine. Il ne dira rien à personne, tu le sais. En fait, je suis plutôt certain qu'il croit qu'il t'a, je ne sais pas trop, offensé d'une certaine manière et que je vais le faire griller pour ça. » Arès informa sa sœur.

Éris rit tout haut à cette pensée et Arès perçut son hilarité à travers leur lien mental, et se détesta de devoir lui annoncer la suite car elle pourrait recommencer à s'inquiéter.

« Je suis chez Dite et je m'en occupe. En fait, ça devrait devenir très intéressant très rapidement, Joxer est en train de monter les marches à l'instant. »

Une hilarité muette fut transmisse sur leur lien.

« Tu devrais rester là-bas et te reposer. Je ne t'aurais pas appelée si, enfin, je veux dire... Repose-toi, c'est tout, tout ira bien pour moi, je te raconterai TOUS les détails, » envoya fermement Arès, qui sourit quand sa sœur réalisa l'implication de ses mots et coupa la ligne.

Joxer venait juste d'atteindre le sommet des marches du temple d'Aphrodite quand Arès apparut près de lui dans un flash de lumière rose.

Joxer posa les yeux sur le dieu qui avait capturé son cœur, et la joie de le revoir si tôt le cloua sur place. Le problème était que l'une de ses jambes avait esquisser un pas en avant, et, comme on aurait pu le prévoir, Joxer commença à tomber en avant, encore. Mais cette fois-ci il ne toucha jamais le sol car une poigne solide attrapa son biceps et le maintint debout jusqu'à ce que son cerveau redémarre et replace ses deux pieds correctement sur le sol.

Le cerveau de Joxer commença à lui crier 'Dis quelque chose ! Tu peux le faire ! Je sais que tu peux le faire !'. Son cœur lui criait 'Quelque chose de gentil, quelque chose qui retienne son attention !' Tout ce qu'il réussi à sortir fut...

« Oh, salut, Arès. » d'une voix hors d'haleine.

Ce fut au tour d'Arès de soupirer et il lâcha son bras, et fit un pas en arrière. D'un geste du bras, il indiqua que Joxer pouvait continuer jusqu'au temple d'Aphrodite. C'était comme de mener un agneau à l'abattoir, mais Arès n'avait pas le choix. Il avait un pressentiment, et il avait appris depuis longtemps à suivre ses pressentiments, les conséquences la seule fois où il ne l'avait pas fait... et bien, ça avait fait très mal. Les pressentiments d'Arès étaient très forts cette fois-ci. Peut-être, juste peut-être, Joxer était l'atout dont ils avaient besoin pour faire sortir Aphrodite de sa crise de rose.

L'une des prêtresses du temple se précipita vers eux quand ils franchirent le seuil du temple. C'était la même prêtresse qui était venu prier Arès une heure auparavant.

« Oh, Dieu Arès, » dit-elle, en ignorant complètement Joxer et en lui marchant presque dessus dans sa précipitation à arriver auprès du Dieu de la Guerre. Arès la regarda faire avec agacement. Elle commença à parler au dieu de la guerre, mais Arès n'écoutait qu'à moitié, il regardait Joxer.

« … un musicien en visite venu de Lumdinium, Floyd le... »

Joxer se contenta de sourire poliment à la femme puis demanda d'un inclinaison de la tête la permission d'Arès pour les laisser, qui lui fut accordée, puis il se dirigea en direction du mur pour y appuyer son sac.

« ...prit la nourriture dans son plateau... »

Joxer, s'étant débarrassé de son sac, tira sur divers coins de son 'armure', puis saisit les fleurs et se dirigea vers l'autel principal.

« … marbre rose solide... »

Joxer était une contradiction ambulante, remarqua Arès. Complètement maladroit, et pourtant si poli, et si ardent dans son adoration pour le dieu guerrier.

« … l'ai mis dans le jardin du temple, à côté du mur près de la fontaine... »

Joxer avait atteint l'autel principal, et commença à s'incliner quand il remarqua qu'Aphrodite était présentement assise sur son trône. Il s'avança pour s'approcher de la Déesse de l'Amour, les fleurs toujours dans sa main.

« NON, vous devez l'arrêter, il va devenir rose comme tous les autre... »

Arès reporta toute son attention sur l'espèce de prêtresse idiote et la prit par le bras avant qu'elle ne puisse faire un pas.

« Non, dit le dieu d'un ton calme et pourtant mortel, vous n'interférerez pas, Joxer de Corinthe est peut-être la seule chose qui se tienne entre la Grèce et l'annihilation. »