Note de l'auteur : Voilà le drabble suivant ! Un peu plus long que les précédents (3600 mots). Et promis, je bosse aussi sur Mon ange déchu (la partie IV vient de passer la barre des 3000 mots).
Mea culpa
La situation était critique et Jellal l'avait gérée avec maestria. Et, pour une fois, toute modestie à part, il le pensait vraiment. Occupé à sourire fièrement, il se sentait invincible.
Appuyée d'un air las sur l'accoudoir du sofa en face de lui, une rousse l'observait d'un air blasé.
« Bon, tu as fini de t'auto-congratuler ?, demanda Erza en baillant. Tu as résolu une crise, d'accord. Mais ça n'a rien d'un exploit.
- Hé, tu pourrais me féliciter !, s'exclama le bleu, un peu vexé de son attitude.
- De quoi ?, rétorqua-t-elle d'un ton monotone. D'avoir évité aux Conseillers une crise d'apoplexie ? Ce n'était pas la première fois et ça ne sera pas la dernière.
- C'est sûr que la première fois était grandiose, déclara-t-il d'un air rêveur.
- Ça t'ennuierait d'arrêter de sourire en pensant à la pire humiliation de ma vie ?, grogna la jeune femme.
- Tu exagères, lança-t-il en levant les yeux au ciel. Et puis, c'est uniquement de ta faute si tu n'étais pas dans le bon camp.
- J'étais Commandant et j'obéissais à mon roi, gronda-t-elle en sautant sur ses pieds.
- Un roi fou à lier ! Je t'aurais crue assez intelligente pour ne pas suivre un cinglé pareil !
- Donc en plus d'avoir été dans le mauvais camp, je suis une idiote ?, glapit la rousse avec colère. Tu parles ! C'est facile à dire, de la part d'un trouillard qui s'est enfui dans un autre monde sous des prétextes douteux !
- Tu me traites de lâche ?, gronda à son tour le souverain en se levant de son siège pour faire face à la jeune femme.
- Parfaitement !, s'exclama-t-elle. Tu es un lâche, doublé d'un traître ! Tu as fui ton propre pays, et après être revenu comme une fleur recevoir une couronne que tu ne méritais pas, tu oses te glorifier de tes minuscules accomplissements en tant que roi ?, cracha-t-elle avec un ton venimeux.
- C'est la meurtrière sans pitié ni morale qui ose me faire la leçon ?, siffla-t-il avec rage. Puisque tu veux jouer à ça, on va jouer, Erza. Dehors.
- Comment ça, dehors ?, s'écria-t-elle, enragée. Tu crois que tu peux me mettre à la porte comme ça, peut-être ? »
Jellal sourit d'un air mauvais.
« Mais bien sûr que je peux. Comme tu viens de le rappeler à l'instant, je suis roi. Et ceci est mon palais. Maintenant, dehors, continua-t-il d'une voix froide. Ou j'ordonne aux gardes de te mettre à la porte. »
La jeune femme blêmit mais ne répliqua pas. Elle lui envoya un regard haineux avant de sortir en claquant la porte.
« Sho, lança-t-il d'une voix forte. A partir d'aujourd'hui, Erza Knightwalker est persona non grata dans ce palais ! »
Des exclamations de surprise se firent entendre derrière le battant, preuve qu'il avait été entendu.
ooOoo
La rousse marchait d'un pas rageur, son manteau volant derrière elle. Elle avait le visage rougi par l'air froid qu'elle ne ressentait pas, trop enragée contre le bleu. Pour qui se prenait-il ?
Néanmoins, les heures passant et la fraîcheur ambiante calmèrent peu à peu sa colère. Chose rare chez elle, le remords commença à pointer son nez dans son esprit.
Elle ne pouvait pas en vouloir à Jellal d'avoir éclaté quand c'était elle qui avait ouvert les hostilités. Si seulement elle l'avait félicité. Ou si elle s'était tue, tout simplement ! Ils n'en seraient pas là.
Erza ne regrettait pas facilement ses actes. Elle avait encore du mal à regretter vraiment ses actions sous le règne de Faust, c'était dire ! Mais le fils du précité avait toujours été spécial pour elle. C'était son meilleur ami, son confident, et bien plus encore. Elle lui faisait confiance et savait qu'avec lui, elle pouvait être elle-même – sarcastique, arrogante, et même carrément méchante parfois –, il lui pardonnerait tout.
Peut-être pas tout, finalement, pensa-t-elle en souriant amèrement.
Elle avait poussé le bouchon trop loin, cette fois. Elle s'en rendait compte et ça ne faisait que renforcer son amertume. La rousse détestait avoir tort. Mais elle détestait encore plus l'idée d'avoir blessé son plus vieil ami à cause d'une parole mal placée. Elle se pensait au-dessus d'une telle bêtise.
Elle devait s'excuser, conclut-elle en soupirant. La jeune femme marcha tranquillement jusqu'au palais, sachant que la grande porte serait close au vu de l'heure – mais elle savait par où passer. La petite porte cochère qu'elle empruntait toujours se profila dans l'obscurité grandissante du crépuscule hivernal.
Elle toqua légèrement au battant et un petit panneau de bois coulissa, découvrant une fenêtre par laquelle elle croisa le regard d'un garde qu'elle connaissait bien. Celui-ci eut l'air gêné et jeta un coup d'œil indécis par-dessus son épaule avant de ramener son attention sur elle.
« Navré, Madame, dit-il, la surprenant. Vous ne pouvez pas entrer.
- Comment ça ?, souffla-t-elle.
- Ordre du roi. »
Sur ces mots, le planton referma le panneau, la laissant immobile et stupéfaite devant la porte close. Elle ne comprenait plus rien. Ordre du roi ?
Ce fut la neige qui la sortit de sa torpeur. Hébétée, elle leva les yeux vers le ciel désormais d'un noir d'encre. Aucune étoile n'était visible alors que les flocons blancs chutaient en silence, certains s'échouant sur son visage en un infime picotement glacé.
Elle réalisa qu'elle allait devoir dormir en ville. L'idée lui parut incongrue. Jamais, depuis que Jellal était devenu roi, elle n'avait dormi ailleurs à Lilium que dans le lit de ce dernier. Lentement, elle se détourna du rempart de pierre qui la séparait désormais du bleu, ne pouvant s'empêcher de se retourner plusieurs fois, espérant peut-être voir la muraille disparaître soudainement.
Avait-elle toujours été aussi imposante ?
Il était plus de minuit et dans toutes les auberges on lui donna la même réponse : plus de chambres. Elle avisa un hôtel plus huppé et tenta sa chance, mais le contenu de sa bourse ne lui permettait pas d'y passer la nuit et elle quitta les lieux sous le regard méprisant du réceptionniste.
Elle envia un peu Sylpharion et Brivaël, bien au chaud dans l'écurie où elle les laissait toujours.
Le vent se leva et elle frissonna quand une rafale de neige la frappa en pleine face. Elle resserra son manteau autour d'elle, remarquant pour la première fois la pauvreté de l'étoffe. Déchirée, pleine de trous. Mitée, même, par endroits. Avec ses cheveux en bataille et ses vêtements crasseux, elle avait l'air d'une mendiante.
Cette pensée la déprima au point de lui donner envie de pleurer – encore une rareté chez elle. Mais il faisait trop froid pour que ses larmes coulent et elle en fut reconnaissante au climat, tout en souhaitant que Jellal soit là pour la serrer dans ses bras.
Elle trouva par hasard un petit pont, presque en dehors de la ville, sous lequel la neige s'entassait moins. La rousse se blottit sous l'arche de pierre, espérant que l'aube arrangerait ses problèmes. Peut-être que le lendemain, le bleu serait dans de meilleures dispositions ?
Mais la porte cochère resta close le lendemain matin, tout comme les trois jours qui suivirent. De même, la neige continua de tomber, ensevelissant la Capitale sous un mètre d'épaisse poudre blanche. La seule chose qui changea fut le vent : de léger au départ, il devint tempête à la fin du quatrième jour.
Elle ne put s'empêcher d'en vouloir au bleu. Utiliser son pouvoir de roi dans leur dispute était injuste. Comment était-elle censée s'excuser s'il dressait une muraille entre eux deux ? Sa propre impuissance la dégoûtait. Elle ne pouvait rien faire, si ce n'était attendre.
Son ami venait de lui renvoyer en pleine face une chose à laquelle elle n'avait jamais prêté attention auparavant : leur différence de statut. Le roi et la miséreuse. Elle remarquait pour la première fois le tableau grotesque qu'ils formaient tous les deux. C'était tellement risible. Mais ce tableau ne reflétait au final que la réalité.
Et elle détesta Jellal pour lui en faire prendre conscience d'une façon si cruelle.
ooOoo
Par une fenêtre du palais, le Lieutenant Simon regardait la neige s'empiler encore et toujours plus sur la ville. Il eut une pensée inquiète pour la jeune femme aux cheveux rouges qu'il avait aperçue plusieurs fois en descendant dans la cité. Le brun lança un regard en coin à la tour où résidait le souverain.
La nouvelle d'une dispute entre ces deux-là avait fait le tour de la Garde Royale, mais ce qui avait stupéfié le plus restait bien la mise à l'écart officielle de l'ex-Commandant. Beaucoup se demandaient ce qui avait pu se passer pour que les choses dégénèrent à ce point.
« Simon. »
L'interpellé se retourna pour voir Sho prendre place à côté de lui.
« Le blizzard arrive. C'est confirmé. Il sera là ce soir. », déclara succinctement le blond.
Le Lieutenant resta silencieux, attendant que son supérieur dévoile la raison de sa venue.
« Elle est toujours dans la Capitale. »
Nul besoin de préciser qui était elle. La Garde Royale ne se référait ainsi qu'à une seule personne. Le blond le regarda d'un œil perçant.
« Elle couche dehors, Simon. »
Il lui suffit de cela pour comprendre. Ce n'était pas compliqué, au demeurant. Knightwalker. Dehors. Dans le blizzard.
Peu importaient les conflits qu'il pouvait y avoir en ce moment entre le souverain et la jeune femme. S'il arrivait malheur à la rousse, ils ignoraient les conséquences émotionnelles pour le roi. Mais elles seraient à coup sûr dramatiques. Et aucun d'entre eux ne voulait d'un nouveau Faust.
« Je vais aller la chercher, déclara le brun. Mais où est-ce que je l'emmène ?, demanda-t-il. Chez le roi ?, ajouta-t-il après un moment d'hésitation, sceptique.
- Non. Je vais m'arranger avec Lady Ultear. Amène-là dans ses appartements. », décida le Capitaine.
Il ne se le fit pas dire deux fois et quitta aussitôt le palais. Sho lui avait indiqué une zone et il décida de la quadriller méthodiquement. Il craignait de ne pas la trouver avant que la tempête de neige n'arrive quand une tache rouge attira son regard.
Le Lieutenant ressentit de la pitié à l'égard de la rousse. Recroquevillée sous un petit pont, elle était transie de froid. Mais toujours vivante, en témoignait son souffle tremblotant. Il la souleva sans effort en pensant qu'elle n'était guère plus lourde que sa petite sœur, Kagura.
Les vêtements trempés et le manteau dégoulinant de la jeune femme n'avaient pas du la protéger beaucoup des températures négatives, pensa-t-il en se hâtant vers le palais. Elle avait les lèvres bleues et il était prêt à parier que sa peau était glacée.
Lady Ultear l'attendait et elle lui fit signe d'entrer d'un signe de tête renfrogné. Le brun vit un éclair de tristesse traverser ses yeux gris quand son regard tomba sur l'ex-Commandant entre ses bras. Elle grommela quelque chose aux sujets des jeunes et de l'idiotie avant de commencer à lui donner des instructions d'une voix sèche.
ooOoo
Assis à son bureau en bois marqueté, Jellal signa abruptement un énième papier. La colère qu'il ressentait envers Erza ne s'était guère atténuée – sans doute en relation avec une totale absence d'excuses de sa part.
Car c'était elle qui avait tous les torts, pensa-t-il en reniflant dédaigneusement. Mais la connaissant…
« Madame doit avoir pris ses cliques et ses claques pour aller vagabonder comme si de rien n'était dans un autre trou perdu. », maugréa-t-il en détournant le regard de son travail.
Mouvement non prémédité mais qui lui permit de voir une expression fugace passer sur les traits du Capitaine, qui montait la garde près de la porte. Le blond était mal à l'aise et cela l'intrigua.
« Sho ?, appela-t-il.
- Majesté ?, répondit celui-ci en se raidissant, au garde-à-vous.
- Tu ne saurais pas où est passée cette fichue bonne femme, par hasard ? », questionna-t-il d'un ton suintant l'irritation.
Il n'attendait pas réellement de réponse et continua à annoter ses rapports, mettant sèchement les points sur les i et les barres sur les t. Mais le Capitaine, après une hésitation assez visible, prit à nouveau la parole.
« Oui, Majesté. Je le sais.
- Je m'en doutais. Dis-moi donc, quelle région a-t-elle décidé de gratifier de sa présence ? », demanda-t-il avec ironie.
Le blond ouvrit la bouche mais ne parla pas immédiatement, l'air en proie à un débat intérieur.
« Elle est ici, Majesté, finit-il par déclarer.
- Comment ça ?, fit le bleu en fronçant les sourcils.
- Elle est à Lilium, Majesté, clarifia le Capitaine. Elle n'est pas partie. », ajouta-t-il.
La nouvelle surprit Jellal. Si Erza était effectivement toujours à la Capitale, cela signifiait qu'elle y restait depuis plus d'une semaine. C'était étrangement long, quand on connaissait l'inaptitude de la rousse à rester plus de quelques jours au même endroit.
L'agacement reprit le souverain. Ainsi, Madame était à Lilium mais ne s'embêtait pas à venir s'excuser ? La connaissant, il était prêt à parier qu'elle estimait que lui était dans son tort. Si c'était effectivement des excuses qu'elle voulait, elle pouvait bien s'asseoir dessus, pensa-t-il avec dédain.
« Et où est-elle, à Lilium, exactement ? », grogna-t-il. Il avait dans l'idée de lui payer une petite visite, histoire de remettre à l'heure les pendules de cette femme trop capricieuse à son goût.
Cette fois, Sho ne répondit pas. Ah, non !, pensa le bleu. Sa Garde n'allait pas se mettre à couvrir l'ex-militaire, tout de même ?!
« Sho !, tonna-t-il, faisant sursauter le soldat. Réponds !, le somma-t-il.
- Elle est ici, Majesté.
- Je le sais, ça !, s'exclama-t-il en se levant brusquement. Je te demande où-
- Majesté, le coupa le blond – un phénomène peu courant. Elle est ici. Au palais. »
Le roi mit un moment à comprendre ce qu'il venait d'entendre. Puis il contourna lentement son bureau pour venir se poster à moins d'un mètre de son garde du corps.
« Qui l'a laissée entrer ?, demanda-t-il d'une voix froide.
- Moi, Majesté, avoua le Capitaine sans baisser les yeux.
- Où est-elle ?
- Chez Lady Ultear. Majesté !, s'exclama le blond alors que le souverain ouvrait la porte à la volée pour disparaître dans le couloir. Vous devez savoir- »
Mais le reste de la phrase n'atteignit jamais les oreilles du bleu qui s'enfonça dans le palais avant de s'arrêter devant un panneau en bois. Il cogna durement sur le battant qui s'ouvrit sur une femme brune.
« Majesté ?, s'étonna-t-elle. Mais qu'est-ce que vous-
- Poussez-vous. », grogna-t-il en entrant de force.
Sourd aux protestations de Lady Ultear, il ouvrit violemment toutes les portes avant de tomber sur la pièce qu'il cherchait. La rousse dormait dans un lit, dos à lui. Sa rage devait être inscrite sur son visage car la brune s'interposa entre eux deux, les bras tendus en un geste de protection dérisoire.
« Ôtez-vous de là, lui ordonna-t-il.
- Majesté, je vous en prie… »
Un gémissement les interrompit. Sho déboula derrière eux sur ces entrefaites, et embrassa la scène du regard avant d'afficher une mine résignée. Lady Ultear se retourna et Jellal la vit poser une main sur le front d'Erza, qui venait de repasser sur le dos dans son sommeil. Il allait s'avancer vers le lit mais la main du Capitaine sur son épaule l'arrêta.
« Elle est malade, Majesté. »
Ses protestations s'évanouirent dans sa gorge et il tourna la tête vers le blond.
« Comment ça ?
- Elle a dormi dehors ces derniers jours. Nous l'avons amenée ici hier soir, en apprenant l'arrivée du blizzard. »
Le souverain cligna des yeux.
« Mais pourquoi a-t-elle dormi dehors ? »
Sho haussa les épaules, en un geste qui résumait son manque d'informations. Se résignant, le bleu soupira. Il n'allait quand même pas mettre la jeune femme à la porte alors que la tempête de neige menaçait de tout ensevelir – ce serait du meurtre pur et simple.
« Très bien, lâcha-t-il. Retournez à votre poste, Capitaine. Oh, et, la prochaine fois que vous prenez des initiatives de ce genre, vous êtes prié de m'en avertir. C'est bien compris ?
- Oui, Majesté. »
Le soldat sortit de la pièce, vite suivi de la brune qui portait une petite bassine remplie d'eau et un tissu humide. Jellal resta seul avec la rousse et s'approcha du lit.
Sa colère décrut définitivement en une simple humeur maussade en admettant qu'Erza semblait réellement malade. Elle avait le teint pâle et la respiration sifflante. Il passa sans trop y penser deux doigts sur son front : elle avait de la fièvre.
Il allait retirer sa main quand la jeune femme battit des paupières. Deux orbes bruns embrumés rencontrèrent les siens. Mais au lieu de se braquer sur lui, le regard de la rousse resta flou, perdu. Ce ne fut que quand elle tourna la tête sur le côté qu'il eut l'impression qu'elle le remarquait.
Il recula son bras mais elle attrapa son poignet. Sa poigne était faible mais il n'eut pas le cœur de l'obliger à le lâcher.
« Jellal… »
C'était un murmure si bas qu'il faillit ne pas l'entendre. Le bleu sut qu'il ne devait pas rester s'il voulait pouvoir rester fâché avec elle. La voir si vulnérable avait déjà tendance à abattre ses barrières au-delà du raisonnable.
« Je suis désolée, souffla-t-elle. Désolée… »
Il crut un instant qu'elle s'adressait à lui, mais son regard enfiévré le détrompa. Elle délirait, pas vraiment consciente de sa présence.
« Je suis désolée, répéta-t-elle. J'aurais du… J'avais tort… Pardon, Jellal… Tu n'es pas… Tu n'as jamais… Pardon… »
La voix était suppliante, une chose exceptionnelle pour Erza. Les mots avaient beau être hachés, les phrases sans queue ni tête, le souverain sentait parfaitement le désespoir où ils prenaient naissance. La rousse continua de délirer, les termes Je suis désolée et Pardon répétés en une incessante litanie.
Vaincu, il s'assit au bord du lit et détacha doucement la menotte de la jeune femme de son poignet pour la replacer sous la couverture. Le dos de sa main passa doucement sur ses joues puis sur son front chaud, chassa gentiment les mèches folles qui barraient ce dernier, puis entrelaça ses doigts les boucles écarlates, en un va-et-vient affectueux.
Lentement, son geste eut l'effet escompté et son amie se calma. Ses paroles devinrent murmure avant de s'éteindre tout à fait. Finalement, elle referma les paupières et se rendormit. Jellal eut l'impression que son visage était plus apaisé qu'auparavant.
Lady Ultear ne revint pas avant le lendemain matin.
ooOoo
Ce fut la chaleur douce dans laquelle elle baignait qui la tira du sommeil. Elle trouva ça étrange, comparé au froid mordant – mortel – où elle avait passé les derniers jours.
Plus étrange encore fut pour Erza d'ouvrir les yeux dans la chambre de Jellal. Ne l'avait-il pas mise à la porte du palais ? Elle se redressa sur un coude, malgré la fatigue qui rendait son corps lourd. La jeune femme se sentait lasse – pourtant, après avoir dormi, elle aurait du être en forme…
Un froissement de tissu proche lui fit tourner la tête. Le bleu était là, l'observant d'un regard impénétrable. Un nœud se forma dans le ventre de la rousse – c'était bien la première fois qu'elle craignait les mots qui allaient sortir de la bouche de son vieil ami.
Mais il ne dit rien. Il se contenta de s'approcher, sans la quitter des yeux. Elle laissa échapper une exclamation de surprise quand il la saisit brusquement par la taille pour l'asseoir sur ses genoux. Jellal posa son front contre le sien avant de soupirer.
« Mais qu'est-ce que je vais faire de toi, Erza ? »
Indécise sur la façon dont elle devait réagir, la précitée resta silencieuse. Elle posa avec hésitation ses mains sur les épaules masculines pour se soutenir et décida de parler avant que tout ne dégénère de nouveau.
« Je suis désolée, Jellal, souffla-t-elle avec le plus de sincérité qu'elle pouvait mettre dans sa voix. Vraiment. J'aurais mieux fait de me taire, l'autre jour, au lieu de dire des bêtises. J'avais tort et- »
La main du bleu sur sa bouche l'empêcha de continuer à s'excuser.
« C'est bon, Erza. Je sais, déclara-t-il calmement.
- Comment ça ?
- Tu me l'as déjà dit. Tu avais de la fièvre et tu délirais, clarifia-t-il en réponse à sa question silencieuse.
- Oh. », se contenta-t-elle de dire.
Ils restèrent dans cette même position, presque collés l'un à l'autre. La rousse attendit la sentence avec anxiété. Mais encore une fois, Jellal la surprit en basculant sur le côté, l'entraînant avec lui alors qu'il s'allongeait sur le lit.
Elle était étendue sur lui et il la maintint ainsi en emprisonnant sa taille entre ses bras. La jeune femme tourna difficilement la tête pour essayer d'apercevoir son expression, mais un souffle près de son oreille lui indiqua que le bleu venait – à sa grande habitude – de plaquer son visage dans ses cheveux.
« Arrête de me regarder comme si j'allais brusquement me transformer en monstre, Erza, finit-il par souffler. Tu t'es excusée, non ? Je ne vais pas t'en vouloir toute ma vie.
- Tu aurais pu, chuchota-t-elle alors qu'une vague de soulagement la traversait.
- Idiote. », lança-t-il.
Mais elle le sentit sourire contre sa tempe et se détendit, bougeant un peu pour trouver la position la plus confortable. Un baiser fut posé gentiment sur sa joue et elle soupira. Sa main trouva toute seule la tignasse bleue qu'elle affectionnait tant et elle passa avec délice les doigts dans les mèches en bataille.
« Tu m'as manqué. », murmura-t-il dans son oreille.
Pas autant que moi, répondirent ses lèvres quand elle les posa sur le tatouage qui décorait son front.
L'expression choquée qu'il arborait quand elle se redressa lui tira un sourire amusé.
« Tu sais que tu es mignon comme ça ? »
Réponses aux reviews
Alisha Horiraito : Oui, Gégé est possessif. J'aime ce côté de lui :D
Lehanna : Pour l'intervention de la fin, je voulais une chute qui fasse rire. Et puis, ça fait la continuité avec l'histoire de la barbe XD
MalyceaDunCastellan : Les infirmières d'hôpital ont souvent une ou deux décennies de retard en matière de numérique… Et celles qui sont à la page ont un sale caractère. Heu, je veux bien essayer d'apporter un peu de réconfort, mais vu que je vise à être médecin plutôt qu'inf, ça risque d'être limité… L'Alliance du Tigre ? Roi + cheval + puma = tigre. Sérieux, ils ont mis quoi dans ta perf' ? Parce que je veux la même chose ! XD Bon allez, merci pour ta review illégale et remets-toi vite !
Ten Reasons : Non Erza, tu n'es pas folle. Ce sont juste tes compagnons à poils qui sont des mutants. XD Alors, petite astuce : tu devrais lire avec plus d'attention le petit résumé que je mets dans le bandeau de l'histoire (tu sais celui où on voit le titre, les persos, le rating et tout). Celui du 6 disait exactement la même chose que les trois premières lignes du 8 (c'était le petit mot d'Erza en fait). Le drabble 8 est donc une prequel du drabble 6 ! :D D'ailleurs, le petit résumé du drabble 8 disait « Rendez-vous sous le pin orange au nord de Baldellia. A bientôt. Erza. ». Je pensais que ce serait assez pour faire le lien, mais bon… Mea culpa XD
