Leonard se rassit, regardant dans la direction où Jim avait disparu quelques temps plus tôt. Il reconnaissait le besoin de fuir, d'être isolé de ceux pour qui ils s'inquiétaient la raideur de ses épaules l'oubli de quelque chose d'important – il ne les avait juste pas vu depuis des années. Séparément, cela voulait juste dire que Jim voulait partir. Ensemble, cependant… Jim était près de s'effondrer. Se cacher était le dernier pas pour faire le point, ne pas ressentir, ne pas les laisser voir. Une habitude que Leonard essayait de supprimer depuis six ans.
Sois damnée, Winona. Il a traversé des centaines de mission au sol sans être rattrapés par Tarsus.
Quoique, toutes ces missions étaient plutôt du genre action non-stop. Et Jim était à peine conscient pour au moins la moitié d'entre elles… Tarsus aurait été supprimé par l'adrénaline et la douleur. Ou alors Jim est juste très bon pour cacher ses pensées (ce qu'il est).
Peu importe, c'est mieux de ressentir, donc tu peux laisser passer. C'est ce que le livre dit. C'est ce que ton expérience a prouvé.
Mais regarder faisait mal, bon sang.
Un frisson le sortit de ses pensées. Il posa son tricordeur médical et souffla dans ses mains, les frottant l'une contre l'autre pour les réchauffer. Cette planète était sûrement plus jolie et moins glacée que Delta Vega, mais cela semblait la seule différence.
« Cette pluie ne devrait-elle pas être de la grêle ? » murmura-t-il, à moitié pour lui-même.
Spock répondit de toute façon. « Bien que les humais décriraient cette température comme 'glacial', elle est, en fait, dix degrés au-dessus. Donc, non, la pluie ne devrait pas être de la grêle.
« Fascinant. » commenta Leonard, pince-sans-rire. Spock lui lança un regard en coin, reconnaissant la pique pour ce qu'elle était, mais ne répondit pas. Bon sang, il voulait argumenter – cela le distrairait au moins du froid. Et de Jim. Aussi sérieusement que Leonard voulait le retrouver et lui parler, il savait que ce serait trop facile qu'il se perde, et il n'allait pas ajouter ce fardeau sur les épaules de Jim – il se sentait déjà assez responsable. Donc tout ce qu'il pouvait faire était rester assis et attendre. Et c'était frustrant.
Certaines personnes diraient que la partie la plus difficile du métier de médecin était d'informer les proches de la mort d'un patient, juste après perdre ledit patient sur la table. D'autres diraient que c'était les longues années d'études. Encore d'autres diraient que c'était la nature du travail.
Ils avaient tous tort.
La partie la plus dure était d'attendre. Attendre pour un diagnostic miraculeux. Attendre pour un médicament de faire effet. Attendre de voir si le patient se réveillait. Attendre que les proches arrivent pour apprendre la mauvaise nouvelle. Attendre que la souffrance passe quand tu ne pouvais pas la stopper. Attendre que le blessé arrive à l'infirmerie après un combat ou après qu'une mission ait mal tournée. Attendre la prochaine fois où Jim se blesserait. Attendre, attendre, attendre.
Parce qu'au moins quand il parlait à ceux laissé derrière, ou quand il faisait le boulot que personne d'autre n'aimait, il faisait quelque chose. Alors que pendant l'attente, il était complètement inutile. Il pouvait seulement s'asseoir et regarder – et des fois, même pas. Et ça le rendait fou. Spécialement quand le patient était Jim Kirk (bien qu'il n'était pas supposé avoir de préféré, mais eh, il était seulement humain).
Plus comme Jim Je-rend-tout-plus-compliqué Kirk.
« Docteur, puis-je vous emprunter votre communicateur ? »
Leonard fut expulsé de ses pensées. « Quoi ? »
« Je crois que j'ai découvert une façon de passer outre les interférences, et j'ai besoin d'un second communicateur pour tester ma théorie. »
Leonard chercha dans sa ceinture avant de se souvenir qu'il l'avait jeté au sol en face de lui après que Jim le lui ait rendu. Instantanément suspicieux – Spock aurait très bien pu le prendre – Leonard le laissa tomber dans la main tendue de Spock, considérant ses motivations. La politesse vulcaine, ou le besoin humain de sortir Leonard de ses pensées ? Il observa Spock, le voyant ajuster le communicateur, notant le léger tremblement de ses mains, la façon dont il se concentrait un tout petit peu trop sur ce qu'il faisait – même les Vulcains (ou au moins ceux qui étaient à moitié humain) avaient leurs moments émotionnels, bien que les mains tremblaient probablement uniquement à cause du froid. Et Spock essayait de ne pas penser à quelque chose.
« Un penny pour vos pensées ? » essaya-t-il.
Spock le fixa, ses sourcils se soulevant en même temps. « Pourquoi voudriez-vous échanger une monnaie obsolète pour mon processus mental ? »
Leonard soupira. « Façon de parler, le gobelin – je veux savoir à quoi vous pensez. »
Spock considéra cela pendant un moment. « Fascinant. »
« Vous allez répondre à ma question ? » le pressa Leonard.
Spock garda résolument ses yeux sur le communicateur. « Je pense à passer au travers des interférences. »
Il le dit trop rapidement – la vitesse de sa voix était comme un substitut pour le ton des humains rapide voulait dire qu'il paniquait, lent voulait dire qu'il appréciait le moment, etc. Il cache définitivement quelque chose. Pas que cela soit surprenant, Spock étant un Vulcain et pas exactement en bon terme avec Leonard. Cependant, il devait tenter sa chance, essayé de découvrir ce qu'il se passait dans sa tête.
« Ce n'est pas ce que je veux dire, Spock, et vous le savez. »
« Il n'y a pas d'autres pensées importantes pour le moment, Docteur. »
Leonard essaya de ne pas rouler des yeux, mais sérieusement. « Oh, allez, le gobelin, vous devez travailler avec moi. »
« Vous n'êtes pas en train de travailler, Docteur. »
Vrai. « Je suis médecin, pas un ingénieur. Mon boulot est de vous garder vous et Jim en bonne santé, et aucun de vous ne me laisse faire, donc excusez-moi si j'ai juste l'air d'être assis à ne rien faire. »
« Vous êtes pardonné, Docteur. »
Espèce de petit sarcastique –
« Les gars ! J'ai trouvé un endroit. »
Jim entra à nouveau dans leur petit abri, son uniforme collant à nouveau à sa peau. Il réprima un éternuement, et Leonard tourna instantanément son tricordeur médical vers lui. « Bon sang, Jim, une mission – »
« C'est probablement juste un rhume, Bones. Laisse tomber. »
« C'est une planète extra-terrestre avec des bactéries extra-terrestres, Jim – dois-je te rappeler la dernière fois que tu as dit 'juste un rhume' ? »
« Non. » marmonna Jim d'un air penaud. Il retrouva cependant rapidement son visage de Capitaine, et ajouta : « Mais quand même, on ne va pas faire ça ici. Allons nous mettre totalement à l'abri de la pluie avant de tous tourner bleus. Attend, est-ce que les Vulcains tournent bleus quand ils ont vraiment froid, ou est-ce que vous tournez vert ou quelque chose ? »
Spock ne prit pas la peine de répondre, à la place, il récupéra silencieusement son communicateur et son phaser. Leonard prit son propre communicateur – protocole de mission au sol et tout ça – et plaça son kit médical sur son épaule, mettant son tricordeur à l'intérieur. Jim se redressa à nouveau, grimaçant quand son épaule blessé effleura une branche. Leonard chercha un hypo d'anesthésie locale, mais Jim le stoppa rapidement avec un « Je vais bien. ». Puis Jim commença à marcher, et Leonard était trop concentré sur le fait de ne pas se prendre les pieds dans de la broussaille pour essayer une attaque discrète.
Rapidement – mais pas avant que le corps de Leonard ne proteste contre la vitesse, que Jim trébuche de fatigue et que Spock ne frissonne à nouveau – ils arrivèrent à une cave quelconque au milieu de la forêt. L'entrée devait faire sept mètre de haut sur quatre mètre de large, et, après avoir traversé une sorte de couloir, l'intérieur se retrouva être une pièce de vingt mètres sur vingt mètres. Les murs étaient rocailleux, mais le sol relativement lisse, et il faisait plus chaud et plus sec qu'à l'extérieur. L'extérieur de la cave était d'un noir sombre, mais l'intérieur était gris, comme la coque de l'Enterprise, et d'une certaine façon…
« Pourquoi est-ce que c'est éclairé ici ? »
Pas vraiment éclairé, mais il y avait assez de lumière pour voir, en dépit du fait qu'il devait être à dix mètres en dessous de la cave, l'entrée n'étant rien d'autre qu'un rectangle.
Le tricordeur de Spock était déjà sorti et en train de scanner. « La roche a apparemment conçu d'un matériel réflecteur. Ce n'est pas aussi puissant qu'un miroir, mais il semble refléter plus puissamment la lumière venant de l'extérieur. »
« Cool. » commenta Jim. Dès que Leonard et Spock furent en sécurité, il se rassit vers l'entrée, le dos prudemment placé contre le mur. Leonard voulait imiter le jeune capitaine – juste se laisser tomber et s'asseoir – mais il avait aussi un boulot à faire, que cela plaise ou non à Jim.
« Vous en avez encore besoin, Spock ? » demanda-t-il en montrant son communicateur.
Détourné de son examen des murs, Spock acquiesça. « Oui, s'il-vous plaît. Merci. »
Démuni de son communicateur, Leonard s'installa derrière Jim, qui soupira d'exaspération. « Vraiment, Bones ? »
Imperturbable, Leonard sortit son tricordeur et le plaça près de l'épaule de Jim. « Oui, vraiment. Tu ne sembles pas le réaliser, mais je suis ton médecin et tu es blessé. Donc, je vais faire ce que les médecins font. Maintenant, sur une échelle de un à dix, où se place ta douleur ? »
« Ça n'a pas d'importance. » rétorqua Jim, regardant ailleurs. Leonard lui donna un léger coup en-dessous de son épaule, et il se figea.
« Tu sais, c'est important si un contact aussi léger te fait ça. » dit Leonard. « Ton épaules n'est ni disloqué ni luxé, juste tendue parce que, comme d'habitude, tu es coincé dans une situation que requières que tu l'utilises juste après une blessure. J'ai un anesthésique local qui fera partir la douleur en te laissant éveiller, bien que du repos ne te ferait pas de mal. »
« Pas ici, Bones. »
Au moins, il ne rejette pas l'antidouleur. Ce qui veut dire que soit il m'écoute, soit il a vraiment mal, ou alors il veut juste me faire plaisir. Enfin, je ne vais pas me plaindre.
Jim grimaça quand Leonard lui administra l'hypo, même si une certaine tension quitta ses muscles. Plaçant son bras de façon protective contre son torse, Jim se recula, plaçant son corps pour bloquer partiellement l'entrée.
« Tu continues de surveiller ? »
La seule réponse de Jim fut un haussement d'une épaule. Le cœur de Leonard rata un battement à l'apathie du mouvement, réalisant que le temps de Jim seul n'avait pas fonctionné et qu'il essayait toujours de se reprendre. Leonard remballa son kit médical et s'installa derrière Jim, assez loin pour lui donner de l'espace, assez près pour être un soutien silencieux Jim n'acceptant ni ne rejetant la chose.
« Un penny pour tes pensées ? »
« Garde ton penny. »
« Jim… »
« Pourquoi est-ce que tu ne vas pas embêter Spock ? »
Spock les fixa, réalisa qu'ils ne parlaient pas réellement de lui, et retourna à son travail.
« Parce que tu as eu une semaine plus difficile que lui. »
Jim renifla. « Vraiment ? Je n'avais pas remarqué. Il serait enchanté si sa mère revenait. Ce ne serait pas un rappel de tous ses mauvais souvenirs. »
« Au contraire, cela le serait. » intervint doucement Spock. Leonard et Jim tournèrent un regard surpris vers lui, mais il resta concentré sur les communicateurs. « Son retour serait un rappel de toutes les épreuves de mon enfance, mais je m'en souviens de toute façon, donc cela ne sert à rien de désirer qu'elle ne soit pas là pour me les rappeler. »
Jim détourna le regard, trouvant soudainement un bout de roche extrêmement fascinant. Si Spock ne venait juste pas de se mettre à nu (et s'il était complètement humain), ils auraient probablement échangés un regard triomphant au léger changement d'attitude – les mots de Spock avait définitivement traversés ses protections.
« Il a raison. » murmura Leonard. « Je réalise que vous deux avez des relations totalement différentes avec vos mères respectives, mais le principe est le même. »
« Je le sais, bon sang. » claqua Jim. « J'ai juste – j'avais treize ans quand je me suis promis de ne plus jamais me soucier d'elle à nouveau, et j'ai survécu seize ans sans elle, et maintenant elle vient, et soudainement j'ai de nouveau treize ans et bon sang, et je ne veux pas avoir treize ans, je ne peux pas avoir treize ans, et je – je ne sais plus, je ne peux pas faire ça encore une fois ! »
Sa voix passant d'un hurlement furieux à un sanglot choqué, Jim se redressa sur ses pieds et sortit. Spock laissa tomber les communicateurs et se leva, mais ne bougea pas, bloqué par son inhabileté vulcaine à faire face à de puissantes émotions. Leonard se redressa à son tour et suivit Jim, parlant par-dessus son épaule. « Travaillez sur les communicateurs, d'accord ? Je m'occupe de lui. »
Jim pressa son front contre l'extérieur de la cave, ses bras de chaque côté de sa tête pour la cacher. Même s'ils se trouvaient sous la pluie, Leonard pouvait le voir trembler, et cela n'avait probablement rien à voir avec le froid. Jim s'écroulait, finalement, véritablement brisé, et bon Dieu cela faisant mal de voir la différence entre le jeune homme fort et le petit garçon brisé, peu importe combien Leonard se rappelait que Jim devait en passer par là pour guérir définitivement.
« Onze. » croassa-t-il.
« Quoi ? »
« L'échelle. Onze. Bones… Ça fait mal, Bones. Pourquoi est-ce que tu n'as pas un hypo pour ça ? »
Leonard s'approcha, posant une main légère sur le coude de Jim. « J'aimerais en avoir, Jim, mais ce genre de blessure est uniquement guéri par le temps. Mais tu sais ce qui aide ? »
« Quoi ? » marmonna Jim.
Leonard lança un regard à l'entrée de la cave. « Ta famille. »
« Quelle famille ? » renifla Jim.
« Eh bien, maintenant qu'elle est là, ta mère. Uhura est comme ta grande sœur, j'imagine. Carol ta petite-amie. Pike en quelque sorte ton père. Et, tu sais, Spock et moi somment un peu tes grands-frères – »
Soudainement, Jim était pressé contre lui, une main serrant son haut, l'autre bras enroulé légèrement autour de son torse. Après avoir dépassé le moment de surprise initial, Leonard l'enlaça plus près, plaçant la tête de Jim sous son menton.
« Ça va aller, petit frère. » murmura-t-il, tapotant son dos pour le rassurer. Il sentit Jim acquiescer contre sa poitrine. « Allons à l'intérieur de cette cave au milieu de la forêt, ok ? »
Jim hoqueta légèrement de rire. « Ce – ce n'est pas une simple cave. C'est une structure r – rocheuse – »
« Shh. Je suis médecin, pas géologue. »
Doucement, Leonard guida Jim à l'intérieur, aucun d'eux ne relâchant leur prise. « Assieds-toi là » murmura Leonard, installant Jim dans un coin assez près de Spock pour que la présence du Vulcain soit rassurante, mais assez loin pour éviter une gêne non nécessaire. Jim se détendit progressivement, et la prochaine étape serait être du repos, mais naturellement le capitaine (et, maintenant que Leonard y pensait, le survivant de Tarsus IV) en Jim ne voulait pas laisser cela arriver.
« Bones – » essaya-t-il de protester.
« Nope. » le coupa Leonard. « Ce n'est pas Tarsus, Jim, et tu n'as pas à être un capitaine vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec nous. Spock et moi sommes de grands garçons qui pouvons prendre soin de nous-mêmes pour au moins quelques heures. Tu as besoin de sommeil. »
Jim essaya de le faire changer d'avis en le fixant, mais un bâillement le fit échouer.
« …Bien. Deux heures, pas plus, et tu me réveilles s'il se passe quoi que ce soit. Compris ? »
« Bien sûr. Je te réveille si Spock cligne des yeux trop souvent. Maintenant reposes-toi. »
« Bones… »
« Jim. »
Avec un soupir dramatique, Jim se recroquevilla, et avec sa tête sur la jambe de Leonard, il s'endormit presque instantanément. Plaçant une mais sur le bras de Jim, Leonard se tourna vers l'entrée de la cave pour la surveiller. Quelques mètres plus loin, Spock continuait de travailler sur les communicateurs, fixant Jim et l'entrée de temps en temps.
Et l'attente commença. L'attente pour les secours.
