Un chapitre que j'ai beaucoup aimé écrire, j'espère qu'il vous plaira ;) Bonne lecture !

Chapitre X.

Selena cligna plusieurs fois des yeux et grimaça en sentant son crâne l'élancer comme si on jouait la cinquième symphonie de Beethoven en fanfare dans sa tête. Elle mit un long moment à s'habituer à la lumière pourtant douce qui baignait la pièce, et resta longtemps allongée à fixer d'un air vide le plafond blanc. Quand son mal de tête se fut quelque peu atténué, elle finit par se redresser lentement sur ses oreillers, s'étonnant de porter une sorte de blouse d'hôpital au lieu de ses vêtements. Une angoisse sans nom commença à s'immiscer en elle. Que c'était-il passé ?

Elle repoussa impatiemment les draps et jeta ses jambes nues hors du lit mais eut un brusque mouvement de recul lorsqu'elle s'aperçut qu'on l'observait. Selena sentit une gêne la gagner et une rougeur diffuse monter à ses joues en réalisant que le jeune homme qui était assis dans un coin devait la regarder dormir depuis un certain temps.

Feignant d'ignorer le regard curieux posé sur elle, Selena jeta un coup d'œil circulaire autour d'elle. Des rideaux avaient été tirés autour de son lit et…

…des rideaux ?

Cette pièce n'était ni sa véritable chambre qu'elle avait quittée en 2009, ni celle qu'on lui avait attribuée dans cette école, dans ce Poudlard des années quarante.

- Tu es à l'infirmerie de l'école, tu ne risques rien.

La voix flegmatique du garçon tira Selena de ses pensées. Elle se tourna vers lui et détailla l'attitude du jeune homme qui devait avoir son âge.

Rejeté contre le dossier de sa chaise, il avait posé un pied sur le siège et son bras reposait avec indolence sur son genou gauche relevé. La décontraction incarnée, sans pour autant qu'il en soit dénué d'élégance. Il avait une prestance indéniable. Mais son allure n'était rien en comparaison à son physique des plus agréables.

Il n'avait pas l'air tellement grand mais son corps était si harmonieux que cela se remarquait à peine. Ses cheveux étaient noirs et souples, quelques mèches ébène s'égarant sur son front blême en ombrant deux yeux tout aussi ténébreux. Son beau visage n'avait rien à envier aux plus superbes représentations d'anges de la Renaissance italienne tant il était parfait dans sa douceur et sa finesse. Ses lèvres minces et pâles s'étiraient en un mince sourire.

Selena reconnut le garçon que le professeur Dumbledore lui avait présenté dans son bureau, avant qu'elle ne perde connaissance. C'était lui. Tom Jedusor.

- Tom…comment se fait-il que tu sois ici ? Et moi qu'est ce que…

- On se connaît ?

La jeune fille resta interloquée. Enfin que se passait-il ? Pas de doute, c'était bien lui Tom Jedusor, son Tom. Il n'y en avait pas cinquante ! C'était bien lui qui le garçon du journal, celui qui lui racontait tout sur son école de sorcellerie… sur Poudlard…

Selena accueillit cette pensée avec un nouveau choc. L'existence de Tom corroborait indubitablement l'existence de ce monde magique auquel elle peinait à croire, et prouvait aussi qu'elle était bel et bien revenue plus de soixante ans en arrière !

Elle se mit assise fébrilement ; les pièces du puzzle s'assemblaient d'elle-même dans son esprit troublé. Tout devenait clair et limpide maintenant.

C'était le journal. C'était le journal qui était à l'origine de tout ce chambardement.

Oui, elle s'en souvenait nettement à présent, cette lumière dorée et grandissante qui l'avait aveuglée avant de l'envelopper pleinement, l'impression d'être aspirée et de basculer dans un gouffre sans fond…

Le journal était la clé. Et son propriétaire était juste là.

Toutefois, l'expression de Jedusor, d'une perplexité si froide et indifférente la cloua.

- Je suis Selena…tu sais, on a fait connaissance grâce au journal, enfin, grâce à ton journal…

- Je ne comprends rien de ce que tu racontes.

Etait-ce possible qu'il lui mente délibérément ? Non, il avait vraiment l'air surpris, quoique son regard se fût imperceptiblement durci.

- Tu ne me reconnais donc pas ? hésita Selena.

- Absolument pas.

- Sans charres ?

Le visage fermé de Jedusor était une réponse des plus suffisantes.

- Mais pourtant c'était ton journal, insista-t-elle cependant. C'est toi qui m'as parlé de Poudlard, des cours de potions, de sortilèges… tu m'as même dit que plus tard tu voudrais enseigner la défense de…de…

Selena fronça les sourcils, contrariée par ce blanc survenant dans son propos. Elle l'avait sur le bout de la langue.

- …défense contre les forces du mal ?

La réponse de Jedusor était prononcée à brûle-pourpoint.

- Oui, c'est ça ! s'exclama-t-elle. C'est toi-même qui m'a parlé de magie, et c'est toi qui m'a proposé de me montrer ton école et…

- Je suis navré mais je ne m'en souviens pas, dit-il de façon presque catégorique.

- C'est ton journal qui m'a amené ici ! protesta l'adolescente avec un exorde d'emportement contre lui, contre celui qui avait été son ami via le carnet. C'est à cause de ton journal que je suis coincée ici, j'en suis sûre !

Tom Jedusor avait abandonné son allure dégagée et s'était ré assis normalement, passant une main dans ses cheveux d'un geste agacé. Son visage était impavide.

Il ne la reconnaissait – connaissait – définitivement pas.

- Selena, c'est bien cela ?... écoute…c'est malheureux ce qui t'arrive, je peux le comprendre. Mais je ne sais pas ce qui a bien pu se passer, ce qui s'est produit avec mon journal…

- Ah ! Tu reconnais quand même que c'est le tien ! s'écria celle-ci avant d'être réduite au silence par le regard – au sens propre comme au figuré – noir de Jedusor.

Il poursuivit d'une voix toujours mesurée, la mâchoire infimement crispée.

- Oui…c'est le mien… sauf que j'ignore réellement ce qui a pu se produire avec, et de ce fait je ne te connais absolument pas. Mais tu dois me promettre de n'en parler à personne.

Selena écarquilla les yeux de stupéfaction : quoi ? Il voulait qu'elle cache ça ? Il était malade ??

- Pourquoi ?

- Parce que, siffla Jedusor avec impatience en donnant un coup de poing rageur sur son genou, faisant sursauter Selena. Cet incident est survenu malgré nous, malgré moi ! Cela pourrait m'attirer de graves, de très graves ennuis que tu n'imaginerais même pas si on venait à l'apprendre !

Son timbre subitement acéré glaça la jeune fille qui eut un mouvement de recul malgré elle tout en considérant Jedusor d'un oeil empli d'une certaine et soudaine anxiété.

Ce dernier prit une légère inspiration en se recalant sur sa chaise, comme s'il s'efforçait de se contenir. Une fraction de secondes passa ; ses traits étaient parfaitement détendus et il lui adressa un demi-sourire.

- Pardonne-moi…tu dois traverser une période difficile et voilà que je m'en prends à toi, je suis désolé…mais tu ne voudrais quand même pas qu'on me punisse et qu'on m'expulse d'ici à cause de cette simple erreur dont je ne suis même pas responsable ?

Son regard d'un noir abscons et lumineux pourtant était plongé dans celui interdit de la jeune fille. Selena resta muette de saisissement en se perdant dans le regard de Jedusor.

- Tu pourrais le garder pour toi Selena ? Ce sera notre secret…

Selena déglutit difficilement. Sa tête hocha de manière affirmative sans qu'elle ne commande quoi que ce soit.

Après tout…ce n'était qu'un journal… ca aurait pu être autre chose… il avait l'air si sincère et si embarrassé… ce serait très égoïste qu'elle lui apporte des problèmes simplement pour satisfaire ses propres interrogations, aussi justes et légitimes soient-elles. Des professeurs de Poudlard étudiaient déjà son cas et sauraient lui répondre, pas la peine de lui causer des soucis après tout… ca aurait pu arriver autrement, n'est-ce pas ?

Inconsciemment, Selena s'efforçait de s'en convaincre.

Jedusor se leva et vint s'asseoir à son côté sur le rebord du lit. Son visage avait une expression des plus troublantes.

- Ai-je ta parole ?

Sa voix était terriblement grave et douce, presque implorante aussi.

Quand ils avaient conversé dans le journal, elle s'était imaginée Tom comme un garçon distant, un peu renfermé sur lui-même et pas spécialement mignon mais bon élève néanmoins. Mais elle était loin du compte. Jamais elle n'aurait pensé que Tom puisse être aussi impressionnant, aussi charismatique… aussi beau. Les grands yeux sombres du garçon ne la quittaient toujours pas, et l'adolescente sentit ses joues s'empourprer alors qu'elle répondait :

- Oui.

- Merci…

Son ton presque inaudible et chuchotant fit frémir la jeune fille. Il la gratifia d'un sourire, et Selena crut un instant être éblouie.

- Ah, vous êtes enfin réveillée ! s'exclama une voix féminine derrière le rideau.

Une jeune femme de petite taille assez potelée et sans prétention tira les rideaux, laissant pénétrer la lumière jusqu'au lit de Selena. Cette dernière mit d'abord une main brusque devant ses yeux agressés par la lueur vive du jour.

Jedusor avait enfin détourné ses yeux d'elle et les avaient porté sur la jeune infirmière vêtue d'une longue robe assez austère sous un tablier blanc. Ses cheveux d'un châtain des plus ordinaires étaient relevés en un chignon strict. Le sourire de l'infirmière s'était figé en voyant le jeune homme assis sur le bord du lit à quelques centimètres de Selena, mais son expression s'était radoucie quand Jedusor se tourna vers elle.

- Oooh, j'ignorais que vous étiez ici, M. Jedusor, dit-elle le regard rivé sur l'étudiant. Mais les visites sont censées être interdites.

Elle tentait manifestement de se composer une attitude sérieuse et réprobatrice mais n'y parvenait que péniblement ; deux taches d'un rose soutenu coloraient ses joues et les commissures de ses lèvres frémissaient comme pour réprimer un sourire.

- Le professeur Dumbledore m'a envoyé ici afin de veiller sur elle, Mrs Pompresh, déclara Tom dans un sourire amène.

De son côté, Selena n'était qu'à moitié convaincue de la véracité de sa réponse, mais son affirmation eut l'effet escompté car la dénommée Pompresh s'éloigna d'eux non sans jeter un dernier regard appuyé à Jedusor, sous les yeux médusés de Selena. Tom, lui, paraissait satisfait.

- C'est vilain d'user de son charme comme ça, lui glissa-t-elle narquoise.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit-il avec un total détachement en haussant les sourcils de sorte qu'il paraissait totalement étonné : l'authentique modèle de l'innocence.

Selena leva les yeux au ciel non sans un sourire.

La jeune fille se mit à considérer les alentours, scrutant les dizaines et dizaines de lits qui s'alignaient dans toute l'infirmerie peinte dans un blanc cassé et un vert pâle de très mauvais goût que Selena n'aurait même jamais songé à mettre dans des cabinets : trop vieux, trop moche au sens de cette adolescente du vingt et unième siècle.

Au moins de ce qu'elle avait sous les yeux, il n'y avait pas de cellules d'isolement, ni de chambres de froide, et aucunes camisoles suspendues aux portes manteaux… visiblement rien d'alarmant.

Elle sentit un courant d'air froid sur ses pieds nus et leva les yeux du côté opposé de l'infirmerie en même temps que Jedusor : le professeur Dumbledore venait d'entrer et se dirigea vers Mrs. Pompresh, échangeant quelques mots avec elle. Le professeur de métamorphose tourna alors la tête vers les deux adolescents restés silencieux et s'approcha d'eux. Jedusor se leva aussitôt et s'éloigna du lit qu'occupait Selena, saluant poliment l'enseignant. Ce dernier s'adressa directement à Selena en s'enquérant de son état.

- Je ne sais pas trop ce qu'il m'est arrivé mais je vais bien, assura-t-elle.

Mrs. Pompresh vint l'examiner rapidement malgré les protestations de la jeune fille qui réitérait son affirmation. Alors que l'infirmière l'auscultait, Selena pouvait presque sentir le regard de Tom à travers le rideau tiré. Quand Pompresh en eut finit, l'adolescente eut un vague sourire - adressé surtout à Jedusor - pour montrer qu'elle allait bien, et pour montrer aussi qu'elle n'oubliait pas la promesse qu'elle lui avait faite. Le garçon sembla se détendre imperceptiblement ; elle n'évoquerait pas le journal.

L'infirmière certifia à Dumbledore que Selena était en grande forme, ajoutant d'un ton qui sonnait dédaigneux aux oreilles de celle-ci, qu'il ne s'agissait que d'un banal malaise, rien en comparaison de dégâts causés par des Cognars sur les joueurs de Quidditch par exemple. Selena ne chercha même pas à comprendre de quoi elle parlait.

Quand Pompresh se fut éloignée d'un pas empressé, Dumbledore se pencha vers la jeune fille et sans introduction en vint directement au fait, insistant sur l'urgence à ce qu'elle « réapprenne » la magie au plus vite.

Selena appréhendait de se retrouver véritablement confrontée à toute forme de magie mais d'autre part, elle se rappelait l'étrange et délectable sensation qu'elle avait éprouvée en prenant dans la boutique d'Ollivander la baguette – sa baguette -, et ainsi elle attendait cela avec une impatience graduelle.

- Nous allons vous laissez vous habiller Miss Pacow, dit Dumbledore. Avant que vous ne disposiez, j'aimerais m'entretenir un instant avec vous, Tom.

S'il était étonné, Jedusor ne le montra pas, conservant son flegme. Mais lorsque Selena baissa les yeux, elle nota que les jointures déjà livides du garçon avaient blanchi.

Comme s'il eût perçu son regard, il mit les mains dans les poches et sortit à la suite de Dumbledore tandis que Mrs. Pompresh revenait avec des vêtements propres et tirait sèchement les rideaux pour laisser à l'adolescente son intimité. Selena n'était pas tellement certaine d'apprécier l'infirmière de Poudlard.

Elle retira l'espèce de blouse qu'on lui avait passé et déplia les habits qu'on lui avait remis. Encore ce pull et cette jupe plissée horribles… Selena eut une moue agacée mais ne rechigna pas, trop contente d'évacuer l'infirmerie.


- L'idéal serait de commencer son instruction dès demain. Une salle vous a été spécialement réservée et du matériel divers sera mis à votre disposition pour les exercices. Les autres enseignants et moi-même vous l'avons déjà dit, mais apprenez-lui dans un premier temps le strict minimum de ce qu'il y a à savoir. Et ne vous inquiétez pas, tout à été arrangé pour vos cours.

- Comment expliquerai-je aux autres que du jour au lendemain je n'assiste plus qu'au cours de la matinée ?

- Vous leur direz simplement la vérité sans trop entrer dans les détails : Selena est amnésique, elle a perdu ses parents dans un grave accident. Le professorat vous a donc chargé de lui réapprendre l'essentiel de ce qui est à connaître de sortilèges. Rien de plus.

Le regard bleu et vif de Dumbledore s'assombrit passablement.

- Avec les temps qui courent, mieux vaut rester succinct sur ce genre de chose. ..

- Vous voulez parler de Grindelwald ?

Le professeur de métamorphose acquiesça lentement.

- On n'est jamais trop prudent…

Sa phrase resta en suspens dans l'air.

Une neige dense et compacte était tombée au-dehors en couvrant tout le parc et coiffant également les tours du château de bonnets immaculés. Une brise gelée faisait onduler les capes des deux sorciers qui restaient figés, deux silhouettes immobiles dans le froid hivernal. Dans le parc de l'école, le vent soufflait à leurs oreilles, charriant dans l'air d'indicibles murmures.

- Miss Pacow m'a tout l'air d'être une jeune fille très intelligente, et je ne doute pas que vous vous entendiez bien avec, dit tranquillement Dumbledore, avant d'ajouter dans un demi-sourire : même si la première prise de contact fut des plus…déconcertantes.

Jedusor savait que l'enseignant faisait allusion à l'inexplicable malaise de Selena.

De son côté, Dumbledore avait développé toutes les hypothèses et pensait que cette perte de conscience était sûrement due au décalage entre deux mondes et deux époques radicalement différents et opposés : apprendre que l'on est doté d'un pouvoir magique et que l'on a remonté le temps d'un demi-siècle est pour le moins traumatisant.

En son for intérieur, Tom Jedusor repensait à cette fille venue de nulle part et à ce qu'elle lui avait dit : certes, le choc de son « accident » était une juste explication, mais il y avait aussi le journal. Surtout le journal.

- Tout se passera pour le mieux professeur, attesta-t-il avec détachement.

- Je l'espère, Tom.

Il y eut un long silence, presque embarrassé et pesant, avant que Dumbledore ne tourne les talons et ne parte en direction du château, laissant Jedusor seul dans la neige.

Tom resta un moment plongé dans ses pensées, redoutant déjà la journée qui s'annonçait le lendemain, et toutes les autres qui suivraient. Il ne lui manquait plus que ça ! Déjà que ses corvées de préfet en chef l'exaspéraient fortement, mais là c'était le bouquet !

- Une dernière chose Tom.

L'étudiant se retourna. Dumbledore se tenait déjà loin mais on ne pouvait le manquer, avec sa barbe auburn qui jurait magnifiquement avec sa longue cape rubis.

Une couleur de Gryffondor…

- Lorsque l'on parle de magie basique, j'entends par là ceux que l'on enseigne à l'école. N'est-ce pas ?

Jedusor ne cilla pas.

- Absolument professeur.

Dumbledore le considéra une longue minute de son regard perçant avant de faire volte-face et de laisser Tom à lui-même.

Vieux con, pesta-t-il intérieurement en fixant d'un air teigneux le dos du professeur de métamorphose. Toujours là pour se mêler de ce qui ne le regarde pas…


- Aperto libro.

Le mur en pierre coulissa et il franchit le passage d'un pas impétueux. Un troisième année qui passait par là au même moment recula aussitôt. Mieux valait rester loin.

La salle dans laquelle il venait d'entrer était une longue pièce souterraine dont les murs et le plafond étaient en pierre brute. Des lampes sphériques projetaient une lumière légèrement verdâtre. Les chaînes auxquelles étaient suspendues les lampes ajoutaient un charme des plus sinistre à la pièce. Un feu brûlait dans une cheminée au manteau gravé de figures artistiquement alambiquées.

- Eh, Jedusor…

- Plus tard Avery !

Le garçon qui l'avait interpellé s'arrêta net, interdit, mais ne s'offusqua pas en rien d'avoir été si vertement rembarré. Jedusor avait déjà gagné l'autre bout de la salle et sèchement claqua derrière lui la porte menant au dortoir des garçons, faisant sursauter plusieurs de ses condisciples se trouvant dans la salle commune.

Il se mit à fouiller sa valise avec une impatience grandissante, retournant fébrilement toutes ses chemises blanches, ses cravates vert et argent et ses manuels d'occasion. Bordel, où est-ce que… ah, il était là !

Jedusor était toujours tenaillé par une certaine appréhension qui le dérangeait désagréablement mais il sentit néanmoins une vague d'apaisement l'envahir lorsque ses doigts se refermèrent dessus.

Il leva à la hauteur de ses yeux un petit livre à la couverture de cuir noir, un rictus satisfait se dessinant sur ses lèvres. Une ombre passa sur le beau visage de Tom Jedusor et un éclair rouge anima fugacement ses prunelles obscures.

Le journal, son journal, son horcruxe, était bien là. Il n'y avait aucun doute, il le ressentait, c'était bien le sien. Et pas d'incertitude possible, Mimi était morte, et bien morte l'an passé, son cadavre pourrissait déjà six pieds sous terre. Si seulement il avait pu en être de même avec son fantôme !...

Mais il avait fait ce qu'il fallait pour que le noir maléfice s'opère correctement. Et pourtant aujourd'hui, près d'un an plus tard, cette Selena tombée du ciel remettait tout cela en question.

Il se remémora ce qu'elle lui avait dit dans l'infirmerie à propos du journal : apparemment le journal – l'horcruxe – avait échangé avec elle, ce qui expliquait qu'elle l'ait reconnu à la seule mention de son nom, d'où le malaise, le choc.

« C'est à cause de ton journal que je suis coincée ici, j'en suis sûre ! »

Brave fille… pas complètement stupide aussi…

Qu'entendait-elle par-là ? Qu'elle venait d'ailleurs ? Qu'elle était moldue ?

Jedusor plissa le nez, mais rejeta finalement cette idée : Dippet, Dumbledore et les autres voulaient qu'elle réapprenne la magie, elle avait donc des pouvoirs. Au pire c'était une Sang de bourbe… pas mieux.

Et cette « amnésie » qu'on avait invoqué… en était-ce vraiment une ?

Jedusor s'assit sur son lit, son journal entre les mains. Il passa un doigt fin sur la reliure de cuir foncée.

Etait-ce possible qu'il ait fait une erreur en créant son premier horcruxe ? Qu'il se soit trompé ? Il secoua la tête. Non. Non, ce n'était pas possible qu'il se soit trompé. Jedusor ne se trompe pas. Voldemort ne se trompe pas.

Ses mains hâves se crispèrent sur le carnet.

Il ne fallait pas qu'elle parle, surtout pas.

Il inspira profondément et se remit sur ses pieds, replaçant le journal à sa place initiale, le dissimulant sous les couches de vêtements et de livres.

La décision à prendre se révélait d'elle-même… elle venait de Dieu sait où et paraissait complètement perdue et désemparée. Il pourrait simplement « l'aider »…il serait facile de maquiller sa mort en suicide. Personne ne viendrait la réclamer. C'était sûrement la meilleure solution, oui.

Comme pour accompagner le fil de sa pensée, Jedusor sortir d'un geste mécanique sa baguette magique de sa poche. A son extrémité crépitaient déjà des étincelles d'un vert vif et agressif.

Mais il y avait Dumbledore.

A contrario de tous les enseignants et du directeur lui-même, seul Dumbledore avait paru croire en l'innocence de ce lourdaud de Rubeus Hagrid l'an passé, lorsqu'il l'avait dénoncé et qu'Hagrid avait été expulsé de Poudlard. Après que lui, Tom Elvis Jedusor, héritier de Salazar Serpentard ait ouvert la Chambre des Secrets.

Cette Selena semblait bénéficier de toute l'attention de Dumbledore. La tuer n'était pas une idée infaillible.

Jedusor referma sa valise dans un claquement sourd.

Pas de « suicide », mieux valait attendre. Il reverrait la fille le lendemain, il aviserait.


*Aperto libro : "à livre ouvert" - à première vue.

Alors, vous en pensez quoi, l'idée d'une Pom-Pom jeune ?^^ Elle a bien pu le connaître le beau Tom Jedusor nan ?

Une petite review siyouplé ? Dites moi comment vous avez trouvé ce chapitre, Selena et Tom =)