Chapitre 9 : This is the end
J'avais arrêté de parler, guettant les réactions de mon auditoire. Clarke et Finn m'avait laissé raconter mon histoire sans m'interrompre une seule fois et j'avais tout raconté, car après réflexion, ils ne pouvaient rien faire de ces informations. Tout, sauf une information capitale sur laquelle j'espérais qu'ils n'allaient pas m'interroger. Le nom du garde qui m'avait proposé le pacte, Shumway. Je n'avais pas prononcé son nom car il m'avait mis en garde, ne rien dire sous peine de s'en prendre à ma mère. Si nous établissions le contact avec l'Arche, Finn et Clarke ne pourrait s'empêcher, et c'était logique, de le dénoncer pour qu'il réponde de ses actes. Dieu sait ce qu'il préparait et ce qu'il allait faire de ces informations. Bien sûr, j'avais aussi omis de dire que je travaillai toujours pour lui. Leur mentir me faisait de la peine mais je n'avais pas le choix et j'espérai qu'ils seraient en mesure de le comprendre s'ils l'apprenaient un jour.
- Nous sommes désolés Gaïa, me dit Clarke, pour ce qui t'est arrivé et pour t'avoir jugé trop rapidement. Je connaissais le garde que tu…qui a été tué. C'est pour ça que je me suis montrée injuste avec toi, j'en suis désolé.
J'hochai la tête, comprenant mieux ses réactions à mon égard, et Finn acquiesça.
- Tu as bien fait de nous en parler, ajouta-t-il avec un sourire sincère.
- Il faudrait qu'on en parle à Bellamy, reprit Clarke.
- Pourquoi lui ? Balbutiai-je en fronçant les sourcils.
- Qu'on le veuille ou non, il a de l'autorité sur le camp, si les autres s'en prennent à toi pour ton crime, il pourra intervenir.
- Ou donner un coup de pieds dans la caisse comme pour Murphy, grommelai-je.
Clarke baissa la tête.
- C'était de ma faute, je n'aurai jamais dû en parler.
- Tu ne pouvais pas savoir, dit Finn. Clarke a raison Gaïa, de toute façon Bellamy se doutait aussi de quelque chose et il va continuer à chercher si tu ne lui dis pas.
Je souris tristement en pensant qu'il allait gagner le jeu en apprenant mon secret. Mais cela m'était égal.
- Je préfère que vous lui en parliez, s'il le faut vraiment.
Clarke attrapa ma main.
- Tu n'as pas à t'en vouloir, tu as fait ce que tu avais à faire.
- Je sais. Mais je me sens tout de même coupable de la mort de cet homme. Quelle idiote j'ai été de croire en ce type ! Rien ne serait arrivé si j'avais refusé ce marché.
- Ce n'est pas de ta faute, nous aurions sans doute fait la même chose à ta place.
- Une dernière chose, dit Clarke, si Monty arrive à rétablir le contact, il faudra que tu dénonces le garde qui t'a envoyé en prison. C'est une plaie sur l'Arche et il doit surement préparer quelque chose grâce aux informations qu'il t'a demandé de voler. L'Arche doit être mise au courant.
J'hochai la tête en silence. C'était hors de question bien sûr, mais je ne savais pas quelle excuse inventer pour le moment. Il faudrait que j'avise quand la situation se présenterait. Si elle se présentait un jour.
- Qu'est-ce qu'on va faire pour Charlotte ? Demandai-je en regardant la fillette dormir.
- On va trouver une solution, dit Finn, avant que Murphy ne décide de nous tuer pour l'avoir aidé. Il n'est pas du genre à pardonner facilement.
Non, en effet, ce n'était pas le genre de Murphy. Et il me devait toujours un coup de bâton. Mais lors de notre dernière discussion, il me semblait avoir perçu une lueur d'humanité enfouie sous une carapace solide. Peut-être qu'elle était encore là et qu'il suffisait de raviver la flamme ?
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- Charlotte est partie ! Cria Clarke.
Je me réveillais en sursaut pour voir à mon tour le lit vide de la fillette et me levai d'un bond du fauteuil sur lequel je m'étais assoupie. Finn et Clarke étaient déjà debout et m'attendaient pour sortir du bunker. La nuit avait tout englouti et nous ne voyions que les flammes des torches de Murphy et ses acolytes qui scandaient le nom de Charlotte. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine et de la buée s'échappait de ma bouche. Il était hors de question de laisser Charlotte entre les mains de Murphy, il allait surement la tuer et je ne pouvais pas laisser cela arriver. Nous courions à travers les bois, éclairants nos pieds à l'aide de nos lampes torches, quand les cris de Charlotte nous parvinrent.
- Murphy doit l'avoir trouvé ! Suggéra Clarke, affolée.
Nous nous précipitâmes en direction des torches et débouchâmes sur une falaise où Murphy et ses troupes entouraient Bellamy et Charlotte.
- Arrêtez ! Hurla Clarke.
- Charlotte ! Appelai-je en voulant me précipiter vers elle.
Je fus coupée dans mon élan par Murphy qui plaça son arme sous ma gorge. La lame se rapprochait tandis qu'il prononçait ces mots :
- On va changer de méthode. Charlotte, si tu ne viens pas avec nous, je lui tranche la gorge.
- Tu as choisi la mauvaise personne, dis-je à Murphy alors que je sentais son souffle saccadé dans mon cou. Je mérite de mourir. Charlotte, tu n'as pas intérêt à te rendre !
Charlotte voulut faire un pas vers moi mais Bellamy la retint.
- Ne fais pas ça, lâche moi ! Cria-t-elle en se débattant dans les bras du brun.
Je le remerciai du regard pour lui faire comprendre de ne pas la laisser céder et Murphy resserra sa prise pour plaquer la lame sur mon cou, laissant une éraflure sur ma peau. Mon cœur battait à tout rompre mais il n'était pas question de céder.
- Je ne veux pas que quelqu'un meure pour moi, dit Charlotte. Pas après ce que j'ai fait. Tu ne mérites pas de mourir Gaïa, tu n'as tué personne. Moi oui.
Elle se retourna et se jeta dans le vide. Le temps sembla s'arrêter. Clarke hurla tandis que Bellamy se précipita au-dessus du vide. Murphy me lâcha et je tombai sur mes genoux.
- Charlotte ! Criai-je avant que les larmes n'abondent sur mes joues.
Je me tordais de douleur et je sentais Finn essayer vainement de me relever. Finalement, je réussis à me ressaisir et me levai en titubant avant de faire volteface pour saisir Murphy par le col.
- Regarde ce que tu as fait !
Il avait les yeux dans le vide et semblait lui aussi sous le choc. J'avais beau le secouer, il regardait fixement vers l'endroit où nous avions vu Charlotte disparaitre et je finis par arrêter sans pour autant le lâcher. Finn me saisit par la taille pour m'écarter de lui et je me débattis dans ses bras. Au même moment, Bellamy se jeta sur lui. Il le frappa à plusieurs reprises, aveuglé par la rage, et le visage de Murphy se barbouilla de sang avant que Finn ne réussisse à les séparer.
- Il mérite de mourir !, hurla Bellamy hors de lui.
- Plus personne ne décide qui doit vivre ou mourir, intervint Clarke, nous ne sommes plus sur l'Arche ! J'avais tort tout à l'heure et tu avais raison, parfois c'est dangereux de dire la vérité. Mais nous ne pouvons pas vivre dans une société où l'on fait ce qu'on veut quand bon nous semble, il nous faut des règles.
- Ah oui et qui va faire ces règles ? Lâcha-t-il se confrontant à la blonde. Toi ?
- Pour l'instant, nous faisons les règles.
Il reprit sa respiration et se tourna vers Murphy.
- Qu'est-ce que l'on fait pour lui ?
- On le banni, dit Clarke.
Bellamy prit Murphy par le col avant de le pencher au-dessus du vide.
- Si je te revois trainer près du camp, je te tue. Et vous, dit-ilen se tournant vers les acolytes de Murphy. Soit vous revenez avec nous au camp, soit vous mourrez avec lui.
Ils s'enfoncèrent dans la forêt, me laissant seule avec Finn et Murphy. Ce dernier avait le visage recouvert de sang et se tenait à genoux, l'air épuisé. Je le revoyais se baigner dans la rivière ou encore riant sur le chemin du camp. Comment en étions-nous arrivés là ? Tout avait dérapé si vite ! J'essuyai mes larmes d'un revers de manche et sortit une bouteille d'eau de mon sac que je posai à ses pieds avant de plonger dans les bois.
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Atom, Wells, Charlotte….quand tout cela allait-il finir ? J'avais aidé Clarke, elle aussi brisée par la mort de Charlotte, a constituer une tombe pour la fillette même si nous n'avions pas pu récupérer son corps. A vrai dire, aucun de nous n'avait envie d'aller le chercher. Puis, je m'étais dirigée vers ma tente avant de me stopper net devant celle-ci. Je revoyais Charlotte patauger dans la rivière en se plaignant de sa fraicheur, Charlotte qui se réveillait la nuit parce qu'elle faisait des cauchemars, Charlotte qui avouait avoir tué Wells, Charlotte qui tombait dans le vide…..les images se succédaient et je sentis ma gorge se nouer. Je n'avais pas pu la sauver, elle non plus. Elle était si jeune ! Cette fois c'était clair, je n'arrivai pas à protéger ceux que j'aimais. Au contraire, les gens qui m'entouraient mourraient et je ne pouvais rien y faire. Ça faisait mal, si mal, et je sentais le poids dans ma conscience devenir de plus en plus lourd. Quand celui-ci allait-il devenir trop lourd porter ? Y avait-il un point de non-retour à partir duquel je ne serais plus du tout en mesure de vivre avec ce poids ? Je serai la mâchoire en retenant mes larmes. Bellamy distribuait des ordres devant sa tente et je ne lui jetais pas un regard. Nous n'avions plus rien à nous dire. Quelqu'un vint se placer à mes côtés. C'était Octavia.
- Tu veux venir dormir dans ma tente ? Elle est assez grande pour deux, me dit-elle.
J'acceptais volontiers et regardais une dernière fois ma tente.
- Adieu Charlotte, murmurai-je.
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- Je suis maudit ! S'exclama Jasper.
Il avait repris conscience quelques heures auparavant et ça avait été la seule chose positive de cette journée cauchemardesque. Puis, Monty avait assuré qu'il avait enfin trouvé comment contacter l'Arche et une lueur d'espoir s'était allumée dans mon regard. Enfin ! J'allais enfin pouvoir contacter Shumway et qui sait, parler à ma mère ? Non, si, peut-être. Je n'avais pas encore envisagé cela et l'idée de voir son regard accusateur ne m'aiderait pas à tenter de me reconstruire. Elle avait encaissé pour la mort de mon père, mais pour celle du garde, je n'avais aucune excuse. Et il était hors de question de lui dire la vérité. Comme Wells avec Clarke, j'allais devoir la laisser me haïr pour la protéger. Monty avait laissé à Jasper l'honneur de taper son message en morse en premier mais dès que le jeune homme avait approché le fil de fer, un court-circuit avait grillé l'ensemble des fusibles.
- Tu n'es pas le seul, assurai-je en serrant les dents avant de me diriger vers la trappe à la suite de Clarke et Finn.
Ce dernier était parti en tapant du poing sur la table pour exprimer sa douleur. Lui aussi devait avoir quelqu'un là-haut qui lui manquait. Nous étions tous à cran et nous nous demandions quand l'Arche déciderait de tuer des habitants pour gagner de l'oxygène. C'était trop bête, frustrant même, car nous étions sur Terre et il nous suffisait de lever la tête pour voir l'Arche scintiller. Et pourtant, il nous était impossible de les contacter, même pour leur dire que nous étions vivant et que la Terre était viable. Ces gens allaient mourir et nous étions impuissants ! Cela nous rendait fous ! Par-dessus tout, ma dernière chance de contacter Shumway venait de partir en fumée et cela me rendait folle de rage. Bien sûr, ce n'était pas la faute de Jasper et le pauvre s'en voulait à mort. Je rentrais dans la tente que je partageais avec Octavia et celle-ci me trouva en train de remplir un sac.
- Qu'est-ce que tu fais ? Me demanda-t-elle, surprise et inquiète.
- Je m'en vais, ça ne sert à rien d'essayer de me retenir.
- Mais pourquoi ? Et où vas-tu aller ?
Je la regardais et nous nous fixions dans l'obscurité. J'aimais bien Octavia. Au contraire de son frère, elle était à l'écoute et très ouverte. Quelques heures auparavant, nous avions eu le temps de discuter et elle m'avait raconté sa vie sur l'Arche. Le trou dans le plancher, le bal, la prison. Sa vie n'avait pas été plus rose que la mienne, loin de là, et son courage forçait l'admiration. Mais la mort de Charlotte et l'échec du contact de l'Arche m'avaient donné envie d'aller m'enfermer dans mon bunker pour pleurer toutes les larmes de mon corps. Et s'il le fallait, j'étais prête à aller seule jusqu'au Mont Weather. Tant pis pour les terriens, tant pis pour la créature qui avait attaquée Octavia dans l'eau. La colère m'aveuglait et j'étais incapable de réfléchir.
- Ne t'en fais pas pour moi, je sais ce que je fais, lui répondis-je sans réelle détermination.
- Non, tu ne sais pas.
Je fermais mon sac et me dirigeais vers la porte lorsqu'elle saisit mon bras.
- Gaïa, ce qui est arrivé n'était pas de ta faute. Si tu as besoin de pleurer, tu peux. Pleurer c'est humain, et face aux sauvages, notre humanité est tout ce qui nous reste.
C'en était trop et la carapace que je m'étais confectionnée pendant toutes ses années vola en éclats. Je m'effondrais en larmes dans ses bras. Pour Charlotte, pour Wells, pour Atom, mais aussi pour mon père, pour le garde tué par Shumway, pour ma mère qui était peut-être déjà morte des mains de cette même personne. Octavia me serra dans ses bras et passa sa main dans mon dos pour me réconforter.
- C'est normal de craquer, me dit-elle d'une voix douce. On n'a pas besoin d'être tout le temps forts, ce n'est pas possible. Monty réussira à contacter l'Arche et tout va s'arranger. Pour l'instant, le principal c'est que nous soyons toujours en vie.
Je repris mon souffle en approuvant ses paroles. Elle avait raison, il fallait se contenter de cette certitude et ne penser qu'à ça. Survivre. Demain serait un autre jour. Après avoir déversé toutes les larmes que je retenais depuis tout ce temps, je me sentais mieux, plus apaisée.
- Merci, lui dis-je en lui serrant la main.
Elle me même moment, des cris s'élèvent au dehors.
- Regardez !
Nous sortîmes à temps pour voir une fusée en feu disparaitre dans la forêt.
- Ça vient de l'Arche ! Dis-je à Octavia.
- Nous irons voir demain à l'aube, ordonna Bellamy en enfilant un tee-shirt. Nous ne pouvons rien faire avec cette obscurité, c'est trop dangereux, retournez-vous coucher.
Octavia trépignait d'impatience.
- Ce sont surement des provisions !
Ou une radio, pensai-je. Faite que ce soit une radio.
- Bellamy, ce truc était visible dans un rayon de 100 km, on ne peut pas prendre le risque que les natifs le trouvent avant nous !, lui fis-je remarquer.
- J'ai dit que nous attendions l'aube, répéta-t-il d'un ton stricte.
En retournant dans la tente, je défis mes affaires. Bellamy m'avait énervé et je craignais de passer une nouvelle fois à côté de la possibilité de trouver une radio. Et puis zut, depuis quand obéissais-je aux ordres de notre soi-disant leader ? Je n'avais même pas voté pour lui, pensai-je ironiquement, même si je me doutais bien qu'il n'y avait pas eu de vote. Je décidai d'attendre qu'Octavia s'endorme pour quitter le camp. Je ramènerai la radio et les autres serraient tellement excités que Bellamy aura sans doute autre chose à penser que de me punir. Je me couchai et m'enroulai dans ma couette en essayant de calmer ma respiration malgré mon excitation pour faire croire à Octavia que je m'étais assoupie. Cela me faisait mal de lui mentir ainsi après qu'elle m'ait si gentiment réconforté dans un moment de faiblesse. Mais je n'avais pas le choix, il me fallait cette radio. Au moins pour que tout ce que j'avais fait ne soit pas vain. Mais au bout d'une demi-heure, Octavia n'était toujours pas revenue.
Un nouveau chapitre ! Dites-moi ce que vous en avez pensé ! Merci de me lire et merci pour les reviews !
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