J'étais encore somnolente quand il m'a emmené en pleine forêt, au Park des Whitetail plus précisément. Avant de partir, Jacob m'ordonna d'emporter mon sac-à-dos qui contenait : mon sac de couchage, mon couteau Bowie, un briquet, de la corde d'escalade, une gourde avec l'emblème du projet et un tarp (ou bâche agricole) plié au fond. Jacob m'a interdit formellement d'apporter une arme à feu hormis mon bâton et mon arc. Je devais m'habillé de vêtement chaud, j'avais une veste kaki à capuche assez longue, un jean et une paire de botte marron foncé. « On va se diriger vers le nord, annonça-t-il au bout de quelques minutes de marche, à Cedar Lake nous établirons un campement. »

Nous nous sommes installés à quelques mètres aux abords du lac entouré par des Pins. Jacob m'enseigna comment faire un feu Dakota. « C'est un feu discret, il faut creuser deux trous séparer par 20 cm face au vent. Un trou servira de cheminée tandis que l'autre sera pour installer le feu ». Ce que nous fîmes directement, après cela nous installions la bâche pour nous protéger d'éventuelle intempérie et disposions nos sacs de couchage. Jacob m'ordonna de trouver du gibier à chasser ; je partis donc muni de mon arc. Durant plusieurs heures, je cherchais le moindre signe ou bruit qui pourrait me conduire vers une proie potentielle. C'était assez long et épuisant, très différent d'une simple cible immobile à l'entraînement, j'ai effectué plusieurs tentatives restantes toutes infructueuses. La pénombre s'installait et je suis revenue bredouille au campement. À ma grande surprise, j'aperçus Jacob faire griller un poisson à la broche, ignorant comment il l'avait obtenu. Quant il a remarqué ma présence, il n'a émis aucun commentaire mais son visage montrait une sorte de satisfaction, sans doute avait-il prédit que je reviendrai les mains vides. Le poisson cuisiné par ses soins pouvait facilement nourrir deux personnes, je m'attendais à ce qu'il partage sa prise mais rien. « Puis-je en avoir un morceau, s'il vous plaît ? demandai-je en m'assurant d'être la plus polie possible.

— Avez-vous trouvé de la nourriture ? lança-t-il connaissant déjà la réponse.

— Non, mais…

— Alors tu ne mangeras pas, me coupa-t-il toujours en regardant sa nourriture arborant un sourire satisfait.

— Je vous l'ai demandé poliment. Vous pourriez faire une exception, appuyai-je.

— Mère nature n'a que faire de ta politesse, un prédateur demande-t-il à sa proie de se laisser bouffer ? ou ton estomac te demande-t-il la permission de grogner ? Non, il le fait sans rien demander. Tu vas devoir faire avec, ce sera une leçon pour toi.

Je m'apprêtais à renchérir sur ma prise de conscience de ne plus recommencer et que j'avais compris la leçon.

— Et n'essaie pas de tiré sur mes sentiments, la pitié c'est pour les faibles. Lorsqu'il s'agit de survie les sentiments humains disparaissent, ajouta-t-il.

C'était avec envie et rechignement que j'observais le poisson être désarêter et absorbé morceau par morceau. Dans un sens il avait raison, s'il avait compté sur moi il n'aurait rien mangé. Mais devait-il vraiment me laisser affamer.

La nuit était terriblement longue entre le froid et le ronflement de Jacob. Mais surtout la faim, mes crampes à l'estomac plus douloureux au fil des heures. Je repensais sans cesse à mon dernier repas prit au chalet, je n'avais eu qu'au petit-déjeuner des flocons d'avoines et une pomme. Quand je vivais avec mes parents je me contentais que de deux repas par jour, c'était dans des moments pareilles où je me rendais compte de l'importance de chaque repas. Dans le but d'oublier ma faim, j'essayais de tourner mes pensées vers mes parents. Mes parents… cela faisait très longtemps que je n'avais plus aucune nouvelle d'eux. Le chantage de Joseph avait si bien réussi qu'il me dispensait de les appelés. Je détestais toujours mon père et je frottais toujours mon tatouage rayé de John pour me le rappeler, mais ma mère… ma mère me manquait, elle n'avait rien fait. Rien fait pour me défendre mais je ne lui en voulais pas, mon père nous faisait peur. Je l'aimais et je suis sûr qu'elle m'aimait aussi, enfin je le pensais. Je remettais en question les évènements que j'ai vécu au sein de la secte, en valaient-ils la peine, l'entraînement et le tatouage ? n'était-ce pas une décision hâtive d'avoir fugué ? Non…Non Joy c'était une bonne décision, le Père ne te blessera pas et ne t'abandonnera jamais. Néanmoins le Père était absent, me laissant seul avec l'un des frères le plus rustre et le plus détestable que je connaissais. La faim, le froid, la douleur et la peur de connaître le même sort que les faibles étaient mes seules récompenses en rejoignant la secte. Sortir de l'enfer pour rejoindre un autre, c'est le serpent qui se mord la queue. Verrai-je la fin de mon malheur et connaîtrai-je un jour le bonheur. Je doute de pouvoir le connaître en restant avec eux. Peut-être était-il temps de partir ? C'était à mes réflexions que je cédai au sommeil, ma fatigue prenant le dessus sur la douleur, et terminai la nuit.

Une odeur de fumée emplissait mes narines m'arrachant des bras de Morphée. Le ciel était nuageux et sombre malgré l'heure tardive. Je me redressai difficilement sentant la raideur de mon dos et mes autres membres endoloris dû aux conditions de sommeil. Il fallut plusieurs minutes pour que mes yeux s'habituent à la lumière avant de remarquer, à mon horreur, l'absence de Jacob de l'autre côté du feu éteint. Ses affaires avaient disparu ; il ne me fallut pas beaucoup de temps pour comprendre qu'il m'avait abandonné ici. Alors que je remballais mes affaires dans mon sac, j'aperçus un morceau de papier coincé par une pierre, plié en quatre à l'intérieur quelques mots laissé par lui « Le meilleur entraînement est la mise en condition réel. Survit durant trois jours et je te rechercherai, si tu es toujours vivante. Soit forte, prouve-moi que tu es digne Princesse ».

À la fin de ma lecture, je déchirai le morceau de papier en injuriant son auteur. Le monstre m'avait abandonné seule en pleine nature pour son stupide entraînement. Le but était de rester sur place en survivant face au prédateur. La nourriture me manquait ; la chasse était donc une priorité mais je ne trouverais rien, l'échec de la veille me le rappelait. Les animaux devaient s'abreuver, je décidai donc de longer le lac. Je ne trouvais pas de proie à chasser au lieu de ça ce que je trouvai me rempli de soulagement, un campement abandonné. Le feu de ce camp était éteint je cherchais dans la tente orange de quoi apaiser ma faim grandissante. Un sachet de chips fut englouti par mes soins même si c'était léger, c'était mieux que rien. Les affaires des campeurs étaient toujours présentes, où étaient-ils passés ? le suspense fût de courte durée lorsque je remarquai des longues traces de sang et de pas se dirigé vers un arbre particulier. Sans réfléchir je suivis la piste du regard, je levai la tête lorsqu'un cri d'effroi s'échappa de mes lèvres.

Le corps d'une personne suspendu par des fils barbelés éventré où les intestins se déversaient comme une cascade. La pauvre victime était méconnaissable à cause d'une tête d'Élan qui remplaçait la sienne. La vue et l'odeur ont créé chez moi un haut le cœur et je vomis aussitôt ce que je venais d'ingérer. Un seul mot pouvait m'indiqué l'auteur de cet acte inhumain « Faible » écrit avec le sang du pauvre homme. Les hommes de Jacob, ou peut-être lui-même, avaient commis ce meurtre, je n'en doutais pas. Cette scène macabre me permit de lever mon hésitation à rester avec la secte. Est-ce que le Père aurait permit cet agissement de la part de ses enfants ? Je n'en savais rien, la vérité était que je ne me suis pas penché sur leurs motivations avant, mis à part leur grand effondrement. J'aurai pu voir des signes de leurs agressivités face aux non-adhérent du projet mais l'insistance de joseph à me garder auprès de lui m'avait rendu aveugle. Je devais fuir encore pour ma sécurité. C'était ma faute, j'aurai dû voir les signes précurseurs comme les morceaux de chair exposé aux murs. Malheureusement, je pensai au chantage qui était non seulement illégal et immoral vis-à-vis de ma mère, ma colère m'avait rendu vulnérable. Par ce chantage ignoble, Joseph m'avait isolé de mon entourage.

Finalement, l'abandon de Jacob me laissai une chance de fuir et de rentrer chez moi. L'expiation et l'entraînement n'auront servis à rien mais ils resteront toujours encrés dans ma mémoire.