Et voilà un nouveau chapitre, qui, j'espère, vous plaira. J'ai mis du temps à l'écrire car j'ai eu pas mal de choses à faire pendant ce temps. Par contre, j'ai déjà des idées pour ce qui se passera dans le prochain, j'essayerai donc de me dépêcher pour le retranscrire sur Fanfiction. Mais je ne promets rien, car j'ai pas mal de boulot à venir (et oui, encore un bac blanc). Pour info, je précise que les paroles en italique que vous aurez l'occasion de lire à un moment donné dans ce chapitre sont une traduction d'un passage de la chanson My Immortal, de Evanescence. Je tiens également à remercier 4ever Jack pour ses nombreuses reviews que j'ai eu l'occasion de lire dans ma boite mails récemment, et qui m'ont fait énormément plaisir.

Bonne lecture :)

Playlist :

Enough - Tarja Turunen

Moonlight Sonata - Beethoven

Almost Lover - A Fine Frenzy

Breathe No More (live) - Evanescence

Snuff - Slipknot

Silent Lullabies - Mandragora Scream


Chapitre 9

Quand la réminiscence est synonyme de souffrance

- Je ne savais pas que tu jouais du piano.

- En fait, le piano est à Edward qu'à moi. Et puis, je n'ai pas souvent l'occasion d'en jouer.

- Et tu es bon ?

- Pas autant que lui, mais je connais quelques morceaux.

Ses mains pâles se posèrent alors sur les touches de l'instrument et commencèrent à interpréter un morceau classique que je connaissais bien. Le ton était mélancolique, en harmonie avec le rythme lent et doux. Le Moonlight Sonata de Beethoven. Très agréable à écouter, et pourtant si triste...

- Anna ! Tu m'écoutes quand je te parle ?

- Hein ? Euh oui...

Tristan venait de me secouer par les épaules, me sortant de ma rêverie. Nous étions dans un magasin de CD à proximité de Broadway, et mon attention avait été attirée par un album de musique classique en promotion regroupant les meilleurs morceaux. C'est en examinant les titres contenus que mes souvenirs avaient refait surface, me rappelant que Carlisle savait jouer du piano. J'avais eu l'occasion de découvrir son talent une fois où je devais travailler avec Alice et Jasper, en attendant qu'ils reviennent de leur chasse avec les autres...

- Les meilleurs morceaux ? s'exclama Tristan en jetant un coup d'oeil à l'album que je tenais entre mes mains. Les plus dépressifs, ouais ! Entre le Moonlight Sonata, Lacrymosa, et le Nocturne n°3, tu as de quoi être servie !

- Oh, c'est bon ! Tu as trouvé ce que tu cherchais au moins ?

- Ouais... un des premiers albums de Cradle of Filth, c'est pas le top, ça ? Je vais payer et on peut s'en aller.

Une fois que nous fûmes passés à la caisse, nous sortîmes du magasin. L'air glacial me surprit soudainement, car je m'étais rapidement habituée au chauffage à l'intérieur. Un frisson me secoua toute entière.

- On fait quoi maintenant ? demandai-je en claquant des dents.

- On va à la salle pour répéter avec le groupe une dernière fois. Le concert, c'est ce soir !

- Merci de me le rappeler...

Nous marchâmes jusqu'à sa voiture, et peu après, il démarra. Nous avions peu de route à faire, bien que nous aurions pu prendre un taxi ou les transports en commun. Nous ne parlions peu, car j'étais toujours bloquée sur ce fichu album de musique classique. Je regrettai de ne pas l'avoir achetée. Tristan décida d'allumer la radio, histoire de mettre un peu d'ambiance. Mais à peine reconnus-je la chanson qui était diffusée que j'éteignis aussitôt l'appareil.

- Putain !

- Quoi ? Pourquoi tu as éteint ?

- J'aime pas cette chanson.

- Tu te fous de moi ? C'était du Evanescence, là !

- Et alors ? De toute façon, on va en bouffer ce soir.

- Ce n'est pas une raison de t'énerver comme ça.

- Je ne m'énerve pas !

- Tu parles, soupira-t-il.

Je poussai un faible grognement et croisai les bras, préférant me concentrer sur ce qui se passait dehors, à travers la vitre embuée par le froid. Il pleuvait, les gens se précipitaient dans la rue avec des parapluies à la main. Il y avait également beaucoup de circulation, on pouvait voir de longues files composées de taxis jaunes. Quoi de plus normal, pour un samedi à New York, où tout le monde profitait de faire du shopping ? Triste paysage. On se serait crû à Londres. Mais c'était toujours mieux que Forks, cette bourgade mortellement ennuyeuse, dépourvue de population et dotée d'un temps exécrable permanent. Je ne regrettais pas d'en être partie en pensant à ce que je vivais ces derniers temps, mais si j'étais ici, c'était bien à cause de quelqu'un. Je ne pouvais l'oublier, quoi que je fasse, car curieusement, il y avait toujours un détail subtil qui me forçait à faire face à mon passé, heureux et douloureux à la fois. Il était dur de cacher mes états d'âme en présence de mes amis. J'espérai que le concert d'Evanescence se passerait bien ce soir, car j'avais de mauvais pressentiments en raison de leur musique atrocement déprimante.

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- Bonsoir, nous sommes les Symphony of Destruction, et nous espérons que vous passerez une bonne soirée ! dis-je au micro avec un sourire forcé, tant j'étais nerveuse.

Acclamations du public. Lorsque je regardai derrière moi pour voir si tout le monde était prêt, je vis Alex me lancer un clin d'œil. Je feignis de ne pas le voir, puis il donna le départ à la batterie. Nous ouvrîmes le concert avec une reprise de Lacuna Coil, Our Truth, avant d'enchaîner avec nos propres compositions. La première partie que nous assurions fut clôturée avec Kinslayer, une reprise de Nightwish. Nouvelles acclamations du public, mais plus enjouées cette fois. Apparemment, notre prestation leur avait plu, ce qui faisait plaisir à voir. Nous les remerciâmes rapidement, puis quittâmes la scène une fois les projecteurs éteints. Et là, surprise dans les coulisses, je vis Amy Lee, la chanteuse d'Evanescence, à quelques mètres de moi. Nos regards se croisèrent, elle m'adressa un grand sourire, et vint à mon encontre d'un pas enjoué. Mon Dieu, je n'arrivai pas à croire que je la rencontrais en personne !

- Hey ! C'est super ce que tu as fait avec ton groupe, j'aime beaucoup. En plus, tu as une très jolie voix, me dit-elle.

- Oh... merci, réussis-je à répondre, intimidée.

- Il n'y a pas de quoi, je le pense vraiment, rit Amy. Puis-je savoir comment tu t'appelles ?

- Anna. Je vous admire beaucoup, vous savez...

- Tu peux me tutoyer, Anna ! J'espère que nous aurons encore l'occasion de faire des concerts ensemble un de ces jours, vous avez du potentiel.

- Merci encore pour ces compliments...

- Bon, ce n'est pas tout, mais je dois aller me préparer, dit Amy en souriant de nouveau. C'est bientôt à nous... passe une bonne soirée, et profite bien de notre concert alors !

Elle me quitta, et je rejoignis mon groupe, qui était en loge. A peine franchis-je la porte que Angelic me sauta dessus. Par dessus son épaule, j'aperçus les gars avec un verre de champagne à la main.

- Je vois qu'on s'amuse bien sans moi, dites donc !

- On t'attendait avant de boire en notre honneur, répliqua Alex. Allez, viens, que je te serve un verre.

- Euh... non merci. J'aime pas le champagne.

- N'importe quoi, dit Larry. Combien de fois tu en as bu les fois où nous faisions la fête !

- Justement, j'ai arrêté. Ça me montait trop vite à la tête.

- Ok, je n'insisterai pas, fit Alex en soupirant. De la bière, peut-être ?

- Non plus.

- Oh, c'est bon, Anna ! râla Angelic. Tu as fait la résolution de ne plus consommer d'alcool ou quoi ? Ce n'est que de la bière, ça ne va pas te rendre malade.

- Bon, d'accord, grognai-je. Mais une seule, hein !

- Ouais, ouais...

Elle me tendit aussitôt une bouteille de Heineken déjà décapsulée, puis nous trinquâmes tous ensemble à l'occasion de notre premier concert depuis mon retour. Après avoir bu, nous sortîmes des coulisses pour nous rendre dans la salle de concert, où Evanescence était déjà en scène. Il y avait une super ambiance dans le public, ça pogotait de partout avec le signe du rock brandi en l'air. On pouvait dire que le groupe mettait le feu. En même temps, il faisait incroyablement chaud parmi la foule. Je ne sus combien de bières fraîches je bus en compagnie de mes amis, mais au bout d'un moment, j'en ressentis les effets en ayant le tournis. Je ne voyais plus très clair, mais je n'entendais plus très bien la musique, comme si j'avais les oreilles bouchées, bien que le volume sonore fusse très fort. Des notes de piano se firent entendre, bientôt accompagnées par la voix mélodieuse d'Amy. Oh non, pas cette chanson. Surtout pas celle-là ! Je tentai de plaquer mes mains sur mes oreilles, mais la musique était toujours perceptible. Une succession de flashes back envahirent subitement mon esprit. Je revis ce jour où j'avais rencontré Carlisle pour la première fois, à l'hôpital parce que je m'étais fait une entorse à la cheville, puis les nombreuses fois où je m'étais retrouvée seule en sa présence. Les images étaient foudroyantes, terribles à revoir. Comme si tout cela s'était passé la veille. J'avais la sensation que mon crâne se fendait en deux, et ce trou s'ouvrait une nouvelle fois dans ma poitrine, grandissant ma douleur, plus psychologique que physique. Même l'alcool ne suffisait pas à m'apaiser. Mes larmes coulaient seules, je ne pouvais pas supporter d'écouter davantage cette foutue chanson qu'était My Immortal sans penser à lui. Les paroles prenaient tout leur sens réel, désormais.

Il semble que ces blessures ne cicatriseront pas
Cette douleur n'est que trop réelle
Il y en a simplement trop pour que le temps puisse effacer...

Autrefois, tu me captivais
Par ta lumière résonnante
Maintenant je suis restée prisonière de cette vie que tu as laissée
Ton visage hante
Mes rêves autrefois agréables
Ta voix a chassé
Toute la raison en moi...

- Anna !

Cette voix au ton affolé n'était autre que celle de Tristan. Je venais de m'effondrer à l'instant, écrasée entre une tristesse étouffante et la consommation excessive de bières. A moins que je ne fusse claustrophobe. Je pleurais comme une madeleine. Je devais avoir l'air pitoyable.

- Oh, alcool triste ? railla Alex en me voyant dans cet état.

- Putain, Alex, c'est pas le moment de déconner ! s'énerva Tristan.

Il m'aida à me relever et m'entraîna hors de la foule afin que je puisse respirer plus librement, tout en me soutenant par les épaules. Je peinais à rester debout, je sentais mes jambes trembler, et j'avais une irrésistible envie de vomir. Vomir toute cette bière, tous ces souvenirs, tout ce qui n'allait pas chez moi. La situation était embarrassante : je n'avais pas autant bu de cette façon depuis plusieurs mois, et voilà que je me retrouvais à pleurer stupidement, sans que mon ami n'en connaisse la raison. J'étais pitoyable, ça gâchait la soirée alors que j'avais promis que tout irait bien. Hélas, ça avait tourné au désastre.

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J'avais perdu connaissance. Du moins, c'est ce qu'il me sembla, car je ne sus pas comment je m'étais retrouvée dans la voiture de Tristan. Celui-ci était au volant, ne disait pas un mot. Avec le peu de lumière qu'il y avait dehors, je peinais à distinguer les traits de son visage. Il devait fulminer contre moi, j'en étais certaine. Et il y avait de quoi, après le coup que je venais de lui faire. Je clignai plusieurs fois des yeux avant de prendre la parole, le temps de me remettre en bonne condition.

- Le concert est fini ? demandai-je d'une voix pâteuse.

- A ton avis ? répondit-il avec une certaine froideur.

- On va où ?

- Chez moi.

- Et pourquoi ça ?

- Réfléchis un peu ! Si je te ramène bourrée chez toi, ton père va me flinguer !

Je n'osai pas en rajouter davantage. Il n'avait pas tord sur ce coup-là, car mon père était très méfiant envers tous les garçons que je fréquentais. Son côté protecteur pouvait s'avérer être très dangereux, il valait donc mieux qu'il ne soit pas au courant pour ce qui m'était arrivé ce soir. Un long silence s'installa, qui ne fut rompu seulement au moment où nous fûmes arrivés à notre destination. Je pus constater à la lueur des lampadaires de la rue que Tristan était exaspéré.

- Putain, Anna... là, tu as merdé, soupira-t-il en ouvrant ma portière.

- Je sais.

Nous entrâmes dans l'immeuble, toujours sans parler. Les couloirs étaient bien sûr déserts, car je me doutais bien que l'heure était tardive. Tristan ouvrit la porte de son appartement et alluma ensuite la lumière. Je n'étais encore jamais allé chez lui. L'endroit que je découvris était petit, mais semblait à la fois confortable et convivial. Le salon était mélangé à la cuisine, tandis que deux portes se distinguaient à gauche de l'entrée, qui devaient probablement donner à la chambre et la salle de bain.

- Vas-y, entre, de toute façon tu passeras la nuit ici, le temps de décuver...

- OK...

Je fis quelques pas jusqu'au canapé en cuir abîmé et m'y affalai de tout mon corps. Je n'aurais pu davantage tenir debout, car j'étais comme dénuée de forces.

- Désolé, mais c'est moi qui dors sur le canapé, fit Tristan en me rejoignant, s'asseyant à côté de moi.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est toi l'invitée, alors tu iras dans ma chambre. C'est la moindre des choses, non ?

Je me redressai, de façon à pouvoir m'asseoir également. Je soupirai.

- Tu n'es pas obligé de me faire dormir ici. Ramène-moi à la maison, mon père n'en saura rien.

- Vraiment ? Non seulement tu as une tête de déterrée, mais en plus... tu sens l'alcool, dit-il en se rapprochant de mon visage.

- Ça ne m'étonnerait pas, vu tout ce que j'ai bu. Toi aussi, d'ailleurs, répliquai-je en faisant la moue avec un léger recul.

On sentait la bière tous les deux, et ce n'était pas agréable. Je n'avais pas vraiment dû calculer à quel point son visage était proche du mien ; je voyais de très près ses beaux yeux gris, lesquels je butai longuement dessus, me plongeant dans toute leur profondeur. Mais je n'eus pas le temps - ou plutôt la capacité, d'anticiper l'instant qui suivit : ses lèvres se posèrent sur les miennes, me prenant au dépourvu le plus total. Gênée, dérangée, je le repoussai aussitôt. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait, bon sang ? Il était hors de question que je me laisse faire. Je ne ressentais pas de sentiments particuliers à son égard, si ce n'est une grande amitié qui se rapprochait presque de la fraternité. Il ne fallait pas qu'il se fasse de faux espoirs. J'avais beau être célibataire aux yeux de tout le monde, cela ne signifiait pas que mon coeur était libre. Enfin, c'est ce que je me forçais à croire, malheureusement.

- Évites ce genre de trucs, s'il te plaît. Ce n'est pas parce que je suis... bourrée qu'il faut que tu en profites. J'ai encore ma tête.

- Excuse-moi. Je ne sais pas ce qui m'a pris... fit-il, mal à l'aise.

- Mouais... après tout, tu es aussi défoncé que moi, n'est-ce pas ? Tu as eu du courage pour conduire jusqu'ici, quand même. Je vais me coucher, je te souhaite une bonne nuit.

- Attends... je vais changer les draps.

- Non, c'est bon, que tes draps puent ton odeur, je m'en fous. Tant que je peux dormir, ça me va. Bonne nuit.

Je me levai et me dirigeai vers sa chambre, qui n'était pas difficile à trouver puisqu'il n'y avait que deux portes à ma proximité. La pièce était petite, les murs étaient blancs et dépourvus d'affiches, contrairement à la mienne. Au fond, il y avait une grande fenêtre qui donnait accès à un balcon. Il y avait peu de meubles, juste une chaise et une petite table, une étagère remplie de vêtements, et puis le lit, qui pouvait correspondre à deux personnes et dont les draps étaient effectivement défaits. Je retirai mon blouson en cuir, mes chaussures, et m'y allongeai ; l'odeur qui y flottait n'était pas si désagréable que ça, c'était supportable. Du moins, pour quelques heures.