Bonjour !
Aujourd'hui, une nouvelle disparition...
Pandémonium
Chapitre 10
"So every bondman in his own hand bears
The power to cancel his captivity."
"Ainsi tout esclave tient dans sa propre main
Le pouvoir de casser sa captivité."
Jules César, acte I, scène III
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Les mains croisées sur ses genoux, Zelena attendait Hadès assise sur leur lit. Il se faisait tard et celui-ci était toujours enfermé dans une des salles de réunion avec ses soldats. Pourtant, elle n'était pas particulièrement pressée qu'il la rejoigne : elle n'était pas encore prête à lui faire face. Ils n'avaient jamais eu de désaccord d'une pareille ampleur et elle ne savait pas bien comment aborder le sujet. Pourtant, sa discussion avec Regina plus tôt dans la journée l'avait confortée dans sa décision de lui parler du devenir du soldat August.
Elle ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'elle l'avait vu se montrer impitoyable dans la salle du trône et son appréhension se renforçait à chaque minute. Toutefois, Hadès ne daignait pas se montrer et au bout d'une demi-heure supplémentaire, Zelena renonça à l'attendre et alla se coucher.
Le lendemain matin, il n'était pas à ses côtés quand elle se réveilla. Les draps étaient froids et elle en déduisit qu'il avait passé une nuit blanche.
Elle descendit prendre son petit déjeuner. Lyra était seule dans la salle à manger et lui adressa un petit sourire crispé quand elle la rejoignit à table.
Elle échangea quelques banalités avec sa fille avant de lui demander, l'air de rien :
« As-tu vu ton père ce matin ? »
La bouche de Lyra se tordit en une petit grimace contrariée.
« Non. »
Aucune n'eut à attendre très longtemps : plusieurs soldats passèrent alors dans la salle à manger en prenant un toast avant de vaquer à d'autres occupations. Hadès entra à son tour quelques secondes plus tard, visiblement contrarié mais de meilleure humeur que la veille. Il se pencha pour embrasser Lyra sur le front mais celle-ci eut un léger mouvement de recul et tressaillit. Zelena ne manqua pas l'air blessé d'Hadès. Il amorça alors un pas vers elle mais se ravisa et s'assit.
Lyra demanda alors l'autorisation de sortir de table, qu'elle lui donna aussitôt. Hadès la regarda sortir en se grattant le menton.
« Y a t-il un problème ? » s'enquit-il.
Zelena le dévisagea avec des yeux ronds. Comprenant le message, il poursuivit :
« Si c'est à propos de ce qui s'est passé hier... »
Elle ne savait pas ce qui la choquait le plus : qu'il n'y ait pas directement pensé ou qu'il semble considérer que c'était sans importance.
Il reprit :
« C'était nécessaire. Je ne tolérerai pas la traîtrise dans mon royaume. »
« Tu n'avais pas besoin d'en venir à de telles extrémités. »
« Un exemple devait être fait ! » s'agaça t-il. « Je te rappelle, au cas où tu l'aurais oublié, que ce misérable est responsable de l'explosion qui a failli tuer notre fille. »
Ce fut au tour de Zelena de s'énerver.
« Bien sûr que je ne l'ai pas oublié. Comment peux-tu dire une chose pareille ? »
Hadès soupira bruyamment
« Je te trouve simplement beaucoup trop excessif. Lui couper les membres un par un, vraiment, Hadès ? Ce n'est plus de la justice, c'est de la cruauté. »
« C'est le seul moyen de le faire avouer ! »
Le ton montait rapidement.
« Si tu penses que la torture lui fera avouer le nom de ses complices, tu as faux sur toute la ligne. Il doit leur être beaucoup trop loyal pour ça. Sinon, jamais il n'aurait pris le risque de s'opposer à toi et d'en subir les conséquences ! »
« Je suis le Roi, je ferai donc comme bon me semble ! »
Il s'était levé, sa fureur de la veille étant revenue.
« Je ne te reconnais pas, » souffla Zelena, effarée.
Cette remarque eut le remarquable effet de le calmer aussitôt. Après lui avoir jeté un dernier regard, il quitta la pièce. Elle l'entendit hurler le nom de Will et Jefferson avant que le son de sa voix ne devienne inaudible.
Résignée, Zelena quitta la salle à manger par l'autre porte qui débouchait sur un petit salon où elle aimait se réunir avec ses éclaireuses.
Elles étaient quinze au total mais seules quatre étaient présentes : Tink, Bleue, Agnès et Cécile.
Telles de petites fées, elles virevoltèrent vers elle dès qu'elle s'assit sur son fauteuil préféré. Si elles avaient entendu sa dispute avec Hadès, elles n'en laissèrent rien paraître. Comme à leur habitude, elles lui firent part des derniers potins circulant en ville. Zelena espérait apprendre quelque chose d'intéressant au sujet des répercussions de l'arrestation d'August mais fut déçue, jusqu'à ce que Tink précise :
« Votre amie Regina était vraiment pressée de partir : quand elle est sortie du palais, je l'ai vue courir à toutes jambes. »
« Oh... »
Elle ne sut quoi faire de cette information : Regina soupçonnait-elle que quelque chose soit arrivé à August ? Peut-être Zelena l'avait-elle mise sur la voie avec ses questions... mais dans ce cas, quel lien avait-elle avec le soldat déchu ? Pour ce qu'elle en savait, ils n'avaient aucun contact. Haussant les épaules, elle n'y prêta pas plus d'attention. C'était sûrement une simple coïncidence.
Bleue, contrairement aux trois autres, ne disait jamais grand chose. Zelena ne l'aimait pas beaucoup. Elle pensait d'ailleurs, à tort ou à raison, qu'elle était plus le onzième soldat d'Hadès qu'une de ses éclaireuses.
Une fois leur rapport fini, elles s'inclinèrent toutes les quatre et sortirent en bavardant. Zelena ne resta pas seule longtemps : Snow fit bientôt son apparition et vint s'asseoir près d'elle.
« Bonjour... je suppose que tu connais déjà la nouvelle... » avança Zelena.
Snow n'était pas venue hier : elle lui avait donné une journée de repos pour qu'elle puisse passer du temps avec son fils.
« Oui, » confirma t-elle. « C'est tragique... »
Elles n'eurent pas le loisir de poursuivre leur conversation : elles furent interrompues par le soldat David.
« Votre Majesté, » s'inclina t-il. « Son Altesse la Princesse a été aperçue traînant près de la forêt. Doit-on lui demander de s'éloigner ? »
Zelena tressaillit aussitôt. Rigel avait trouvé la mort dans cette forêt qui était depuis évitée par tous.
« Était-elle seule ? »
« Non, Majesté. Elle était avec ses amis. »
Probablement Henry, Violet et Grace.
« Hmm... retournez-y et demandez leur de ne plus s'en approcher. C'est dangereux. »
« Bien, Majesté, ce sera fait. »
Il adressa un sourire à Snow, qui lui rendit, s'inclina à nouveau et s'éloigna à grand pas. Zelena remarqua aussitôt l'air ravi de sa dame de compagnie.
« Tu le connais bien ? »
« Pas vraiment, non... mais il m'est rentré dedans hier matin dans la rue et m'a faite tomber. Je le trouve sympathique... »
Elle l'aurait probablement taquinée au sujet de l'air rêveur qu'elle arborait si un détail n'avait pas retenu son attention.
« Hier matin ? C'est curieux. Il n'était pas censé se trouver hors du palais à cette heure-ci. J'ai entendu Hadès mentionner que seuls Arthur et August étaient de garde.»
Elle se rappela alors qu'il était arrivé en retard dans la salle du trône la veille. Elle avait pensé qu'il était peut-être occupé dans les jardins mais visiblement, elle s'était trompée.
« Oh... je peux peut-être me renseigner. »
Zelena la soupçonna de chercher un prétexte pour pouvoir aborder de nouveau le soldat mais elle acquiesça immédiatement, de plus en plus soupçonneuse.
Devenait-elle paranoïaque ou des choses étranges se produisaient bel et bien ?
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Regina prenait son petit-déjeuner avec Emma, Lily et Maleficient dans une ambiance tendue. Henry avait déjà filé : Lyra était venue le chercher une dizaine de minutes plus tôt.
Lily et Maleficient étaient visiblement en froid. Lily avait eu l'idée fantasque d'aller délivrer August elle-même, mais sa tentative maladroite n'avait pas pu aboutir : même si les Serpents étaient aux abonnés absents à leurs postes de garde, les Abeilles avaient pris le relais et n'avaient cessé de parcourir les alentours de la Ruche. Maleficient, qui s'était opposée à ce plan dès le début, avait l'air de trouver que c'était une bonne chose mais n'avait fait aucun commentaire quand la jeune femme était rentrée bredouille tard dans la nuit.
« Est-ce que... est-ce que tout le monde est au courant, maintenant ? » osa avancer Emma d'une petite voix.
« Probablement, » répondit Maleficient. « Je n'ai pas revu Grace, mais elle doit avoir prévenu tout le monde... pour ce qui est du reste de Pandémonium, ce n'est plus un secret : les Abeilles sont aussi douées pour colporter des rumeurs que pour fouiner. »
Lily jouait avec son médaillon représentant un renard sans mot dire.
« Ne devrions-nous pas organiser une réunion ? » demanda Regina.
Maleficient murmura son assentiment.
« C'est à notre tour d'utiliser notre maison pour recevoir tout le monde, » dit Emma. « Regina et moi pouvons nous charger de prévenir tout le monde pendant nos livraisons du jour. »
Elle avait sauté sur l'occasion pour s'éloigner un peu de cette ambiance morose, ce que Regina pouvait parfaitement comprendre.
Elles se mirent en route en bavardant. Emma avait heureusement retrouvé une partie de sa combativité et ne cessait de lui sourire. Lorsque Regina lui demanda la raison de cette bonne humeur, la blonde répondit :
« Je ne sais pas... c'est votre présence qui doit me mettre dans cet état. »
Regina était sûre d'avoir rougi jusqu'aux oreilles.
Elles eurent juste le temps d'informer Granny qu'une réunion allait se tenir quand une cavalcade attira leur attention. Emma ouvrit de grands yeux en observant le Roi, les Serpents et les Abeilles dévaler les rues à toutes vitesses sur des chevaux. La Reine passa également, en larmes. Enfin, Snow, qui fermait la marche, s'arrêta à leur hauteur.
« Venez vite ! Lyra et Henry ont disparu dans la forêt... il paraît qu'un sanglier géant les a attaqués ! »
Emma et Regina échangèrent un regard horrifié.
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« Henry, je ne comprends pas pourquoi tu aies insisté pour que nous venions ici... » dit Lyra.
Grace et Violet partageaient son opinion mais Henry n'y prêta pas attention. Il avait aperçu David les observer au loin avant de s'éloigner. Avec un peu de chance, il allait informer le Roi et la Reine de leur présence près de la forêt...
Il devait agir maintenant.
« J'ai besoin de votre aide, » avança t-il. « Si tout se passe comme je l'espère, David va rappliquer d'ici une vingtaine de minutes, le temps de faire l'aller-retour jusqu'au palais. Tes parents n'accepteront jamais que tu t'attardes près de cette forêt, Lyra. »
Celle-ci ne voyait pas du tout où il voulait en venir.
« Je vais faire croire à ma disparition, » dit-il, déterminé. « Vous, vous serez chargées de dire à David qu'un sanglier m'a attaqué. »
D'après une rumeur lancée par l'Abeille Tinkerbell, un sanglier géant aurait attaqué et tué Rigel.
« Vous direz que j'ai disparu... avec un peu de chance, tous les soldats vont débarquer ici pour partir à ma recherche. Pendant ce temps, le palais sera sans surveillance. »
« Que comptes-tu faire ? » demanda Violet.
« Il faut que je m'introduise dans l'Observatoire. »
Lyra poussa un petit cri.
« L'Observatoire ! Tu as besoin d'un livre ? Tu sais, tu aurais pu juste me demander... »
« Je ne sais pas ce que je cherche exactement. »
Il avait beaucoup réfléchi la nuit dernière et en était venu à la conclusion que, seul, le Cercle d'Odysseus ne pouvait rien contre Hadès : il avait trop d'alliés et était trop puissant car il avait des pouvoirs. Henry voulait donc le battre sur son propre terrain : la magie. Il n'y avait pas la moindre à Pandémonium, à part la sienne, mais peut-être que la solution qu'il cherchait se trouvait dans un livre... or, ils étaient tous conservés dans l'Observatoire de la Ruche.
« Écoute, Lyra, il faut que tu me fasses confiance. Il faut vraiment que j'aie accès à ces livres, et c'est la seule solution que j'aie trouvée pour garder les soldats de ton père éloignés du palais... »
Perplexe, Lyra finit néanmoins par acquiescer.
« Bon... d'accord... »
« Euh... » intervint Grace. « Ne te vexe pas, Henry, mais ça m'étonnerait que le Roi déploie toute la garde royale juste pour te retrouver, toi... même si la Reine t'aime bien. »
« Ah... je n'y avais pas pensé... »
Il se mordit la lèvre. Lui qui pensait son plan infaillible venait de redescendre sur Terre !
« Peut-être pas si c'est uniquement toi qui disparais... » fit remarquer Lyra.
Il fronça les sourcils et mit quelques secondes à comprendre ce qu'elle insinuait.
« Non, » dit-il aussitôt. « Ly, non... »
« Si je disparaissais aussi, tu peux être sûr que même mon père viendrait lui-même fouiller cette forêt ! Tu serais complètement tranquille. »
« Et tes parents ? Tu as pensé à la peur que tu leur ferais ? Après Rigel... »
« Je sais, » coupa t-elle.
En temps normal, elle y aurait réfléchi à deux fois, mais tout bien considéré, c'était une bonne façon de faire part de son mécontentement à son père pour ce qu'il avait fait la veille.
« Bon... si tu es sûre de toi... »
« Vous devriez filer, » leur enjoignit Violet. « David ne devrait pas tarder à revenir. »
« Oui... allons-y. »
Laissant leurs amies sur place, Lyra et Henry s'éloignèrent rapidement.
« Il faut que nous soyons discrets, » dit Henry lorsqu'ils atteignirent le couvert des premières maisons. « Viens... »
Il l'entraîna dans une petite ruelle et lui fit signe de se cacher derrière un tonneau de vin pendant que lui même s'accroupissait derrière une pile de cageots vides.
« C'est le seul accès qui mène de la ville à la forêt, David va forcément passer par là... » avança Henry.
Il ne se trompait pas : moins de cinq minutes plus tard, le Serpent revenait, avec sans doute des ordres visant à leur demander de quitter les lieux sur le champ. Il n'allait pas être déçu...
Le cœur d'Henry battait à la chamade. Si jamais quelqu'un les voyait... il n'osait même pas imaginer les ennuis qu'ils récolteraient.
Violet et Grace avaient dû savoir se montrer convaincante : il vit bientôt David repasser devant eux à toute vitesse, visiblement paniqué, mais ralenti par le poids de son armure.
« Viens, » marmonna Henry. « En faisant un détour, nous pouvons atteindre le palais avant lui. Il nous faut être sûrs que tout le monde s'en aille. »
Lyra sur ses talons, il entreprit alors de s'aventurer dans un dédale de ruelles qu'il était certain que son amie n'avait jamais emprunté. Lui, en revanche, les avait longuement arpentées sous les traits du Corbeau.
Éviter Will, qui patrouillait devant la Ruche, fut un jeu d'enfant : il n'avait jamais été très attentif à son environnement. Lyra et lui allèrent se cacher derrière un gros buisson à l'entrée des jardins, d'où ils pouvaient voir l'entrée du palais. Henry avait vu juste : David n'arriva à destination que quelques minutes après eux.
Il adressa quelques mots à Will et tous deux se précipitèrent à l'intérieur.
Lyra souffla.
« Bon timing... »
Henry sursauta lorsqu'un cri de rage parvint jusqu'à ses oreilles. Lyra lui jeta un regard entendu.
« Mon père. »
Ils n'eurent pas à attendre beaucoup plus longtemps avant que le Roi jaillisse à l'extérieur, suivi par les soldats et les éclaireuses. Zelena, suivie de Snow, sortit en dernière, les joues baignées de larmes. Tous tournèrent à droite à direction des écuries et prirent la route sur leurs chevaux. Hadès, campé sur Seth, s'éloigna à toute vitesse. Snow avait jeté son dévolu sur Fantasia, peut-être parce qu'elle ne voulait pas qu'elle soit montée par un des soldats, et Henry lui en fut reconnaissant. Même Edelweiss, sans doute la plus belle jument, avait perdu de sa superbe tant la terreur de Zelena était visible.
Lyra eut l'air un peu coupable mais ce fut elle qui l'entraîna par le bras.
« Vite, dépêchons-nous. »
Le palais, comme il l'avait prévu, était désert. Il y était parfois entré mais sa connaissance des lieux se bornait à la salle du trône et aux cuisines, où Lyra et lui venaient parfois boire une boisson fraîche après leurs séances d'équitation.
Son amie, qui semblait marcher sur des œufs, s'assura que personne n'était là avant de l'entraîner vers un couloir étroit.
« Viens, l'entrée de l'Observatoire est là... »
Ils avaient à peine atteint la porte quand quelqu'un se racla la gorge derrière eux.
« Hum hum... »
Henry se liquéfia littéralement sur place. Si près du but !
Il se retourna et se retrouva face à Jefferson qui les dévisageait avec étonnement. Il lui semblait voir un certain amusement dans ses yeux mais il n'était pas certain que son imagination ne soit pas en cause.
« Vous n'êtes pas censés être portés disparus, tous les deux, pourchassés par je ne sais quel sanglier géant ? »
« Euh... » bredouilla Lyra. « C'est que... »
Jefferson balaya ses hésitations d'un geste de la main.
« Écoutez, je ne sais pas ce que vous manigancez, mais je sais que ma fille est dans le coup... je vais donc faire comme si je ne vous avais pas vus. »
Henry ne pouvait pas en croire ses oreilles.
« Et puis, ça ne fera pas de mal au Roi, d'être dupé... c'est moi qui me suis occupé de la plaie de ce pauvre August... il l'aurait laissé saigner à mort... »
Une grimace de dégoût passa sur son visage.
« Bref, faîtes ce que vous avez à faire, mais dépêchez-vous : la forêt n'est pas si grande... »
Sur ces mots, il reprit sa route comme si de rien n'était et finit de traverser le couloir.
Hadès n'avait pas été assez stupide pour laisser sa demeure totalement sans surveillance mais il avait manqué de clairvoyance lorsqu'il avait choisi le Serpent qui serait chargé de monter la garde.
Ne parvenant pas à en croire la chance insolente qu'ils avaient, Henry se dépêcha de monter les escaliers et déboula dans l'Observatoire. Se désintéressant complètement du splendide panorama de Pandémonium, il se mit à observer les étagères. Il n'aurait pas de deuxième occasion, il fallait qu'il se dépêche.
Lyra, de son côté, fronça les sourcils en remarquant un carnet de notes posé sur le rebord d'un des fauteuils.
« C'est l'écriture de mon père... il parle de ma lyre... »
« Ah... » fit Henry mais il n'écoutait pas vraiment.
Son attention venait d'être captée par un dessin qu'il avait réalisé, posé sur une étagère. Juste à côté, il remarqua une liasse de papiers divers reliés par une ficelle et n'ayant à première vue par de rapport les uns avec les autres.
Tandis qu'il les parcourait rapidement, son regard s'éclaira. C'était peu, mais il tenait peut-être une solution entre ses mains...
« Je crois que j'ai trouvé quelque chose. Viens, Ly, partons : il faut qu'ils nous retrouvent dans la forêt pour que personne n'ait de soupçons. »
Avant de redescendre, son regard fut attiré par un objet en forme d'éclair suspendu au plafond mais il ne s'attarda pas.
Ils ne recroisèrent pas Jefferson en partant et coururent à toutes jambes vers la forêt. Heureusement, les Serpents et les Abeilles ne semblaient pas avoir terminé de la fouiller. Henry cacha les papiers qu'il avait trouvé entre les racines d'un gros arbre, et Lyra fit de même avec son carnet. Ils avancèrent un peu puis Henry lui fit signe de s'asseoir. Il remarqua qu'elle n'était pas très rassurée.
« Il faut qu'on se barbouille de terre, d'accord ? On donnera l'impression d'être tombés plusieurs fois. »
Lyra s'exécuta et ils attendirent. Enfin, des voix se firent entendre.
« Faisons semblant d'être évanouis, » suggéra t-il.
Ils s'allongèrent et fermèrent les yeux. Puis...
« Je les ai trouvés ! Ils sont là ! »
Henry sentit qu'on le soulevait dans les airs, et sourit intérieurement.
Ils avaient réussi.
Il espérait que ce n'était que la première victoire d'une longue série.
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Hadès se faisait un sang d'encre. Seule la présence de Zelena, qui pleurait toutes les larmes de son corps dans ses bras, l'empêchait de se ruer lui-même dans la forêt.
Les soldats la passaient au peigne fin depuis bientôt une heure et n'avaient toujours rien trouvé. Il avait l'impression de revivre cette terrible journée où Rigel avait disparu. Au-delà de sa peur, il ne pouvait s'empêcher d'être contrarié : à quoi pensait donc Lyra quand elle était venue se promener ici ? Avait-elle agi ainsi pour le défier ?
Grace et Violet, en état de choc, n'avaient pas été bien bavardes. Quant à Emma et Regina, qui s'inquiétaient pour Henry, il les dévisageait d'un regard noir qu'elles ne percevaient pas. Bouleversée, Emma était réconfortée par Regina. Le regard tendre que celle-ci lançait à la blonde l'écœurait au plus au point.
Il profita du fait qu'Emma s'éloigne quelques instants pour scruter l'orée de la forêt et s'approcha de Regina après avoir laissé Zelena aux bons soins de Snow.
« Il ne fait aucun doute que c'est votre fils qui a entraîné ma fille dans cette histoire, » l'attaqua t-il directement.
Elle le foudroya du regard.
« De un, ce n'est pas votre fille. De deux, elle est assez grande pour prendre ses propres décisions. De trois, pensez à vous remettre en question avant de venir m'importuner ! »
« Qu'est-ce que vous insinuez ? » gronda t-il.
Il savait qu'elle faisait en partie référence à l'arrestation d'August, mais en quoi cela pouvait-il bien la regarder ?
Elle ne daigna pas lui répondre et se précipita vers Emma. Hadès se demanda brièvement pourquoi avant de voir David et Graham sortir de la forêt avec les deux adolescents dans leurs bras. Il se précipita vers David, qui portait Lyra.
Zelena fondit en larmes de soulagement et Hadès ne se retint de faire de même que parce que Regina était présente – il n'était pas question qu'il montre le moindre signe de faiblesse devant elle.
« Oh, ma Lyra... » murmura Zelena.
Évanouie, celle-ci ne répondit pas. Hadès serra Zelena contre lui et l'embrassa sur le front. C'était comme si toutes la rancœur qu'il y avait entre eux s'était subitement évanouie, même s'il n'était pas dupe : cela ne durerait pas.
Pour l'heure, il décida de ne pas y penser : sa fille était en vie, c'était tout ce qui comptait.
