Chapitre 10
Point de vue d'Alice.
« Émilie ? » dis-je. « Bonjour, c'est Alice, vous m'aviez appelée l'autre soir au sujet d'ONDAR » bredouillais-je.
« Bonjour, oui je me souviens parfaitement de toi. Le stage t'as plu ? »
« Oui beaucoup, c'est mon dernier jour aujourd'hui »
« On fixera une date de passage en fin de journée alors » me dit-elle avec enthousiasme.
« Très bien » lance ma mère de loin car j'approuve sa question, oui on va me fixer un passage.
« Alors, ça y est tu es prise ? » me demande mon père de son bureau.
« Pas encore »
« On se voit tout à l'heure » me dit Émilie « Il faut que je vois ton rapport de stage aussi ».
« D'accord, à plus tard » dis-je en raccrochant.
Un mince sourire s'affiche sur mon visage et bien entendu je pense qu'il va y rester un long moment. J'ai déjà consulté la liste des sujets proposés dans le mail qu'Emilie m'a envoyé et deux sujets ont attiré mon attention, avec l'un j'affiche directement mon univers et avec l'autre je commence doucement. C'est pourquoi, il faut que je travaille les deux de manière assidue car j'y tiens à ce passage. J'ai les idées en mémoire donc une partie du travail est faite. J'attends de voir ma dernière journée de stage avant de prendre la décision que j'ai choisi par rapport au texte final. De plus, Margot doit me rejoindre là-bas. Elle aussi me demande sans cesse de lire mes textes. Plusieurs fois, j'ai tenté d'espacer le délais mais maintenant qu'ils sont casiment près, je ne peux plus trouver d'excuse. Margot va savoir tout de suite si les textes lui plaisent ou non. Et moi aussi. Elle me connait par cœur.
« Tu as raison d'hésiter entre les deux textes » me souffle t-elle.
Dès mon arrivée au Moulin rouge, j'ai couru sur le plateau retrouver Margot. Mon sac encore l'épaule, je suis restée à attendre à côté d'elle sa réaction sans bouger d'un seul millimètre. Étant chanceuse de faire un stage ici, je me rends compte que j'ai peut-être un avenir dans ce lieu. Évidemment, ça augmente le sentiment de fièreté quelque part et l'émotion que je ressens.
« L'un attire plus mon attention que l'autre mais ça se joue sur un détail. Je ne serai p b as t'expliquer pourquoi. Ça paraît ridicule comme réaction mais avec ce texte tu expliques ta présence ici ».
« Tu préfères le texte sur « le doudou oublié à l'aéroport » ou « un nouveau film Disney en préparation » ? Parce que je peux encore modifier les deux ».
« Alice » me coupe t-elle « tu n'as pas compris ce que je viens de te dire » me dit Margot en me regardant « tes textes sont très bien ».
« Oh » dis-je surprise « merci ».
« Prends le premier texte » dit-elle en me tendant les deux feuilles.
« D'accord » dis-je en lui sautant au coup. « Merci encore, j'avais peur que tu n'aimes pas ».
« Alice » appelle une voix familière « Je savais que je te trouverai ici » me dit Émilie. « Viens, on va choisir ton sujet » me dit-elle avec un clin d'oeil.
Je fais signe à Margot de venir mais elle préfère rester dans les gradins regarder les répétitions.
« Alors » me dit Émilie « tu as parcourus les différents sujets ? ».
« Oui, j'en ai choisi deux mais un seul, d'après Margot à propos de mes textes fait la différence ».
« Tu as écris deux textes ? » me demande t-elle surprise.
« Oui » dis-je « pour être sûre ».
« Je n'aurai pas pensé que tu aurai eu le temps »
« Hé bien si, j'ai choisi « le doudou oublié à l'aéroport » je prendrai l'autre la prochaine fois ».
« S'il n'est pas déjà pris ? » me dit Émilie en riant.
« Exactement ».
« Très bien, c'est noté. Ton passage est prévu pour dans deux semaines, je suis désolée mais notre planning est plein jusque là, on a beaucoup de demandes à traiter avant ».
« ça me laissera le temps de me préparer mentalement ».
« Je pense que c'est déjà fait » me dit-elle avec un sourire complice.
Émilie m'explique qu'aujourd'hui c'est non seulement mon dernier jour mais qu'elle va lire le rapport de stage que j'ai écrit pour ma prof. Tout ce que j'espère, c'est qu'Émilie aimera. Je scrute le plateau pour trouver Margot mais elle n'est pas là. Une point d'inquiétude s'empare de moi car je meurts d'envie de lui dire que mon premier passage aura lieu dans deux semaines. Tous les techniciens et les humoristes de l'émission circulent devant moi sans que je ne bouge d'un seul centimètre. Pourtant, je suis attentive au moindre bruit et je ne cesse de regarder mes deux textes. Le choix n'est pas évident mais je pense écouter Margot et choisir celui qu'elle préfère. J'avoue, celui sur « le doudou oublié à l'aéroport » m'a beaucoup amusé et il est vrai qu'à l'écriture, je ne compte plus les fous rires solitaires devant ma feuille. Oui, il m'arrive de rire toute seule mais je ne suis pas folle pour autant. Bon ok, si. Un peu de folie dans la vie y a rien de mal. Le rire est un bon moyen d'extérioriser ce que l'on pense réellement sur certain sujet au fond. N'ayant jamais pris l'avion de ma vie, je ne peux pas décrire la perte d'un doudou d'un enfant dans cet endroit. Je me suis renseignée sur le sujet et je crois n'avoir jamais autant ris. Si, Margot me fait beaucoup rire. Avec ce sujet, je pense que tout ira bien et pour une fois, je n'ai pas peur.
« Hey comme on se retrouve ! » lance un des Lascars.
Je connais la voix du duo les Lascars gays, qui me font sortir de mes pensées. J'ai trop tendance à rêver un peu trop en ce moment, faut que je me reprenne.
« Majid, je suis contente de te voir » dis-je un peu intimidée.
« Alors, tu fais un passage quand sue le plateau ? » ajoute Hugues en me tapant dans la main.
« Dans deux semaines » dis-je avec un mince sourire.
« Oh, tu rougis, c'est mignon » me moque gentiment Majid.
« Les garçons, au lieu de l'embêter, c'est votre tour d'aller répéter votre sketch sur le plateau » lance un technicien.
« On va en répèt, à plus Alice » me dit Hugues avec un clin d'oeil.
« À plus tard » ajoute Majid.
Je me rends à mes occupations de stagiaire. Ce stage m'aura beaucoup apporté, déjà la confirmation de ce que je veux faire plus tard; une chance de rendre mon humour plus visible que je n'aurai pas cru possible avant longtemps; la chance de voir le déroulement des coulisses d'une émission.
J'ai partagé tout ça avec ma meilleure amie, raison de plus d'être fière. J'ai découverts pleins d'humoristes vraiment génial.
« Hé, tu as vu le sketch de Jérémy ? Il a fait polémique sur les réseaux sociaux » dit un des techniciens en passant dans le couloir où je me trouve.
« Oui, le pauvre. Ce n'était qu'un échec heureusement, il fera mieux la prochaine fois » dit-il.
Je reste attentive à cette brève discussion que j'ai entendu. Ils parlent évidemment du sketch de Jérémy Ferrari. Un échec. Son second échec ici. Je l'ai découverts grâce à mon amie Solenn qui m'en parle tout le temps donc à force de le connaître, j'ai regardé l'émission. Son sketch « Mon ado est amoureux » m'a fait connaître quelqu'un qui ose. Alors ok, son humour noir est provoquant mais j'avoue très bien fait. Je fais un peu d'humour noir mais à ma façon et j'estime que c'est simplement la réalité de la vie. Avant, je ne mettais pas spécialement de nom sur mon humour. C'était piquant oui mais de mon point de vue. J'ai des pensées et réflexions assez dures, on me l'a déjà dit mais elles sont vraies. Jérémy lui, c'est différent, il va beaucoup plus loin et traite de tous les sujets. Je ne l'ai jamais vu sur scène mais j'espère très bientôt. En tout cas, c'est quelqu'un que j'admire secrètement. Alors oui, son dernier sketch a fait polémique sur Internet, je l'ai regardé en direct à la télé.
Les propos du jury étaient vrais en partie, je n'ai pas vraiment ris mais j'ai trouvé un peu dur la façon dont on lui dit. Certes, les échecs arrivent dans l'émission mais je sais que Jérémy n'a pas fait exprès. Il y a une manière de dire les choses auprès d'un humoriste je trouve. Je peux comprendre qu'être confronté à ça soit destabilisant mais il faut se mettre à la place de l'humoriste. Connaissant un peu le parcours de Jérémy, par le biais de Solenn et de ma prof de français, j'imagine un peu sa déception. Je n'aime pas cette sensation de tristesse qui s'empare de moi d'un coup. Assise contre un mur du couloir, la voix de Margot me fait sursauter, elle me demande de la rejoindre dans le hall.
Deux semaines plus tard...
« Hé bien, nous avons une nouvelle candidate ce soir, peut-être l'une des plus jeunes après Kev Adams » dit Laurent.
« C'est rare mais tant mieux si l'émission attire les jeunes humoristes ».
« On a un public très varié, avec il faut dire beaucoup de jeunes donc sûrement ils veulent tenter leur chance »
« C'est possible » complète Catherine.
Rien que le fait d'être ici m'angoisse terriblement. J'ai tendance à stresser facilement. Il se trouve que l'enjeu est vraiment important à mes yeux. C'est une chance d'avoir été acceptée ici et je ne dois absolument pas gâcher cette opportunités. D'habitude, je ne pense qu'à me sauver en courant quant on veut s'intéresser à mon humour. Là, je n'ai pas le choix je dois faire face à la petite interview de Laurent Ruquier. J'adore ses émissions télés et je l'écoute de temps à la radio alors, je suis un peu intimidée. Je ne pense pas qu'il le sache ni comment il réagira s'il l'apprend. Je suis très timide et réservée alors difficile de me soutirer des informations. Encore moins, essayer de me faire dire des noms de pensionnaires d'On n'demande qu'à en rire que j'adore. Non que je veuille faire de la concurrence avec mes préférences artistiques mais je l'avoue, il y en a quelques uns qui ont de l'importance à mes yeux et qui ont le petit truc en plus pour me faire mourir de rire. L'un en particulier, il fait de l'humour noir et a une histoire très intéressante. Je veux parler de Jérémy Ferrari.
« On va commencer par une toute jeune et nouvelle candidate » dit Laurent en regardant rapidement le jury avant de se concentrer de nouveau sur la caméra « chouette, on manque de fille dans l'émission ».
« C'est une bonne nouvelle » dit Jean enthousiaste.
« J'espère qu'elle restera longtemps » ajoute Catherine.
« Elle s'appelle Alice » poursuit Laurent « Elle a à peine dix-huit ans dit donc » dit-il surpris « Vous êtes toute jeune ! » me lance t-il.
« Oui » dis-je timidement. « Il n'y a pas d'âge pour commencer ».
« Je vous ai croisée dans les coulisses, vous étiez très stressée, ça va mieux depuis ? »
« Un peu, merci. Je suis ravie d'être là »
« Oh c'est mignon » lance Laurent. « Vous regardiez l'émission avant ? ».
« Je l'ai découverte il y a peu de temps mais c'est grâce à une amie que je suis ici, elle me parle sans cesse de l'émission » dis-je pour justifier ma présence ici.
« Le bouche à oreille marche » dit Isabelle contente.
« Vous faites de l'humour noir je lis sur ma fiche, attention à la concurrence avec Jérémy Ferrari, il ne va pas être content » dit Laurent en riant, tout en s'adressant directement à la caméra comme si Jérémy était dans les parages.
« Si Jérémy était sur le plateau, j'aurai fait une syncope depuis longtemps » dis-je en riant mais un peu gênée par le propos que je viens de dire. J'aurai préféré le garder pour moi.
« Oh une adepte de l'humour noir de Jérémy ? » me demande Laurent intrigué.
« J'apprends à connaître son univers avec ses sketchs » dis-je « encore une fois, c'est une amie qui me parle beaucoup de lui ».
« Quel succès » ajoute Catherine.
« Jérémy maîtrise très bien ce style d'humour » dit Laurent. « le sujet que vous avez choisi Alice, c'est « le doudou oublié à l'aéroport », sujet récurrent pour nombreux d'enfants ».
« Bonsoir à tous, j'ai choisi le sujet « le doudou oublié à l'aéroport », n'ayant jamais pris l'avion de ma vie, ça m'arrange bien. Juste, je me demande comment réagissent les parents. Ils sont dépités, non ? ».
J'installe le sujet avant de continuer. Je me sens bien sur le plateau alors qu'il y a cinq minutes, je menaçais de tomber dans les pommes.
« C'est comme abandonner un animal sur l'autoroute ou un enfant à une station service, la sensation est la même. Vous imaginez l'enfant qui regarde la voiture ou l'avion partir sous ses yeux ?! ».
J'entends les « ohhh » des spectateurs et de Laurent. Je ne sais pas si c'est rassurant mais ça me fait rire.
Tout se passe pour le mieux. Je suis bien consciente de la chance d'être ici. Jamais je n'aurai cru que ça m'arriverait. Même pour le stage, j'avais des doutes. Pourtant, je suis là.
« Personnellement, j'ai été surpris » me dit Laurent.
« Elle a du cran » complète Isabelle.
« Il faut oser avoir ce style à votre âge et c'est vraiment bien fait » ajoute Laurent.
« Un mélange de Constance mais soft ».
« C'est différent » dit Isabelle « La bonne idée est qu'elle traite le sujet sans trop dériver à côté.
C'est un peu trop cibler je trouve, tu peux te permettre de dériver un peu »
« Comment vous avez trouvé l'ambiance sur le plateau ? » me demande Laurent.
« Je n'aurai pas pensé avoir la moyenne » dis-je en bredouillant. « Je me retrouve avec trois quatorze et un quinze ».
« On espère vous revoir prochainement Alice » me dit-il en me souriant.
« Je voudrai remercier mon amie Solenn, sans elle, je serai passée à côté de cette émission » dis-je.
