John se réveilla doucement, et agréablement, puisque Sherlock était toujours près de lui. Il ouvrit les yeux et la vision de son ami, leur proximité lui mit un sourire au cœur, une joie inexplicable et indéniable. Il allait devoir s'y faire visiblement s'il décidait de ne vraiment plus fuir ce qu'il ressentait. Tout doucement il dit « Bonjour Sherlock. » Il sentit sa propre voix vibrer d'admiration pour cet homme si extraordinaire.
« Bonjour, John. » Il ne pût s'empêcher de sourire. Sa voix était affreusement grave et basse.
John hésita, il n'avait encore pas envie de bouger et de casser ce moment mais il s'agita quand même parce qu'il commençait à avoir des crampes.
Sherlock secoua la tête. « Tu ne vas quand même pas rester là avec tes crampes juste par politesse, si ? »
« C'est plus de l'égoïsme que de la politesse… »
Sherlock pencha la tête. « Je ne vois pas en quoi ce serait de l'égoïsme... »
En accord avec ce qu'il avait décidé avant de dormir, il répondit sincèrement « Parce que je ne veux pas que tu t'éloigne. Qu'importe mes crampes, je veux te garder là. » C'était peut-être audacieux ou trop… il avait tout de même la crainte qui tentait de lui broyer les tripes mais il l'écrasa sans merci, son inquiétude faisant place à de la détermination.
Sherlock réfléchit quelques secondes sur la démarche à adopter. Il ferma les yeux quelques instants et les rouvrit. Peut-être qu'il pouvait essayer d'accepter les sentiments de John. Parce qu'avec cette phrase, il était plus qu'évident qu'il en avait un minimum envers lui. Il hocha lentement la tête. « D'accord. Marche un peu, ou change de position. Je reste là. »
Son cœur se gonfla de reconnaissance et d'affection, de joie aussi. « D'accord. » Il ne pu s'empêcher de sourire. Il se leva et s'étira, fit deux pas… puis revint en arrière de suite, se rasseyant autrement. « C'est bon, ça va mieux ! » Il devait avoir un sourire niais mais c'était assez incontrôlable. Il finit par y parvenir pourtant, reprenant un air plus normal mais le sourire était toujours là, intérieur.
Sherlock sourit devant le sourire de John. Il se sentit... réchauffé de l'intérieur dans un sens. Avec John, tout était différent. Même les sentiments, apparemment !
Il y avait encore une chose à décider et le sourire de Sherlock l'y aida. La décision était qu'il voulait simplement laissait les choses aller, il n'avait pas l'intention d'imposer sa prise de conscience à son ami. Il allait juste être franc avec lui, se laisser un peu plus aller en étant un peu plus possessif mais pour le reste il allait laisser Sherlock « tranquille ».
Les semaines passèrent, encore, et John changea encore de façon d'agir. Au vue de tout ce qu'il avait réalisé, de tout ce qui s'était passé, il allait devoir changer son organisation. Il voulait continuer à travailler, à discuter avec Greg parce qu'il l'aimait bien. Mais surtout, il voulait avoir le maximum de temps à consacrer à Sherlock. Pas pour Sherlock, pour lui-même. Être avec son ami l'apaisait vraiment… En résumé, Sherlock puis le reste. La première semaine il mit un peu de temps à répartir son temps, il en profita pour s'excuser auprès de Susan et de lui dire qu'il ne la verrait plus, elle ne le prit pas trop mal. La seconde, il parvint à trouver un meilleur équilibre. Au début de la troisième, il parlait avec Greg au pub, de Sherlock justement. John se demandait s'il devait parler de ce qu'il ressentait vraiment à son désormais bon ami…
Sherlock sentit que quelque chose changea après cette nuit. John changea. Bizarrement, mais il ne semblait pas triste de changer, comme s'il s'était juste perdu, avant. Sherlock se sentait moins seul. John restait plus avec lui, était plus proche de lui. On pourrait presque penser que John l'évitait, avant. Il se sentait lentement remonter la pente qu'il avait redescendue durant les semaines qui précédait.
« Tu es quoi ? » John venait de lui dire, il était un peu stressé parce qu'il ne savait pas trop ce que son ami pensait de … ce genre de relation. Il toussota avant de répéter moins fort « amoureux de Sherlock oui, mais évite de répéter ça trop fort si tu veux bien ! » Greg se reprit en voyant que son interlocuteur était sérieux. « Mais comment ça ? Depuis quand ? Je te croyais hétéro ! » Il dit ça sur le ton de la confidence, se demandant s'ils étaient à l'abri non pas des regards mais des oreilles inopportunes. « Moi aussi figure-toi… mais ça a changé visiblement. Rassure-toi, ça ne fonctionne qu'avec lui, je ne ressens ça pour personne d'autre. » John apprécia l'effort de discrétion, et Greg demanda à nouveau « Mais comment ? » John respira un grand coup « Comment, je ne pourrai pas te dire. Quand on y réfléchit c'est un abruti insensible qui me laissera éternellement sur ma frustration parce qu'il est effrayé rien qu'à la possibilité de sentiments. » Greg sourit, se retenant de rire « Quel amour ! » John se prit à rire « C'est sûr, décrit comme ça ! En même temps, quand je pense à son caractère j'ai tendance à m'énerver, et en même temps c'est ce même caractère qui m'a attiré. C'est à n'y rien comprendre.
-C'est frustrant l'amour en règle générale de toute façon, on n'y comprend pas grand-chose quand ce genre de choses nous tombent dessus… surtout si c'est un changement comme celui-là.
-Tu as l'air de comprendre parfaitement la situation… Non ? Toi aussi ?
-Aaah, chut ! Je n'avais pas l'intention d'en parler pour le moment. » Greg se mit à regarder partout, comme s'il avait peur d'être surveillé par on ne sait quelle omni conscience qui aurait pu être près d'eux (ils étaient maintenant seuls dans le pub). John insista, intrigué et trop content de ne pas concentrer la conversation sur son aveu.
« Qui ? Depuis quand ?
-Mycroft… » Greg laissa John accuser le coup, qui manqua en effet de s'étouffer. Dieu merci, il avait fini son thé depuis un moment. « Mycroft ?
-Oui, je sais. Les deux frères nous ont fait perdre la raison visiblement. »
Il sourit, complice, prenant un peu d'assurance. John lui sourit à son tour, en fin de compte, ça le rassurait. Ils discutèrent plus tranquillement, plus complices et plus proches, toujours sur le ton de la confidence. John revint à la charge un peu plus tard « Et depuis quand alors ? Il le sait ?
-Depuis 2 mois. Il le sait je crois. Mais il ne fait rien pour l'instant. On est beaucoup en contact en fin de compte mais il ne fait aucun geste plus explicite envers moi. C'est assez dur certaines fois. » John acquiesça, il comprenait ! Un message de Sherlock interrompit leur discussion (John avait pu s'acheter un nouveau portable vu qu'il avait un salaire désormais), visiblement il s'impatientait. « Ah, le devoir m'appelle. Et je ne vais pas m'en plaindre ! Enfin, j'espère que je n'aurai pas à le faire. Merci Greg, ça m'a fait plaisir ! A bientôt ! –A moi aussi ! A bientôt John ! Bon courage ! » Et sur ce, John partit en direction de l'appartement. Il y entra, trouvant un Sherlock ayant l'air de s'ennuyer ferme.
Sherlock commençait à tourner en rond. John était parti pour le pub - les vêtements, avec Lestrade, il n'avait fait aucun effort vestimentaire- et ceci, depuis un bon bout de temps ! Il envoya un SMS à John. « Johhhnnnn ! Tu rentres quand ? Normalement, tu serais juste rentré... » Il envoya son SMS, trop vite. Il renvoya sa signature habituelle. « -SH ». Il s'assit de manière dramatique sur son sofa et attendit que John arrive. Depuis que John restait plus souvent avec lui, il avait remarqué qu'il supportait encore moins le temps que John passait loin de Baker Street. Ou de lui, plus simplement, aussi difficile que ça pouvait être pour lui de l'admettre. Le bruit de la porte le ramena à lui. « Ahh ! John ! Enfin ! Tu m'as manqu- Je commençais à m'ennuyer sans toi. » Qu'est-ce qui lui as pris de penser, et presque dire ça ? John ne lui a pas manqué. N'est-ce pas ?
*Qu'est-ce qu'il allait dire, là ?* John ne pu s'empêcher de sourire intérieurement, si ce genre de chose commençait à échapper à Sherlock c'était bon signe et il avait peut-être, peut-être, une infime chance… ! Mais il se reprit vite, connaissant trop bien la dure réalité. « Sherlock ! Je discutais avec Greg, on n'a pas vu le temps passer. Mes excuses. » Il alla vers la cuisine, se faire un énième thé de la journée, mais cette fois il serait meilleur, puisqu'il allait le faire pour son ami.
Sherlock fit la moue. « John. Je m'ennuie sans toi. »
John ne pu s'empêcher de sourire cette fois. Il aurait aussi bien pu dire « tu me manques trop » que ça aurait été pareil. « Moi aussi Sherlock, je rentrerai plus tôt la prochaine fois. »
Sherlock choisi d'ignorer la remarque. « Comment ça 'moi aussi' ... ? Tu t'ennuie aussi sans moi... ? »
« Oui, ça te surprend ? »
Sherlock sourit. « Un peu... »
« Dans ce cas je te le dis, tu me manques tout le temps. » John déglutit en prenant conscience du lapsus qu'il venait de faire. Sa bouche parlant plus vite que sa tête lui donnait des sueurs froides!
Sherlock se sentit totalement ébahit par cette remarque. Il resta stupéfait quelques instants avant de retrouver le contrôle de ses membres, et de sa parole. Son rythme cardiaque s'éleva considérablement. Il se leva, déglutissant difficilement, et alla vers John. « Tout le temps ? Même quand je suis avec toi ? Pourquoi... ? »
L'étonnement de la réaction de Sherlock passé, ce fût à son tour de déglutir. De plus, il s'approchait dangereusement. Il hésita sur la démarche à suivre « Tout le temps. Et je ne peux pas t'expliquer. »
Sherlock haussa un sourcil. « Pourquoi ça ? » Il se rapprocha encore de John jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de lui. Il mit ses bras autour de son cou et l'enlaça. « Et là ? Je te manque toujours ? » Il ne savait pas pourquoi il faisait ça. Ca semblait juste être la bonne chose à faire.
*Oh là !* Tous ses sens en alerte, John était en ébullition, sa raison semblant fuir loin, très loin. La proximité de Sherlock, il avait l'habitude, mais une attitude pareille, ça c'était nouveau ! « Non. » Il ferma les yeux pour reprendre le contrôle de lui-même, mis ses bras autour de sa taille. « Comme ça non. »
Sherlock sentit son cœur s'accélérer. Il murmura. « Moi non plus. Tu ne me manques pas comme ça. » Il ne comprenait pas. Il posa sa tête sur l'épaule de John, la bonne épaule.
Dieu sait qu'il en fallait beaucoup d'habitude pour l'ébranler, mais là, Sherlock l'avait touché, dans les deux sens du terme, John se sentait tout chose. Il serra Sherlock contre lui, ne comprenant plus ce qu'il se passait.
Sherlock sentit John chanceler contre lui, il resserra son étreinte. « Pourquoi, John ? » Il espérait qu'il comprendrait sa question. 'Pourquoi est-ce qu'il se sentait mieux comme ça ? Pourquoi est-ce que John lui manquait, tout le temps ?'
« C'est ce qui arrive quand on s'attache vraiment à quelqu'un Sherlock. » Il n'en dirait pas plus, Sherlock n'était vraiment pas prêt pour en savoir plus, déjà qu'il ne comprenait rien à ça ! Malgré tout, John était trop bouleversé, trop heureux de la situation, il profitait, de peur que le rêve ne soit brisé.
Sherlock se contenta de cette excuse. Il sentait que ce n'était pas tout, mais il préférait ça comme ça pour l'instant. Il se déplaça, avec John jusqu'à son sofa, et s'assit ici, entrainant John avec lui. Il se sentait à sa place dans les bras de John.
John se laissa entraîner avec plaisir, dégustant l'instant. Il se cala de manière à avoir Sherlock dans ses bras. Décidément, il aimait ce sofa, il y passait les moments les plus agréables de son existence. Il espérait que Sherlock ne change pas soudainement d'avis, il lui jeta un coup d'œil inquiet une seconde puis se rassura et resta juste là, comme ça.
Sherlock vu John le regarder quelques instants. Il comprit immédiatement pourquoi. Il murmura. « Je ne partirai pas, John. Pas cette fois. »
« Pour ça, je ne crois pas que tu te sois déjà défilé… » Il sourit, le sourire un peu malicieux et complice à la fois.
Sherlock sourit en retour.
