DOUBLE TROUBLE
Juste à la bourre de quelques minutes cette fois, j'ai fait de mon mieux ^^ Un chapitre que j'ai eu beaucoup de mal à pondre, et le mot est faible. Donc là, j'explique enfin le passé de Kurogane-le-mien, je démêle un peu l'histoire des Insoumis et je finis sur une apothéose loupée, mais tant pis xD
Donc attention, lemon ci-dessous ! Pas encore celui attendu, mais presque. Bientôt, je vous le promet.
Bref, je n'ai pas trop envie de m'éterniser là tout de suite (je suis malade snif…) donc je vous remercie comme toujours de vos commentaires, qui à mon grand plaisir ont été plus nombreux sur le chapitre précédent et vous souhaite une bonne lecture !
~Chapitre 10 : Le marionnettiste~
"I wanna hold em' like they do in Texas Plays
Fold em' let em' hit me baby stay with me (I love it)
Luck and intuition play the cards with Spades to start
And after he's been hooked I'll play the one that's on his heart."
Lady Gaga, Poker FaceoOo
« Pour la dernière fois, je ne l'aime pas, » déclara Kurogane en jetant un regard mauvais à son vis-à-vis.
La veille au soir, après qu'il ait quelque peu décuvé, Fye leur avait avoué qu'il avait croisé lors de son escapade un garde Insoumis qui l'avait prévenu du réveil de Tomoyo. L'explosion de joie passée, il leur avait également expliqué la marche à suivre pour qu'ils soient autorisés à aller lui rendre visite. Sakura, Eiji, Odessa, Watanuki, Kurogane et Fye avaient bien entendu été désignés, mais le chef de la troupe d'Insoumis qui était venue les chercher le matin même avait refusé : on avait pas pu déplacer assez d'hommes pour les escorter tous et les ordres avaient changé, ils n'en prendraient plus que quatre. Il avait été décidé que ce serait Sakura, Eiji et Odessa, car ils étaient les personnes les plus proches de Tomoyo, ainsi que Fye, qui avait affirmé avoir quelque chose d'important à dire à la jeune fille. Watanuki était donc rentré chez lui et le mage, la princesse et l'archéologue étaient partis chercher leurs rations de nourriture pour la semaine, tâche dont ils avaient pris l'habitude de s'acquitter. Ce qui laissait les deux Kurogane seuls dans la maison. Cela aurait pu parfaitement convenir au ninja si l'autre ne les avaient pas surpris lui et Fye dormant main dans la main en se levant.
« Tu crois que je ne sais pas ce que tu essaies de faire ? » rétorqua son double, mi-amusé, mi-sérieux. « Je suis loin d'être idiot, et je dois te rappeler que malgré nos différences, nous fonctionnons de la même façon. Ca ne marchera pas. Si tu continues sur cette voie, tu finiras par le perdre. Il s'en rendra compte tôt ou tard. »
« Fous-moi la paix. Tu peux penser ce que tu veux, ce n'est pas pour moi que je le fais. En ce qui me concerne, qu'il soit là ou pas, c'est pareil. »
« Evidemment. Selon toi, tout ça, c'est pour Shaolan et Sakura. Peut-être bien. Mais réfléchis, dans ton grand numéro, tu oublies un léger détail. Si c'est la vérité, ça signifie que tu tiens à eux et que tu ne veux pas les voir tristes. Si tu mens, ça signifie que c'est à lui que tu tiens. Dans les deux cas, si on suit ton raisonnement, tu as foiré quelque part et tu t'es laissé aller. »
Le ninja fronça les sourcils. Dans un sens, l'autre n'avait pas tort. Il avait beau retourner encore et encore la situation, aucune logique ne ressortait vraiment de son geste de la nuit précédente. Il avait passé la matinée à chercher une excuse valable, mais n'en trouvait aucune. Dans le feu de l'action, il avait juste senti Fye s'éloigner d'eux, de lui, et son instinct avait réagi en conséquence. Son instinct qui continuait de lui hurler qu'il fallait que le blond reste, et ce par tous les moyens. Si les deux autres n'avaient pas été de vrais lapins, cette solution ne lui serait même pas venue à l'esprit. Il ouvrit la bouche pour constater ce fait, mais son double l'interrompit.
« Et maintenant, tu vas me rejeter la faute dessus. Ecoute, je sais ce que tu ressens, je suis aussi passé par là… »
« Ca m'étonnerait beaucoup, » répliqua le ninja en lui tournant le dos, souhaitant clore la discussion, mais l'autre ne l'entendit pas de cette oreille.
« Je crois qu'avant de poursuivre, il est nécessaire que je t'en dise un peu plus sur moi, » commença-t-il, les yeux dans le vague. « Je sais ce que tu penses à mon sujet : j'aurais pensé la même chose si j'avais été capable de voir mon futur il y a quinze ans de ça, répugnant, mielleux et faible. J'étais exactement comme toi, avant. Je n'ai aucune idée de ce qu'il en est de ton côté, mais j'ai eu une enfance heureuse, avec des parents que j'aimais et qui m'aimaient énormément. Ce que j'ignorais alors, c'était que mon père s'était retrouvé embarqué malgré lui dans les affaires d'un gang d'Hebfi, qui semait la terreur à l'époque. Il a refusé de continuer sur cette voie après avoir appris quelles étaient leurs réelles activités. Le chef du gang a exigé leur exécution et ils les ont assassinés. C'est moi qui les ai découverts en rentrant de l'école, j'avais dix ans. »
Kurogane marqua une pause. Le ninja lui tournait toujours le dos et n'avait pas bougé d'un pouce. Il soupira.
« Après ça, j'ai totalement lâché prise. J'ai passé un an dans un hôpital spécialisé, une année entière durant laquelle je n'ai pas prononcé un seul mot. Je préparais ma vengeance. A la fin de cette année, j'ai à nouveau accepté de communiquer, et ils m'ont laissé partir, croyant que j'étais guéri, ou quelque chose de ce genre là. C'est à ce moment là que j'ai arrêté de croire en les médecins : je n'avais jamais été aussi mal. Ils m'ont envoyé dans un orphelinat d'où je me suis échappé une semaine plus tard. Je me suis retrouvé dans la rue, j'avais faim et j'avais froid, mais j'étais déterminé. J'étais plutôt grand et fort pour mon âge, et mon père m'avait enseigné quelques rudiments d'arts martiaux, alors j'ai commencé à m'engager dans des combats clandestins. Au début, je perdais souvent mais j'ai vite pris de la graine et un membre du gang rival de celui qui avait tué mes parents a fini par me remarquer. Il m'a pris sous son aile et m'a appris le maniement des armes et beaucoup d'autres choses pas très glorieuses. Je suis vite devenu imbattable, le meilleur des nouvelles recrues et ils m'ont envoyé sur le terrain. J'ai tué mon premier homme à treize ans et tellement ont suivi que j'ai fini par arrêter de les compter. Quand j'ai atteint mes seize ans, j'étais craint et respecté de tous, plus personne n'osait me regarder dans les yeux. J'étais si aveuglé par ma rage que je développais des trésors d'imagination pour augmenter ma cruauté. Je torturais tant et plus, espérant qu'un jour un de ces bâtards me cracherait en même temps que son sang les mots que j'attendais : un nom et un lieu. Ca a marché, et je suis remonté jusqu'à ce gars, Ashura. Je n'oublierai jamais le visage de ce fils de pute. Je l'ai tué, je l'ai vidé de ces entrailles et j'y ai pris plus de plaisir à ce moment-là qu'il est sain pour un être humain d'en prendre pendant toute sa vie. Je suis sûr que tu vois ce que je veux dire. Et puis ça a été terminé : il est mort. Là, je me suis retrouvé vraiment con, j'avais atteint mon but, j'avais fait avec brio tout ce que j'avais rêvé de lui faire depuis des années et je me sentais complètement vide. Mon âme débarrassée de sa colère, il ne restait plus rien. Alors je suis sorti dans la rue, totalement couvert de sang, et j'ai attendu des heures que les flics viennent me cueillir, mais rien. J'avais pris la décision de me suicider quand finalement quelqu'un est venu. Pas un flic, pas même un type qui voulait me demander si j'allais bien ; c'était une gosse, haute comme trois pommes, qui tenait un gros ballon rouge en forme de cœur. Elle s'est avancée vers moi, n'a même pas fait attention à l'allure que j'avais et elle m'a regardé dans les yeux, comme personne ne l'avait fait pendant tout ce temps. Au bout d'un moment, elle m'a souri et m'a dit que comme j'avais l'air triste, elle voulait bien me donner son ballon, et puis elle me l'a fourré dans la main. J'étais sidéré et j'ai alors fait quelque chose dont je ne me croyais même plus capable : j'ai éclaté de rire, longtemps, très longtemps, et elle s'est mise à rire avec moi. Après ça, elle est partie, et moi je me suis rendu compte que j'avais l'air d'un fou furieux avec tout le sang et ce ballon rouge qui flottait au-dessus de moi. »
« Je suppose que la gosse, c'était Yume, » remarqua le ninja qui ne s'était toujours pas retourné, mais qui tremblait légèrement, malgré tout.
« Elle n'a jamais voulu le reconnaître mais je reste persuadé que oui, au fond, » répondit l'autre, l'air rêveur. « C'est pour ça que même après tout ce qu'elle a fait, je ne pourrais jamais lui en vouloir vraiment : ce jour-là, elle m'a sauvé la vie et, plus important, elle m'a donné une raison pour continuer à vivre. J'ai découvert qu'il y avait encore des êtres purs et bons en ce monde, et que je voulais faire en sorte qu'ils le demeurent le plus longtemps possible. Je ne savais pas trop quoi faire alors je suis retourné voir celui qui m'avait recueilli. Il m'a dit qu'il était heureux pour moi parce que j'avais trouvé un chemin hors de cet enfer. Comme le gang ne pouvait rien me refuser, ils ont utilisé leurs contacts pour me construire un dossier en béton, afin que je puisse entrer dans une bonne université, même si j'avais arrêté l'école depuis longtemps. J'ai bossé comme un dingue et j'y suis arrivé : j'ai obtenu ce boulot ce professeur dont je rêvais. Le jour où j'ai été pour la première fois face aux gamins, j'ai juré que plus jamais je n'utiliserai mes aptitudes au combat, ou alors seulement pour les protéger. Je n'étais pas encore très stable psychologiquement parlant mais je faisais aller. L'année suivante, j'ai trouvé Yume, Eiji et Sakura. D'une manière ou d'une autre, j'ai reconnu Yume, même si elle avait énormément changé, et ils sont entrés dans ma vie. J'ai pu me reconstruire auprès d'eux et on a mené notre petit train de vie tranquillement tous les quatre. Quelques années plus tard, Yume a ramené Fye à la maison sans prévenir. Je l'avais déjà rencontré au cours d'une vente de charité, mais je ne lui avais jamais vraiment parlé. Ca a été comme une révolution. Il était dans un état pitoyable, mais en même temps odieux et la plupart du temps il refusait qu'on l'approche. Il était drogué et malsain et j'avais peur pour les enfants, mais pour une raison que je ne comprenais pas, lui et Yume s'entendaient à merveille. Elle m'avait demandé de faire ce que je pouvais pour l'aider, et je voulais lui faire plaisir mais je ne voyais pas comment. Et puis je l'ai surpris plusieurs fois en train de me regarder, pendant que je me déshabillais ou autre. Alors, j'ai su et instinctivement, je lui ai donné ce qu'il désirait : je lui ai offert mon corps. »
« C'est dégueulasse, » commenta Kurogane, qui avait maintenant les poings serrés.
« Regarde-moi en face et dis moi que ce n'est pas ce que tu comptais faire pour le garder près de vous. Tu sais très bien qu'il a envie de toi, tout le monde le sait, ce n'est pas vraiment un secret. Toujours est-il que ça a duré un certain temps, jusqu'à ce qu'un jour il me demande si je l'aimais. Instinctivement encore, je lui ai répondu que non, parce que je pensais que ce n'était pas ce qu'il voulait. Il est parti sans rien dire et Yume a gueulé si fort ce soir-là que mes oreilles en ont sifflé pendant des semaines. J'ai tenté de lui expliquer qu'elle se trompait, que je n'étais pas voué à l'amour, et que de toutes façons Fye ne voulait pas être aimé. Je n'avais eu que de très vagues relations dans le passé, toute sexuelles, et je ne savais pas du tout comment m'y prendre. Elle m'a hurlé des obscénités pendant une heure, arguant que je n'étais qu'un sombre abruti et que c'était justement ce dont Fye avait le plus besoin. Elle a dit que si je ne savais pas, je n'avais qu'à essayer et apprendre. Je ne l'avais jamais vue comme ça, honnêtement, elle m'a fait peur. Alors tout s'est éclairé dans ma tête, j'ai rassemblé les morceaux du puzzle : Yume pouvait voir les liens entre les âmes, Yume avait amené Fye jusqu'à moi, Yume ne faisait jamais rien au hasard. Toutes ces histoires d'âmes sœurs qu'elle me rabâchait à longueur de journée prenaient finalement tout leur sens. Je suis parti le chercher immédiatement, et devine… »
« Tu as deviné exactement l'endroit où il se trouvait, sans même y réfléchir une seconde, » compléta le ninja qui sentait une nausée atroce se propager dans son corps.
« Tout juste, » répondit l'autre en souriant. « Ca peut paraître affreusement cliché, mais c'est pourtant ce qui s'est produit, mes pas m'ont guidés jusqu'à lui. Lui qui s'apprêtait à sauter du toit de son ancien immeuble. Il était déjà monté sur la rambarde, et il pleurait. Cette image restera toujours gravée en moi, je ne croyais pas que Fye était ne serait-ce que capable de verser la moindre larme. Et là il pleurait, à cause de moi. Je me suis fait dans l'instant la promesse de ne plus laisser qui que ce soit le rendre triste, je suis allé vers lui, je l'ai pris dans mes bras et je l'ai descendu de son perchoir. J'ai posé ma veste sur ses épaules et je l'ai embrassé. C'était la première fois qu'on s'embrassait, et c'était maladroit et humide, mais c'était nous. Pas lui et moi, nous. J'ai senti cette chaleur, tout ce que Yume m'avait décrit, c'était là. Et je pourrais jurer que j'ai vu ce fil qui nous reliait, et en y repensant ça ne m'aurait même pas paru étrange de revoir ce ballon rouge que j'avais égaré depuis si longtemps s'accrocher à nos deux poignets pour signifier au monde que nous étions amoureux. »
« Touchant, » dit le ninja en reniflant dédaigneusement. « Tu as fini ? »
« J'ai fini, » confirma son double en se levant. « Et je sais que tu as entendu. Alors ne fais pas la même erreur que moi, au moins tu es prévenu. Tu as beau feindre d'avoir un cœur de glace, je peux t'assurer que tu ne t'en remettrais pas si tu le perdais. Tu ne te rendrais peut-être pas compte, mais c'est ainsi que ça fonctionne : ceux qui sont trop lâches ou trop indécis pour retenir leur âme sœur finissent tous par mourir de solitude ou de chagrin. »
Le ninja attendit que l'autre ait quitté la maison, comprenant son besoin de rester seul. Il se leva à son tour, chancelant, et se dirigea tant bien que mal vers les toilettes sommaires dont ils avaient hérité. Il vomit consciencieusement tous les restes de son petit-déjeuner et tomba au sol, pantelant. Son double lui avait dit des choses qu'il n'était pas prêt à entendre, pas prêt du tout.
« Tomoyo, il faut que tu m'écoutes, s'il te plaît. »
La jeune fille leva ses yeux embués de larmes vers Fye et renifla piteusement. Ils étaient seuls dans la chambre d'hôpital : le blond était parvenu à faire sortir tous les autres au prix d'un grand numéro dramatique auprès de l'infirmière, qui les avaient expulsés quand Eiji et Odessa avaient commencé à hurler des obscénités à son encontre. Il allait le payer cher, mais il devait absolument lui parler.
« Tu crois vraiment que c'est le moment ? » demanda-t-elle d'une petite voix. « On vient de m'apprendre que j'avais passé plus d'un mois dans un coma profond, et que pendant que je dormais tranquillement mes parents étaient morts et que ceux qui les avaient tués eux et les parents de Sakura avaient pris le contrôle de la ville avec l'aide d'une de mes meilleures amies. Alors sans vouloir te vexer, j'aimerais que tu t'en ailles tout de suite. »
« Les Insoumis n'ont pas tué tes parents, et Yume a fait ce qui lui semblait juste. Elle n'a rien à se reprocher, tu peux me croire. »
« Te croire, toi ? » s'indigna-t-elle. « Je t'aime bien Fye, mais nous savons tous que tu passes ton temps à mentir, je n'ai aucune confiance en toi. Je ne suis pas si naïve, et j'ai plus tendance à croire ce que me disent Sakura ou Odessa. Tu as tellement d'admiration pour Yume que tu serais prêt à dire « amen » à tout ce qu'elle fait. Tu sauterais du haut d'un pont si elle te le demandait ? »
« Certainement pas, » répondit-il. « Et tu sais pourquoi ? C'est justement là où je voulais en venir. Je ne le ferai pas parce qu'elle m'a appris à quel point la vie était belle pour peu qu'on y mette un peu du sien. Yume a ses défauts, ça, je ne peux pas le nier. Elle est manipulatrice, trop confiante, sans doute folle mais elle nous a tous sauvés, d'une manière ou d'une autre. A un point crucial de notre existence, pour chacun d'entre nous, elle est intervenue pour nous empêcher de nous détruire. Elle nous a permis de trouver le bonheur et de rencontrer l'amour. Tout le monde la traite comme une coupable, pas pour sa trahison, mais parce qu'elle est partie, parce qu'elle nous manque et parce que sans elle nous avons l'impression d'avoir perdu notre repère. Sans elle, nous serions sûrement tous morts à l'heure qu'il est. »
Tomoyo se perdit dans la contemplation de la fenêtre, qui donnait sur une cour ensoleillée et boisée. Fye disait vrai. Pendant plusieurs minutes, on entendit dans la pièce que le « bip » régulier des battements de son cœur. Ce cœur qui battait encore grâce à Yume, celle qui avait su la détourner à temps de sa fascination morbide pour Sakura, juste avant qu'elle ne commette l'irréparable.
« Qu'est-ce que tu attends de moi ? » demanda-t-elle, le regard soudain déterminé.
« Nous avons une dette envers elle. Pour cela, nous nous devons de l'aider. Nous ne sommes probablement que des pions dans le dessein qu'elle a tracé, mais quand bien même, si c'est en notre pouvoir, il le faut. »
« Qu'est-ce que tu attends de moi ? » répéta-t-elle.
« Elle m'a confié une mission par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre. Simplement, il s'avère que je ne peux pas l'accomplir seul. J'ai une certaine influence sur une partie du groupe, et j'ai déjà commencé à travailler de mon côté, mais il y en a sur qui je n'ai aucun contrôle et ce sont justement les plus importants. Odessa est amoureuse de toi, elle n'opposera aucune résistance. Sakura t'écoutera, et là où Sakura ira, Eiji suivra, c'est aussi simple que ça. »
« Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?! » s'écria-t-elle en se redressa sur son lit. « Ce sont mes amis, je n'ai pas le droit de faire ça. Et quelle est cette mission ? »
« Je ne peux pas t'en parler maintenant. Ton rôle pour le moment sera de persuader Odessa que le mieux pour elle est de quitter Hebfi dans les plus brefs délais. Il faut absolument qu'elle rentre chez elle ou on court à la catastrophe. Pour Sakura, tu devras insinuer le doute en elle vis-à-vis du meurtre de ses parents. C'est la seule chose qui la pousse encore à haïr les Insoumis. Ca disparu, elle se montrera beaucoup plus coopérative. »
« Mais les Insoumis ont tué ses parents ! » s'insurgea Tomoyo.
« Pour quel mobile ? Ca n'a aucun sens, ils étaient leurs plus fervents alliés. Je suis au courant, Tomoyo. Hacker le serveur de la sécurité intérieure a toujours été un de mes passe-temps favoris et je sais que ta mère avait ordonné une enquête interne au sein de son conseil pour tirer cette affaire au clair. Il y a des zones d'ombres qu'on ne peut pas ignorer, des preuves manquantes et une enquête trop vite expédiée. Ce pays était pourri jusqu'à la moelle et le nombre de flics encore intègres devaient se compter sur les doigts de la main. Je l'ai vu Tomoyo, j'ai été témoin de leurs magouilles au comité d'organisation. Ils ne faisaient pas attention à moi parce qu'ils me prenaient pour un mannequin capricieux et sans cervelle. Grave erreur. Ca faisait longtemps que ta mère se débattait au milieu de toute cette corruption et elle les menaçaient de tout faire foirer. En additionnant deux et deux, on voit où ça nous mène. »
« Tu… tu veux dire que… » bégaya-t-elle en portant ses mains à sa bouche, l'air horrifié.
« Je ne fais que constater, exposer des faits. Forcément, j'essaie de t'influencer, mais tu dois reconnaître que ce sont les ministres eux-mêmes qui avaient le plus d'intérêt à placer dans les quatre meurtres. Yume a tenté d'avertir les autres, mais il n'y a apparemment que moi qui l'ai entendue. »
« Mais pourquoi me dire ça à moi ? Pourquoi ne pas directement aller prévenir Sakura ? »
« Premièrement, parce qu'ils ne me font pas plus confiance que toi : si je leur explique ça de but en blanc, ils concluront que c'est Yume qui m'a monté la tête et au final je perdrai la totalité de mon influence. Deuxièmement, parce que je n'en ai pas le droit, elle l'a bien spécifié et je comprends tout à fait ses raisons : si on ne fait pas le voyage par soi-même, autant ne pas le faire du tout ; ils finiront par recommencer à douter et il faudra que nous soyons tous totalement sereins avec nos choix si nous voulons arriver au bout de ce que nous allons entreprendre. Je t'ai choisie parce que tu es la plus neutre, tu n'étais pas vraiment là quand l'affaire s'est produite et tu sais garder la tête froide. Tu es aussi la plus manipulatrice, même si tu caches bien ton jeu : tu connais le pouvoir des mots aussi bien que moi et tu sais en user. Yume m'a également appris que la clé de la réussite est de choisir les bons alliés. Tu apparais comme la plus appropriée. »
« Je suis coincée ici pour un certain temps, » rétorqua Tomoyo. « Je ne vois pas trop en quoi je vais pouvoir t'être utile. »
« Ils seront habilités à venir te voir tous les jours, j'y veillerai. Fais de ton mieux sans leur révéler l'essentiel et je m'occuperai du reste. Nous n'avons que deux semaines devant nous, mais j'ai un plan. »
« Très bien, mais je fais ça uniquement pour régler ma dette envers Yume. Une fois cela terminé, nous serons quittes. A l'avenir, ne t'avises plus de me demander ce genre de faveur, ce n'est pas dans mes habitudes de jouer avec les sentiments de ceux que j'aime, » dit-elle avec un sourire en coin.
« C'est tout ce que j'avais besoin de savoir ma libellule, » conclut-il en lui faisant un clin d'œil accompagné d'un baiser sur le front.
« Tu les as vraiment foutu en rogne cette fois. C'était pas très malin de ta part. »
Comme prévu, la petite scène de Fye à l'hôpital avait déclenché une véritable tempête au sein du groupe. Si Eiji, Sakura et Odessa s'étaient tenus plutôt à carreau en présence des gardes qui les raccompagnaient chez eux, ce qui avait permis au blond de leur faire passer discrètement un message à l'intention de Yukito, une fois à l'intérieur de la maison leur colère avait explosé avec tant de violence qu'Eiji aurait pu le tuer si les deux Kurogane ne l'avaient pas retenu. Fye s'était donc retrouvé avec un œil au beurre noir et des contusions un peu partout sur le corps. Son amant et lui s'étaient réfugiés à la cave, pendant que les compagnons tentaient de calmer la fureur du jeune garçon. Kurogane était occupé à vérifier qu'il n'avait pas de côtes ou d'os brisés, le massant tendrement avec un onguent qu'il avait subtilisé dans la réserve d'Eiji.
« Pas de ma faute, » répondit Fye, en grimaçant de douleur. « Je devais parler seul à seul avec Tomoyo et ils ont essayé de m'en empêcher. J'ai fait ce que j'avais à faire. »
« Et j'espère que tu sais ce que tu fais, » dit le brun en soupirant. « J'ai peur que ça ne finisse mal si tu continues à les pousser dans leurs retranchements. C'est dangereux, tu dois rester prudent. »
« Bébé, ne t'inquiètes pas tant pour moi, tu veux ? Je suis assez grand pour prendre mes propres décisions et je contrôle la situation. J'avais juste oublié qu'Eiji pouvait avoir la main lourde. Tu as parlé avec l'autre Kuro ? »
« Oui, » répondit-il. « Et il n'a pas eu l'air ravi. Je m'en veux de lui avoir imposé ça : cette souffrance il l'a vécue aussi. »
« Raison de plus pour l'en délivrer, tu ne crois pas ? Ils s'aiment, c'est évident, comme nous on s'aimait au début. Ils ne savent pas quoi faire, ils ne connaissent pas ça. J'ai même l'impression qu'entre eux c'est encore pire parce qu'il y a un truc supplémentaire qui les retient, même si je ne sais pas quoi. J'ai besoin de toi sur ce coup mon amour, ne me laisse pas tomber, d'accord ? » plaida-t-il avec une adorable moue.
« Que tu me caches des choses passe encore Fye, mais par pitié ne joue pas avec moi. Je suis conscient que dans cette histoire il y a une espèce de plan que je ne comprends pas et dont tu fais visiblement partie. Je suis prêt à accepter ça, mais je ne veux pas que tu recommences à me mentir et que tu m'utilises pour arriver à tes fins. Je ne jouerai pas ce jeu-là, et si je tolère sache que c'est juste parce qu'il me paraît évident que Yume est mêlée à ça d'une certaine façon. J'ai envie d'entendre ce qu'elle a à nous dire mais pas au point de risquer de te perdre une deuxième fois. »
« Bébé ne crains rien, » dit Fye en lui caressant doucement la joue. « Tu passeras toujours en premier, mais là c'est vraiment important. Tu sauras tout très bientôt mais il faut que je fasse encore un peu cavalier seul. Moi aussi ça me fait mal de ne rien pouvoir te dire mais je n'ai pas le choix. Je ne veux pas non plus qu'on soit séparés, je t'aime tellement, » ajouta-t-il en cueillant ses lèvres, glissant une main coquine jusqu'à l'ouverture de son jean.
« Non, » intervint Kurogane, le repoussant gentiment. « Pas maintenant : tu es blessé et les autres attendent en haut, c'est pas le moment. »
« Je n'ai pas envie de les voir, » se plaignit Fye. « J'ai envie de toi en moi, là, tout de suite, contre le mur. »
« Quoi ?! » s'écria le brun, ébahi.
« Viens en moi Kuro, s'il te plaît, » gémit Fye en se positionnant à califourchon sur lui, fourrant son nez dans le cou de son amant.
« Qu'est-ce qui te prend ? En trois ans tu n'as pas voulu que je domine une seule fois et tout d'un coup ça t'apparaît comme une évidence. Tu mijotes quoi encore ? »
« Rien, » répondit le blond avec un petit sourire. « Je veux juste te prouver que c'est toi qui compte. J'ai pas toujours été parfait, on peut même dire que je ne suis qu'un petit con arrogant et égocentrique, mais tu arrives quand même à me supporter, et même à m'aimer. Alors c'est la moindre des choses que je puisse faire. »
« Ne te sens pas obligé, j'arrive très bien à vivre sans. »
« Je t'aime, » assura Fye, comme si ça expliquait tout.
Il fit remonter ses baisers le long de la mâchoire du brun, qui soupira longuement, un gémissement coincé dans la gorge. Il avait toujours été faible face aux assauts de Fye, il ne résistait jamais longtemps quel que soit le moment ou l'endroit, même les plus inappropriés : c'était comme s'ils n'en avaient jamais assez l'un de l'autre. Quand le blond glissa, joueur, sa langue dans sa bouche avant de la retirer vivement, le regardant l'air alangui en se mordant la lèvre, Kurogane envoya valser tous ses principes, attrapa Fye par les cuisses et le plaqua durement contre le mur le plus proche. Celui-ci grogna de douleur, lui pinçant la fesse pour lui rappeler qu'il n'était pas au meilleur de sa forme.
« Tu as dit contre le mur mon cœur, » lui rappela Kurogane avec un sourire pervers. « Laisse-moi te satisfaire à ma façon. »
Pour tout réponse, Fye l'attira dans un baiser vertigineux et sensuel qui dura plusieurs minutes, pendant lesquelles ils feignirent d'être seuls au monde. Enfin, cela valait surtout pour le brun. Fye, lui, avait remarqué la présence du ninja qui les observaient, comme statufié à l'entrée de la pièce, à leur gauche. Il se fit un devoir de contenter leur nouveau spectateur et d'un geste habile défit le pantalon de son amant en tirant d'un coup sec sur le tissu, entraînant son boxer dans la chute. Kurogane sourit dans le baiser, puis se détacha de lui, coinçant tendrement la lèvre inférieure de Fye entre ses dents.
« Tu es bien pressé, » dit-il au blond, le reposant au sol quelques secondes, le temps de le défaire également de ses encombrants vêtements.
« Et c'est toi qui parle, » répondit Fye en riant. Il secoua frénétiquement ses longues jambes pour se débarrasser des deux dernières barrières qui le séparaient de Kurogane et les repassa autour de la taille de son amant, prenant bien soin de frotter leurs érections l'une contre l'autre, les faisant gémir tous les deux.
Le ninja était incapable de détourner les yeux de leurs deux corps en mouvement. Une nouvelle vague de nausées l'envahit : les entendre la nuit était une chose, mais les voir devant lui en plein milieu de l'acte n'appartenait pas à la même catégorie ; pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être excité. C'était étrange comme expérience, il avait l'impression d'expérimenter ce que Tomoyo avait appelé un jour la projection astrale : son esprit regardait son corps évoluer de loin, sans avoir la possibilité d'intervenir. Il vit parfaitement bien Fye lécher consciencieusement les doigts de son double, avant que ceux-ci ne viennent se glisser entre les jambes du blond. Il vit parfaitement le visage de Fye se crisper sous la douleur puis se détendre progressivement et venir embrasser ensuite l'autre avec rage, comme pour le punir de lui avoir fait mal. Il vit aussi parfaitement son double s'immiscer doucement en Fye, prenant soin de ne pas le brusquer, et le blond s'empaler avec vigueur sur le sexe trop lent à son goût. Il vit un peu de sang couler et la larme qui s'échappa de ses cils, que l'autre vint recueillir avec sa langue, murmurant comme une litanie à quel point il était désolé. Il les vit atteindre leurs orgasmes, le blond se cogner durement la tête contre le mur et leurs jambes lâcher brusquement. Il vit son double serrer convulsivement Fye contre lui, embrassant les différentes parties de son visage, et lâchant un « Je t'aime. » coupable entre chaque baiser.
Incapable d'en supporter plus, il remonta les marches quatre à quatre et partit s'enfermer dans les toilettes pour la deuxième fois de la journée, sous les regards interrogateurs du reste du groupe installé dans le salon. Il sortit son propre sexe gorgé de sang et commença à se masturber, la main appuyée contre le mur. Il était perdu, ce qui aurait pu être normal, considérant ce dont il venait d'être témoin. Mais non, il avait bien vu tout ça, pourtant, la seule chose qui lui revenait en mémoire était le visage de Fye marqué par la jouissance, sa beauté indéniable magnifiée par la présence du plaisir. Il voulait le revoir, il voulait faire en sorte que le mage arbore cette même expression, et il se dégoûtait pour ça. Ca n'avait aucune importance, son désir avait déjà pris le pas sur sa raison et il jouit en prenant sa décision : ce soir, il agirait, d'une façon ou d'une autre.
Même pris dans une séance câlin avec son amant, Fye ne pouvait s'empêcher d'être mort de rire intérieurement : ça avait été beaucoup plus douloureux qu'il ne l'avait prévu, mais le jeu en valait la chandelle. Tout marchait comme sur des roulettes, il était bien possible qu'il réussisse, après tout.
oOo
Bon, je suis désolée pour ce lemon abominable, mais c'est vraiment pas mon truc. Pas naturel chez moi (en plus essayez d'en écrire un en faisant des allers-retours toutes les cinq minutes aux toilettes pour essayer de vomir, ça facilite pas la tâche xD).
Désolée de terminer là mais bon, j'ai décidé Kuro-chan s'en était pris assez dans la tronche pour cette semaine, on verra bien ce qu'il compte faire la prochaine fois héhé.
Bonne semaine à tous, et à dimanche prochain !
