Chapitre VIII.

Note de l'auteur : J'y ai longtemps réfléchi et je pense que je vais m'arrêter là, dans la série des premières fois de Dean. Ça me semble logique d'arrêter quand la série commence mais si jamais vous avez une requête ou une envie particulière pour une « première fois » bien précise, n'hésitez pas à me le dire.

Encore merci d'avoir suivi cette série de fics et d'avoir pris le temps de laisser une petite review.

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Quelque part entre la Nouvelle Orléans et Palo Alto

Papa est parti ... encore ... Cette idée tourne et retourne sans cesse dans son esprit, le harcèle et l'empêche de dormir. Papa est parti. Putain il est parti ! C'est la première fois qu'il disparaît sans lui laisser un seul mot, une seule indication, pas même de simple coordonnée. Il l'a laissé comme ça, sans prévenir. Il n'est plus là et Dean a brusquement l'impression d'avoir à nouveau cinq ans.

Ils sont tous partis, murmure une petite voix insidieuse dans sa tête. Maman, Sammy, Papa. Ils t'ont tous laissé, ils t'ont abandonné. Il doit bien y avoir une raison à tout ça, quelque chose que tu as fait. Que tu es ...

Dean se redresse brusquement sur son lit, les dents et les poings serrés. Non, son père ne l'aurait pas laissé de la sorte – il n'arrive pas à penser à abandonner parce qu'abandonner est un mot trop définitif – pas comme ça. Ce n'est pas son style ... mais au moment où cette pensée se forme dans son esprit il sait très bien qu'il se ment à lui-même. Oh bien sûr que c'est son style ! Agir sans jamais prévenir ses fils, sans les tenir au courant, ne jamais se demander ce que ces actions ont comme conséquences sur ses fils, ne jamais prendre en compte ce qu'ils pensent ou ce qu'ils ressentent ... C'est bien ça qui a fait fuir Sam à plus de mille kilomètres.

Qu'a-t-il fait, lui, pour que son père le fuit ainsi ...

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Lorsqu'il est rentré de la Nouvelle Orléans, il se sentait léger, presque heureux. Libéré de cette chasse, satisfait d'avoir accompli quelque chose de bien. Pour un instant il a oublié ces derniers mois, ces deux dernières années sans nouvelles de Sam. Ces deux dernières années après leur dernier coup de fil, après les mots dures et âpres de son petit frère.

Ça en sert à rien de me rappeler Dean. Je ne répondrai pas, alors je t'épargne ça. Toi et papa vous êtes beaucoup mieux sans moi, tu le sais, je le sais, même lui le sais. Alors arrête s'il te plait. Ne m'appelle plus.

Le départ de Sam pour Stanford a été très dur mais ça, ça a été le coup de grâce. La dernière estocade. Sam l'a achevé d'un seul coup de fil et durant un instant, juste après avoir raccroché, il a oublié de respirer. Il est même sûr que son cœur a arrêté de battre. Pendant une fraction de seconde, Dean Winchester est mort, tout ça grâce à une phrase, une seule phrase de son petit frère.

Ne m'appelle plus.

Le départ de Sam a aussi atteint son père, même s'il ne le montre pas mais si quelqu'un peut deviner ce que son père ressent, c'est bien lui. John s'est complètement coupé du monde après le départ de Sam. Il est devenu plus froid, plus détaché. Parfois Dean se demande si quelque chose peut encore l'atteindre. Il l'a vu agir avec un automatisme presque effrayant, comme si son père avait perdu toute humanité dès l'instant ou Sam a quitté leur famille.

Mon père l'homme robot.

Sam lui a reproché cette attitude durant de longues années et l'ironie veut qu'il ait raison. John a cessé d'être une véritable personne après le départ de Sam.

S'il est honnête avec lui, Dean doit avouer que cette situation lui a fait beaucoup de mal. Pas seulement le départ de Sam, mais l'idée que son frère ait tant d'ascendant sur leur père, qu'il puisse le faire réagir ainsi. Que son départ puisse lui faire tant d'effet. Et si lui aussi était parti, son père aurait-il réagit de la même manière ? Aurait-il au moins réagit ? Dean se le demande parfois lorsqu'il entre dans la pièce et qu'il trouve son père penché sur son journal, lancé dans un énième recherche, tellement absorbé qu'il ne lève même pas les yeux vers lui. Il reste parfois de longues minutes à l'observer sans que John ait l'air de s'en apercevoir. Comme si son père n'avait aucunement conscience de sa présence juste derrière lui. C'est ainsi que Dean a toujours été, derrière son père. Pour le soutenir, surveiller ses arrières, réparer ses erreurs. Toujours derrière.

En seconde position.

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En désespoir de cause Dean sort de son lit et traverse la chambre de motel qu'il partageait jusque là avec son père pour sortir la bouteille de Jack Daniel qui trône, tout seule, dans le placard de la kitchenette. Il considère un instant l'idée d'aller récupérer un verre au fond de l'évier mais de toute façon il n'y a personne pour le voir ou le réprimander alors il ouvre la bouteille et avale une large gorgée à même le goulot. Son regard erre un instant sur la petite chambre aux murs verts sales, sur les deux lits, le sien défait et celui terriblement vide de son père, sur son sac de voyage et ses pensées le ramènent aussitôt vers son père. Il n'y a plus aucune de ses affaires. Même pas un vieux t-shirt oublié par terre, rien. Son père est parti et il n'a pas l'intention de revenir.

Même si au fond de lui une petite voix s'inquiète toujours pour lui – après tout même s'il est le plus grand chasseur que Dean connaisse il n'est pas à l'abri de tous les dangers – il sait que son père va bien. Qu'il est bel et bien parti. Qu'il reste délibérément injoignable. Sans se soucier un seul instant de ce que son aîné, son fils, celui qui est resté malgré tout peut penser ou ressentir.

Dean se lève brusquement sous le coup de la colère et envisage durant un instant de tout envoyer balader. Bon sang, son père vient tout bonnement de le lâcher, de le laisser tomber comme s'il n'était qu'une chose négligeable. Il sait que sa colère est injustifiée mais il a tous les droits d'être en colère.

Son père et son frère ont-il une si basse opinion de lui pour l'abandonner aussi facilement. Après tout ce qu'il a fait pour eux !

Aussi brusquement qu'elle est apparue sa colère disparaît et Dean se laisse retomber sur sa chaise. Il avale une autre gorgée d'alcool et grimace quand le liquide lui brûle la gorge.

Que doit-il faire maintenant ? Si son père est vraiment parti, s'il a consciemment quitté leur motel sans rien lui dire, doit-il le rechercher ? Dean n'est pas dupe, il connaît son père et son obsession pour ce démon. Elle lui a déjà coûté beaucoup mais il sait qu'il n'arrêta jamais. Alors doit-il vraiment se lancer à sa poursuite, vu qu'il ne veut apparemment pas de lui ?

D'un autre coté, la petite voix qui lui répète que son père est peut-être en danger ne cesse de grandir ... peut-être, peut-être que son père est parti à la recherche de ce démon et qu'il l'a trouvé ? Peut-être qu'il est blessé, qu'il a besoin de lui ? Peut-être qu'il est ... Non, s'exclame-t-il silencieusement en secouant la tête. Son père n'est pas mort. Son père est invulnérable. Et même cette saloperie de démon ne pourra venir à bout de John J. Winchester.

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Le reste de la nuit défile avec une lenteur agonisante et lorsque les premières lueurs de l'aube filtrent à travers les persiennes de sa chambre, Dean n'est pas plus avancé. Plus fatigué, endoloris, les yeux injectés de sang et la tête lourde, oui, mais il ne sait toujours pas ce qu'il doit faire.

Ce n'est qu'après une longue douche et deux café qu'il se décide enfin à appeler tous ceux qui connaissent son père. Caleb. Le père Jim. Joshua. Il hésite un instant à appeler Bobby mais il renonce finalement, même si le vieux chasseur lui manque aujourd'hui encore plus que d'habitude.

Essayer de tracer son téléphone portable ne lui apprend rien de plus, comme si son père avait tout fait pour qu'il ne puisse pas remonter à lui de cette façon. Dean se demande un instant si un homme comme lui, qui sait difficilement faire marcher un micro onde sans le faire exploser, peut effacer ses traces aussi facilement mais d'un autre coté ... s'il y a bien une chose que Dean sait au sujet de son père, c'est qu'il ne faut jamais le sous-estimer.

Dean passe le reste de la semaine à épuiser toutes les possibilités, tous les endroits où son père pourrait être, tous les gens qu'il aurait pu aller voir mais au fond de lui il ne sait pas si cela en vaut vraiment la peine. Bien sûr, il veut retrouver son père mais est-ce que lui veut être retrouvé ?

Il se retrouve quelques heures plus tard devant la station essence qui jouxte son motel pour refaire le plein de l'Impala et acheter de quoi tenir encore quelques jours. Il sent au fond de lui qu'il va lui falloir bouger, reprendre la route et arrêter de tourner en rond dans sa chambre. Le soleil est encore haut dans le ciel et Dean se débarrasse de son blouson en le jetant sur le siège arrière de sa voiture.

Le blouson de son père ...

Lorsqu'il a fini de faire le plein il repart vers la station essence où l'attend un adolescent boutonneux et désabusé qui encaisse son argent dans un soupir.

A croire que cette journée ne pourrait pas être pire, songe Dean en se réinstallant derrière le volant. Il est à quelques kilomètres du motel quand un bruit attire son attention, un bruit en provenance du siège arrière. Dean tend une main tout en continuant à conduire et il ramène vers lui son blouson, pour réaliser juste après que le bruit provient de son téléphone portable. Quelqu'un a essayé de le joindre quand il faisait le plein de l'Impala et lui a laissé un message. Seulement son cœur manque s'arrêter quand il écoute enfin le message. C'était son père. Son père l'a appelé et il n'a rien entendu. Il n'était pas là.

Bon sang c'est pas vrai !

Le message est court et entrecoupé et il ne lui faut que quelque heures et un bon magnéto pour comprendre ce qui se passe. Et la vérité lui tombe dessus, dure et implacable. Son père a des ennuis. Son père a besoin de lui, immédiatement.

Dean passe les heures qui restent à faire des recherches, des recoupements et il trouve sans problème la ville d'où son père l'a appelé. S'il avait seulement décroché à temps ... il n'aurait peut-être rien changé mais il aurait pu lui dire qu'il avait venir. Qu'il n'allait pas le laisser tomber, pas cette fois.

Au petit matin, toutes ses affaires sont rangées dans l'Impala et il ne lui reste plus que son blouson – le blouson de son père – à récupérer avant de partir. Mais quelque chose le retient encore. Son regard erre sur les deux lits et presque par habitudes ses pensées le ramènent vers Sam. Vers toutes les chambres de motels qu'ils ont partagé avant. Il a parfois l'impression qu'il s'agit d'une autre vie, de celle d'un étranger qu'il entraperçoit à travers une fenêtre tant ils se sont éloignés. Mais les choses sont différentes maintenant. Son père ... non, leur père est en danger. Et l'enjeu est trop haut, trop important pour qu'il risque de toute faire rater en y allant tout seul. Peut-être que Sammy ... mais Sam lui a bien affirmé qu'il ne voulait plus rien à voir avec cette vie.

Mais il s'agit aussi de son père ! s'insurge la petite voix dans sa tête. Et même si Sam a rompu tout liens avec eux, ils sont encore une famille. Désunie, bancale mais ils sont une famille. Et leur père est en danger.

Ce n'est que lorsqu'il se retrouve sur la large nationale, Jericho sur sa droite et la Californie sur sa gauche qu'il prend sa décision. En partie parce qu'il a là une bonne excuse pour revoir son frère et que quoi que pense ce grand benêt, il lui manque tellement que le vide l'étouffe parfois. Et en partie parce que son instinct lui souffle que le grand John J Winchester ne se serait pas fait avoir par un vulgaire esprit en colère, qu'il y a peut-être plus derrière toute histoire, quelque chose de plus grave et qu'il ne seront pas trop de deux pour venir en aider à leur père.

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Il n'a aucun mal à retrouver l'appartement de Sam, après tout il y est déjà venu bien sûr sans que son frère ne le sache. La lumière au rez-de-chaussée lui renvoie la silhouette de son frère et celle plus petite de sa petite amie. Jess, d'après ce que Dean a pu découvrir. Ils sont face à face et semblent discuter, quand Sam se penche vers elle pour l'embrasser avant de la soulever dans ses bras et de disparaître de sa vue. De tout façon c'est mieux ainsi. Il ne veut pas jouer les voyeurs plus longtemps, mais il sait qu'il ne va pas intervenir tout de suite. Pas seulement parce qu'il ne veut pas interrompre son petit frère et sa petit amie maintenant, mais parce qu'il veut aussi que Sam goûte une dernière fois à un moment de paix, avant qu'il en vienne détruire la petite bulle qu'il s'est construite. Sa petite bulle de normalité et de quiétude vide de toute horreurs, sans peur ni souffrance, sans personne possédée, éventrée ou dévorée. Dean y a eut droit pendant les quatre première année de sa vie, c'est normal que Sam puisse à son tour y goûter.

Ce n'est que vers deux heures du matin, quand le quartier est enfin endormi que Dean sort de la voiture et s'avance vers la fenêtre qui mène, d'après ce qu'il sait, au salon de leur petit appartement.

Je fais ça pour Papa, pense-t-il en crochetant facilement la serrure. Même si au fond de lui, une petite voix murmure qu'il le fait surtout pour lui, parce qu'il ne supporte pas l'idée de se retrouver seul, parce qu'il sait qu'il n'est pas assez fort pour chercher leur père tout seul et surtout parce qu'il a besoin de Sam. Même après tout ce temps, il a toujours besoin de son petit frère.

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L'obscurité l'entoure entièrement, le masque au regard des autres et John ne peut s'empêcher de trouver ça quelque peu ironique. Il a passé ces vingt dernière années à combattre l'obscurité et elle pourtant devenu l'un de ses meilleures alliées. Surtout maintenant. Lorsqu'il se tient debout devant le parking du motel les yeux rivés sur la chambre 214. À travers la fenêtre voilée, il aperçoit la silhouette de Dean et à sa façon de bouger, il devine sans mal qu'il est en train de parler avec son frère.

Son cœur se serre un instant en songeant à ses deux fils et à ce qu'il est obligé de faire pour les protéger. La vérité dure et brutale s'est imposée à lui quelques mois plus tard. Il ne pouvait pas rester auprès de Dean, pas en sachant tout ce qu'il sait, pas sans mettre la vie de son aîné en danger. Il devait s'éloigner de lui, partir tout seul à la recherche du démon au yeux jaunes et espérer qu'il vienne à bout de cette saloperie avant qu'elle n'ai le temps de mettre la main sur ses garçons ou pire, de venir à bout de son plan. Tant de choses sont en jeu, tant de vie ... celle de Dean, celle de Sammy. Il sait qu'il a dû blesser son aîné en l'abandonnant de la sorte mais Dean est fort, il s'en est toujours sorti et le fait qu'il soit ici, avec son frère lui prouve qu'il a fait le bon choix.

Il doit le faire, il doit retrouver le démon aux yeux jaunes avant qu'il ne soit trop tard. Il doit le faire, pour ses fils. Ce sera peut-être son dernier acte en tant que père mais il n'a pas le choix. Il doit le faire, pour ses fils.

FIN.