Cette fiction se déroule environ 25 ans après les événements de Dragons 3. Attention, c'est triste.
Walhalla
Le soir tombait sur New Berk. Harold Haddock et toute sa famille se tenaient debout, face à la mer. Ils n'étaient pas seuls : leurs amis, leurs proches et des dizaines de personnes avaient fait le trajet. Le cœur serré, Harold fixait du regard le petit bateau qui flottait sur l'eau. C'était les funérailles de Valka et tout le monde était venu lui rendre un dernier hommage.
Peut-être qu'elle n'aurait pas voulu qu'ils soient tristes. Valka avait dépassé la soixantaine, ce qui était plutôt rare chez les Vikings. Elle qui n'avait pas pu voir grandir son propre fils avait au moins eu la chance de passer beaucoup de temps avec ses petits-enfants, qu'elle chérissait tendrement. Elle avait été témoin au mariage de Nuffink et elle avait aussi été présente quand Zephyr avait fait une cérémonie d'engagement avec la femme qu'elle aimait. De tous leurs proches, Valka avait été de très loin la moins surprise quand sa petite-fille lui avait annoncé qu'elle aimait une femme. Elle lui avait simplement dit : « la vie est beaucoup trop courte pour ne pas agir selon son cœur… »
Quand même, sa disparition laissait un grand vide. Quelques mois plus tôt, Harold et Astrid l'avaient emmenée à l'entrée du monde caché, où elle avait encore une fois échangé quelques instants avec Jumper, son fidèle dragon. Pour la première fois, son fils avait remarqué qu'elle boitait légèrement et qu'elle avait le souffle court alors qu'elle avait toujours été d'une agilité prodigieuse. Il avait ressenti un léger malaise à ce moment-là. Peut-être qu'elle s'en était rendue compte mais elle n'avait rien dit. Ils avaient joué ensemble un moment, ensuite ils étaient rentrés.
Astrid termina son discours. Harold lui avait demandé de parler à sa place car il savait qu'il avait la gorge trop nouée pour cela. Les enfants aussi se taisaient. Ce n'était pas les premières funérailles auxquelles ils assistaient mais c'était les premières auxquelles ils avaient devoir lancer des flèches enflammées. Harold savait à quel point ils allaient avoir mal. Tant que les flammes n'apparaissent pas, on espère toujours un miracle, on pense toujours que le défunt va se lever et crier de tout arrêter… Mais il fallait le faire.
Debout à la gauche d'Harold, Zephyr serrait nerveusement la poignée de son arc. Son père la connaissait assez pour savoir qu'elle avait peur de se ridiculiser en envoyant la flèche dans le décor, ce qui était absurde car elle était une archère plus que correcte. Il connaissait aussi assez Nuffink pour savoir qu'il était impatient de rentrer à la maison, où son épouse Greta l'attendait, enceinte de six mois. L'un de leurs regrets communs était que Valka ne pourrait jamais voir le visage de son tout premier arrière-petit-enfant. Dommage. Tant pis.
C'était le moment. Les flèches furent allumées une à une. Harold devait lancer la première mais il ne se sentait toujours pas prêt. Il fallait le faire, pourtant. Mais quelqu'un cria dans la foule et tous les regards se tournèrent vers une tâche sombre dans le ciel. Harold le reconnut au premier coup d'œil. C'était un Foudroyant. Celui de Valka. Jumper.
Astrid cria à tout le monde de baisser ses armes. Il ne fallait pas que le dragon se sente agressé, sinon cela pourrait mal tourner. Les gens restaient muets, stupéfaits. Plus de la moitié d'entre eux étaient nés à New Berk et n'avaient jamais vu de vrai dragon de toute leur vie. Les autres se sentaient soudain assaillis par la nostalgie.
Pour le moment, Jumper tournait autour du bateau. Il se posa, renifla les cheveux maintenant gris de Valka et poussa un cri. Ensuite, il s'approcha de la rive, se posa tout près de la famille en deuil et les regarda longuement. Harold connaissait assez les dragons pour savoir ce que ce regard signifiait.
- D'accord, dit-il. A toi l'honneur.
Jumper s'éleva dans les airs et cracha du feu en direction du bateau, qui s'embrasa immédiatement. Il poussa un hurlement de tristesse, fit le tour de la foule en volant et s'éloigna si vite qu'on le perdit de vue en un instant.
Dans la foule, plusieurs personnes se mirent à sangloter. Harold et Astrid se tenait par la main et regardaient les flammes s'élever. C'était fini. Le meilleur ami de Valka venait de lui rendre un tout dernier hommage.
Un long moment s'écoula. Personne ne disait rien. Derrière eux, les gens commençaient à partir un à un. Astrid finit par donner le signal du départ. Zephyr murmura quelque chose et pour la première fois, Harold remarqua que sa voix ressemblait beaucoup à celle de Valka. Pourquoi la ressemblance lui sautait-elle aux yeux seulement maintenant ?
On prit le chemin de la maison. On devait encore recevoir les condoléances des proches et des amis. Il y avait quelque chose de réconfortant dans le fait de savoir que les personnes qui avaient connu Valka seraient là pour eux, que personne ne resterait seul ce soir. Les anciens, les proches, les ami.e.s, les enfants des ami.e.s… Tout le monde la connaissait. Elle allait vraiment laisser un grand vide.
- Les enfants, vous dormez à la maison, ce soir ? suggéra Harold.
- Pas moi, merci, s'excusa Nuffink. J'ai promis à Greta que je rentrerai dès que possible.
- Elle peut venir aussi, insista Astrid.
- Mais laisse-le tranquille ! s'écria Zephyr. Tu vois pas qu'il veut passer la soirée à roucouler et à chercher des prénoms ?
Les parents échangèrent un regard mi amusé, mi agacé. Leurs enfants avaient beau être aussi grands qu'eux maintenant, ils finissaient toujours par se taquiner à un moment où à un autre. De toute façon, cette taquinerie était peut-être ce dont ils avaient besoin car elle parvint à arracher un sourire à Nuffink.
- En fait, je suis pas trop d'humeur à roucouler, répondit-il. Et si tu veux savoir, les prénoms, on les a déjà trouvés.
- Ah ?
- Oui. Si c'est une fille, on l'appellera Valka.
