Thème : Drama

Crime

Il avait du sang sur les mains, et les entrailles nouées. Même s'il avait tué Hobbs en état de légitime défense pour sauver sa fille Abigail, il avait l'impression d'avoir commis un crime. Il culpabilisait d'avoir pris une vie, même s'il relativisait à ce propos, mais surtout, il se sentait mal parce qu'il avait aimé ça. Lorsqu'il en avait parlé avec le docteur Lecter, il s'était attendu à un jugement, mais ce dernier avait eu l'air juste...curieux. Il aurait préféré qu'il le juge. Ça aurait été plus normal, et il avait grand besoin de normalité autour de lui, pour affronter ses cauchemars et ses hallucinations qui ne le laissaient pas en paix. Pour que la voix de Hobbs cesse de se faire entendre de lui seul, répétant inlassablement le même mot « vois ». Il ne voulait pas voir. Il voulait juste revenir en arrière, et décliner la proposition de Jack Crawford.

Crise

Il lui faisait confiance. Hannibal était compétent, un des meilleurs dans son domaine, et il voulait l'aider. Il était parfois un peu froid en public, mais jamais lorsqu'ils étaient tous les deux, dans l'intimité son cabinet. Ses yeux brillaient alors d'intérêt, rien que pour lui et pour la façon dont son esprit fonctionnait. Pourtant, malgré la thérapie, les crises se succédaient, et Will se sentait de plus en plus mal. Il était désorienté, épuisé, et à bout de nerf. Il était malade, de toute évidence, et puisque le scanner n'avait rien donné, il ne restait que l'option de la maladie mentale, celle qui lui faisait si peur. Il espérait des mots de réconfort de la part de son ami, et qu'il lui redonne un peu d'espoir. Son expression désolée lui serra le cœur, car sans dire le moindre mot, le médecin lui faisait bien comprendre la réalité de son état : s'il n'était pas encore fou, il le serait bientôt. Ce n'était qu'une question de temps.

Alcool

Will tenait très bien l'alcool. Que ce soit la bière, le whisky ou le vin, l'ivresse tardait souvent à arriver, et avec elle, le vide dans son esprit. Alors il augmentait la dose, petit à petit, pour pouvoir se déconnecter de la réalité. Pour pouvoir oublier ce qui était arrivé à Abigail. Pour pouvoir oublier ce que Hannibal lui avait fait subir. Pour oublier les actes monstrueux qu'il avait commis, en toute lucidité, et surtout, pour oublier le plaisir qu'il y avait pris. Même si à chaque réveil, il se sentait un peu plus mal, et que la réalité prenait l'aspect de ses cauchemars.

Pluie

Il pleuvait à verse lorsque les ambulanciers sortirent Will de la maison d'Hannibal. La douleur irradiait son ventre et les gouttes d'eau ruisselaient sur son visage, se mêlant à ses larmes avant de prendre la teinte rouge du sang. Il n'avait plus conscience d'être en danger de mort imminente, et il aurait aimé rester encore un peu sous la pluie froide. Elle anesthésiait son sentiment de culpabilité à défaut de la douleur, et il eut l'espoir qu'elle emporterait aussi sa peine et ses regrets avant de sombrer dans l'inconscience.

Dague

Il aurait pu utiliser un couteau de cuisine, un poignard ou une dague mais il s'était servi d'un couteau à linoleum. Une arme parfaite qui, dans ses mains habiles, avait fait couler des flots de sang sans lui prendre la vie. Will savait que ça n'avait jamais été le dessein d'Hannibal, mais le coup avait atteint son cœur. Ce soir-là, le médecin lui avait ravi ce qu'il avait de plus précieux, d'un seul coup de lame aiguisée. La plaie finirait par se refermer, et il aurait une cicatrice en forme de croissant sur le ventre, mais il lui resterait toujours une blessure invisible. Une lésion à l'âme.

Exil

Il avait été obligé de quitter sa résidence de Baltimore pour l'Italie, et son cœur comme son corps était en exil, loin de celui qui l'avait trahi. Il l'avait appelé son ami, mais ils avaient tous les deux une vision de l'amitié qui n'était guère celle qu'avait la plupart des gens. Will avait touché son cœur puis l'avait rejeté, et pour atteindre le sien, le médecin n'avait pas hésité à utiliser une lame bien aiguisée. Les larmes, le sang et la pluie, dans ses souvenirs, tout se confondait, comme leurs âmes faites pour se retrouver et n'en former qu'une seule.

Séparation

Son esprit recelait de moyens de se distraire, pourtant, les jours dans sa prison immaculée semblaient bien longs à Hannibal. Sa liberté, ses hobbys, ses sorties, tout cela lui manquait, mais rien ne lui manquait plus que la présence de Will à ses côtés. Il ne s'était pas attendu à ce qu'il vienne le voir rapidement, mais il avait espéré que malgré tout ce qui les avaient séparés, le profiler lui donnerait de ses nouvelles. Une lettre imprégnée de l'odeur de son abominable after-shave lui aurait suffit, mais il n'avait rien, rien que le silence, et les souvenirs qu'il chérissait.

Temps

Elle ne savait plus depuis combien de temps exactement elle se trouvait là, mais ça lui semblait une éternité. Il ne la traitait pas mal, lui donnait de quoi se distraire, pourvoyait à ses besoins naturels comme de manger ou de se laver, et elle avait des nouvelles du monde via la télévision, mais elle était sa prisonnière. Sa voix douce et posée lui donnait parfois le frisson, car elle sentait que sous le vernis d'amabilité, se cachait un être sans aucune pitié. Elle se demandait quand il la tuerait, jusqu'au jour où il lui annonça calmement qu'il n'aurait besoin que de l'un de ses bras, et qu'elle ne souffrirait pas. Elle ne lutta pas, c'était inutile, et se réveilla dans cet étrange puits situé dans une cave, dans une demeure au milieu de nulle part. Quelqu'un allait venir, il l'avait promis. En attendant, elle écoutait le bruit de la pluie sur le toit, quelque-part au dessus d'elle.

Diverger

Leurs chemins avaient divergé depuis longtemps déjà, mais Jack était amer. Il s'était servi de Will à de nombreuses occasions, l'avait poussé à bout, avait abusé de son autorité envers lui, mais il s'était également pris d'affection pour le profiler. Il l'avait vu résoudre des enquêtes on ne peut plus difficiles, et s'était senti fier d'être son ami. Oui, il était amer que Will ait finalement quitté le chemin de la justice, pour devenir l'amant et le complice du criminel qu'ils traquaient depuis le début, Hannibal Lecter. Cet homme était un cannibale, un assassin, un monstre, mais également un artiste, un ami et un confident qui avait su gagner le cœur de Will.

Pensée

Il était souvent plongé dans ses pensées, observant le ciel à l'extérieur sans le voir, de l'intérieur de sa petite chambre. Jack avait 86 ans, mais il était encore en bonne santé, à son grand regret. Il trouvait le temps long, et il pensait souvent à rejoindre Bella, partie bien trop tôt. Il ne s'était pas remarié, et il avait fait du travail son occupation première, jusqu'à ce que ça ne soit plus possible. Malgré cela, il n'avait jamais retrouvé Hannibal et Will, et son ami lui manquait. Il espérait que le profiler soit toujours en vie, quelque part. Si seulement il pouvait recevoir le moindre signe de lui.