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Chapitre 9
La femme qui court
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La jeune femme resta assise sur sa chaise, seule dans la pièce sombre, rongeant l'ongle de son pouce parfait, songeuse et nerveuse. Elle fixait un point invisible devant elle, et sa jambe se balançait d'avant en arrière trahissant son anxiété. Mais lorsque la porte s'ouvrit toute seule sur le fameux homme en costard cravate, elle retomba sur terre brutalement et se leva derechef, lui faisant les gros yeux.

« Êtes-vous fou ?! Il ne faut pas qu'ils vous voient ici ! » s'exclama-t-elle en contournant la table pour s'approcher de lui avec vigueur.

« Qu'importe ! Qu'avez-vous fait ?! » hurla l'homme hors de ses gonds. « J'apprends que vous avez enfermé Maximoff et qu'il n'arrête pas de brailler comme un malade mental ! Dans une cellule sans fenêtre ni eau, ni même matelas ! »

« Il va finir par se calmer et réfléchir, je-… »

« Vous avez fait une grosse erreur ! Qu'avez-vous fait ?! »

Poussant un soupir agacé, la jeune femme tourna les talons, les yeux de l'homme la scrutant en silence, rage contenue au plus profond de lui. Elle s'approcha du bureau, et passa le bout de ses doigts contre la feuille froissée qu'elle avait récupérée au sol une fois que Pietro eut été tiré à l'extérieur de la pièce.

« Je lui ai annoncé qui était la jeune femme qui tombait, » expliqua-t-elle, ses doigts frôlant le dessin de la fille entouré de nuages.

« Ce n'est pas tout… Je le sais. »

« Je lui ai montré cette photo. »

Attrapant la photo toujours contre la table, elle lui tendit, et l'homme écarquilla les yeux de surprise, ses poings se serrant soudain.

« Vous allez faire de même avec Barton… » l'interrogea soudain l'homme entre ses dents en fronçant les sourcils.

La tension de la pièce était extrême, et la jeune femme hocha la tête sans lâcher des yeux le papier aux dessins enfantins.

« Je vais lui dire qui est la femme qui court, » annonça-t-elle, son poing se resserrant autour de la feuille, la froissant au passage.

« Et la femme qui dort… ? » lâcha-t-il durement, semblant ne pas apprécier les méthodes de son interlocutrice.

« La femme qui dort, » répéta-t-elle suivit d'un rire forcé.

« Vous êtes folle… Souvenez-vous que rien n'a marché ! Vous allez les rendre fous ! »

« Nos méthodes sont différentes. Je n'avoue pas vaincu. »

Puis, elle déchira en deux le dessin fixant son œuvre d'un regard vide et lointain, pour ensuite l'arracher en quatre, puis en huit, et elle laissa les morceaux de papier tomber doucement sur le sol.

« C'est après le mariage de James Rhodey que ça ne va plus. Ce fameux jour est la fameuse coupure. »

Cette annonce faite avec une froideur sans pareille vint percuter de plein fouet l'homme au costard parfait et il déglutit, n'osant pas emmètre de jugement.

« Voyons voir si s'en est de même pour Clint Barton, » déclara-t-elle en jetant son regard bleu et perçant vers son interlocuteur méfiant et dérouté.

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Les ongles de Pietro étaient en sang, griffant la porte en fer qui l'enfermait dans cette petite cellule au carrelage parfait, mais noir et aux murs propres mais ternes. Sa voix était cassée pour avoir trop crié et insulté cette femme, l'accusant de mentir et de jouer la mascarade depuis le début. Mais personne n'était venu le calmer ni même lui expliquer, cette femme avait menti, à nouveau, il n'y avait pas de terrain d'entente.

Se laissant retomber contre la porte, sa joue rugueuse contre celle-ci, le regard vide, Pietro abandonna et ferma les yeux, éreinté. Cette photo qui semblait si réelle hantait son esprit.

« La femme qui tombe… » répéta Pietro dans un murmure.

Sur cette photo, la jeune femme semblait être étendue au sol, et le sang avait éclaboussé son corps, signe qu'elle avait dû faire une mauvaise chute, ou être éjecté de quelque chose. Mais c'était faux, Pietro le savait, Natasha ne pouvait pas avoir été tué en juin puisqu'il l'avait vu il y a quelques semaines aux côtés de Bruce Banner.

Puis, Pietro eut une idée, et il se laissa tomber à même le sol, ses doigts tachant le carrelage de sang au passage, et il se recroquevilla contre la porte puis fit le vide dans son esprit agité, tentant de calmer ses tremblements soudains et ses contractions violentes pour laisser place à un noir chaste. Il voulait des réponses.

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Mes yeux restèrent figés à fixer l'unique arbre de ce paysage blanc, dont les feuilles s'étaient toutes évaporées, laissant entrevoir les grosses racines presque noires du tronc. Me revoilà dans cet endroit malsain mais source d'information à propos de cette histoire folle.

Oui, je ne rêve pas, hein ? Ce n'est pas un rêve ? C'est seulement ici que je peux communiquer avec ma sœur. Ce n'est pas le fruit de mon imagination ? Je l'espérais vraiment. Mais petit à petit les dires troubles de cette cinglée me revinrent en mémoire et elle avait semblé s'intéresser au fait que je pouvais parler avec Wanda. C'était la seule qui pouvait nous sortir de là avant que notre cerveau n'ait été totalement compromit et que nous devenions fous.

Ma jeune sœur était toujours sur cette balançoire et elle semblait me fixer en silence. Sa blancheur était effrayante, tout comme ses yeux creusés de cernes rougeâtres. Je fis donc un pas en avant et remarque que le sol était dur, et non meuble suite à cette étendue d'herbe qui avait disparu. Et cette odeur toujours forte de produit artificiel empoisonnait mon odorat.

« Ne sois pas effrayé, » murmura Wanda en m'observant avec chagrin.

« Pourquoi dis-tu que tu es coincé ? » demandais-je en ignorant ses paroles. « Où es-tu ? »

Et si elle était dans ce même bâtiment ? Et s'ils avaient déjà expérimenté des choses sur elle ? Non, impossible… Je l'espérais grandement. Cette vision des choses m'épouvanta.

« Je suis loin d'ici, Pietro. Mais là n'est pas la question, je-… »

« Peux-tu contacter les Avengers ? » insistais-je, sachant que j'avais toujours peu de temps dans ce genre de rêve, et qu'un surplus d'émotion me déconnectait à cet endroit.

Elle secoua la tête, attristée et fixa ses pieds nus. J'étais à un ou deux mètres d'elle, je pouvais clairement l'attraper la tirer d'ici, la serrer dans mes bras et lui supplier de tout me dire, mais comme à chaque fois, je reste bloqué. Je pense que Wanda a fait en sorte que je ne puisse pas m'approcher d'elle.

« Aide-moi, Wanda. Cette femme est folle, elle-… »

« Elle n'est pas folle, Pietro. Elle ne comprend pas. Comme tous les autres. »

« Mais arrêtez avec vos devinettes ! Wanda, par pitié, explique-moi ! »

Qu'est-ce que cette femme ne comprend pas, bordel ?! Notre comportement ? Normal si elle nous séquestre de la sorte pour nous infliger des tests improbables et dérangeants ! Qu'elle nous laisse sortir, merde !

« Je crois que j'ai fait une erreur, » articula soudain ma sœur d'une voix cassée et enrouée.

« Quelle erreur ? Wanda, parle-moi. »

« C'est à cause de moi si vous êtes ici. »

Je fronce les sourcils. La mission aurait mal tourné par sa faute ? C'est ironique finalement, car c'est toujours moi qui fou la merde dans les missions, ma sœur était toujours ingénieuse et puissante.

« Et alors ? Tu te souviens de toutes les gaffes que j'ai faites en mission, moi ? » lui demandais-je en espérant qu'elle lève la tête vers moi. « Tu peux nous aider à sortir d'ici, Wanda. Explique-moi, ou essaie de détecter ma présence pour venir nous chercher ! »

Pourtant, mes dires eurent l'air de la chagriner encore plus, car elle baissa à nouveau la tête, et ses poings se serrèrent plus fort contre la corde.

« Ce n'est pas ce que tu crois… » commença-t-elle faiblement.

« Mais alors qu'est-ce que c'est ?! » m'énervais-je brusquement.

Je m'en veux d'être si dur avec elle, mais il le fallait. Sinon jamais je ne pourrais avancer. Quelque chose bloquait ma sœur et je voulais savoir quoi au plus vite.

« Cette cinglée m'a dit que Natasha était la femme qui tombe ! » continuais-je sur ma lancée.

« Elle t'a dit ça… » marmonna Wanda sans lever la tête. « Qu'est-ce que tu as dit ? »

« Qu'elle mentait bien sûr ! Elle cherche à nous corrompre, Wanda ! On ne peut plus faire confiance à personne dans cette baraque ! S'il te plaît, j'ai besoin de toi… »

J'avais tout donné, et mes jambes lâchèrent, me laissant choir à genoux sur le sol, et je baisse la tête, la gorge serrée. C'est horrible, je me sentais perdu, et si loin de ma sœur.

« Pietro, par pitié, ne pleure pas… Je suis désolée, si tu savais. Si désolée… »

Levant prudemment mon visage vers le sien, je remarque qu'elle me fixait de ses yeux larmoyants, des larmes coulant sur ses joues pâles. Ma première intention était de me lever et attraper ses mains afin de la réconforter et lui chuchoter des mots doux comme lorsque l'on était enfant, mais j'étais bloqué au sol par une force étrangère.

« Crois-moi, j'ai essayé de t'aider, je pensais bien faire ! J'ai pensé bien faire pour nous trois ! » s'exclama-t-elle en fermant les yeux péniblement.

Je l'observais en silence, le cœur serré mais aussi brisé.

« Nous trois… ? » lui murmurais-je d'une voix enrouée.

« Toi… Moi et Clint. »

Il ne fallait pas que je me réveille maintenant. Non, il fallait que j'avance encore !

« Qu'est-ce que tu as fait ? » fis-je dans un souffle, soudain apeuré.

« Souhaites-tu vraiment tout savoir ? Et souffrir comme jamais ? Ou simplement laisser couler et vivre dans le bonheur auquel tu penses ? »

Cette fois-ci, ma voix resta bloquée dans ma gorge et je la fixais d'un air ahuri. Bordel, je sentais que je m'approchais du but mais j'étais terrifié à cette idée. Terrifié d'apercevoir ce qui se trouvait au bout, le fin mot de l'histoire, ce qui semblait affligé par petite sœur adorée.

Je hoche donc la tête en silence, le cœur battant, espérant ne pas me réveiller. Wanda parut céder tout en détournant les yeux, tout son être semblait être torturé de l'intérieur.

« Elle avait raison. Natasha Romanoff est bien la femme qui tombe. »

A cette annonce, mon cœur rata un battement, et je perds pied, la regardant avec effarement. Non, elle mentait elle aussi, c'était impossible. Ma petite sœur me mentait ! N'était-elle pas de mon côté ?!

« Tout ce que cette femme te dira est vrai ! » s'exclama-t-elle en fermant les yeux, comme pour ne pas voir mon expression apeurée et dégoûtée.

Mais tout ceci suffit à me donner la nausée et à sombrer comme à chaque fois, la voix d'un homme appelant mon nom au loin…

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« Pietro… »

Le sokovien ouvrit les yeux avec difficulté, ses cils blanchâtres collés par ses larmes séchées. Sa joue était endolorie pour avoir été plaquée au sol dur et frais de la cellule durant son sommeil, et la douleur de sa jambe le reprit. Il remarqua ensuite que le médecin avait ouvert la porte, et était penché à sa hauteur, le regardant avec inquiétude.

« Comment tu te sens mon garçon… ? »

Découvrant qu'il avait pleuré durant son assoupissement fictif, Pietro tenta de dissimuler ses larmes séchées d'un revers de la main, et se redressa avec difficulté, aidé par le vieil homme. Comment allait-il ? Très mal à vrai dire. Encore plus mal qu'avant son sommeil. Les dires de Wanda qui lui revenait en mémoire l'avaient ébranlé et bouleversé.

« Je vais nettoyer le sang sur tes mains, » lui annonça le médecin en aidant Pietro à s'adosser au mur derrière lui. « Je vais ensuite te raccompagner dans ta chambre. »

Pietro avait tant de question sur le bout de la langue, mais sa fatigue et sa tristesse l'empêcha toute interaction verbale avec le vieil homme, et il resta ici gisant sur le sol, fixant un point invisible devant lui pendant qu'on nettoyait le sang et enroulait des pansements autour de ses doigts douloureux.

Pietro Maximoff était perdu. Cette cinglée avait gagné.

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La jeune femme réfléchissait rapidement, le bout de son index tapotant nerveusement la table en fer, Clint Barton assis en face d'elle était toujours aussi sombre et méfiant. Fort heureusement, il ne semblait ne pas avoir entendu les cris de son amant à travers les murs, sinon elle était sûre qu'il n'aurait pas été dans cet état d'esprit là.

« Vous ne vérifiez pas nos compétences aujourd'hui ? » lâcha Clint avec désinvolture.

Oh oui, il n'en pouvait plus de cette pièce et de cette femme. Mais la jeune femme finit par cesser son geste nerveux pour ensuite tendre une feuille à Clint, et glisser un stylo à bille prêt à l'emploi. Aucun sourire ne marquait son visage, et elle semblait bien soucieuse, ce qui intrigua fortement l'archer des Avengers.

« J'ai besoin que vous remplissiez cette frise chronologique avec trois petites choses, » annonça-t-elle en croisant les bras contre la table, paraissant fatiguée et lasse.

Clint abaissa son regard vers la feuille, et remarqua qu'une longue flèche avait été tracée, traversant toute la feuille en format paysage, et qu'un seul élément était inscrit au milieu de cette frise en rouge. « Mariage de James Rhodey le 24 septembre 2015 ». Et Clint fronça les sourcils, à nouveau perdu. Il aurait payé cher pour avoir une explication qui ne viendra surement pas toute seule.

« Quelle information je dois rajouter… » marmonna Clint en agrippant le crayon docilement, mais non sans colère et irritation.

« D'abord, votre rencontre avec Pietro Maximoff, » annonça-t-elle sans le lâcher des yeux.

Qu'avait-elle donc avec lui ? Pourquoi toujours parler de ce qui les unissait tous les deux. Mais Clint ne réfléchit pas longtemps, et marqua rageusement une petite croix quelques centimètres derrière le 24 septembre 2015, ajoutant rapidement « avril 2015 » et les initiales de Pietro, « P.M. ».

« Bien. Maintenant, le divorce avec votre femme. »

La dévisageant du regard, Clint resta interdit et paralysé, le crayon en suspend. Elle avait pourtant l'air très sérieuse et ceci déstabilisa l'archer.

« Je sais que votre divorce a commencé avant le mariage de votre ami, » ajouta-t-elle d'une voix morne. « Ce que je veux, c'est le jour définitif de votre divorce. Vous avez la date en tête, je le sais. »

Oui, elle avait raison, mais Clint finit par abdiquer, vidé et affligé. C'était la seule chose à faire, cependant il espéra en savoir davantage suite à ce petit exercice bien étrange, déjà assez heureux de voir que la jeune femme ne portait plus son masque hypocrite et froid. Quelqu'un ou quelque chose avait réussi à la briser.

Ainsi, cette fois-ci, il nota la date après le mariage de Rhodey, grand ami de Tony Stark, et écrivit la date du 10 mai 2016, accompagné d'un simple mot « divorce ».

« Que s'est-il passé d'autre après ce mariage ? » reprit-elle en observant les deux dates notées en noir entre celle écrite en rouge.

« Ce qui s'est passé ? Vous voulez que je vous fasse un roman ou quoi ? » lâcha Clint effaré après un rire forcé. « Vous êtes tout aussi folle que cet idiot de Stark. Même plus ! »

« Il ne s'est donc rien produit de… Impactant dans votre vie ? »

Elle avait semblé chercher longuement son mot, et Clint fronça les sourcils tout en secouant la tête. Si bien sûr on omettait le divorce et ses fiançailles avec Pietro, rien n'avait été impactant.

« C'est quoi la troisième chose que je dois marquer ? » asséna brutalement Clint qui voulait en finir, le stylo dans sa main gauche tremblant dangereusement.

« Pardonnez mon impétuosité, mais-… »

« Cessez vos belles paroles, bon sang, » s'énerva Clint qui manqua de briser le stylo à bille entre ses doigts.

La jeune femme hocha donc la tête, ne semblant pas perturbé, et planta son regard droit dans celui de Clint, semblant appréhender ses paroles suivantes. Mais elle finit par entrouvrir la bouche.

« J'aimerais que vous notiez maintenant sur cette feuille, le jour du décès de votre ex-femme, Laura. »

Cette fois-ci, le tremblement de la main de Clint se figea et ses yeux s'arrondirent de surprise. Avait-il bien entendu ? Pourtant, elle semblait toujours aussi sérieuse, et le regardait avec impatience non dissimulée.

« Laura n'est pas morte. Regardez vos putains de dossier, » lâcha finalement Clint en montrant d'un geste rageur de la main le calepin de cette femme posé devant elle. « Regardez-le ! »

« Justement, j'ai une photo à vous montrer. »

Sous les yeux craintifs et méfiant de l'archer, la jeune femme ouvrit le calepin avec lenteur, et fixa l'intérieur, cachant ses documents de la vue de Clint, ce qui l'irrita à nouveau. Mais elle parut hésiter et finit par prendre un air navré et elle referma son bien, déposant ses mains jointes contre la couverture pour à nouveau planter son regard dans celui de Clint.

« Votre amant n'a pas supporté la vue d'une photo appartenant à une connaissance. Alors vous ne supporterez pas celle qui se trouve dans ce carnet. »

« Montrez-moi cette putain de photo, » siffla Clint entre ses dents, la mâchoire serrée.

« Non. Je vais simplement vous dire quelque chose. »

Clint souhaitait agripper ce calepin à portée de main, et lui arracher cette photo, mais finalement, une peur étrange le tétanisa et l'empêcha de bouger.

« Je suppose que votre fiancé vous a parlé de ces trois femmes, » reprit-elle après un instant de lourd silence.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait… » murmura soudain Clint qui prit conscience de la possibilité en laquelle Pietro avait été interrogé lui aussi de la même manière.

« Je lui ai parlé de cette femme qui tombait. Tombait encore et encore, n'ayant pas pu être rattrapé. Lorsqu'il vous dira de qui il s'agit, n'ayez pas trop de peine. Elle n'a pas souffert. »

Ça y est, Clint était maintenant paralysé d'une peur sourde, ses mains placées sur la table près de la feuille, tremblant violemment, ses yeux écarquillés, le stylo roulant sur le fer.

« Maintenant, je vais vous dire qui est la femme qui courait dans cette forêt, » reprit-elle un peu plus bas, comme si elle discutait avec un enfant. « Et j'aimerais que vous me faites part de vos impressions. »

Sachant qu'elle n'aurait pas de réponse de la part de l'archer interdit, elle croisa les bras à nouveau contre la table, et avoua enfin :

« La femme qui court s'agit de votre ancienne épouse, Laura Barton. »

Soudain, la vision du sang dans les feuilles mortes qui avait été offerte par cette femme vint percuter l'esprit de Clint qui eut l'impression de rencontrer un mur de briques.

« Et je dis bien, Laura Barton, car votre ex-femme n'a jamais eu l'occasion de signer les papiers définitifs du divorce, » renchérit la jeune femme en se levant lentement.

Le cœur de l'archer battait à la chamade et ses yeux vinrent rencontrer la frise aux trois dates juste sous ses yeux, observant le jour de son divorce.

« Elle est morte le 10 mai 2016 dans la forêt derrière votre ferme tranquille, » continua-t-elle en tournant doucement autour de la table, observant l'attitude du tireur.

« Connerie… » lâcha finalement Clint en secouant vivement la tête. « Nous avions divorcé le 10 mai, et je la vois deux week-ends par mois lorsque je vais chercher mes gosses à la ferme… »

La jeune femme se figea juste derrière Clint, bras croisés contre sa poitrine. Elle pouvait pressentir les tremblements de l'Avenger et sa respiration rauque et saccadée.

« Et vos enf-… »

« Taisez-vous. Votre jeu ne marche pas sur moi. Mon esprit a déjà été enrayé de nombreuses fois, » l'interrompit durement Clint en fixant toujours la feuille. « Vous ne m'aurez pas avec vos tests à la con. »

« Rien n'est vrai dans votre tête ! RIEN ! »

La jeune femme avait hurlé cela en plaquant ses mains contre la table de fer, arrachant presque les tympans de Clint qui la dévisagea derechef avec surprise et déroute. Mais elle se redressa soudain, comme brûlée par la matière de la table, et elle s'éloigna de lui, bras croisés, tête baissée, Clint l'observant en silence, incapable de dire quoi que ce soit, ses paroles l'ayant frappé de plein fouet.

« Cette sensation… Etait-elle nouvelle ? » demanda soudain la jeune femme toujours de dos, sa voix soudain froide et tranchante.

Clint resta silencieux, observant son inquisitrice de dos qui semblait avoir craqué face à lui, et ceci était extrêmement intéressant. Cependant ses paroles étaient quant à elles inquiétantes et presque effrayantes.

« Vous êtes fiancé avec Pietro Maximoff depuis quelques mois déjà, » reprit-elle sa tête se tournant légèrement sans pour autant bouger. « Vous avez donc couché ensemble plusieurs fois d'après ce que j'ai compris. »

Muet de stupeur, Clint finit par plisser les yeux, tentant de comprendre les inepties de cette femme dégradante et grossière.

« Oui, vous me diriez que c'est tout à fait normal pour un couple pratiquement marié, » reprit-elle en se tournant, faisant signe de la main à ses deux hommes derrière. « Mais hier soir, durant votre activité charnelle, cette sensation n'était pas nouvelle pour vous ? »

Les deux hommes agrippèrent alors Clint par les épaules pour le faire se lever, mais l'archer ne quitta pas la jeune femme des yeux, ahuri par ses propos. Mais finalement, son jugement fut remis en question lorsqu'il se rappela vaguement du plaisir occasionné dans cette cabine de douche dans les bras de Pietro Maximoff. Il s'était senti décoller et vivre à travers ces sensations de plaisir intense, de délices insatiables et jouissance avec Pietro. C'était nouveau. Oui, les sensations qu'il avait ressenties avaient été nouvelles, alors que pourtant, il était fiancé avec Pietro depuis un petit moment déjà.

« Réfléchissez, » ordonna-t-elle en récupérant son calepin sans même daigner le regarder.

Restant comme deux ronds de flancs, incrédule et perdu, Clint se fit entrainer violemment hors de la pièce, tandis que la jeune femme observait avec désolation la photo entre ses mains.


Ça commence à se préciser, bientôt la réponse à toutes vos questions !

J'espère ce chapitre vous a plus, gros bisous et mercii de me lire toujours avec entrain :)

Prochain chapitre : Et la femme qui dort