CHAPITRE DIX
Peter craqua nerveusement les articulations de ses doigts tandis qu'il relisait pour la troisième fois les notes de Reym. En compagnie du chasseur de prime et de Wollunile, il avait passé les cinq derniers jours à retrouver toutes les personnes présentes à la cantina du Golden Ace lors de l'attaque et à les interroger, et il pensait n'avoir oublié personne. Peter se trouvait maintenant dans la chambre d'hôtel de Reym et lisait un à un les flimsi qui étaient étalés sur l'unique table de la pièce. Reym avait passé la nuit à les classer dans l'ordre chronologique, écartant les témoignages improbables et soulignant ceux qui se recoupaient entre eux. Il était assis sur son lit et regardait Peter lire d'un air sombre, en tapotant machinalement le matelas de ces doigts : la phase de recherche était presque terminée et ils allaient devoir entrer en action. Il n'attendait que ça.
Tap tap tap tap tap tap tap…
Wollunile, quant à elle, était adossée au mur à côté de la porte d'entrée, et jouait négligemment avec un de ses deux pistolets verpine : elle le dégainait de son holster, le faisait tourner une ou deux fois autour de son index, puis le rengainait. Et ainsi de suite.
Clink swiff swiff clink… Clink swiff clink…
Peter n'aimait pas l'ambiance pesante qui régnait dans la pièce et sentait la mauvaise humeur ambiante déteindre sur lui. Mais cette dernière s'était principalement installée à cause du sentiment d'inaction : elle allait laisser place à une détermination pugnace dès qu'ils partiraient de Bespin. Mais encore fallait-il savoir où aller, et Peter préférait être sûr de son coup avant de quitter la cité volante. C'est pour cela qu'il se forçait à relire les témoignages une énième fois. Rien ne devait lui échapper.
Apparemment, Toomba était entré dans la cantina, suivi d'un jeune homme portant une bure le désignant comme un Jedi. Ils s'étaient tous les deux assis autour d'une table discrète de l'établissement et avaient parlé pendant une petite demi-heure avant que le Jedi ne sorte. A ce moment-là, les témoignages devenaient plus vagues et confus : tout s'était passé très vite et la plupart des clients de la cantina n'avaient pas vraiment eu le temps de réaliser qu'un meurtre se déroulait sous leurs yeux. Apparemment, pile au moment ou le Jedi était sorti, un troisième protagoniste était entré dans la cantina par une porte de service. Ce dernier, ou plutôt cette dernière, était une Twi'lek habillée elle aussi d'une bure Jedi, mais bien plus sombre que celle du Jedi. Ici, ce qui était frappant, c'était que les témoignages se recoupaient tous parfaitement : La Twi'lek avait foncé sur Toomba qui avait dégainé sa vibrolame en sentant le danger venir. La Twi'lek avait alors levé sa main gauche et le chasseur de prime avait été immédiatement plaqué sur le mur, lâchant son arme sous le choc. Puis, la Twi'lek avait à son tout dégainé son arme : un sabre laser à lame pourpre. Et en un mouvement bref, elle avait décapité le frère de Reym.
Ensuite, la tueuse était repartie par la porte de service en esquivant les tirs des quelques clients ayants dégainés leurs blasters, et le Jedi humain était revenu dans la cantina, avait constaté la mort de Toomba, et avait pris la même sortie de service que la Twi'lek.
A ce point-là, impossible de réellement exclure la possibilité que le Jedi humain et la Twi'lek ne soient pas complices. Peut-être qu'il a joué le rôle de l'appât, attirant Toomba dans la cantina, puis a laissé la Twi'lek se charger de la basse besogne. C'est tiré par les cheveux au vu des preuves, mais je préfère n'exclure aucune possibilité…
Après, Peter connaissait l'histoire. Le Jedi Humain avait suivi la Twi'lek à travers les niveaux résidentiels de luxe de la cité volante, et avait pour ce faire volé le moto-speeder de Reym, pour finalement arriver dans un hangar. Ensuite, une dizaine de minutes s'étaient écoulées pendant lesquelles il était impossible de savoir ce qui s'était réellement passé. Seule l'issue était connue : un hangar dévasté et un cadavre de Twi'lek.
Peter devait reconnaitre que le petit frère de Toomba savait s'y prendre pour réunir des informations et avait réussi à les synthétiser d'une manière très claire. Mais une information essentielle manquait tout de même à l'appel : avoir les déclarations de témoins était une bonne base, mais avoir celles des personnes directement impliquées était cruciale. Dans ce cas, de l'unique personne impliquée connue encore vivante…
- Tu n'as pas retrouvé le Jedi pour le questionner donc ?
Reym arrêta de tapoter son matelas - au plus grand soulagement de Peter - et soupira bruyamment avant de répondre.
- Non. J'ai eu beau demander aux autorités d'avoir une entrevue avec lui, ou même juste savoir dans quel hôpital de la cité il avait été envoyé, rien n'a filtré. Même son nom, je n'ai pas pu l'obtenir ! Et le peu de contact que j'avais ici a été salement secoué par la mort de… de Toom… Ils restent muets. Ils ont peur.
- Compréhensible.
La peau du Falleen passa légèrement au pourpre tandis qu'il réfléchissait. Aller parler au Jedi était l'étape suivante naturelle de l'enquête, et trouver le fin mot de cet assassinat ne pouvait passer que par cela. Mais les Jedi étaient déjà difficiles à rencontrer en temps normal, en trouver un précis qui n'avait vraisemblablement pas envie de s'expliquer s'avérait aussi facile que de demander à un Hutt d'être miséricordieux. Mais il ne fallait pas oublier que le job d'un chasseur de prime était de trouver des personnes cherchant en règle générale à se cacher, et que celui d'un contrebandier était d'aller à un point A à un point B le plus rapidement possible, et peu importe les blocus qui se présentent à lui : à eux deux, Reym et Peter avaient toutes les chances de réussir.
- Bon, où a-t-on le plus de chance de trouver un Jedi ? demanda-t-il à Reym.
- N'importe quel Jedi ? Pas celui qui a combattu la Twi'lek ?
- N'importe. De toute façon nous n'avons pas son nom. Et puis, il faut bien commencer quelque-part.
- Et bien, je dirais l'académie Jedi de Yavin IV.
- Parfait. J'ai juste quelques contacts que j'aimerais aller voir sur Coruscant en chemin. En plus, comme la planète est largement plus proche d'ici que Yavin, on va pouvoir y passer sans faire de gros détour. Il y a plein de Routes hyperspatiales dans le coin. En récupérant la Piste Corellienne par la voie commerciale Corellienne, cela devrait nous prendre 4 jours tout au plus pour arriver là-bas. Ensuite, on prendra la route D'Hydian pour aller sur Yavin. Wolly, appelle Vax et dis-lui de préparer le vaisseau pour un décollage prochain.
La Dévaronienne qui avait gardé le silence pendant toute la conversation rengaina d'une main experte son pistolet verpine et acquiesça discrètement. Elle s'éloigna en sortant un intercom d'une poche intérieure de son manteau. Reym était déjà en train de rassembler ses affaires et Peter le regarda ranger minutieusement son fusil d'assaut DDK 48 quand une question lui vint à l'esprit.
- Au fait, tu connais bien mes surnoms, et je me doute que c'est parce-que Toomba t'en a parlé, mais cela ne veut pas dire qu'il t'a aussi dis d'où ils venaient hein ?
Pour seule réponse, le contrebandier vit le Zabrak sourire discrètement pour la première fois depuis le début de la journée.
Toomba… Aussi têtu qu'un Wookiee et aussi bavard qu'un Hutt voulant embobiner un potentiel client !
Cela faisait maintenant 6 jours que l'aile A de Valem était en hyperespace en direction de Yavin 4, et même si les techniques de méditation Jedi lui avaient fait considérablement accélérer sa perception du temps, la patience et la concentration du Padawan avaient été grandement entamées. En effet, n'ayant jamais vraiment pris le temps de se perfectionner dans ce domaine, il ne pouvait pas entrer en état de semi conscience plusieurs journées d'affilée comme certains des autres Padawan et Jedi de son âge. Et quand bien même il réussissait à entrer en état méditatif, le fait que son ordinateur de bord ne puisse pas calculer plus de deux sauts consécutifs en hyper-espace avant de devoir être manuellement recalibré obligeait Valem à sortir de ses méditations Jedi toutes des 9-10 heures... C'est donc avec un profond et sincère soupir de soulagement que le Padawan accueillit le signal sonore lui indiquant qu'il allait bientôt sortir de l'hyperespace.
Ah ! J'ai hâte de me prendre une bonne vapodouche brûlante !
Une fois arrivé en orbite autour de la lune, il envoya une demande d'atterrissage à l'académie et dut attendre un peu plus longtemps qu'à l'accoutumée pour avoir une réponse. Cette dernière fut d'ailleurs très brève, comme si son interlocuteur avait d'autres demandes plus pressantes à gérer. Valem se posa en douceur dans le hangar que l'on lui désigna et chassa la curiosité de son esprit. Une fois sorti du cockpit, il huma longuement l'air de la jungle. Il était rentré chez lui.
En se dirigeant vers sa chambre, il perçu une vive agitation dans les couloirs du temple et s'en demanda distraitement la cause. Mais il ne songea à aucun moment à questionner quelqu'un pour avoir des réponses : il avait l'esprit trop embué pour cela. Une fois dans sa chambre, il enleva sa bure et posa ses affaires sur son lit avant de filer sous la vapodouche. Ce n'est qu'une bonne heure plus tard qu'il en ressortit, les idées enfin claires et l'esprit éveillé. Il s'assit sur son lit et étendit ses perceptions dans la Force tout en massant ses jambes endolories.
Que… Qu'est-ce que ?
Valem se rendit compte qu'il avait dû être beaucoup plus fatigué qu'il ne l'escomptait en arrivant, car il sentait maintenant distinctement la présence de Luke Skywalker dans la Force, irradiant tel un soleil miniature. Elle était si présente, si forte, que le Padawan se demanda comment il avait pu la manquer en arrivant. Le Grand Maître de L'Ordre Jedi était juste devant le temple, à l'orée de la jungle, et semblait avoir tout ces sens en éveil, prêt à réagir à la moindre attaque. En arrière plan, Valem sentait en simultané les émotions vives et intenses que tous les occupants du temple ressentaient : il se passait quelque-chose de grave et Valem, bien que fatigué, voulait savoir ce que cela était.
Comme en réponse à ces interrogations, une belle femme brune entra dans sa chambre et l'interpella. C'était la Jedi Tionne, un de ses professeurs à l'académie.
- Valem ! Je ne savais pas que tu étais rentré.
- Oui, je viens juste de…
- Pas le temps de parler, prends tes affaires, l'académie va être attaquée !
- Hein ?!
Valem s'exécuta sans broncher et la suivit dans le grand réfectoire où tous les apprentis étaient en train de se réunir. En chemin, Tionne lui expliqua la situation. Apparemment, de plus jeunes apprentis Jedi, Jacen Solo et Jaina Solo - les enfants jumeaux du célèbre Han Solo et de la non moins célèbre Leia Organa Solo – ainsi qu'un jeune Wookiee nommé Lowbacca, et qu'une Hapienne du nom de Tenel Ka Djo, avaient trouvé une épave de chasseur Tie dans la jungle et avaient commencé à la réparer en secret. Mais son pilote, qui avait miraculeusement survécu pendant maintenant près de vingt ans dans la jungle, les avait capturés et forcés de remettre en état le chasseur Tie pour son propre bénéfice. Et maintenant que le chasseur était de nouveau actif, il voulait s'en prendre à l'académie. Et c'était seulement grâce à Lowbacca et à Tenel Ka, qui avaient tous deux réussi à s'enfuir, que l'on avait pris connaissance de la menace imminente et que l'on pouvait s'organiser en conséquence de manière à protéger les Padawan.
Valem ne connaissait pas personnellement ces élèves, ces derniers ayant presque dix ans d'écart avec lui, mais il connaissait leur réputation : c'était le groupe d'amis des fameux jumeaux Solo ! Valem avait eu l'occasion de croiser brièvement leurs parents dans l'académie et en avait gardé un souvenir vivace : que cela soit la puissante aura de calme dans la Force de Leia Organa Solo, ou la confiance en soi naturelle émanant de Han Solo, Valem avait compris immédiatement pourquoi ils avaient à eux deux marqué l'histoire. Et maintenant, leurs enfants avaient été kidnappés par un homme encore fidèle au défunt empire que ce même couple avait aidé à mater... C'était dire la gravité de la situation !
Et cela arrive pile au moment de mon retour.
Mais même avec toute la volonté du monde, Valem ne pouvait pas faire grand-chose pour eux maintenant. Et puis, le plus grand Jedi de la galaxie était en train de leur porter secours… Une fois arrivé au réfectoire, dans lequel tout les étudiants, professeurs et membres du personnel étaient déjà, Valem se mit en position de méditation et laissa encore une fois ses perceptions s'étendre dans la Force. Il sentait un mélange d'appréhension et d'excitation émanant des élèves les plus jeunes présents autour de lui, et une sérénité relative, certes teintée de doutes, de la part des plus âgés. En se concentrant encore, il amena sa conscience au-delà des murs de l'académie et perçut une fois encore Luke Skywalker. Son aura était indescriptible, pleine de détermination et de résolution. C'était comme une flamme éclairant la pénombre autour de lui. Et puis, plus loin, il la sentit. Une masse d'énergie négative, de haine et de colère, se dirigeant à toute vitesse vers l'académie. Le pilote impérial arrivait vite, et le choc n'était maintenant plus qu'une question de secondes. Valem s'y prépara mentalement, en continuant de suivre le chasseur Tie dans la Force, mais le bruit des tirs de canon laser percutants les pierres du temple n'arriva jamais. Le chasseur vira brusquement vers la droite et entama une série de zigzags, comme pour éviter les tirs d'un poursuivant. Et, en effet, Valem se rendit compte que d'autres présences le talonnaient. Sûrement un vaisseau. Et d'après les deux personnes à bord, pas n'importe lequel ! Valem reconnu instantanément les auras de Leia Organa Solo et de Han Solo, qui suivaient le Tie à la manière d'un chien akk traquant sa proie. Ce petit manège dura une bonne minute avant que la présence du pilote impérial ne disparaisse, tout simplement.
Soit il a été descendu par le Faucon Millenium, soit il s'est enfui en hyperespace... Bon... Et maintenant ?
Alancia était recroquevillée sur sa couchette dans la pièce qui lui servait désormais de chambre. Les murs en pierre semblaient s'approcher d'elle au fur et à mesure, et elle se sentait oppressée et seule. Si seule. Elle n'arrêtait pas de repenser à ce que Zaar lui avait dit. Etait-ce vraiment comme cela que tout c'était passé ? Devait-elle faire ce qu'il lui demandait ? Les certitudes qu'elle croyait avoir s'effondraient les unes après les autres, et un vide béant s'y trouvait maintenant. Mais Zaar pouvait l'aider à le combler. Il lui avait ouvert les yeux. Il lui avait montré la réalité derrière le voile et lui avait donné les moyens de la changer. Il était venu pour l'aider. Il allait l'aider. N'est-ce pas ?
Seule. Elle se sentait si seule.
