Spells - Chapitre 10

Hetalia ne m'appartient pas et l'idée de base de cette histoire non plus, il s'agit du manga Ze~ de Shimizu Yuki même si je tourne les choses à ma sauce (comme toujours) C'est donc une sorte de UA Crossover.

FrUK en base, ScotFra en fond + tous les autres couples

Spells = sortilèges, ici destructeurs pour correspondre au Kotodama.
Masters = maîtres, le mot était le même.
Dolls = Paper Dolls serait plus exact, vient de Kami au sens papier non Dieu. Dans le contexte Kami signifiait poupée de papier.
Puppeteer = Marionettiste. Le mot était le même à la base.
Blank = Blanc, vide, vierge pour le mot Hakushi, papier blanc.


Francis s'étira puis enroula un large pan du drap autour de lui pour se couvrir avant de se diriger vers la fenêtre de la chambre, ayant l'envie d'observer la merveilleuse clarté de cette nuit de pleine lune. Les étoiles scintillaient comme de petits diamants posés sur du velours noir. Si beaux. Il se tourna ensuite pour observer l'ange assoupit sur le lit derrière lui, il avait l'air tellement mignon... La Doll sursauta en sentant une larme couler sur sa joue. Puis une autre. Non... Non! Il se précipita vers Arthur afin de l'éveiller, de lui parler mais sa main disparue en centaine de pétales blancs nacrés, sa voix resta bloquée dans sa gorge alors que la bague glissait de son doigt pour tomber sur l'oreiller tout près des courts cheveux blonds de son amour. Impuissant il sentit son corps perdre sa consistance, les centaines de pétales devenant des milliers alors qu'une douce odeur de rose planait dans l'air. Pourquoi? Il n'aurait su le dire, ses yeux bleus se fermèrent alors que ses derniers mots lui échappaient enfin.

- Je t'aime Arthur...

Doux murmure d'adieu avant qu'il ne reste plus rien. Le Master se réveilla en sursaut, sentant soudainement un vide étrange dans sa poitrine. Son regard tomba directement sur le drap défait et couvert de pétales blancs, rosés et même rouges. Curieux et angoissé, il se pencha pour en ramasser une poignée, le cœur au bord des lèvres. Du papier. Ils étaient en papier...

- Francis! FRANCIS!

Aucune réponse... Il bougea brusquement mais s'arrêta net en sentant un petit quelque chose de froid contre lui. Les larmes coulèrent d'elles-mêmes quand il prit le petit anneau d'or entre ses doigts avant de le serrer dans sa paume puis contre son cœur. Recroquevillé dans son lit, il pleura toutes les larmes de son corps. Francis était mort et il n'avait même pas pu lui dire au revoir.

Le grincement sinistre de la porte réveilla Ludwig qui ouvrit à demi son œil, engourdit et fatigué. Roma entra dans la pièce à pas lents, il semblait épuisé lui aussi. Pourquoi? Le Puppeteer fit un geste de la main et les bandes de papiers se coupèrent d'elle-même libérant la Doll qui s'effondra à genoux sur le sol.

- Combien de temps...?

- Deux mois et huit jours. Il est retourné au Blank cette nuit.

- Je vois...

- Arthur va venir te libérer de votre accord.

- Où est Hans?

- Il va arriver.

Et effectivement à peine deux minutes plus tard l'étudiant entra à toute berzingue dans la pièce sombre et serra dans ses bras la Doll désorientée, l'embrassant sur tout le visage et ne cessant de lui répéter qu'il l'aimait et qu'il allait le sortir d'ici. Ce qu'il fit tout en lançant un regard noir au marionnettiste qui ne bougea pas d'un poil.

Arthur leva la charge de Ludwig comme promis et le remercia longuement de son aide, la création se contenta de lui sourire avec bienveillance en retour. Le Master déchu avait la voix lourde de pleurs, les yeux rougis et le teint crayeux. Dès qu'il eu finit avec la Doll qu'il laissa aux bons soins de Hans, il partit chercher le Puppeteer pour qu'il satisfasse la demande qu'il allait formuler. Il connaissait déjà tous les risques alors ils pourront sauter cette étape et passer à la suite. Roma était dans sa chambre, buvant son troisième verre de vin de la journée et visiblement peu enclin à recevoir une quelconque visite. Pourtant, Arthur ne lui laissa pas le choix.

Ils se rendirent au temple et Roma recréa avec minutie le noyau de Francis puis son enveloppe. Suivant le même processus que pour Gilbert quelques temps auparavant. Il laissa son sang couler dans l'eau afin qu'il redonne vie à cette poupée de papier plié. Quand le corps flotta à la surface, il le sortit de la cuve et l'allongea sur la pierre plate. Il tendit le sabre à Arthur mais ne le lâcha pas quand celui-ci le prit.

- Ne soit pas déçu. Le miracle a déjà eu lieu une fois.

Le cadet Kirkland acquiesça gravement puis prit la lame avant de la planter d'un geste sûr dans le corps encore vide de vie de la Doll «Francis!»

Francis souriait, sa tête posée sur les genoux d'Allistor qui se plaisait à peigner ses cheveux d'or de ses doigts en lui souriant calmement. Le décor bucolique dans lequel ils baignaient se chargea subitement de nuages sombres, donnant envie à la Doll de se blottir davantage dans les bras forts et rassurant. Un frisson courra sur sa peau et il se redressa un peu, cherchant d'où venait ce courant d'air.

- Tu veux partir?

- Partir où Alli?

- Auprès de mon frère, tu sais «ton lapin».

«Je t'aime Arthur» C'était sa propre voix et il avait avoué son amour à une autre personne que son Master. Les yeux verts de son rouquin favori étaient brillants d'émotions, montrant que lui aussi avait entendu...

- J-Je suis... désolé Alli...

- Si tu l'aimes plus que moi je te laisserais le rejoindre Francis...

- Vraiment?

- Oui. Mais je garderais une partie de toi ici, cette partie de toi qui n'appartenais qu'à moi seul...

- Q-Quoi?

Mais déjà ses yeux se fermaient, lourds, trop pour qu'il puisse résister. Un baiser fut posé sur ses lèvres et tout prit fin.

Arthur enleva la lame dès que le beau visage de la Doll frémit et il regarda avec un maelstrom d'émotions les yeux bleus s'ouvrir puis le corps s'animer pour s'asseoir. Un sourire se dessina sur les lèvres qu'il aimait tant et la main gracile se tendit vers lui au moment où la voix familière se fit entendre.

- Bonjour, êtes-vous mon Master? Je m'appelle Francis, enchanté de vous rencontrer ~

Cela faisait mal, si mal d'entendre ça. Il ne se souvenait pas. Malgré ce qui sembla être des heures de câlins, de baisers, de cris, de suppliques, de pleurs, Francis ne se souvint pas et arborerait une mine triste et inquiète alors qu'il essayait de toucher son Master pour savoir ce qui n'allait pas. Mais celui-ci le repoussa sèchement «Tu n'es pas mon Francis!» avant de le planter là, partant la rage au cœur et ignorant complètement qu'il venait de causer la toute première fêlure de sa Doll... Le Puppeteer soupira doucement puis couvrit de sa veste le blond hébété, perdu à cause de ce rejet qu'il ne comprenait pas.

Dylan décida de prendre en charge la Doll esseulée et tenta de lui faire comprendre que le rejet violent d'Arthur à son égard n'était pas de sa faute, son cadet s'étant causé lui-même une douleur qu'il ne pouvait supporter. Francis finit par comprendre pourquoi le grand manoir Kirkland lui semblait étrangement familier, son hôte s'étant résolu à lui avouer qu'il avait été la Doll du précédent chef de famille puis celui d'Arthur justement. Les Dolls naissaient avec la connaissance innée des règles régissant leur «espèce» et la vérité était simplement qu'il ne pouvait pas être l'ancien Francis puisque le Blank lui avait ravi tous ses souvenirs... Sans espoir de les retrouver. Un miracle avait eu lieu paraît-il mais pas pour lui. Il avait beau se creuser la tête pour retrouver la moindre parcelle de son passé, sa mémoire restait pourtant désespérément vide...

Il était lassé de cette vie sans son Master, et surtout désespéré qu'il le haïsse au point de ne jamais le voir, le laissant seul... Depuis deux semaines. Et trois jours. Francis avait même compter les heures mais ça en serait devenu ridicule alors il avait arrêté. Il était sorti en douce, il pleuvait fort cette nuit là mais pourtant, il ignora la lourdeur de son corps qui s'intensifiait alors que la pluie s'infiltrait en lui. Le blond parcouru le jardin, passant distraitement sa main sur les rosiers dépourvus de fleurs puis poursuivit son chemin. Il connaissant sans connaître... Amnésique, d'aucune utilité. Il n'était pas ce que son Master voulait. Pas celui qu'il aimait. Le regard bleu délavé tomba sur la marre aux poissons et il s'approcha, s'agenouillant au bord et tendit la main pour en caresser la surface.

- Je te dit qu'il est sorti et qu'on ne le trouve pas!

- Et alors...

- Arthur! Ta Doll est en danger, Francis est en danger!

- Dylan, je...

- Il a besoin de toi! Bordel, tu vas le laisser mourir encore une fois?!

Arthur frémit puis ferma les yeux, les plissant si fort qu'il pouvait presque en voir des petits points lumineux. Non, il ne pouvait pas laisser Francis mourir même si ce n'était pas son Francis. Il bondit hors de son appartement et parcouru rapidement en voiture le trajet jusqu'au manoir avant de ratisser le jardin en long et en large. Pourquoi le jardin? Parce que c'était Francis et qu'il le connaissait sur le bout des doigts. Il cria son nom, cria le plus fort possible pour que sa voix se fasse entendre malgré le son de l'orage. Dès qu'il aperçu la chevelure dorée si reconnaissable il se précipita vers la marre et plongea les bras dans l'eau froide pour en sortir la Doll trempée.

- Francis?! Francis! Réveille-toi!

- ...Ar...ur...

- Je suis là, tiens le coup je te ramène vite au chaud. Tiens, c'est un ordre!

- O-Oui...

Le Master serra la Doll dans ses bras puis la traîna jusqu'au petit temple privé de la famille Kirkland, il alluma un feu et prit tout ce qui pourrait servir à sécher son amour et à lui sauver la vie.

Allongé tout contre Arthur, Francis savourait davantage sa chaleur corporelle que n'importe quelle autre source de chaleur puisque enfin, son Master était là. Pour lui, avec lui. Si il devait revenir Blank maintenant alors tant pis, il mourrait heureux. De toute façon il n'avait pas fait grand chose de cette vie... Arthur ne cessait de le scruter, sa peau blanche comme neige, ses lèvres presque aussi pâles, ses yeux ternes...

- Ne me laisse pas tomber Francis... Je te l'interdis!

- Pourquoi?

- Parce que j'ai besoin de toi!

- Faux... Vous ne venez jamais...

- Je... Oui c'est ma faute mais tu ne peux pas m'abandonner encore!

Un faible sourire se dessina sur le visage de la Doll dont les doigts glacés se posèrent sur la joue de l'humain qui essayait de lui sauver la vie. Lentement il en redessina les contours. Ce visage qu'il n'avait vu qu'une fois depuis son éveil lui était en vérité parfaitement familier. Il savait qui était Arthur, il était même presque certain de se souvenir de son corps c'était juste... des intuitions. Des déjà-vus en quelques sortes. Mais concrètement, Francis ne se souvenait pas de sa précédente vie avec Arthur. Et celui-ci le détestait pour ça.

- Vous me haïssez...

- Non je t'aime!

- Vous aimez l'autre.

- Je t'aime aussi, je refuse que tu me quittes alors que tu viens de revenir!

Il allait le perdre, il allait le perdre à nouveau et cette fois ça serait uniquement sa faute simplement parce qu'il n'avait pas su s'adapter et qu'il avait tout rejeter en bloc. Ce n'était pas possible il ne pouvait pas laisser le schéma se répéter encore. Pas après tout ce qui c'était passé, tout ce que les autres avaient fait pour eux. Il devait arrêter d'être égoïste et d'agir comme un enfant capricieux.

- Pourquoi étais-tu dans la marre? Tu sais pourtant que l'eau est dangereuse!

- Oui... Mais j'ai cru... Quand j'ai touché l'eau, j'ai cru vous voir étant enfant et que je devais aller vous sauver... Mes bras n'ont enlacé que du vide et j'ai sombré...

Allistor était inquiet, ni lui ni les autres n'avaient vu Arthur depuis midi. Où était encore passé ce gamin? Surtout que ses pouvoirs de Master s'éveillaient de plus en plus... Et si il les avait utilisés inconsciemment et s'était grièvement blessé en retour? Tant de craintes pour son petit frère. Sa Doll le cherchait également, si besoin était, il savait que Francis soignerait le gosse avant de le ramener en un seul morceau à la maison et le rouquin pourrait alors lui passer le savon du siècle.

Loin des préoccupations de son aîné, Arthur observait avec intérêt les grosses carpes nageant dans la marre. On lui avait toujours dit de ne pas trop s'approcher car l'étendue d'eau était plus profonde qu'elle n'en avait l'air mais il n'écoutait pas trop. C'était dans son jardin donc dans sa maison et ce qui était dans sa maison n'était pas dangereux pour lui. qu'elle était belle la carpe dorée! Innocemment il tendit la main, se penchant un peu trop... la terre molle céda sous son poids et il tomba lourdement dans l'eau créant un SPLASH retentissant. Incapable de nager, la surprise le paralysant presque, il ne pu sentir que l'eau froide se refermer sur lui et le peu d'air pris, s'évader en bulles désespérées. L'enfant se débattit un moment puis alors que sa vision se troublait de taches noires, un tourbillon de bulles apparu et une silhouette pâle aux longs cheveux dorés vint le sauver, le ramenant à la surface. La fée de la marre? Quelle gentille fée...

- Tu te rends compte que Francis s'est mis en danger pour toi?!

- J-Je savais pas...

- On t'avait interdit de t'approcher si près du bord! Tu aurais pu te noyer!

- J-Je... Alli...

Les sanglots de son petit frère coupa Allistor dans sa tirade, sa colère venait de sa peur d'avoir cru perdre deux êtres chers en même temps. La Doll alitée esquissa un sourire rassurant et tendit les bras au petit Arthur qui vint s'y blottir pour pleurer à chaudes larmes sous les caresses douces de l'autre. Il lui devait la vie et ne l'oublierait jamais.

Le Arthur du présent sortit brusquement de ses pensées en sentant le poids de sa Doll s'alourdir comme seuls les personnes inconscientes pouvaient le faire et la panique reprit le dessus. Ça serait trop long de faire venir le Puppeteer ici mais si il ne faisait rien, Francis allait mourir pour avoir voulu sauver un fantôme de souvenir... Un souvenir que son Master l'avait forcé à chercher malgré l'écran du Blank. Que faire? Comment Roma guérissait-il ses créations habituellement...? Le sang leur donnait la vie. Le sien suffirait-il? Pas le choix il fallait essayer. Il allongea son partenaire avec beaucoup de précautions puis fouilla dans le temple, trouvant finalement un petit sabre de cérémonie poussiéreux. Il ferait l'affaire. Le torse fut dégagé et Arthur empoigna à pleine main la lame et enfonça celle-ci dans le corps inerte, laissant le chaud liquide vermeil couler le long de l'acier et pénétrer sous la peau pâle. Des frissons de douleur lui remontaient le long du bras mais il les occultait, son attention entièrement focalisée sur l'endormi.

Les paupières frémirent puis s'ouvrirent sur deux iris verts, une main tiède venant se poser sur la sienne, meurtrie, pour la faire lâcher prise. Arthur regarda avec une sorte de fascination la petite plaie se refermer d'elle-même, ne laissant apparaître qu'une petite goutte de sang rouge perler sur l'épiderme claire et à nouveau chaud, vivant. Il avait sauvé Francis. Les yeux émeraudes devinrent brumeux à cause des larmes retenues bien que celles-ci coulèrent quand les lèvres douces se posèrent sur les siennes. Que c'était bon de retrouver cette sensation de leurs bouches pressées ensembles, leurs langues jouant doucement l'une avec l'autre, tout deux ignorant le léger goût de sel provenant des perles qui dévalaient les joues du Master. Doucement, Francis fit basculer le second blond sur la couverture humide et s'allongea tout contre lui en moulant son corps au sien.

Les mains d'Arthur s'accrochaient à lui de toutes leurs forces alors que leur baiser lui volait le souffle, laissant ses joues rougies pendant que la Doll partait à la découverte du corps de son Master. Un corps qu'il connaissait sans connaître, réapprenait à apprivoiser de ses doigts, ses lèvres, sa langue et parfois de ses dents. Les frissons, cambrements, soupirs et gémissements qui lui parvenaient en réponse l'enchantaient bien plus que n'importe quel aphrodisiaque ou chant de sirène. Aussi bizarre que cela pouvait paraître, il appréciait le goût intime de son amant et Master adoré, l'accueillant entre ses lèvres sans broncher et malgré les avertissements et protestations du principal concerné. Il avait juste envie de lui, tout de lui. Les jambes furent remontées, prenant accroche sur ses hanches alors que Francis se baissait pour embrasser à nouveau son compagnon, buvant à la source ses manifestations à la fois de plaisir et d'inconforts ressenties de par leur union charnelle. Enfin il se sentait complet et vivant. Il ne vivait que par et pour son Master.

- Je vous aime Master...

- Ah... A-Arthur, appelle moi Arthur...

- Je t'aime Arthur, si fort.

- Tellement, aussi!

Francis lui faisait l'amour pour la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés et c'était aussi bon qu'avant, à peine différent. Pour la première fois il comprenait que l'essence des Dolls restait la même malgré le Blank, seule leur mémoire s'effaçait pas leur personnalité. C'était toujours son Francis.

Pour le Nouvel An

Le Puppeteer observait tout le petit monde rassemblé chez lui, venus pour fêter tous ensemble la nouvelle année sous son toit. Bien que très grande, sa maison ne pouvait accueillir tout le monde sans une certaine organisation, surtout dans les chambres. Mais ils étaient là. Arthur et Francis, de nouveau heureux et fous amoureux ce qui faisait plaisir à voir, Elizavetta et Bella, Lovino, Feliciano et leur Antonio, Ivan et Yao, Alfred et Matthew, Ludwig et le jeune Hans, Roderich et Vash et évidemment, Gilbert et Dragomir. La fête battait son plein, chacun buvait, mangeait, rigolait, se taquinait. Chacun avait sa chacune comme disait l'expression même si par le fait des choses, c'était plus chacun son chacun et chacune sa chacune. Tout le monde, sauf lui.

- Oï le vieux, pourquoi tu fais la gueule encore?

- Va jouer Gilbert et laisse ce vieil homme noyer sa mélancolie dans son verre de vin.

- Francis et moi, on est revenus. Ptet bien que ton vieux pourrait revenir lui aussi.

- Gerhart ne reviendra pas.

- Parce que c'est pas une Doll? M'fais pas rire, tu l'as recréé pour pouvoir le revoir. Il est là haut, dans le coffre noir dans ta chambre.

- Fouineur.

- Pas besoin de mon trompe l'œil pour ça, tu l'as jamais caché en ma présence.

Roma laissa sa toute première création continuer à parler sans plus vraiment lui prêter attention. Bien sûr qu'il aimerait ramener Gerhart à la vie, le serrer dans ses bras, lui avouer qu'il l'aimait vraiment, l'embrasser, lui faire l'amour... Le retrouver. Mais ce qui se trouvait dans le coffre de bois laqué noir n'était qu'une coquille vide. Rien ne disait que ce corps venant à la vie allait être celui qu'il l'avait perdu il y a si longtemps à présent...

Tout le monde s'amusait bien en bas alors que lui restait seul dans sa chambre, sa bouteille de vin à la main et debout devant la longue boîte boisée, comme si la fixer du regard allait la faire disparaître ou s'ouvrir. Gilbert était revenu avec tout ses souvenirs mais Francis n'avait pas réchapper au Blank. Pourquoi? Aucune réponse. Si il faisait revenir Gerhart, que verrait-il dans ses yeux? Pourrait-il supporter de le voir amnésique? Il avait vu les dégâts avec Arthur et Francis ou même avec d'autres «couples» de Master/Doll. Leur oubli brisait les relations. Il n'était pas un Master, il était un Puppeteer. Que ferait-il de l'une de ses créations si il ne la confiait pas à une personne ayant besoin de ses services? Certes, Hans n'avait pas réellement besoin de Ludwig au sens «professionnel» du terme mais ces deux là s'aimaient d'amour alors il laissait couler mais... Gerhart l'avait-il aimé? Ils avaient entretenu une relation mais peut-être que pour le grand blond il s'agissait seulement de ne pas salir la mémoire de sa femme adorée en s'adonnant au plaisir avec une autre. Peut-être qu'il n'avait été là que pour combler le vide... Lui l'homme sans âge et sans racines.

Ces mains capables de donner la vie à ce qui n'en avait pas... Comme Roma aurait aimé qu'elles puissent la rendre à ce qui en avait eut auparavant. Alors il aurait pu sauver Gerhart qui jusque là, n'avait jamais pu mourir. Mais même lui l'avait abandonné et laisser seul... Le brun se laissa tomber à genoux devant le coffre et sortit la petite clé dorée pour déverrouiller chaque serrure minutieusement. Lentement il souleva le couvercle et trouva le fantôme de son amour d'antan. Toujours si beau. Son visage anguleux, ses longs cheveux dorés, ses mains fortes aux doigts à la fois robustes et tendres...

- Tu me manques... Revient moi...

- On va t'aider à le faire revenir.

Il se retourna brusquement croisant ainsi les deux regards rubis posés sur lui. Dragomir et Gilbert étaient là. L'aider? A quoi et comment?

- Si je suis assez puissant pour faire trembler la terre alors je peux le faire revenir.

- Je croyais que tu ne voulais pas utiliser les Spells...

- Je le refuse en effet mais à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Alors?

Alors... Le marionnettiste se pencha pour poser un baiser léger sur les lèvres à peine rosées de l'inconscient avant de passer ses bras dans le dos et sous les jambes, soulevant sans peine le blond. Il sortit de la chambre avec sa charge, les conversations se taisant à son passage pendant qu'il traversait la maison avec cet homme inconnu des autres sauf de ses trois plus anciennes créations: Gilbert, Roderich et Ludwig. Ces trois Dolls le suivirent naturellement et donc leurs Masters également. Par curiosité les autres suivirent aussi. Ce fut alors une véritable procession qui se rendit jusqu'au temple du Puppeteer. Précautionneusement, Gerhart fut allongé sur la pierre plate avant que Dragomir ne s'approche et ne s'empare de la lame consacrée à ce genre d'exercice.

- Roma vient ici. Ton sang avec le mien.

Le chef de ce monde étrange obéit à l'un de ses subalternes et vint empoigner la lame. Le sang du créateur mêlé à celui du plus puissant Master de cette génération afin d'éveiller celui fut le tout premier et le plus redoutable et fort d'entre-eux... Le rouge coula en sillons le long de surface coupante avant de pénétrer dans le corps encore sans vie, l'alimentant de leurs forces combinés pendant que la voix rauque de Roma appelait l'endormi: Gerhart. Pourtant ça ne semblait pas suffisant...

- Menteur, tu avais promis que toi et tout ceux t'étant lié allait réaliser mon souhait! J'ai guéri Sven, j'ai respecté ma part, fais la tienne! Gerhart!

Les frères jumeaux tressaillirent légèrement à cette phrase puis s'avancèrent presque mécaniquement jusqu'au trois hommes. Leur Doll les regardait faire, inquiète quand à savoir quoi faire mais un bras le retint, Bella. Les trois premières poupées de papier venues à la vie se réunirent autour du blond inconscient et chacune posa une main sur lui alors que Feliciano et Lovino venait ajouter leurs sangs à ceux déjà en train de couler. Tout ceux lui étant lié... Évidemment. Ses propres Dolls éveillées par son sang et ses descendants directs... Qui mieux qu'eux pour le ramener à la vie? Roma leva les yeux vers toutes ces personnes rassemblées pour réaliser enfin son souhait: vivre avec la personne aimée. Jusqu'à la fin de sa vie maudite si possible.

Les yeux bleus s'ouvrirent enfin, troubles et perdus mais biens vivants. Un à un, chacun se retira pour ne laisser que Roma auprès de l'ancien Master devenu Doll. Le sabre tomba à terre en un bruit de ferraille mais ça ne dérangea pas le Puppeteer qui était trop occupé à caresser le visage si longtemps figé dans le sommeil, étalant quelques gouttes carmines même si sa blessure se refermait déjà d'elle-même. Il ne pu plus résister et embrassa Gerhart qui se laissa faire, trop paumé pour réagir autrement.

La plupart de l'assemblée ignorait ce qui venait de se passer exactement mais tous comprenait que c'était important, très important. Les jumeaux reprirent conscience au moment où Antonio les embrassa chacun avec ferveur, apparemment peu heureux de les avoir vu se blesser sous ses yeux et qu'on l'eut empêcher d'aller les arrêter. Ils n'avaient pourtant pas la moindre idée de la raison pour laquelle ils avaient agis, juste qu'une voix connue et rassurante leur avait dit d'aller aider le couple à se retrouver. Une voix? La voix de qui? D'une femme. Puis d'un homme. Toutes deux très douces et tendres. Roma leur dira plus tard qu'il s'agissait peut-être des esprits de Sven et Felicia venus les aider en retour de tout ce qu'il avait fait pour eux malgré qu'il n'avait pas été en mesure de leur sauver la vie... Venus lui donner un peu de bonheur à lui qui n'en avait pas eu ni Gerhart.

Le grand blond se leva par lui-même et sourit à ses trois Dolls, content de les voir toutes debout et accompagnées des personnes qu'elles avaient jugés dignes d'elles comme il le leur avait ordonné. Oui, il se souvenait. D'ailleurs il ne pu s'empêcher d'aller serrer dans ses bras ses arrières arrières petit-fils. Et si Feliciano accepta bien l'étreinte, Lovino lui protesta en marmonnant et ronchonnant bien qu'il ne fit rien pour s'en dégager. Peu à peu tout ce petit monde revint dans le grand salon et écouta avec attention le récit que leur conta le Puppeteer qui en plus de ne plus se cacher, dévoilait enfin sa vie au grand jour et le secret de la naissance des Dolls également. Chacun fut touché, les deux italiens particulièrement puisque enfin, ils apprenaient l'histoire extraordinaire de leur famille. Machinalement, chacun s'était rapproché de la personne la plus importante à leur cœur, comme pour ne pas la perdre ou simplement pour profiter de cet instant étrange et particulier, cet instant où tout les cœurs semblaient s'être liés.

Dans les jours qui suivirent tous rentra chez soi, Dragomir et Gilbert étant les seuls à rester avec le couple nouvellement réuni sans que ça ne dérange quiconque. Alfred et Matthew repartirent au Canada suivit de Ivan et Yao, que cet isolement forcé avait grandement rapproché au plus grand bonheur de la Doll, leur punition n'étant pas levée. Roderich suivit Vash en Suisse, celui-ci s'occupant toujours de sa jeune sœur à la maison. Feliciano, Lovino et Antonio durent aller préparer leurs valises pour la prochaine tournée des chanteurs à la voix si particulière, capable d'enchanter les foules pendant que Elizavetta et Bella rentraient aussi chez elles pour reprendre leurs affaires et leur vie à deux. Ludwig restait bien évidemment avec Hans qui poursuivait avec assiduité ses études en économie, sachant qu'une fois son diplôme en poche il serait bien utile à cette grande famille si à part du reste du monde. Arthur et Francis, eux, rentrèrent à leur petit appartement pour reprendre le flot de leur vie qu'ils construisaient doucement, pas à pas.

Des années et des années plus tard

Arthur regardait dans son miroir sa chevelure bonde se teindre de gris et de blanc. Quel âge avait-il déjà? 57 ans. Depuis combien de temps Francis vivait-il avec lui? Seulement 37 ans. Il ne s'était pas marié, n'avait pas eu d'enfants. La lignée Kirkland s'était poursuivit par sa sœur qui avait donc abandonné son don à sa fille qui l'abandonnerait à son tour à son enfant dans quelques mois... La vie avait continué. Seules les Dolls gardaient leur éternelle jeunesse et beauté, elles et leurs créateurs. Gerhart et Roma n'avaient toujours pas l'air de vouloir dépasser la quarantaine. Allaient-ils mourir un jour? Quand lui-même allait rendre l'âme, on allait se servir de sa dépouille pour créer une nouvelle Doll qui servirait alors pour la nouvelle génération de Masters of Spells, cercle sans fin. Ils souffraient leurs vies durant de la douleur de leur don, leurs Spells les blessants en échange de réaliser leur volonté et une fois morts, ils allaient de nouveau souffrir pour cette fois le compte d'un autre mais toujours soumis aux Spells. C'était leur malédiction, leur fardeau.

- A quoi tu penses mon lapin?

- Je suis trop vieux pour ce genre de choses Francis. Ton lapin a depuis longtemps fini en civet dans une assiette.

- C'est faux, tu es toujours là.

Le Master se savait beaucoup moins résistant et si des plus jeunes avaient pris le relais, il n'avait pas totalement cesser de travailler en tant que lanceurs de sorts. Surtout qu'il fallait bien les former ces jeunes. Que ferait Francis à sa mort? Une paire de bras s'enroula autour de sa taille avant que des lèvres ne viennent picorer la peau de son cou, comme si rien n'avait changé. L'autre blond lui faisait l'amour exactement de la même façon comme si dans sa tête, le corps sous le sien était toujours celui d'un jeune homme de vingt ans. Flatteur ou non, le concerné ne le savait pas vraiment et préférait ne pas trop y penser. Des rides s'étaient creusées dans sa peau, ses cheveux perdaient leur blondeur mais son caractère n'avait pas changé d'un iota ce qui semblait ravir son compagnon. Celui-ci l'obligea d'ailleurs à lui faire face pour pouvoir lui voler un baiser à couper le souffle.

C'était toujours très dur d'aller dire adieu à ceux que la mort avait déjà fauché et la plupart du temps, les Dolls avaient suivit leurs Masters. De sa génération, seuls lui, Elizavetta, Dragomir et les jumeaux étaient encore vivants. Ivan et Alfred avaient été tué en mission à quelques années d'intervalle, fauché dans leur quarantaine. Vash avait bêtement perdu la vie dans un accident de voiture et Roderich n'avait pas pu le soigner car n'étant pas présent. Les autres... Eh bien, ils savaient tous que la vie de Masters, ces assassins de l'ombre parfois, ces gens qui exécutaient tout un tas de tâches ingrates avaient de grandes chances de mourir avant que la vieillesse ne les tuent. Pourtant, il n'y avait pas tellement d'amertume. Peut-être parce que au fond, ils savaient tous qu'ils n'allaient jamais partir seuls. Après tout, le voyage vers l'au delà faisait moins peur en sachant que l'on sera accompagné de son «partenaire parfait» Cette personne créée spécialement pour eux.

Francis l'emmena dans le jardin, ils avaient repris le manoir familial du moins une aile de celui-ci, et le conduisit jusqu'à une table joliment dressée et tout entourée de roses. Des écarlates, des vermillons, des pourpres... Toutes si belles. Arthur sourit puis s'assit sur la chaise en fer forgé blanc, prenant ensuite la tasse en porcelaine fine pour la porter à ses lèvres et savourer avec bonheur le thé parfaitement infusé. La Doll face à lui, souriant avec bienveillance et amour en le regardant faire. A son doigt brillait un anneau d'or jumeau du sien. Le vent souffla, faisant s'envoler quelques pétales avec lui, virevoltant avec les mèches dorées de Francis, son regard bleu ne se lassant jamais d'admirer son Master. Le cinquantenaire fut, l'espace d'un instant, remplacé par ce jeune homme si plein de verve et si séduisant. Les épais sourcils se froncèrent et le sourire de l'autre s'agrandit.

- Je t'aime Arthur.

- Moi aussi imbécile.


Et voilà c'est la fin de l'aventure Spells!

Sachez que j'ai adoré écrire cette histoire et que je m'excuse d'avoir mis tant de temps à pondre ce dernier chapitre qui finit différemment de ce que j'avais prévu mais que j'adore malgré tout ~ Les partiels m'ont bouffé mon temps, enfin surtout les révisions.

Merci, un énorme merci à tout ceux qui lisent et surtout à mes habituelles revieweuses je vous adore!