Titre : C'est qui ce saint Glinglin ?

Disclaimer : JKR

Rating : M

Couple : HP/DM

Bonjour chers lecteurs !
Voici le chapitre 10 de La Voix Des Anges.
J'espère qu'il vous plaira !
Un grand merci à Trinitagada pour avoir ma béta sur ce chapitre et le précédent ! Je t'embrasse

Bonne lecture !


Résumé de l'épisode précédent

Le match de Quidditch opposant les Serpentards aux Gryffondors a eu quelques conséquences sur la relation entre Harry et Draco. Chacun s'est insulté en référence à leur nuit passée ensemble. A présent chacun regrette ses mots. Draco tente d'oublier Harry avec une fille, mais rien n'y fait, le brun est toujours le centre de ses réflexions. Quant à Harry, voir sur la carte du
Maraudeur, Draco en compagnie d'une fille semble le contrarier quelque peu.

Chapitre 10

C'est qui ce Saint-Glinglin ?

Les lendemains de matches gagnés étaient en général des moments très appréciés par Harry qui se sentait libre et heureux. Pourtant ce matin là il semblait de mauvaise humeur.

- Harry, savais-tu que les pousses d'Exilia sont très utiles dans la fabrication des potions d'invisibilité? Bon, elle donne apparemment un mauvais goût à la potion, mais elles rendent l'effet plus long, j'ai lu ça hier dans la Revue des botanistes enjoués, expliqua Neville passionné.

Mais Harry l'écoutait d'une oreille distraite. Arrivé dans la Grande Salle, il s'assit à côté de Seamus qui lui donna une grande claque dans le dos pour le saluer et s'en retourna à Parvati Patil avec qui il avait apparemment une discussion très animée.

- … et quand tu la mélanges avec un bouquet d'Olivia des prés, tu obtiens un puissant sérum qui favorise la cicatrisation, continua Néville toujours aussi enjoué malgré l'air absent de son interlocuteur.

Harry hocha doucement la tête en réponse à Neville qui tartinait une tranche de pain avec de la confiture d'abricot sans se rendre compte que la manche de sa robe trempait dans son chocolat chaud.

Il se retourna pour trouver Draco à la table des Serpentards. Ce dernier n'était pas encore là.

- Sans doute dans les bras de cette Elisa Nortwell, pensa-t-il en fronçant les sourcils.

Son estomac s'était contracté quand il avait vu son point collé à celui représentant Malefoy sur la Carte du Maraudeur. Il devait sûrement prendre du bon temps avec cette fille.

« Et toi Malefoy ? Tu cries toujours mon prénom quand tu prends ton pied ? »

Sa stupide phrase lui revint en mémoire. Pourquoi avoir dit cela ? Quel imbécile il avait été ! Cela l'avait aidé à attraper le Vif d'Or, mais c'était une tactique bien basse. Et puis… Draco avait semblé blessé par ses mots. Harry l'avait lu dans ses yeux.

Mais pourquoi s'inquiétait-il de ce que Draco ressentait ? Malefoy pouvait bien souffrir autant qu'il voulait et faire ce qu'il voulait de ses fesses, cela ne le regardait en rien ! Mais en réalité, depuis leur nuit sur la tour d'astronomie, dès qu'il pensait à lui, son cœur se serrait étrangement, sans qu'il puisse expliquer pourquoi. C'est vrai, ce n'était pas comme s'il tenait à Malefoy. Ils avaient couché ensemble, il avait apprécié un point c'est tout.

Il fit taire la petite voix en lui qui se demandait s'il n'y avait rien d'autre derrière ce petit pincement de cœur.

- … et alors je leur ai dit que je n'étais pas d'accord avec eux, et que s'ils voulaient absolument tester leurs produits, ils devaient au moins me payer ou alors trouver d'autres cobayes. Je suis leur frère mince alors ! Parfois ils ont l'air de l'oublier !

La voix de Ron le sortit de ses pensées. Il se rendit compte qu'il observait d'un air absent Malefoy qui venait de s'asseoir à sa table, et que ce dernier feignait de l'ignorer.

Harry détourna le regard et s'intéressa à ce que racontait Ron qui se plaignait de ses jumeaux de frères.

- Ah tiens Harry, ils te passent le bonjour, dit-il en montrant un parchemin déplié.

- Merci, répondit simplement Harry en finissant sa tasse de café.

Puis, quand tous se levèrent pour se rendre en cours, dans le flot continu d'élèves, Harry se surprit à deviner qui pouvait bien être cette fameuse Elisa Nortwell.

ooOoo

Le Cour de défense contre les forces du mal était un des uniques cours durant lequel les Gryffondors n'avaient pas à supporter les Serpentards, ce qui soulagea quelque peu Harry.

Dumbledore avait comme toujours réussi à trouver quelqu'un d'assez motivé pour prendre ce poste. Rogue après la guerre avait préféré revenir à ses marmites et autres fioles. Cette année, leur professeur était un ancien ami du directeur, Albertus Miramès, encore un ancien Auror qui avait combattu contre Voldemort. Il avait accepté de jouer le rôle de professeur de cette matière. Harry l'appréciait, il dispensait un cours très intéressant, mais il regrettait le temps où Rémus Lupin assurait ce rôle. Mais Lupin était bien loin à présent. Greyback le loup garou l'avait tué durant la bataille finale, un combat entre semblables qui avait tourné à l'avantage du côté du Mal.

Albertus Miramès leur annonça le sujet du cours du jour, les vampires.

La classe fut alors emplie de murmures enjoués, seul Harry semblait ailleurs. La tête paresseusement posée sur son bras, il n'écoutait qu'à demi mot les instructions de son professeur. Ron lui donna un coup de coude pour lui éviter une réprimande. Harry grommela mais fit semblant de s'intéresser au cours.

Après deux heures finalement pas si ennuyeuses que cela, et un devoir sur les différentes façons de reconnaître un vampire à faire pour le surlendemain, les Gryffondors de septième année avaient la chance d'avoir deux heures vacantes avant le repas.

Harry et Ron se dépêchèrent de prendre leur balai pour aller faire une partie de Quidditch avec leurs amis de dortoir. Hermione s'assit sur les gradins et sortit un manuel de Runes anciennes.

- Neville, s'il te plait, ne te met pas en boule quand un Cognard arrive, tu es censé être le batteur je te rappelle, lança Dean Thomas en passant à côté de son ami.

Neville lui lança un regard désespéré avant de gémir d'une voix apeurée en s'agrippant comme il pouvait au manche de son balai emprunté à l'école.

- Mais vous me mettez tout le temps au poste de batteur, alors que vous savez que j'ai peur des Cognards.

Ron qui n'entendait rien de son but montra des signes d'impatience :

- Bon les gars on se bouge là ! Moi je suis chaud allez !

Harry qui en avait également assez des râles de Neville hocha la tête et reprit :

- Ron a raison, on ne va pas attendre la Saint Glinglin pour jouer !

Le rouquin souleva un sourcil interrogateur :

- Attendre qui ? Il joue dans quelle équipe ? Je ne le connais pas celui-là ! Ou Bins en a parlé en cours d'histoire hier ? J'ai du m'endormir je pense !

Harry se frappa le front et sourit alors que Ron se grattait le menton dans un effort de mémoire. Qu'il était bon d'avoir des amis !

- Bon, aller, je prend ta place Neville, reprit Dean, tu n'as qu'à être poursuiveur, ça te va ?

Le garçon au visage lunaire acquiesça et se dépêcha de prendre sa place au milieu du terrain. Le Souafle fut alors lancé, les Cognards tentèrent de frapper de plus belle et le Vif d'Or s'envola légèrement.

Quand les cinq amis posèrent enfin le pied à terre, il était l'heure de déjeuner. Hermione ferma son livre, s'étonnant qu'il était déjà l'heure de manger car elle n'avait pas vu le temps passer tant les runes anciennes l'avaient accaparée. Ron leva les yeux au ciel avant de déposer un léger baiser sur le nez de la brunette.

Harry les regarda d'un air mélancolique. Qu'il aimerait lui aussi être aimé, que quelqu'un l'embrasse sur le nez de cette manière câline, que quelqu'un lui murmure qu'il l'aimait.

Sa voix le lui avait dit, plusieurs fois même ces derniers jours. Mais son ange restait de moins en moins longtemps, comme si quelque chose le retenait dans son monde. Il n'avait plus que rarement abordé le sujet avec ses deux meilleurs amis, il n'avait rien de réellement nouveau à leur dire à ce propos. C'était quasiment toutes les nuits la même chose, la voix se faisait entendre, elle lui disait quelques mots, il se sentait bien, et d'un coup elle s'en allait, le laissant seul dans son lit, comme abandonné.

Souvent après son départ il avait tenté de deviner à qui pourrait appartenir cette voix qui lui semblait parfois familière. En effet, il avait beaucoup réfléchi et était venu à la conclusion que cette voix ne pouvait qu'appartenir soit à un ange, soit à un élève de cette école. L'ange était peu probable, il ne voyait pas pourquoi un tel être se serait occupé de lui. Pourquoi pas un élève alors ? Poudlard était entouré de nombreuses protections magiques, même si la guerre était finie, et donc il était presque impossible de percer ces barrières pour envoyer ce genre de messages. Harry avait pensé à quelqu'un comme Voldemort qui avait réussi à s'introduire dans son esprit, se moquant des protections de Dumbledore. Mais ce n'était pas des messages de menace, simplement des mots d'amour. Alors la voix ne pouvait que venir de l'intérieur de l'école. Mais comment cet inconnu parvenait-il à pénétrer son esprit ? Il avait vaguement pensé à la légilimencie, mais il doutait qu'un élève, même très expérimenté puisse la maîtriser à ce point. Un jour en cours de potion, il en était même venu à son grand dégoût de soupçonner Rogue, excellent légilimens comme il avait pu le tester deux années plus tôt. Mais il avait rapidement chasser cette idée de sa tête, sous peine de rendre le contenu de son estomac dans son chaudron bouillonnant de potion anti-mensonge.

Harry ne sortit de ses pensées que lorsque Nick Quasi Sans Tête surgit devant lui, sortant de dessous la table du déjeuner.

- Bien le bonjour Harry ! Comment vas-tu aujourd'hui ? Tu as l'air soucieux.

Harry leva la tête vers le fantôme et répondit d'une voix sans ton

- Bonjour Sir Nicholas, je vais bien merci.

Puis il prit une cuisse de poulet dont il ne picora que quelques morceaux sous l'œil inquiet de Hermione.

ooOoo

Draco se redressa lentement dans son lit. Comme chaque nuit ces derniers jours il rendait visite à Harry par l'intermédiaire de son esprit. Il savait qu'il se faisait du mal, mais quelque chose le poussait à le faire. Le Harry de ses nuits était tellement différent de celui qu'il croisait - le moins possible - dans les couloirs du château. Le Harry de son sommeil était doux, tendre, aimant ; il était tellement bien en sa présence, et il savait que ce sentiment était réciproque. Il ne se gênait plus à présent de lui avouer ses sentiments, de lui dire combien il brûlait d'amour pour lui, et comme il aimait être avec lui, ne serait-ce que pour quelques minutes. Car en effet, Draco ne faisait jamais durer leurs rencontres, il avait bien trop peur que Harry ne découvre qui se cachait derrière ces mots tendres.

Lors de leur nuit sur la tour d'astronomie, Draco s'était laissé aller à gémir le nom d'Harry alors que le plaisir le submergeait. La voix qu'il avait eu ce soir là était en parfaite contradiction avec son ton habituel, et il craignait que Harry n'ait fait le rapprochement. Alors il se contentait de quelques instants auprès de Harry, se souciant de toujours refermer convenablement la grille de son esprit avant de partir, par peur de réitérer la nuit où Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom avait reparu dans sa tête.

Draco se recoucha, leva les couvertures jusqu'à son menton et ferma les yeux. Il était toujours heureux après chaque visite, heureux car Harry lui avait dit qu'il l'aimait. Il ne voulait pas penser que ces mots ne lui étaient pas réellement destinés, et qu'ils ne le seraient certainement jamais. Non, il enfouissait ces deux mots magiques au fond de son cœur et les gardait jalousement pour lui. Ils résonnaient encore à ses oreilles.

« Je t'aime »

« Tu cries toujours mon nom quand tu prends ton pied ? »

Cette maudite phrase lui revint à nouveau à l'esprit. Pourquoi fallait-il que Potter vienne gâcher ce que lui-même avait, sans le vouloir, fait naître dans le cœur de Draco ?

Il l'avait vu cette après-midi durant le cours de métamorphose. Harry avait semblé blêmir en croisant le regard de Draco, mais il avait rapidement repris contenance. Peut être avait-il découvert son secret ? Peut être ressentait-il la même chose à son encontre ? Draco s'était mentalement giflé pour avoir pensé de telles pensées, et s'était attelé à transformer une chouette en chat, ce qui n'était pas simple car sa stupide chouette ne voulait pas rester en place.

ooOoo

Harry ne voulait pas ouvrir les yeux, mais un sourire orna ses lèvres. Il avait à nouveau eu la visite de son ange. Il avait beau se dire qu'il n'était pas un ange, il se plaisait à croire qu'un tel être voulait bien de lui.

Il entendit une porte se fermer et des murmures.

- Regarde-le sourire comme un bébé !

- Il doit sûrement rêver de Malefoy, ricana la voix de Seamus.

Harry ouvrit cette fois-ci les yeux. Avait-il bien entendu ? Comment Seamus pouvait-il connaître son secret ?

- Salut Harry ! Alors, on rêve qu'on remet la pâtée à Malefoy au Quidditch ? reprit l'Ecossais en fourrant son pyjama sous son oreiller.

Soulagé, Harry hocha la tête en se levant.

- Oui, et je dois avouer que c'est assez agréable, reprit le Survivant en mettant ses lunettes sur son nez.

Voilà, à présent il voyait mieux. Il se hâta de s'habiller et de préparer son sac avant de rejoindre ses camarades de chambrée pour petit-déjeuner.

Assis à sa traditionnelle place au fond de la classe en cours de Sortilèges, Harry évita de poser le regard sur Malefoy. Il trouvait qu'il le regardait un peu trop à son goût ce derniers temps et…

- Harry ? Tu arrives à prononcer la formule, j'en suis incapable, pour moi c'est du Troll !

L'intéressé leva les yeux vers Ron, sans lui répondre.

- Ate… Aetar… Aetarnatium Solifli… Bon, je laisse tomber.

Harry soupira, décidemment Ron n'arriverait jamais à prononcer convenablement les formules magiques. Il se remémora leur premier cours de Sortilèges, où Ron écorcha le fameux « Wingardium Leviosa ». Il voulut lui en faire part, mais Ron était déjà occupé à demander de l'aide à Hermione. Il l'entendait chuchoter pour ne pas se faire entendre du professeur.

Harry revint à ses pensées. Cette nuit-là quelque chose dans la voix l'avait marqué. Il connaissait cette voix, il l'avait déjà entendue quelque part… un soir, murmurée à son oreille, une voix perdue dans le plaisir… Non c'était impossible ! Harry sursauta à cette découverte puis ricana intérieurement.

- Tu perds vraiment la tête mon vieux, se dit-il.

- Monsieur Potter, puis-je vous voir à l'œuvre ? demanda alors la voix fluette du Professeur Flitwkick, debout sur son bureau.

Harry toussota, il ne savait même pas quelle était la formule étudiée. Ron lui montra discrètement le texte dans son manuel grand ouvert devant lui. Il se racla la gorge, certain que Malefoy observait ses moindres mouvements, sûrement pour lui faire un compte rendu mesquin de son futur échec. Puis il prononça maladroitement la formule en pointant sa baguette vers le coussin posé sur la table centrale de la classe. Rien ne se produisit.

- Bien, je vois que ce cours vous intéresse de moins en moins, sans doute vos rêvasseries ont-elles plus d'impact pour vous. Je veux que lors du prochain cours vous maîtrisiez cette formule, sinon c'est une retenue Monsieur Potter, est-ce clair ?

Harry acquiesça et la sonnerie retentit. Avant de quitter la salle, il jeta un coup d'œil rapide à Malefoy entouré de ses deux gorilles. Ce dernier lui lança un regard qu'il ne lui connaissait pas. Il s'attendait à y voir le contentement et la supériorité, il pensait entendre sa voix traînante lui rappeler cet épisode. Mais rien de tout cela, juste ce regard… désolé.

Décidemment, Malefoy le surprendrait toujours.

ooOoo

Le soir-même alors que les Gryffondors étaient tous réunis dans leur salle commune, certains à faire leurs devoirs, d'autres à flirter avec leur partenaire, Harry était assis sur l'un des douillets fauteuils, la tête dans les mains. Cette histoire de voix nocturne commençait sérieusement à le fatiguer, et la pensée qu'il avait eu en cours de Sortilège l'avait ébranlé. Comment pouvait-il avoir pensé à Malefoy ?

- Harry, j'ai eu une idée en cours de défense contre les forces du mal, lui dit soudain Hermione en le prenant par le bras….

Harry se leva et suivit Hermione après Ron qui héla son amie :

- Tu as trouvé qui était ce saint Glinglin dont Harry a parlé sur le terrain de Quidditch ?

Hermione leva les yeux au ciel et les pressa.

- Dépêchez-vous, j'ai peut être trouvé comment découvrir l'identité de ta voix Harry.

ooOoo

La bibliothèque était presque vide à cette heure tardive, seuls quelques vaillants élèves travaillaient encore, le nez dans leurs parchemins, retranchés derrière des piles impressionnantes de livres. Trois silhouettes se détachaient cependant dans l'ombre d'une longue étagère. Deux d'entre elles somnolaient sur leur chaise, la troisième semblait en grande réflexion mais en proie à un abattement criard. Il était assis la tête dans les mains, plongé dans un grimoire digne d'une Hermione en grande forme et dont la taille en aurait découragé plus d'un. Mais Harry s'accrochait, malgré la fatigue qui le tiraillait, les courbatures dans le cou et ses yeux qui piquaient.

Le Livre des créatures magiques englouties tome II révisé par Helmet Brindacier était son dernier recours pour comprendre qui était cet individu onirique qui le hantait depuis si longtemps sans qu'il ne perce son secret. N'ayant rien trouvé de concret dans les autres ouvrages, Hermione avait eu l'idée de chercher dans la Section interdite de la bibliothèque. La brunette était alors allée voir Hagrid, prétextant un besoin urgent d'approfondir ses recherches en matière de créatures magiques puisqu'elle avait abandonné son cours de soins, mais qu'elle ne pouvait tout de même pas laisser cette matière de côté. Ému de constater que la jeune fille n'avait pas pour autant laissé tomber définitivement son enseignement, le demi-géant s'était empressé de lui signer d'une écriture grossière son autorisation.

C'est ainsi que Hermione s'était rendue ce soir-là à la bibliothèque, munie de son sésame pour affronter Madame Pince dont le regard inquisiteur ne présageait rien de bon. Après avoir discrètement fureté dans les rayons, elle trouva le grimoire dont leur professeur de défense contre les forces du mal leur avait parlé récemment en cours. Elle était alors sortie de la section et avait rejoint Harry qui l'attendait nerveusement à l'une des tables en compagnie de Ron.

Il avait feuilleté sans relâche le vieux livre à la couverture effritée mais en vain. Il avait d'abord cherché dans le chapitre dédié aux anges, car en son for intérieur, il savait que seul un ange pouvait le rendre aussi heureux en rêve. Et Parvati Patil ne lui avait-elle pas dit qu'en cours de divination, ils avaient appris que les anges pouvaient communiquer avec leur protégé durant la nuit ? Pourtant rien de bien concret ne ressortait des feuilles jaunies par le temps. Rien de ce qui était écrit ne ressemblait aux sensations qu'il éprouvait en la présence de cet « ange ». Mais Harry ne voulait pas renoncer, il devait savoir.

Il ferma les yeux un instant, tâchant de se remémorer un quelconque souvenir qu'il aurait occulté, n'importe lequel. Il savait qu'il se sentait bien, ça n'était pas nouveau, tout autant qu'il se souvenait de cette chaleur qui se répandait dans tout son corps à chaque mot prononcé par le douce voix. Mais Ron l'interrompit dans ses rêveries.

- Bon Harry, je vais me coucher, je n'arrive plus à garder mes yeux ouverts. Hermione tu peux jeter un coup d'œil sur ma copie, je crois que j'ai fait pas mal d'erreur ?

L'intéressée lui jeta un regard froid mais se calma quand elle comprit que son petit ami plaisantait.

- Ron, Ron, Ron… Tu ne changeras donc jamais ?

Le rouquin la gratifia de son plus beau sourire et posa un timide baiser sur sa joue rougie. Puis il se leva, rangea ses affaires dans son sac.

- Harry, tu ferais mieux de te coucher aussi. Tu as vu ta tête ? Tu n'arriveras à rien comme ça.

Le jeune homme s'étira et poussa un soupir à fendre l'âme avant de répondre d'une voix ensommeillée :

- Non, allez-y vous, moi je reste encore, je sens que je vais trouver, je ne suis pas loin de la solution.

Ron haussa les épaules et attendit qu'Hermione ait fini de récupérer toutes ses plumes et autres parchemins pour regagner leur dortoir respectif.

Harry quant à lui se remit à ses recherche, l'œil brouillé par le sommeil, les lunettes chancelantes sur son nez, les cheveux ébouriffés comme jamais de se les être tant arrachés.

Au bout d'une heure vide de trouvaille, le Gryffondor trouva qu'il était temps de s'arrêter. Les lignes noires ondulaient sous ses yeux tels des serpents dansant tant et si bien qu'il ne parvenait même plus à déchiffrer quoi que ce soit. Il ferma bruyamment le livre sans prêter attention au toussotement agacé de la vieille bibliothécaire, le remit à sa place sur son étagère et s'en alla d'un pas mauvais.

Il déambula dans les couloirs déserts, laissant sa frustration le mener où bon lui semblait. Il piétina les tapis sous ses chaussures, donna un coup de pied dans le socle du buste de Augustus Le Petit qui menaça de tomber et grogna dans la barbe qu'il n'avait pas. Mais rien ne parvint à le calmer, pas même les chansons paillardes fredonnées par Peeves l'esprit frappeur rencontré au détour d'un couloir sombre.

Quand il leva enfin la tête, il se rendit compte qu'il était non loin des toilettes pour filles, refuge de Mimi Geignarde et qu'il avait utilisées lors de leur seconde année pour la fabrication du Polynectar. Le fantôme de la jeune fille n'avait alors eu de cesse de le tourmenter pour qu'il lui rende un jour visite. Il trouva que le moment était bien choisi. Il n'avait pas sommeil et il était d'humeur à écouter les problèmes des autres pour oublier les siens, si futiles soient-ils. Alors il poussa la porte des toilettes, mais au moment de poser le pied dans la salle d'eau il entendit une voix.

Il pensa d'abord à Mimi, mais le ton était trop grave pour être celui d'une fille. Curieux de connaître l'identité de ce mystérieux individu qui conversait avec le fantôme comme s'ils se connaissaient depuis des lustres, il entra discrètement et s'avança vers le centre de la pièce, d'où provenait la discussion. Il osa pousser jusqu'à une cabine à la porte pendant sur ses gonds derrière laquelle il se dissimula. Les voix lui parvinrent alors plus clairement, l'une était sans conteste celle de Mimi, mais l'autre il ne la reconnut d'abord pas. Mais au fur et à mesure, elle lui apparut plus familière, sans pour autant qu'il ne sache d'où il la connaissait. Il n'arrivait pas à mettre un visage sur cette voix douce et chaude, pourtant empreinte d'une faible tristesse.

- Tu comprends Mimi, je ne peux pas le faire, je ne peux pas me montrer au grand jour sous mes vrais atours. Ils ne me le pardonneraient pas, je ne me le pardonnerai pas.

La jeune fantôme soupira lentement et reprit de sa voix aigue :

- Mon petit chéri, je ne peux pas t'aider moi, tu le sais bien, je suis morte. Pourtant je vois tout et je sais tout dans ce château où tout le monde m'a oubliée.

- Pas tout le monde t'a oubliée Mimi.

Le spectre pouffa ironiquement :

- Même Harry ne vient pas me voir alors qu'il m'avait promis.

- Harry…

Le jeune homme inconnu avait murmuré ce nom d'une voix éthérée et le susnommé se figea. Il savait à présent d'où il connaissait cette voix. C'était celle qu'il entendait en rêve, celle-là même qui lui rendait visite, qui le rendait heureux, celle qui lui avait dit « je t'aime ».

Son cœur battait à la chamade, ses jambes menaçaient de s'effondrer sous le poids de cette révélation. Il allait enfin connaître l'identité de cet ange qui lui volait ses nuits sans se dévoiler. Mais il n'osait pas faire face, il avait peur de se tromper. Il ne savait pas s'il voulait réellement découvrir qui il était, craignant de briser la magie de leur rencontre. Mais ne tenant pas en place, il se décida à percer le secret.

Fébrile, dans le reflet des vitraux, Harry tenta de discerner les traits du jeune homme assis à même le sol, là où lui s'était aussi un jour assis pour mélanger une certaine potion. Il perçut alors, dans la noirceur des carreaux poussiéreux, le dos d'un jeune homme dont la tête était dissimulée sous la capuche de sa cape. Il ne pouvait donc voir son visage.

Déçu, Harry s'adossa à la paroi de la cabine et ferma les yeux. Il ne pouvait tenter de regarder directement sous peine de se faire voir par Mimi. En proie à une réflexion intense, il ne perçut pas le léger mouvement de cape à ses côtés. Quand il rouvrit les yeux c'était pour se perdre dans deux océans gris.

- Depuis quand tu me suis Potter ?

Harry ne sut quoi répondre. Trop abasourdi par ce qu'il venait de comprendre, il se tenait coi devant un Malefoy à l'air mauvais. Pourtant, dans la colère non dissimulée qui se dessinait sur son doux visage, Harry ne put s'empêcher d'y discerner la beauté la plus pure, la délicatesse de ses traits figés et dû se gifler mentalement d'avoir pensé toutes ces insanités !

- Pousse-toi de mon chemin, et ne t'avises plus de le croiser, cracha le blond en le poussant de l'épaule pour se frayer un passage jusqu'à la sortie.

- Harryyyyyyy, tu es venu !

Mimi venait de découvrir la présence du Gryffondor. Un formidable sourire mangeait son visage translucide encadré par des cheveux à l'origine brun, retenus en couettes. Elle remit ses lunettes en place et s'approcha de lui, se tordant les mains comme toute grande timide. Harry voulut rejoindre Draco mais Mimi s'était plantée devant lui, et même si la traverser aurait été d'une facilité déconcertante, il n'osa pas, se rappelant la susceptibilité exacerbée du fantôme.

- Que je suis contente de te voir. Je parlais justement de toi avec ton ami Draco. Oh, il ne va vraiment pas bien du tout tu sais. Il vient souvent ici me parler. Lui au moins tient ses promesses quand il dit qu'il me rendra visite.

Elle avait presque crié ces derniers mots et était si proche de Harry qu'il sentit le courant d'air froid qui l'entourait. Elle était en colère et le Survivant tenta de se justifier.

- Mimi, tu sais, nous avons beaucoup de travail et…

Mais le revenant ne l'écoutait plus, et s'était mise à voleter doucement à travers la pièce, traversant les parois des cabines en laissant échapper par moment une indolente et sinistre plainte.

Considérant qu'il n'avait plus rien à faire ici, Harry quitta discrètement la pièce d'eau, non sans entendre un éclaboussement et le bruit d'une chute de lunette de toilette, signe que Mimi était partie en promenade dans les canalisations.

Il se retrouva alors dans le long couloir sombre, regrettant de ne pas avoir pris sa cape d'invisibilité. Il était tard à présent et les élèves avaient tous rejoint leur maison respective. Il avait largement dépassé le couvre-feu et il guettait le moindre son attestant de la présence de Rusard ou de son stupide et vil félin. Avançant d'un pas feutré et rapide, il arriva devant le portrait de la Grosse Dame endormie dans son cadre, un tricot posé sur ses épais genoux.

- Dinde aux marrons, murmura-t-il dans un souffle.

Mais la Grosse Dame ne réagit pas et se mit au contraire à ronfler de plus belle, le corsage de sa robe menaçant de craquer à chaque bruyante respiration.

- Dinde aux marrons, dit-il plus fort.

Un vieillard assis sur une ancienne chaise en bois dans un tableau voisin s'éveilla et, portant son monocle à son œil droit, ronchonna d'une voix éteinte :

- Jeune homme, voilà une heure indécente pour déranger une femme.

Harry maudit la bienséance des portraits et tapa du pied avant de répondre d'une voix exaspérée :

- Vous je ne vous ai pas sonné alors rendormez-vous. Quant à vous la Grosse Dame, je sais que vous faites semblant de dormir alors ouvrez-moi la porte !

L'intéressée ouvrit un œil, puis l'autre et fit la moue.

- Ce n'est pas la peine d'essayer de m'amadouer, je veux entrer c'est tout.

- Mot de passe, grogna-t-elle.

- Dinde aux marrons.

- Quel mot de passe idiot, je me demande encore qui a bien pu l'inventer. Sire Mac Guire je suppose, toujours à créer des mots de passe alors qu'il a abusé de la bouteille !

- La porte ! s'énerva Harry.

- Tout de suite, tout de suite, est-ce là une façon de s'adresser à quelqu'un je vous le demande.

Harry ne répondit pas, et s'engouffra dans le tunnel sans prêter attention aux doléances de la Grosse Dame. Arrivé dans la salle commune décorée aux couleurs de sa maison, Harry reprit place dans un des fauteuils à côté de l'âtre. Le feu était faible, mais une douce chaleur s'en dégageait encore. De-ci, de-là traînaient des restants de parchemins usés qui ne seraient plus là le lendemain, emportés par les elfes de maison. Une ombre se détacha alors à côté d'un autre fauteuil. Harry sursauta, mais s'apaisa quand il reconnut Pattenrond, le chat roux d'Hermione. Celui-ci s'approcha du brun, un air méfiant scotché sur son museau écrasé. Harry le héla d'une voix douce et, se sentant en sécurité, Pattenrond sauta sur ses genoux où il se roula en boule avant de s'assoupir. Harry l'enviait. Il n'arriverait pas à trouver le sommeil. Trop de choses s'entrechoquaient dans son esprit, mais un élément était récurrent, le visage de Malefoy.

Avait-il bien entendu ? Peut-être s'était-il trompé ? Peut-être n'était-ce en réalité pas la voix du Serpentard qu'il avait entendu en rêve ? Et pourtant il l'avait reconnue sans l'ombre d'un doute quand elle avait murmuré son nom. Non, il ne s'était pas mépris.

Mais alors… Pourquoi et surtout comment Malefoy s'y prenait-il pour communiquer avec lui pendant son sommeil ?

Une chose était cependant éclaircie : il savait à présent pourquoi il ne trouvait rien dans les manuels traitant des créatures et autre êtres magiques puisque Malefoy n'appartenait pas à proprement dit à ce genre d'espèces. Quoiqu'on pouvait légitimement s'interroger sur le point de savoir de quel type d'animal merveilleux il tenait sa blonde et translucide chevelure ! Mais là n'était pas la question la plus importante au moment même. Malefoy… son ange…. Harry secoua la tête… Non, Malefoy n'a décidément rien d'un ange… Quoique…


Et voilà pour cette fois !

En espérant vous retrouver au prochain chapitre qui se nommera si tout va bien
"Mimi les bons tuyaux"!
Bises à tous !