Chapitre X/
Le concert de X-Japan à Lollapalooza eut lieu le 08 Août. Jin, qui savait très bien que les fans postaient toujours des vidéos sur Internet après ce genre d'évènements, guetta les premières sorties et fut heureux de constater qu'il n'y avait pas seulement des images amateurs mais aussi un film plus officiel et de meilleure qualité. Il était réellement curieux de la réaction des Américains et espérait que le groupe réussirait beaucoup mieux que vingt ans auparavant, sans quoi Yoshiki risquait de revenir avec le moral à zéro.
Il put constater sur les vidéos que X avait rassemblé une foule incroyable autour de sa scène. Fantastique ! S'il y avait autant de monde, les retombées ne pouvaient être que bonnes ! Il en eut la confirmation dès le lendemain en fouillant sur Internet à la recherche des critiques concernant le festival. A part quelques esprits chagrins qui se moquaient du fait que le groupe utilisait beaucoup de musique classique, la plupart des critiques étaient élogieuses voir carrément enthousiastes. Sans aucun doute, ils avaient fait quelques fans de plus !
N'y tenant plus, il appela Yoshiki pour qu'il lui raconte tout par le menu. Et rien qu'au son de sa voix, il comprit que Yoshiki était très heureux et bien loin de l'état d'angoisse dans lequel il l'avait laissé. Lui aussi n'arrêtait pas de lire les articles pour connaître l'accueil que le groupe avait reçu. Satisfaction supplémentaire : son corps n'avait pas souffert du concert.
- Jin maintenant j'ai une autre bonne nouvelle à t'annoncer. Je planifiais ça depuis un moment mais je ne pouvais rien finaliser avant d'avoir testé l'accueil à Chicago.
- Nous allons faire une tournée américaine avec même une incursion au Canada. Les dates et les salles seront bientôt publiquement annoncées.
- C'est formidable pour vous ! Tu vois qu'il fallait que tu aies confiance !
- J'ai la tête qui tourne tellement j'ai du mal à y croire. J'attendais ça depuis tellement longtemps. Je voudrais que hide soit là. Lui aussi tenait très fort à percer aux Etats-Unis.
- Hé ben tu peux toujours te dire que s'il y a un au-delà, il y est et il est très heureux de voir où vous en êtes.
Jin était content pour Yoshiki mais cette histoire de tournée lui donna aussi un méchant pincement de cœur. Yoshiki venait de réussir exactement ce qu'il rêvait de faire. Est-ce qu'il aurait son tour un jour ? Est-ce qu'il allait devoir aussi se battre pendant vingt ans pour y arriver ?
- Jin ? Tu ne dis plus rien ?
- Excuse-moi j'avais la tête ailleurs.
- Tu y arriveras aussi si tu t'en donnes les moyens.
Jin sourit : Yoshiki avait deviné à quoi il pensait.
- Ouais…mais si je ne me bouge pas le cul plus que ça, j'en resterai toujours au projet.
Surtout qu'il n'avait toujours pas osé prendre la moindre décision dans un sens ou dans l'autre ! Sa lâcheté commençait à le dégoûter.
- J'ai regardé le concert, dit-il pour changer de sujet. C'était génial ! Un de ces jours, je finirai par venir te voir sur scène.
- Je ne demande pas mieux, répondit Yoshiki. Je te laisse, j'ai encore une interview à faire.
- D'accord.
- Hé Jin ?
- Ouais ?
- Tu me manques.
Le cœur de Jin en fit un triple salto arrière et il bredouilla légèrement sur la réponse :
- Toi aussi tu me manques.
Il était parfaitement sincère en disant cela. Tout occupé de Yoshiki, il avait quelque peu négligé Yamapi et lorsqu'il entendit celui-ci mentionner le nom de Dune, il réalisa qu'il ne savait absolument pas où en était leur histoire. Yamapi parlait de son retour prochain au Japon.
-Elle sait que tu pars bientôt ? demanda Jin.
- Bien sûr. Elle connaissait la date depuis le début.
- Ca va pas être trop dur ?
- Non, répondit son ami. C'était très clair depuis le début. Mais je t'avoue que je regrette de ne pas pouvoir rester parce que c'est vraiment une fille bien. Il faudrait que je lui offre un truc avant de partir mais j'ai pas la moindre idée.
- C'est plus facile de faire plaisir à une fille qu'à un mec. Si tu lui offres un bijou, prends-le en argent, elle ne porte jamais de trucs en or.
- Ah ? Merci pour le tuyau.
Yamapi repartait trois jours plus tard pour le Japon…Ce départ prochain mettait Jin en face d'une question qu'il avait sans cesse repoussée jusqu'à présent. Il sentait plus que jamais l'urgence de lui dire ce qu'il vivait avec Yoshiki sinon cette cachotterie risquait de lui rester sur le cœur pendant de longs mois jusqu'à ce qu'il rentre à Tokyo.
Yoshiki lui avait conseillé d'attendre son retour mais ce n'était pas possible. Tant pis, Jin saurait très bien se débrouiller sans lui. Il lui fallut tout de même la journée entière pour rassembler ses mots et son courage. Il attendit le meilleur moment, le soir, quand fatigués, ils s'étalaient tous les deux sur leurs matelas pour des heures de blagues. Sauf que cette fois, Jin n'avait pas l'humeur à la déconnade.
Il s'assit en tailleur sur son lit, le visage grave et commença enfin :
- Pi…Il faut qu'on discute, j'ai un truc important à te dire.
- Quelle figure tu fais ! Il me faut mon mode « sérieux » ou mon mode « humour » pour ce que tu as à me dire ?
- Euh…le mode « sérieux » s'te plaît. Et si ensuite, tu fais de l'humour, ce sera bon signe.
Alerté par la mine et le ton de Jin, Yamapi s'assit sur son matelas, le visage attentif.
- Ben allez accouche et vite parce que je commence déjà à m'inquiéter.
La voix de Jin resta bloquée dans sa gorge parce qu'il s'aperçut qu'il ne savait pas du tout par quoi commencer.
- C'est euh…pas facile…
- C'est grave ?
- On ne peut pas le dire ça.
- Je suis concerné ?
- Non.
- C'est les Kat-Tun ?
- Non.
- Ton spectacle ?
- Non plus.
Jin se passa la main sur le front et ne s'étonna pas de le trouver déjà moite.
- Depuis un mois maintenant…je suis…plus ou moins avec quelqu'un.
- Plus ou moins ?
- C'est assez complexe, j'arriverai jamais à t'expliquer. Mais je l'aime vraiment beaucoup.
- Qu'est-ce que ça a de si dramatique ? C'est une femme mariée ou quoi ?
Jin poussa un gros soupir. Il ne pouvait pas le dire de trente-six façons différentes :
- C'est pas une femme…
- Quoi ? Ben c'est quoi alors ? demanda bêtement Yamapi.
- Y'a pas cent sexes différents couillon !
Comme au ralenti, il vit le visage de son ami passer de l'incompréhension à une progressive révélation : yeux écarquillés et bouche entrouverte de stupéfaction.
Son cœur battait tellement vite qu'il crut qu'il allait faire un malaise et il avait le feu aux joues. Un rire nerveux lui échappa :
- T'as vraiment une tête de poisson rouge…
Pi se mit à bégayer :
- At…Attends…t'es en train de me dire que tu sors…avec un mec ?
Jin avait presque envie de pleurer tellement c'était pénible à vivre. Si Yamapi le jetait, il s'effondrerait sûrement. Il ne pouvait même plus faire marche arrière à présent, autant boire le calice jusqu'à la lie.
- Oui…lâcha-t-il. Oui, je sors avec un mec.
- Mais j'comprends pas ! Comment ? Quand ? T'as jamais été…
- Gay ? l'interrompit Jin d'une voix défaite. Ben non…j'aurais jamais imaginé que ça pouvait se produire…jusqu'à il y a un mois.
Non seulement il était en panique mais le manque de vraie réaction de Pi mettait ses nerfs à rude épreuve et il ajouta d'un ton agacé :
- Bon s'te plaît, arrête de me regarder comme ça ! Dis-moi si je te dégoûte ou si ça va et qu'on en finisse !
Pi se gratta longuement la tête, l'air choqué :
- J'sais pas quoi dire là…
Jin se laissa tomber sur le dos et ferma fortement ses paupières pour essayer de calmer son angoisse. Tout compte fait, il aurait vraiment préféré attendre que Yoshiki revienne. Après ça, il ne pourrait même pas aller se réfugier auprès de lui.
La voix de Yamapi finit enfin par demander :
- Euh Jin…c'est sérieux entre toi et ce gars ?
- Je te l'ai dit, c'est difficile à expliquer. Je ne sais pas trop où on va tous les deux. Peut-être que ça ne durera pas. Mais pour l'instant, on a besoin l'un de l'autre.
- T'as jamais été attiré par un mec avant ?
- Non jamais. Est-ce que je te dégoûte ?
Il entendit Yamapi se racler légèrement la gorge :
- Je suis un peu sous le choc, je ne te le cache pas. Moi et ces choses-là…Quand je pense que tu m'as déjà vu à poil…
Jin tourna la tête vers lui et le fusilla des yeux :
- Je t'ai dit que j'avais jamais fantasmé sur les mecs avant ! Alors t'en fais pas pour tes fesses, elles ne m'ont jamais intéressé ! Et ce ne sera jamais le cas d'ailleurs ! C'est pas parce que je suis bi que je vais avoir envie de sauter tous les mecs que je verrai !
Yamapi leva les mains en signe d'apaisement :
- Ok ok, excuse-moi, c'était très con de dire ça. Je ne sais pas comment j'aurais réagi si ça avait été quelqu'un de moins proche de moi. Mais bon, il s'agit de toi. Je vais avoir besoin d'un moment pour encaisser mais sinon, j'ai rien à te dire là-dessus. Mais je peux savoir qui c'est ?
- Ca va peut-être te faire un deuxième choc…
- Je le connais ?
- Ouais. C'est Yoshiki.
Jin n'osa pas regarder Yamapi durant cet aveu mais il revint à lui en l'entendant se lever brusquement :
- Putain Jin, t'es complètement malade !
- Quoi ? lança le jeune homme dans un crescendo de stress.
- Pas lui bon sang ! T'es au courant que ce type a presque de vingt ans de plus que toi ? En plus…en plus…oh la galère… ! soupira Yamapi avec une main devant la bouche.
- Mais t'es chiant là ! C'est quoi le problème que ce soit lui au lieu d'un autre ?
Yamapi respira profondément et prit le ton d'un instituteur parlant à son élève :
- Pour la bonne et simple raison Jin que ton public est constitué à 99 % de nanas qui gardent toutes dans un coin de leurs têtes le rêve qu'un jour elles auront peut-être une chance avec toi. Et même celles qui n'y croient pas s'y accrochent quand même parce que ça leur fait du bien ! Tu le sais très bien que nous ne devons pas nous leurrer nous les Johnny's : beaucoup de nos fans nous aiment uniquement pour notre belle gueule ! On ferait de la merde qu'elles viendraient quand même à nos concerts du moment qu'on leur donne de quoi se contenter la vue !
- Je sais tout ça mais…
- Mais ? Le « mais » c'est que tu es déjà célèbre. Tu as les paparazzi aux fesses dès qu'on sait où tu es. Et toi tu vas aller t'acoquiner avec rien de moins que la plus grande star du Japon ! Combien de temps tu crois que la presse mettra à découvrir cette histoire ?
- Mais on se cache ! protesta Jin. Yoshiki est parfaitement conscient des risques ! On sort rarement dehors et quand ça arrive, nous faisons comme si de rien n'était.
- Ca reste quand même extrêmement risqué. Il suffirait d'une fois, d'un seul moment d'inattention. Et si jamais cette histoire sort au grand jour, tu es fini Jin ! Si Johnny ne te fout pas dehors, toutes tes groupies te laisseront tomber parce que leur illusion sera totalement brisée. Elles ne pourront même plus faire semblant de croire à tes numéros de charme en sachant que tu sors avec un homme ! Ta carrière sera terminée !
Yamapi se tut sur ce dernier coup de poignard qui atteignit Jin en plein cœur. Il aurait voulu protester, se défendre, rassurer Yamapi mais il se retrouva sans aucun répondant. Il s'était redressé assis sur son lit et serrait les poings à s'en griffer les paumes. Au bout d'un pénible silence, Yamapi prit un autre angle d'attaque :
- Et quand j'y pense, ce Yoshiki doit être un sacré dégueulasse ! Ce ne serait pas la première fois qu'on verrait des vioques pétés de fric se taper des jeunes. D'habitude ils aiment les lycéennes. Lui, il est juste un peu plus pervers que les autres parce que c'est ton cul qu'il a voulu.
Cette fois, Jin laissa exploser toute sa colère et son stress et se mit à crier :
- Non mais j'hallucine ou tu me prends pour une pute ?
- Je te crois quand tu me dis que tu l'aimes. Mais lui ? Il doit bien y trouver son intérêt allez…
- On n'a encore rien fait je te signale ! On n'est jamais allé plus loin que les baisers et il n'a jamais cherché à me toucher !
- Ah bon ? fit Yamapi qui sembla très surpris. Et si ça arrive ? Parce que si t'es vraiment avec lui, ne crois pas qu'il se contentera toujours de te tenir la main et de t'embrasser. Il faudra bien que tu passes à la casserole ! Est-ce que t'es prêt à ça ?
- Je…j'en sais rien…, murmura Jin dont la voix commençait à trembler parce que les paroles de Yamapi lui faisaient horriblement mal même s'il n'y croyait pas. Je ne sais pas comment c'est…de le faire avec un homme. J'ai du mal à imaginer.
Yamapi le considéra avec le visage fermé et les bras croisés :
- Il t'a proposé des trucs ? De t'aider dans ta carrière ou un truc du genre ?
En réponse, Jin lui envoya violemment un coussin dans la tête et se leva de son lit :
- Estime-toi heureux que ce ne soit qu'un coussin et pas mon poing ! Il ne m'a rien proposé du tout ! Et toi tu me fais vraiment chier parce que j'ai l'impression que tu me croies vraiment capable de me vendre par intérêt !
- Non, je me méfie Jin ! rétorqua Yamapi. J'ai toujours été plus méfiant que toi et c'est une chance parce que y'a vraiment des jours où t'as rien dans la tête ! Cette histoire sent mauvais et elle est extrêmement risquée pour toi ! J'essaie seulement de t'éviter une catastrophe !
- Tu ne connais pas Yoshiki comme je le connais. Il n'est ni pervers, ni vicieux, ni rien du tout ! Il est sincère comme moi. Ce n'est même pas lui qui a tout déclenché, c'est moi qui suis allé le chercher ! Je ne m'attendais pas à y prendre autant goût…
- Quand bien même, ça ne règle rien, s'entêta Yamapi. Tu risques gros et n'oublie pas que tu n'es qu'en sursis ici. Tu devras retourner au Japon.
- Si j'y retourne…, croassa Jin dont tous les problèmes commençaient à remonter sous la forme d'une énorme boule à l'estomac.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- J'en ai marre…Je ne veux pas rentrer Pi. Je ne veux pas revenir chez les Kat-Tun…
- Tu as perdu la tête ?
- Tu viens de le dire…je suis juste une machine à fantasmes au sein de la Johnny's. Je passe mon temps à faire le petit garçon bien obéissant, je chante ce qu'on me dit de chanter et je fais le lover devant des pisseuses qui me tourneront le dos dès que j'aurais pris quelques rides. Le Japon me sort pas tous les pores. Ici je me sens chez moi et on commence à m'apprécier plus pour ma musique que pour ma gueule…Et je suis libre ici, je suis bien. Je ne veux pas y retourner…j'ai envie de vomir à chaque fois que j'y pense…
Les larmes menaçaient de couler mais il les ravala crânement parce qu'il détestait pleurer. Et comme beaucoup de garçons, il aurait eu encore plus honte de le faire devant un autre garçon même si c'était son meilleur ami. Mais il ne put empêcher son corps de trembler.
Yamapi le prit par l'épaule et lui dit d'une voix beaucoup plus douce qu'auparavant :
- Jin, je suis exactement dans la même situation que toi. Mais voilà dans la vie on fait ce qu'on peut et pas ce qu'on veut. A quoi tu penses ? Rester ici ? Et après ? Regarde ce que tu as au Japon : la célébrité et une situation sûre au moins pour plusieurs années. Tu trouveras bien un moyen de te reconvertir ensuite si le groupe ne marche plus. Et de l'autre côté, tu n'as rien du tout. On ne te connaît pas ici et c'est un pays où des artistes se battent déjà par milliers pour essayer d'être dans la lumière. C'est du suicide ce que t'es en train de penser.
- Tu crois que j'ai pas assez de talent pour y arriver ?
- Il ne s'agit même pas de talent ! Je suis sûr qu'il y ait un paquet d'artistes bourrés de talents qui ne mangent pas tous les jours ! Dans ce genre de milieu, ça ne suffit pas. Il faut un bon carnet d'adresse, du piston, beaucoup de marketing, du fric et peut-être même un poil de magouille. Ici tu n'as rien de tout ça.
Il hésita à ajouta la suite mais il le dit quand même :
- Sauf Yoshiki.
- Arrête avec Yoshiki merde ! Je t'ai dit qu'il ne m'a rien proposé ! Et je ne lui demanderai jamais rien d'ailleurs, je ne suis pas du genre à quémander !
- Alors arrête avec ton délire et reviens parmi nous. Tu ne pourras pas trouver mieux comme situation.
Jin se dégagea de la prise de Yamapi et prit sa sacoche dans laquelle il y avait son portable et un peu d'argent.
- Où est-ce que tu vas ?
- Prendre l'air…
Jin quitta son appartement alors qu'il faisait nuit noire et qu'il n'avait aucun endroit précis où aller. Il ne pouvait juste plus rester chez lui avec Yamapi qui, sans le vouloir, venait de lui briser à la fois le cœur et les rêves. Il avait affreusement raison au sujet de son projet de rester aux Etats-Unis. Il n'avait peut-être vraiment aucune chance finalement et il risquait de finir dans un carton sur un trottoir après avoir fichu en l'air toute sa carrière au Japon.
Il marcha droit devant lui et finit par aboutir à ce fameux front de mer. Décidemment, il y revenait toujours mais il y avait du monde et il avait surtout envie d'être tranquille.
Il descendit donc sur la plage et se cala dans un coin que les lumières des lampadaires de la promenade n'atteignaient pas. Et il resta là, le cœur lourd et le moral à moins quinze.
Son portable se mit à sonner et il décrocha précipitamment en lisant le nom de Yoshiki sur l'écran.
- Salut Jin, je te réveille ?
- Non je ne dormais pas, répondit Jin en reniflant.
La voix de Yoshiki était toute joyeuse et il avait un peu de mal à l'entendre parce qu'il y avait beaucoup de bruit et de monde autour de lui.
- Tu fais la fête ?
- Un peu oui, je suis dans un restaurant. Le concert de Yokohama s'annonce bien, franchement je suis content de comment les choses s'annoncent en ce moment.
Derrière Yoshiki, Jin entendit un rire clair qu'il identifia comme étant celui de Toshi.
- Alors tant mieux…
- C'est le téléphone ou tu as une voix bizarre ? Est-ce que ça va ?
- J'ai connu mieux…
- Attends un instant…
Le bruit autour de Yoshiki s'estompa progressivement jusqu'à disparaître et Jin comprit qu'il était sorti de la pièce bruyante. Sa voix reprit, avec une pointe d'inquiétude :
- Jin, que se passe-t-il ?
- J'ai fait une connerie…
- Tu as tout raconté à Yamapi ?
- Ouais.
- Ne me dis pas qu'il l'a mal pris et qu'il va tout révéler…
- Non, c'est pas ça. Il ne le fera pas. Je crois qu'il n'est même pas dégoûté de moi. C'est…c'est autre chose…
La voix de Jin se brisa et cette fois, il laissa couler des larmes que personne ne pouvait voir. Il tenta sans succès de maîtriser le tremblement de sa voix.
- Je ne suis pas comme toi Yoshiki. Tu réussis tout ce que tu veux. Mais moi, je crois que je n'y arriverai jamais…Je rêvais sans me rendre compte que je n'avais aucune chance…
- Jin, je ne comprends pas bien, dit Yoshiki d'une voix douce. Que t'a-t-on dit pour que tu pleures, toi qui souris toujours ?
- Rien…on m'a juste ouvert les yeux. Je suis trop nul.
- C'est totalement faux. Tu es quelqu'un d'extraordinaire. Comme je regrette de ne pas être là maintenant que j'entends que tu ne vas pas bien.
- J'peux pas te raconter par téléphone…j'ai envie de te voir…
- Je te préviendrai dès que j'aurais posé le pied chez moi d'accord ?
- Oui même au milieu de la nuit.
- Promis. On passera du temps ensemble et tu me raconteras tout. Je te remonterai le moral comme tu l'as fait pour moi. Tu verras que tout ira mieux.
- Oui…répondit Jin qui retrouva un semblant de calme quand il s'imagina en train de vider son sac avec Yoshiki près de lui.
- Est-ce que ça ira ?
- Maintenant que je t'ai parlé oui. Désolé d'avoir gâché l'ambiance.
- Ne t'excuse pas enfin, pour une fois que tu déprimes au lieu de moi !
Jin esquissa un sourire :
- Ok…alors j'arrête de broyer du noir pour l'instant.
- Voilà. Et si jamais ça va pas, tu m'appelles d'accord ? Ca ira avec Yamapi.
- Je pense…là j'ai juste besoin de rester seul, je lui parlerai demain. Dans trois jours, il retourne au Japon.
- Tu es où ?
- Sur la plage.
- Fais attention.
- Ouais.
- Je pense à toi.
- Moi aussi…
Jin n'avait vraiment pas eu le courage de raconter à Yoshiki tout ce qui venait de se passer. Déjà parce qu'il avait été certain de fondre en larmes et ensuite parce qu'il savait que dans quelques jours, il se serait suffisamment repris pour pouvoir en parler tranquillement.
Mais pour l'instant, il ne se sentait pas bien. Comme il n'avait pas du tout envie de rentrer chez lui, il lui fallut trouver un coin où passer la nuit. Il n'avait pas encore mangé alors il entra dans un McDo ouvert 24 heures sur 24. Il commanda un sandwich et un café, s'installa à la table individuelle la plus reculée de la salle et s'apprêta à passer la nuit là à regarder défiler les noctambules.
