Bonjour à toutes et à tous !

Voici un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira.

Je tiens à vous prévenir concernant ce que vous trouverez plus bas : ce chapitre contient une scène de sexe (au cas où cela ne plait pas à certain(e)s). Si ce n'est pas votre truc autant passer la première partie du chapitre. De plus, il y a ici des références au viol. C'est explicite et relativement détaillé donc j'estime qu'il est préférable de vous prévenir.

Encore mille fois mercis pour vos messages et vos encouragements ! J'ai une motivation de dingue pour écrire !

Bonne lecture à tous et à toutes !

Sydney8201

Musique de ce chapitre :

Ambulance de Pilot Speed

Chapitre 10 : Une erreur de trop

Dean ne savait pas pourquoi il avait accepté de suivre cet homme chez lui. Il savait que c'était une erreur. Mais à présent qu'il était là, il n'avait pas l'intention de prendre la fuite. L'homme – Michael peut-être ou juste Mike, il n'était plus sûr – lui avait payé un verre alors qu'il n'était pas particulièrement à la recherche de quelqu'un avec qui passer la nuit. Il l'avait complimenté. Lui avait dit qu'il était extrêmement séduisant et qu'il savait qu'il n'avait probablement aucune chance avec lui. Dean ne l'avait pas vraiment écouté. Il n'avait vu que ses yeux bleus et ses cheveux noirs. Il n'avait vu que sa vague ressemblance avec Castiel. Et il l'avait suivi. Bien sûr, cela en disait probablement long sur ce que le jeune homme ressentait pour lui mais il n'avait pas envie de s'interroger sur ce point. Il avait préféré monter dans la voiture de luxe de cet inconnu et le suivre dans son appartement immense qui dominait tout Los Angeles. Il avait accepté un dernier verre puis une visite complète des dizaines de pièces dans lesquelles il vivait. Et après seulement trente minutes passées dans l'appartement, Dean se retrouvait le dos collé contre la porte d'une des chambres, les lèvres de Michael plaquées aux siennes, sa langue se frottant contre la sienne. Le baiser n'était pas déplaisant. Bien au contraire. Mais Dean n'en avait pas réellement envie. Il avait la tête ailleurs et la sensation déplaisante que quelque chose clochait dans cette histoire. Il sentit les mains de Michael glisser sous sa chemise et il le laissa faire. Elles étaient froides et le firent frissonner. Il gémit malgré lui et son compagnon dut prendre sa réaction pour un encouragement. Il abandonna les lèvres de Dean pour s'attaquer à son cou. Le jeune homme ferma les yeux et essaya d'y trouver du plaisir. Mais si son corps était de toute évidence tout à fait partant, son cœur et son esprit n'étaient pas du même avis. Il tenta de les faire taire et attrapa le visage de Michael pour l'embrasser à nouveau. Il mit en application tout ce qu'il avait appris au fils des années. Il mordilla gentiment la lèvre inférieure de son compagnon avant de glisser sa langue dans sa bouche. Il avait le goût du tabac froid et de la bière qu'il avait bu. Il était doué et Dean fit de son mieux pour oublier tout le reste. Il laissa Michael lui déboutonner sa chemise lentement avant de la lui retirer pour la jeter par terre. Il se concentra sur les baisers qu'il déposait avec ferveur sur son torse et dans son cou. C'était exactement ce dont il avait besoin. Une distraction. Il gémit une nouvelle fois quand Michael le mordit dans le cou. Pas suffisamment pour faire couler le sang mais juste assez pour laisser une trace. Il était habitué à ce que les hommes veuillent laisser une marque sur son corps. Il ne savait pas si c'était une question d'âge ou juste de passion du moment mais il était rentré plus d'une fois chez lui avec un suçon ou une marque de dents dans son cou, son torse ou même ses cuisses. Il avait appris à ne plus en tenir compte le lendemain. Dean remonta ses mains sous la chemise de Michael et apprécia de sentir les muscles fermes et la peau douce sous ses doigts. Il attendit que son compagnon ait recommencé à l'embrasser sur les lèvres pour commencer à le déshabiller à son tour. Boutons après boutons, il révéla son torse imberbe et musculeux. Sa peau était chaude et bronzée. Dean laissa le vêtement tomber au sol puis caressa les bras de Michael. Ce dernier avait déjà les mains posées sur sa ceinture de jean et pendant une seconde, Dean hésita à lui dire d'arrêter. Mais son compagnon le regardait à présent fixement et il y avait quelque chose comme de l'admiration dans ses yeux bleus. Et le jeune homme céda. Il laissa Michael défaire la boucle de la ceinture puis les boutons de son jean. Il ne voulait pas rester passif et embrassa à nouveau son compagnon avec toute la ferveur dont il était capable. Il avait rendu les armes. Il le savait. Michael pouvait à présent faire ce qu'il voulait. Il ne l'arrêterait pas. Et le jeune homme savait exactement ce que cela faisait de lui. Mais il serait le seul à le savoir … lui et Michael. Un homme qu'il ne verrait plus jamais. Dean avait appris à composer avec. Il aimait trop la sensation d'être désiré pour se soucier de l'image que cela donnait de lui. Il laissa sa tête reposer contre la porte derrière lui alors que Michael baissait son jean, ses mains s'attardant au passage sur son entrejambe. Son érection pressait douloureusement contre le tissu de son caleçon et la caresse éphémère des doigts de Michael lui arracha un gémissement. Il sourit à son compagnon quand il fut de nouveau à sa hauteur et posa ses mains sur le bouton de son pantalon. Il était temps pour lui de montrer ce qu'il savait faire. C'était ce qu'il aimait le plus dans le sexe avec un homme. Il n'y avait pas de soumission ou de passivité de l'une ou l'autre des deux parties. Il y avait une lutte constante pour prendre l'avantage. C'était presque comme se battre. Mais en bien mieux évidemment.

Michael s'écarta légèrement de Dean pour lui laisser suffisamment de place pour manoeuvrer. Le jeune homme déboutonna son pantalon puis le fit glisser le long de ses jambes. Il l'accompagna par terre et se retrouva rapidement à genoux devant son compagnon. Il leva les yeux vers lui et se passa la langue sur les lèvres. Il savait que c'était quelque chose qui excitait ses partenaires. Il n'ignorait pas l'effet que ses lèvres avaient sur les hommes. Et quand il répéta une seconde fois le même geste, ses doigts se refermant sur l'élastique du caleçon de Michael, il vit ses pupilles se dilater absorbant presque entièrement le bleu qui les entourait.

- Oh bordel … si tu savais à quel point tu es sexy à genoux devant moi, souffla Michael.

Il prit appui contre la porte avec une main et posa la deuxième sur la nuque de Dean. Ce dernier ne le quitta pas des yeux quand il baissa son caleçon. C'était un terrain qui lui était familier. Quelque chose pour lequel il se savait doué. Plus d'un homme lui avait dit qu'il avait une « bouche à pipes ». Ce n'était pas élégant ou raffiné. Mais c'était probablement vrai. Dean lui sourit puis déposa quelques baisers sur son ventre. Il laissa sa langue s'attarder dans son nombril puis sur les os de ses hanches. Il était parfait, son corps probablement le fruit d'heures passées à la salle de sport. Dean lui attrapa les cuisses avec les mains puis recula à nouveau son visage. Michael avait à présent sa main dans ses cheveux, ses doigts fermement accrochés à quelques mèches. Il ne le força pas à bouger. Pas encore. Mais Dean reconnaissait les signes. Il savait que lorsqu'il aurait commencé, Michael ne pourrait pas s'empêcher de le guider. C'était quelque chose qu'il avait appris à accepter. Même si cela lui donnait l'impression de laisser le contrôle à son partenaire. Il savait que ce n'était pas réellement le cas. C'était lui qui maîtrisait le plaisir qu'il donnait. Lui qui avait le dernier mot. Il sourit à nouveau puis ouvrit la bouche. Michael grogna alors et poussa son visage vers son entrejambe. Dean ferma les yeux et accueillit son sexe en forçant sa gorge à se détendre. Michael gémit au dessus de lui avant de jurer entre ses dents. Dean laissa sa langue parcourir l'intégralité du sexe dans sa bouche. Il répéta les mêmes gestes qu'avec toutes ses conquêtes. Il était doué. Il le savait. Et quand Michael commença à remuer ses hanches, il respira calmement par le nez. La main de son compagnon était fermement ancrée sur l'arrière de son crâne et l'empêchait de reculer. Il garda les yeux fermés et laissa Michael balancer ses hanches d'avant en arrière, imposant un rythme qui rendait les choses difficiles pour lui. Il aimait prendre son temps. Il aimait laisser à sa gorge la possibilité de s'habituer à l'intrusion mais son compagnon se fichait de toute évidence de ces considérations. Il allait et venait dans sa bouche avec violence, forçant Dean à accepter l'intégralité de son sexe ou à s'étouffer.

- Voilà, comme ça, comme ça, répétait Michael au dessus de lui.

Dean gémit. Les hommes adoraient généralement croire qu'il aimait ce qu'il faisait ou ce qu'on lui faisait. Même si son érection s'était envolée brutalement et qu'il avait envie que cela se finisse au plus vite. Peut-être Michael jouirait-il dans sa bouche avant de pouvoir pousser les choses plus loin ? Dean pourrait alors rentrer chez lui … même si chez lui était un motel miteux à quelques pas de là. Le jeune homme se concentra sur ce qu'il faisait. Il ne devait surtout pas laisser son esprit vagabonder. Il sentait la salive couler sur son menton et sa langue s'engourdissait. Sa mâchoire commençait à protester vivement contre le traitement reçu quand Michael se retira enfin. Les poumons de Dean le brûlèrent quand l'air y pénétra trop rapidement. Le jeune homme toussa quelques secondes. Michael l'attrapa alors par les bras et le força à se remettre debout.

- Je ne veux pas que ça se finisse trop vite … j'ai des tas de projets pour toi, jeta Michael.

Il se colla contre lui, l'emprisonnant contre la porte. Dean était sur le point de paniquer. Il aimait parfois que les hommes se montrent un peu rudes avec lui mais il détestait qu'ils le privent de toute issue. Et c'était exactement ce que Michael faisait. Dean chercha à le faire reculer en le repoussant des deux mains mais son compagnon l'embrassa à nouveau. Il fit glisser l'une de ses mains dans le caleçon du jeune homme et la referma sur son sexe. Dean sentit son corps réagir à la stimulation – le traitre – et un gémissement s'échappa de sa bouche entrouverte. Michael sourit alors contre sa bouche.

- Tu es parfait … tu es magnifique, souffla Michael.

Dean ferma les yeux, les compliments terminant le travail que la main de son compagnon avait entrepris. Il oublia la panique et la peur. Il se concentra sur les sensations physiques. Michael savait exactement ce qu'il faisait. Et même si la gorge de Dean était toujours douloureuse, même si ses poumons le brûlaient à chaque respiration, il choisit de les ignorer. Même si quelque part, au plus profond de lui, il savait qu'il commettait une erreur.

Michael lui retira finalement son caleçon puis lui attrapa la main.

- Suis-moi, murmura t-il.

Dean se laissa entraîner dans le couloir sans protester. Il était content de ne plus être collé contre la porte. Et il se trouvait à présent idiot d'avoir paniqué aussi facilement. Michael était peut-être un peu trop « passionné » mais il n'était pas violent. Dean le suivit jusqu'à sa chambre. Quand son compagnon eut refermé la porte derrière eux et allumé la lumière – « je veux te voir » avait-il assuré – il poussa Dean sur le lit. Le jeune homme y tomba sur le dos, ses pieds toujours posés sur le sol. Michael avança vers lui lentement, son regard voilé et ses pupilles entièrement dilatées.

- Bordel, je n'ai jamais vu un homme aussi beau que toi, assura t-il.

Dean lui sourit. Les compliments étaient définitivement sa faiblesse. Même si dans la bouche des hommes qui voulaient coucher avec lui, ils n'étaient pas forcément sincères. Il en avait besoin. Ils le rassuraient. Le faisaient se sentir important. Dean n'avait jamais reçu de compliments de la part de son père. Et ce n'était sans aucun doute pas quelque chose de sain. Mais le jeune homme n'avait aucun contrôle dessus. Il regarda Michael se stopper devant lui et lui attraper les mollets. Il le laissa lui écarter les jambes. Il avait longtemps été gêné quand il se retrouvait ainsi exposé. Mais plus maintenant. Il suivit le regard de son compagnon qui s'attarda de longues secondes entre ses jambes avant de remonter le long de son ventre, de son torse puis de s'arrêter enfin sur son visage. Michael sourit puis ouvrit le tiroir de sa table de nuit et attrapa une bouteille de lubrifiant. Il en fit couler sur ses doigts avant de s'agenouiller entre les jambes de Dean. Ce dernier ferma les yeux et essaya d'ignorer la brûlure inhérente à la pénétration. Un premier doigt entra en lui avec force. Il n'y avait aucune délicatesse dans ce geste. Mais Dean n'en était pas à son coup d'essai. Son corps avait appris à se détendre presque sans qu'il ait besoin de le lui commander. Le deuxième doigt se joignit au premier rapidement. Dean respira calmement.

- C'est comme si tu étais fait pour ça, jeta Michael entre ses jambes.

Dean ne répondit rien. Il rouvrit les yeux et vit son compagnon regarder avec fascination l'endroit où ses doigts disparaissaient à l'intérieur de son corps. Le jeune homme posa ensuite ses yeux sur le plafond et fit le vide autour de lui. Il se concentra uniquement sur les sensations physiques, oubliant ce que Michael était en train de lui dire. Il sentit un troisième doigt se joindre aux deux autres et si son corps l'accueillit sans trop de problèmes, il grimaça. Parce qu'aussi habitué qu'il puisse être, la douleur était toujours présente. Il attrapa le drap sous lui et serra les dents. Michael continua ses mouvements de va et viens à l'intérieur de son corps. La préparation était rapide et n'avait rien d'un préliminaire. Mais Dean n'allait pas s'en plaindre. Certains de ses partenaires exigeaient de lui qu'il le fasse lui-même. Certains assuraient qu'ils n'aimaient pas ça. Et Dean acceptait. Il utilisait ses propres doigts pour se préparer, les laissant le regarder sans se soucier de l'image qu'il donnait.

Michael retira finalement ses doigts, se releva et saisit les jambes de Dean pour les poser sur ses épaules. Le jeune homme le laissa faire, perdu dans ses pensées, avant de réaliser que quelque chose clochait. Il secoua la tête.

- Non, non … prends un préservatif, rappela t-il.

C'était une des règles que Chris lui avait répété maintes et maintes fois et une des seules que Dean suivait toujours. Il savait bien que ses partenaires multipliaient comme lui les conquêtes. Et il ne voulait surtout pas courir de risques.

- Je n'en ai pas, lança Michael au dessus de lui.

Dean tenta de serrer les jambes mais son compagnon lui tenait les mollets sur ses épaules.

- Alors tant pis pour toi, protesta le jeune homme en relevant le visage. Soit tu cours en acheter soit tu me laisses partir.

- Tu rigoles ? Répliqua Michael. Hors de question de s'arrêter maintenant. Tu as vu l'état dans lequel tu m'as mis ?

Dean secoua la tête en se redressant sur ses coudes.

- Je m'en fiche … je ne coucherais pas avec toi si tu n'as pas de préservatifs !

Michael ne bougeait toujours pas et Dean sentit son cœur s'accélérer.

- Je suis clean si c'est ce qui t'inquiète, assura Michael.

- Et je dois te croire sur parole ?

Dean tenta de reculer sur le lit mais les mains de Michael s'étaient refermées juste en dessous de ses genoux. Il ne semblait pas décider à le laisser partir et pendant une seconde, Dean repensa à l'impression qu'il avait eu un peu plus tôt. L'impression qu'il avait tort de suivre cet inconnu. Il déglutit avec peine.

- Laisse-moi partir … souffla t-il.

Michael secoua la tête.

- Oh non … hors de question … tu ne peux pas m'allumer et me chauffer pour ensuite prendre la fuite comme un voleur. Tu dois terminer ce que tu as commencé !

Dean sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Il n'avait jamais été confronté à une telle situation. Chris lui avait souvent dit que c'était un risque qu'il courait chaque fois qu'il suivait un inconnu mais il avait refusé de le croire. A présent, il savait que son ami avait eu raison. Mais il regrettait de ne pas y avoir songé plus tôt.

- Et tu vas faire quoi ? Me violer ? Je t'ai dit non. C'est assez clair il me semble.

Michael lui sourit en resserrant un peu son emprise sur ses jambes. Dean se sentait pris au piège et vulnérable.

- Un viol ? Je t'en prie … personne ne croira que tu as été violé. Ta réputation t'a précédée mon grand … tout le monde sait que tu écartes les cuisses pour quiconque est assez idiot pour te ramener chez lui. J'ai longtemps hésité avant de t'aborder parce que je n'aime pas les secondes mains comme toi mais … on m'a dit et redit que tu étais un bon coup. Alors maintenant, arrête tes bêtises et ne prétends surtout pas avoir une quelconque morale parce qu'on sait tous les deux que c'est faux …

Dean n'en revenait pas de ce qu'il entendait. Il savait qu'il n'était pas un garçon difficile mais il n'avait jamais imaginé qu'il pouvait avoir une telle réputation. De toute évidence, ses anciens partenaires passaient le mot à leurs amis. Et le jeune homme n'était rien de plus qu'un objet qu'on se passait de main en main. Il en eut la nausée.

- Je me fiche de ce qui se dit sur mon compte … si tu me violes et que je vais voir la police, tu iras en prison. C'est ce que tu veux ?

- Oh Dean … je sais que tu n'iras jamais voir la police. Ils te renverraient aussitôt chez tes parents et je doute que tu aies envie de les revoir puisque tu as du prendre la fuite. C'était quoi ? Papa te touchait … il venait te voir dans ta chambre la nuit pour que tu remplisses le devoir que Maman refusait de remplir depuis trop longtemps ?

Dean était prêt à tout entendre sur lui. Il n'accordait pas non plus d'importance à ce qu'on pouvait dire de son père. Même s'il n'avait jamais abusé de lui, c'était un salopard de première. Il méritait bien pire. Mais le jeune homme ne supportait pas qu'on dénigre sa mère. Il savait qu'elle était au moins aussi responsable que son père dans son départ mais elle en avait payé le prix. Et elle méritait d'être laissée tranquille.

- Ferme-la ! Jeta t-il en se débattant de plus belle.

Michael se pencha sur lui, le forçant à se courber en deux. Dean serra les poings.

- Oh on dirait que j'ai touché une corde sensible … souffla t-il.

Il souriait toujours et le jeune homme sentait la colère l'envahir. Il aurait voulu pouvoir le frapper. Peut-être même jusqu'à ce qu'il puisse effacer cet odieux sourire de son visage mais il ne pouvait rien faire dans la position dans laquelle il se trouvait. Il tenta une nouvelle fois de se dégager mais Michael était plus grand et plus lourd que lui. Il n'avait aucune chance.

- Quoi Dean ? Qu'est-ce qui te met dans cet état ? Ce que j'ai dit sur ton père ? Sur ta mère ?

Le jeune homme ne dit rien. Il ne voulait surtout pas donner de munitions à Michael. Il serra les dents et se força à le fixer dans les yeux.

- C'est ça qui t'excite ? Demanda t-il finalement. Tu aimes rabaisser tes partenaires ? Ca te fait te sentir mieux ? Supérieur ?

- Je n'ai pas besoin de ça … toi et moi on sait que tu ne vaux rien … c'est pour ça qu'aucun homme ne t'offrira plus qu'un verre ou deux … c'est pour ça qu'aucun ne te laissera passer la nuit dans son lit. Tu es pratique mais … ne te voile pas la face, je t'aurais oublié dès demain matin.

- Espère d'enfoiré! Jura Dean.

Les propos de Michael le touchaient d'autant plus qu'ils faisaient écho à ce qu'il savait déjà de lui-même. Personne ne voudrait de lui dans sa vie … du moins par pour plus longtemps que quelques heures. Il pouvait l'accepter parce qu'il estimait en retirer quelque chose de son côté. Mais cette fois, cela allait trop loin. Il détourna finalement les yeux.

- Ecoute, je ne suis pas quelqu'un de méchant, assura Michael au dessus de lui.

Il appuyait toujours de tout son poids sur l'arrière des cuisses du jeune homme et ses muscles commençaient à être douloureux.

- On peut oublier ce petit incident et reprendre là où on en était … je ne suis pas égoïste. Je m'assurerais que tu prennes ton pied toi aussi … ou tu peux résister et je serais le seul à m'éclater ce soir … c'est ça que tu veux ?

Dean prit quelques secondes pour réfléchir. Il doutait de parvenir à convaincre Michael de le laisser partir. Mais il pouvait tenter de rentrer dans son jeu et attendre qu'il baisse sa garde. Il y avait encore une chance que les choses ne dégénèrent pas plus. Il devait la saisir.

- Ok, ok, comme tu veux, accepta t-il.

Michael hocha la tête puis se redressa. Dean grimaça quand le poids sur ses cuisses disparut enfin et que le sang recommença à y couler normalement. Il observa son compagnon se repositionner correctement, une de ses mains glissant du dessus de son genou à sa cuisse puis à ses fesses. Il attendit que son regard soit fixé sur ses doigts qui pénétraient à nouveau en lui avant de tenter quelque chose. Il n'avait jamais appris à se battre mais il avait été malgré lui mêlé à plusieurs bagarres de bar provoquées généralement pour le tempérament quelque peu explosif de Chris. Il savait donner un coup de poing. Il savait également en recevoir un. Il avait une chance. Il prit une grande inspiration puis retira sa jambe de l'épaule de Michael et, rapidement, abattit son pied dans son torse. Son compagnon ne devait pas s'y attendre puisque le coup le fit reculer de plusieurs pas. Dean recula alors sur le lit puis en descendit de l'autre côté. Il regarda Michael tituber avant de se redresser.

- Oh tu n'aurais pas du faire ça … jeta t-il en pointant son indexe en direction du jeune homme.

Ce dernier contempla ses options pendant un instant. Il pouvait tenter de courir mais Michael se trouvait entre lui et la porte et il n'avait aucune chance de lui échapper de cette manière. Il ne pouvait définitivement pas tenter sa chance par la fenêtre car il n'y avait aucune échelle de secours. La seule solution était de se battre. Il savait que Michael avait l'avantage de la taille et du poids mais le jeune homme avait vu Chris mettre à terre des hommes bien plus grands que lui. Il fit un pas sur le côté et s'arrêta à l'angle du lit.

- Alors quoi ? Tu n'as pas peur de moi quand même ? Lança t-il à Michael.

Il voulait le pousser à faire le premier pas. Le pousser à être celui qui attaquerait. Et il savait qu'il pouvait y arriver en le cherchant sur ce terrain là. Il avait vu juste. Michael poussa un cri qui résonna contre les murs de sa chambre avant de se jeter dans sa direction. Dean esquiva le poing qui lança vers lui et abattit le sien contre sa tempe. Il ajouta un deuxième coup dans sa mâchoire puis le repoussa des deux mains. Michael dut se rattraper au rebord du lit pour rester debout et Dean saisit cette chance pour le contourner. Mais il avait sous-estimé son adversaire. A peine avait-il dépassé Michael que ce dernier le saisissait par le bras et le poussait aussi fort qu'il le pouvait. Dean perdit l'équilibre et tomba à genoux. Il tenta d'avancer à quatre pattes pour mettre de la distance entre lui et son adversaire mais Michael semblait avoir déjà récupéré. Il lui attrapa la cheville droite et le tira en arrière. Dean tomba à plat ventre et tenta de se débattre. Il sentit Michael s'agenouiller derrière lui. Ce dernier lui saisit la deuxième cheville et lui écarta les jambes. Dean tenta de se retourner sur le dos mais son adversaire avait le dessus.

- Tu vas me payer ça, jura Michael.

Dean hurla alors de toutes ses forces. S'il ne pouvait pas se défendre seul, il pouvait toujours essayer d'alerter le voisinage. Il y avait bien quelqu'un qui finirait par prévenir la police.

- Crie autant que tu veux … on est tous seuls à cet étage ! Assura Michael.

Dean sentit ses mains se poser sur ses fesses pour les écarter et ce fut le déclic. Il sentit la colère et la peur lui donner une nouvelle dose d'énergie et il se débattit de plus belle. Il parvint à se dégager par miracle et rampa aussi vite qu'il le put. Il se releva juste au moment où Michael se jetait de nouveau sur lui. Il lui échappa de justesse et lui balança son pied dans la figure. Il entendit le bruit de son nez qui se brisait. Il vit le sang inonder son visage et il ne put s'empêcher d'être satisfait. Il lui donna un deuxième coup de pied dans le visage et le regarda s'effondrer sur le sol. Une fois debout, Dean se pencha au dessus de lui.

- Va te faire voir salopard ! Jeta t-il avant de lui cracher dessus.

Il se dépêcha ensuite de sortir de la chambre. Il récupéra ses vêtements qu'il enfila à la hâte puis se dirigea vers l'entrée. Il prit la liasse de billets que Michael avait laissée sur un meuble puis sortit de l'appartement. Il descendit les escaliers deux par deux. L'adrénaline coulait à flots dans ses veines et il avait l'impression de voler. Il savait qu'il finirait par retomber sur terre mais pour le moment, il était encore sous le choc. Quand il fut enfin dans la rue, il se plia en deux et posa ses mains sur ses genoux. Il avait la respiration saccadée et son cœur battait à un rythme effréné dans sa poitrine. Il ferma les yeux en tentant de retrouver son calme. Quand il les rouvrit, il réalisa qu'il avait oublié ses chaussures dans l'appartement de Michael. Et qu'il était pieds nus. Il cligna plusieurs fois des paupières, comme hypnotisé. Puis il éclata de rire. Il n'y avait rien de vraiment drôle dans cette histoire mais c'était plus fort que lui. Il venait d'échapper à une tentative de viol. Il venait de frapper un inconnu et de lui briser le nez. Et il avait oublié ses chaussures. Il avait descendu en courant les escaliers sans se rendre compte qu'il était pieds nus. C'était ridicule. Il était ridicule. Et même si ce n'était pas drôle, il continua de rire au milieu du trottoir. Les gens devaient probablement le prendre pour un fou mais il s'en fichait. C'était soit rire soit pleurer. Parce que la situation dans laquelle il se trouvait en disait long sur la vie qu'il menait. Sur les mauvaises décisions qu'il avait prise jusque là. Et sur les risques qu'il prenait quotidiennement. Il avait l'impression d'être un moins que rien … un de ces types qu'on ramasse au coin d'une rue et avec qui on couche dans une allée non loin de là. Il avait l'impression d'être un « professionnel » comme Castiel avait dit quelques jours plus tôt. Et pas un gigolo de luxe. Loin de là. Il était le genre qui se vend au rabais. Il avait accepté de suivre Michael contre un verre de whisky bon marché et quelques compliments. Il pouvait le nier tant qu'il le voulait. Continuer à se répéter qu'il en retirait quelque chose. Il savait que Michael avait eu raison sur ce point. Il n'y avait pas une grande différence entre lui et ces garçons qui vendaient leurs corps et qu'il ne pouvait s'empêcher de dénigrer en les voyant. Ces types pour qui il n'avait finalement que de la pitié. C'était comme ça que les gens le regardaient. Avec condescendance. Ils se demandaient probablement ce qui avait pu le conduire là. Ce qui avait pu le pousser à les laisser faire de lui ce qu'ils voulaient du moment qu'on lui offrait un tant soit peu de considération. Il ne valait pas mieux qu'eux. Certainement moins. Eux ne se voilaient pas la face sur leur situation. Ils ne se mentaient pas en s'accrochant à une vertu perdue depuis longtemps dans les draps et les bras d'un inconnu. Eux ne se vexaient pas de s'entendre dire la vérité. Dean devait arrêter de se voiler la face. Ce qui venait de se passer avec Michael était une sacrée piqure de rappel. Il continua de rire en palpant la liasse de billets dans sa poche. Il avait la sensation d'avoir effectué une passe. Et sans doute pas la plus réussie qui soit. Son rire devint hystérique alors que les larmes coulaient sur ses joues. Il se releva doucement et regarda autour de lui. Un petit groupe de jeunes femmes le regardaient d'un drôle d'air depuis le seuil d'un immeuble. Il leur adressa un clin d'œil.

- Certains clients ne sont pas commodes, leur lança t-il en souriant.

Il s'amusa de leurs regards choqués. Il aurait pu leur dire qu'il avait été presque violé. Il aurait pu leur dire qu'il n'était pas là dans le cadre de son « travail ». Mais il savait ce qu'elles pensaient. Il pouvait le lire dans leurs regards. Il sortit la liasse de billets de sa poche et l'agita devant lui.

- Mais certains sont plus généreux que d'autres … ils doivent penser que je suis un super coup ! ajouta t-il d'un air triomphant.

Les jeunes femmes s'éloignèrent alors de lui en parlant à voix basses. Elles faisaient sans nul doute partie de cette catégorie de gens huppés qui vivaient dans le quartier. Des gens qui n'avaient jamais réellement vu de prostitués tout en sachant qu'ils existaient. Et il rit pendant encore quelques secondes en imaginant ce qu'elles pouvaient se dire. Il rangea ensuite les billets dans sa poche et se remit en route. Il grimaça en sentant le goudron froid et rugueux sous ses pieds. Mais il ne pouvait pas aller récupérer ses chaussures. Même s'il s'agissait de celles qu'il préférait. Celles qu'il s'était offert un an plus tôt avec l'argent gagné en nettoyant des tables. Il n'en avait pas besoin. Il ne voulait plus rien qui puisse lui rappeler ce qu'il avait vécu dans cet appartement. Il envisageait de brûler ses vêtements dès qu'il rentrerait au motel. Il avait suffisamment d'argent en poche pour s'en offrir de nouveaux. Il remonta le col de sa veste pour se protéger du vent qui soufflait et accéléra sensiblement le rythme. Il aurait pu prendre un taxi. Mais il ne voulait pas gâcher son argent. Et il considérait la route qu'il lui restait à faire comme une forme de pénitence. Son chemin de croix. Il sourit. Ses parents l'avaient inscrit au catéchisme comme il était enfant. Il en avait retenu quelques faits intéressants. Il était fasciné par le supplice que Jésus avait du supporter. Sur sa façon de se sacrifier et d'endurer les souffrances infligées au nom d'un idéal. Il aimait à croire, à l'époque, qu'il aurait le même courage. Qu'il parviendrait à tout affronter s'il estimait que la cause pour laquelle il se battait était juste. Il s'était trompé. Il n'était pas courageux. Il n'avait pas la force de caractère nécessaire. Il était du genre à baisser les bras et prendre la fuite. Le suicide était un péché et il était sur le point de le commettre. Mais avant de tirer le rideau sur le semblant de vie qu'il menait, il avait envie de continuer à marcher. De supporter les coupures que le goudron infligeait à ses pieds nus. Cela valait sans doute une centaine de « je vous salue Marie ». Il pourrait racheter ses péchés précédents en fermant les yeux sur son bien être et son confort pendant quelques kilomètres. Avant de commettre le péché suprême. Celui qui le conduirait en enfer. Si l'enfer existait bien sûr.

- Eh Monsieur, ça va ? lança quelqu'un derrière lui.

Dean s'arrêta et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Un jeune homme le regardait avec inquiétude. Il avait probablement remarqué ses pieds nus et sa démarche hésitante.

- Vous avez besoin d'aide ? demanda le jeune homme en s'approchant de lui.

Ce ne fut que lorsqu'il fut à la hauteur de Dean que ce dernier remarqua comment il était habillé. Et il dut se retenir de rire à nouveau. Un prêtre. Le destin semblait décidé à se moquer de lui. Ou peut-être s'agissait-il là d'un signe. Quelles chances y avaient-ils qu'il tombe sur un prêtre au moment même où il pensait à la religion ? Sans doute aucune.

- Vous ne devriez pas marcher pieds nus. Vous allez vous blesser, expliqua le jeune prêtre avec douceur. Est-ce que quelqu'un vous les a volés ?

Dean secoua la tête.

- Je les ai laissé chez quelqu'un … je les ai oublié, répondit-il.

Le prêtre fronça les sourcils.

- Est-ce que cette personne a tenté de vous faire du mal ? Est-ce que vous avez pris la fuite ?

Dean haussa les épaules. Il ne savait pas comment expliquer à cet homme ce qu'il avait traversé. Il ne voulait pas lui dire qu'il avait été dans cet appartement pour coucher avec un inconnu. Il ne voulait pas avoir à lui raconter comment il se comportait comme un gigolo de bas étage. Parce qu'il savait ce que le prêtre penserait de lui. Il avait entendu maintes et maintes fois celui de la paroisse que fréquentaient ses parents expliquer que le sexe entre hommes était le pire des péchés. Que ceux qui s'y adonnaient valideraient leur ticket pour l'enfer. Que l'homosexualité était une maladie.

- Monsieur, vous m'entendez ? demanda le prêtre en posant sa main sur son épaule.

Sa gentillesse et sa douceur brisèrent le cœur de Dean. Il estimait ne pas les mériter. Pas après ce qu'il avait fait ce soir. Il aurait préféré que le prêtre passe son chemin. Mais il continuait de le regarder avec bienveillance.

- Oui je … ça va … j'ai juste envie de rentrer chez moi, expliqua t-il.

- Et où c'est chez vous ? demanda le prêtre sans lâcher son épaule.

Dean ne savait pas quoi répondre. Le motel n'était pas sa maison … l'appartement de Chris ne l'était plus. Pas plus que l'endroit où son père vivait. Dean n'avait pas à proprement parlé de « chez lui ». Il avait un toit au dessus de sa tête mais ça ne faisait pas tout.

- Je vis dans un motel à quelques kilomètres d'ici et … je devrais rentrer, répondit-il.

Le prêtre le regardait toujours et Dean ne put s'empêcher de remarquer à quel point il était jeune. Sans doute n'exerçait-il pas depuis longtemps. Le jeune homme ne comprenait pas ce qui pouvait pousser un garçon à renoncer à tant de choses pour servir un Dieu intolérant et borné. Un Dieu qui n'était pas qu'amour et compassion comme le proclamait le prêtre de son ancienne paroisse. Un Dieu dont il doutait de l'existence chaque jour un peu plus.

- Ecoutez, mon église n'est pas loin et nous avons des vêtements pour les plus démunis. Je pourrais peut-être vous trouver une paire de chaussures à votre taille … vous offrir un café aussi. Il fait particulièrement froid ce soir, expliqua le prêtre.

Dean secoua la tête.

- Je ne suis pas … je ne suis pas sans abri vous savez. J'ai … j'ai de l'argent. Je veux juste rentrer chez moi.

- Vous allez vous blesser en continuant comme ça … et je n'ai pas sous-entendu que vous étiez sans abri … juste que vous aviez besoin d'un peu d'aide. Voilà ce que je vous propose: vous venez prendre une paire de chaussures et en échange, vous faites un don à notre église. Est-ce que cela pourrait vous convenir ?

Dean haussa les épaules. Il ne comprenait pas pourquoi ce prêtre tenait tant à l'aider. Il avait souvent entendu parler de la charité chrétienne mais il n'en avait jamais été témoin. Il était déstabilisé. Et il n'était pas sûr d'avoir le droit d'accepter.

- Vous n'avez pas d'autres personne à aider ? Demanda t-il. Des gens qui en ont réellement besoin ?

Le prêtre lui adressa un sourire qui était si sincère et si gentil que Dean eut envie de lui dire toute la vérité. Parce que cet homme était en train de lui tendre la main sans savoir la moindre chose sur lui. Et cela lui semblait complètement surréaliste. Et malhonnête. Car le prêtre aurait sans doute rétracté son offre s'il savait.

- Il me semble que vous en avez besoin. Mais je ne peux pas vous forcer. Si vous ne voulez pas me suivre, alors je passerais mon chemin.

- Vous ne me le proposeriez pas si vous en saviez un peu plus sur moi, assura Dean.

Le prêtre retira enfin la main de son épaule et pendant une seconde, le jeune homme pensa qu'il allait tourner les talons. Qu'il avait compris à qui il avait à faire. Mais le prêtre resta immobile devant lui, un sourire étirant ses lèvres.

- Je n'ai pas pour habitude de juger les gens sans les connaître … surtout si je ne sais rien de leur vie et de ce qui a pu les conduire à faire ce qu'ils font. Vous êtes libre de me croire … et de me parler d'ailleurs. Mais avant toute chose, je tiens vraiment à ce que vous me suiviez.

Dean finit par hocher la tête. Parce qu'il ne voyait pas ce qu'il pouvait dire d'autre. La gentillesse du prêtre l'avait pris par surprise. Il en oublia tout le reste et le suivit jusqu'à son église. Il commençait tout juste à pleuvoir quand ils y pénétrèrent et Dean leva presque aussitôt les yeux vers les tableaux qui ornaient les murs. Ce n'était pas une église à proprement parler. Il n'y avait ni clocher ni autel imposant. Il s'agissait plutôt d'une grande salle aux murs blancs. On avait installé des bancs pour les fidèles et un pupitre en bois tout au bout pour le prêtre. Ca n'avait rien d'austère ou d'impressionnant. Et Dean ne put s'empêcher de se sentir à l'aise. Il s'attarda une seconde devant un tableau du Christ portant la croix et il étudia son visage. Il se demanda ce qu'il pourrait ressentir en voyant ce que ses fidèles avaient construit autour de son souvenir. Il était curieux de savoir s'il aurait apprécié tout le faste de l'Eglise. Jésus était un homme simple. Il aurait probablement détesté qu'on use de son image pour faire fortune. Pire encore. Il aurait sans doute trouvé irrespectueux de son sacrifice qu'on utilise son nom pour obliger les gens à suivre des règles qu'il n'avait aucunement fixée de son vivant.

- Je peux vous demander votre nom ? Demanda le prêtre dans le dos de Dean.

Ce dernier se tourna vers lui et fut surpris de voir qu'il tenait un énorme carton dans ses mains. Le jeune homme ne l'avait pas entendu quitter la pièce ou même bouger autour de lui. Il se demanda combien de temps il avait passé à observer ce tableau.

- Dean, souffla t-il en frissonnant.

Le prêtre lui sourit puis déposa le carton qu'il portait sur un des bancs à sa droite.

- Enchanté Dean … je suis Adam.

Dean ne put s'empêcher de trouver le nom étrange pour un prêtre. Adam était celui qui avait commis le péché originel s'il se souvenait correctement de ses cours de catéchisme. Celui qui avait condamné l'humanité à vivre sur Terre et non au Paradis.

- Je dois vous appeler Mon Père ? Demanda Dean en fronçant les sourcils. Parce que je risque d'avoir du mal à le faire puisqu'on est sensiblement du même âge.

Adam haussa les épaules.

- Vous pouvez m'appeler comme vous le souhaitez. Mais je préfèrerais que vous vous en teniez à mon prénom si cela vous convient. J'ai souvent l'impression que « Mon Père » met de la distance entre moi et les gens avec qui je parle.

- J'imagine.

Le prêtre ouvrit alors le carton qu'il avait amené et Dean vit qu'il était rempli de paires de chaussures. Toute en parfaite état. Sans doute toutes données par des gens qui voulaient se donner bonne conscience. Il soupira.

- Vous n'êtes pas un peu jeune pour être prêtre ? Demanda t-il en détournant ses yeux du carton.

Adam ne sembla pas vexé par la question. Il prit quelques secondes pour retirer sa veste et les yeux de Dean se fixèrent sur son col blanc. Il avait déjà été en présence d'autres prêtres mais jamais aucun ne lui avait parlé de cette façon. Il était un peu perdu.

- Et bien je suis rentré au séminaire quand j'avais tout juste 18 ans et je viens de finir mon cycle de 5 ans. C'est ma première affectation. Je suis toujours étudiant.

- Il faut être sacrément motivé pour étudier pendant 5 ans, constata Dean.

- Dieu est une motivation suffisante … aider les autres également.

Dean détourna les yeux et reporta son attention sur le carton de chaussures.

- Je devrais probablement vous dire la vérité sur moi avant de profiter de votre générosité et de celle de vos paroissiens, expliqua t-il.

Adam secoua la tête.

- Nous discuterons autour d'un café. Pour le moment, regardez si quelque chose peut vous aller dans ce carton et quand vous aurez fini, rejoignez moi dans mon bureau. C'est la porte en face de vous.

Dean acquiesça puis laissa le prêtre s'éloigner. Il n'aimait pas l'idée de prendre une paire de chaussures dans le carton. Il estimait qu'elles seraient probablement plus utiles à quelqu'un qui n'avait rien. Quelqu'un qui n'était pas une abomination aux yeux de ceux qui avaient donné ces chaussures. Mais il avait mal aux pieds et il était fatigué. Il soupira puis commença à regarder dans le carton. Il mit rapidement les mains sur une paire de Converse quasi neuves qu'il sortit. Elles étaient à sa taille et le jeune homme les enfila aussitôt. Il attacha les lacets puis les observa de longues secondes. Il se demandait à qui elle avait pu appartenir et pourquoi elles se retrouvaient dans ce carton alors même qu'elles n'avaient presque jamais été portées. Il secoua la tête puis jeta un dernier coup d'oeil à Jesus dans le tableau derrière lui.

- C'est là que s'arrête mon chemin de croix, murmura t-il en baissant les yeux.

Il prit une grande inspiration puis se dirigea vers le bureau du prêtre. Il ne savait pas vraiment ce qu'il comptait lui dire ou même s'il allait lui poser des questions mais Dean était nerveux. Il redoutait le moment où il dirait la vérité à Adam. Il exigerait sans doute qu'il lui rende les chaussures et qu'il quitte l'endroit dans la seconde. Dean pourrait toujours lui donner la liasse de billets en échange. Mais il doutait qu'Adam l'accepte. Le jeune homme secoua la tête puis ouvrit la porte. Le prêtre l'attendait assis sur un vieux canapé en cuir noir. Il n'y avait ni bureau ni bibliothèque dans la pièce et Dean fronça les sourcils.

- Asseyez vous. J'ai réchauffé du café pour vous, expliqua Adam en indiquant un fauteuil à sa gauche.

Dean se laissa tomber dessus puis regarda à nouveau autour de lui. L'endroit ne ressemblait pas du tout à un bureau. Il n'était donc pas au bout de ses surprises.

- C'est là que vous travaillez ? Demanda t-il alors qu'Adam lui servait une tasse de café.

Ce dernier hocha la tête.

- C'est là que je reçois les gens oui … j'ai également un bureau plus … conventionnel mais une nouvelle fois, je le trouve un peu austère et il met trop de distance entre moi et les gens. Je préfère m'installer ici pour leur parler. C'est plus confortable.

- Vous n'êtes pas un prêtre comme les autres, constata Dean en prenant la tasse qu'Adam lui tendait.

Ce dernier lui sourit.

- Merci du compliment Dean.

C'était une plaisanterie et elle arracha un sourire au jeune homme. Il but une gorgée de son café puis regarda Adam s'asseoir à nouveau sur le canapé.

- Je peux vous poser une question ? Demanda ce dernier.

Dean hocha la tête. Le prêtre acquiesça puis se racla la gorge.

- Qu'est-ce que vous faites dans un motel ? Vous êtes très jeune. Vous devriez être chez vos parents.

- Ma mère est morte récemment et mon père …

Dean ne savait pas comment finir sa phrase. Il baissa les yeux sur son café puis soupira longuement. Il n'avait aucune raison de mentir à cet homme. Il pouvait lui dire la vérité. Elle ne sortirait pas d'ici. Mais il redoutait d'être jugé. D'être condamné. Il n'était pas sûr de pouvoir le supporter.

- Mon père m'a mis à la porte quand j'avais quinze ans, expliqua t-il finalement.

Adam ne dit rien pendant de longues secondes et Dean fronça les sourcils.

- Vous n'allez pas me demander pourquoi ? S'étonna t-il.

Le prêtre haussa les épaules.

- Seulement si vous souhaitez m'en parler. Je ne suis pas la police Dean.

Le jeune homme but une nouvelle gorgée de son café. Il commençait tout juste à se réchauffer et ses paupières lui semblaient incroyablement lourdes. Maintenant que l'adrénaline avait déserté son corps, il ressentait les effets des évènements de la soirée. Il étouffa un bâillement.

- Mon père m'a mis dehors parce que je suis gay. Il … il m'a jeté dehors parce que j'aimais les garçons, lança t-il soudain.

Il ne savait pas pourquoi il disait tout cela au prêtre. C'était presque comme si les mots avaient franchi le seuil de ses lèvres sans que son cerveau ne soit consulté. Il ferma les yeux et laissa sa tête tomber entre ses épaules.

- Maintenant, vous allez me demander de partir n'est-ce-pas ?

Il rouvrit les yeux et vit qu'Adam secouait la tête. Le prêtre posa sa tasse de café sur la table basse puis appuya ses coudes sur ses genoux, ses mains pendant entre ses cuisses.

- Je sais ce que certains de mes paires et de mes professeurs pensent de l'homosexualité mais je ne partage pas forcément leur avis. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un péché quand on aime vraiment l'autre personne. Et je ne vais certainement pas vous mettre dehors pour ça. Quant à votre père, j'estime qu'il a eu tort. C'est un péché grave que d'abandonner son enfant.

- Je doute qu'il voit les choses de la même manière que vous.

Adam se frotta les lèvres du bout des doigts pendant quelques secondes avant de pousser un long soupire.

- J'image que ça n'a pas du être facile pour vous. Est-ce que c'est pour ça que vous vivez dans un motel ? Demanda t-il ensuite.

Dean secoua la tête. Maintenant qu'il savait que le prêtre ne le jugerait pas, il réalisait à quel point il était facile de lui parler.

- Non je vivais chez un ami mais nous nous sommes disputés et … ma vie est un peu compliquée en ce moment, répondit-il.

Vous savez que je peux vous trouver une place en foyer si nécessaire … et il existe au sein de cette paroisse des associations de jeunes comme vous. Vous pourriez les rencontrer et leur parler. Cela pourrait vous faire du bien.

- Je n'ai pas besoin de … je sais où dormir et je ne veux pas en parler. Merci mais … je préfère me débrouiller seul.

Adam acquiesça et Dean détourna à nouveau les yeux. Il continua de boire son café en silence puis reposa sa tasse vide sur la table.

- Je devrais probablement vous laisser tranquille, jeta t-il en se levant.

Adam en fit de même et s'approcha de lui. Pendant une seconde, Dean ne put s'empêcher de redouter ce qu'il allait faire mais le prêtre s'arrêta à un mètre de lui et se contenta de le regarder avec insistance. Dean se força à soutenir son regard. Il avait la sensation d'être évalué, étudié, disséqué. Mais il ne bougea pas. Adam finit par soupirer en fronçant les sourcils.

- Vous êtes sûr que ça va Dean ? Demanda t-il.

Le jeune homme hocha la tête.

- Oui je suis sûr. Ca va. Je ne suis … je suis juste fatigué. Je … j'ai vécu une soirée mouvementée.

- Quelqu'un a tenté de vous faire du mal n'est-ce-pas ?

- Comment vous … non … non pas du tout.

Adam plissa les yeux et Dean se demanda une seconde s'il était capable de lire dans les pensées. Parce que c'était la deuxième fois qu'il lui posait cette question et il semblait déjà connaître la réponse.

- Pourquoi me mentir Dean ? Demanda finalement Adam.

Le jeune homme recula d'un pas en haussant les épaules.

- Je ne vous mens pas.

- Bien sûr que si, assura Adam.

Dean baissa les yeux sur ses pieds et observa les Converse qu'il avait prises dans le carton. Elles lui rappelaient ses mensonges et ce sentiment qu'il ne pouvait nier qu'il ne les méritait pas. Pas plus qu'il ne méritait la générosité de cet homme qui continuait de le regarder avec inquiétude. Il n'aurait jamais du accepter de les prendre. Il n'aurait jamais du accepter de suivre Adam. Il n'était rien de plus qu'un imposteur. Et il était temps de rétablir la vérité. Temps de dire les choses telles qu'elles étaient vraiment. De faire tomber le masque. Il déglutit avec peine puis releva la tête.

- Je couche avec des hommes, lâcha t-il brusquement.

Adam ne sembla pas surpris ou choqué et Dean se demanda comment un homme aussi tolérant et ouvert d'esprit pouvait choisir d'exercer une profession où l'intolérance était un principe de base.

- Vous êtes homosexuel … vous me l'avez dit, lui rappela le prêtre.

Dean soupira.

- Ce que je veux dire c'est que je couche avec des hommes … des tas d'hommes en fait. Je couche avec eux et ensuite je les oublie. Je … j'ai suivi cet homme ce soir et il … il ne voulait pas me laisser partir. Je l'ai frappé et j'ai fui mais j'ai … j'ai oublié mes chaussures.

Adam acquiesça comme si c'était là un discours qu'il avait déjà entendu des centaines de fois. Et peut-être était-ce le cas en définitive. C'était à ça que servait la confession. Etaler ses plus noirs péchés et demander le pardon.

- Je ne suis pas là pour juger le genre de vie que vous avez décidé de mener Dean … je peux vous écouter si vous voulez m'en parler. Je peux vous donner des conseils et vous orienter vers quelqu'un qui pourra vous aider. Mais je ne vous critiquerais pas. Je ne vous blâmerais pas pour vos erreurs, assura Adam.

Dean se passa la main sur le visage. Il n'en revenait pas d'entendre autant de compréhension dans la bouche d'un prêtre.

- Vous devriez … vous devriez être en train de me dire que je suis quelqu'un de dégoûtant ou même d'irrécupérable … vous devriez me dire que je vais aller en enfer pour mes péchés. Vous ne pouvez pas … vous ne pouvez pas comprendre … vous ne pouvez pas vous montrer gentil avec moi.

- Et pourquoi donc ? Tous les prêtres ne sont pas homophobes et intolérants.

- La plupart sont … ils sont comme mes parents.

Adam retira son col blanc de sa chemise et le plia soigneusement avant de le ranger dans sa poche.

- Oublions l'espace d'un instant que je suis un prêtre … est-ce que vous me croiriez si je vous disais les mêmes choses et que je n'étais pas le Père Milligan?

Dean réfléchit une seconde puis hocha la tête.

- Alors pourquoi ne pas me croire maintenant ? Ce n'est pas parce que j'ai choisi de devenir prêtre que j'ai perdu toute capacité à réfléchir par moi-même. L'Eglise peut avoir ses positions sur le sujet et j'ai le droit de ne pas être d'accord, expliqua Adam.

C'était logique et probablement vrai. Mais Dean n'avait jamais réussi à faire confiance à un prêtre. Simplement parce que les rares qu'il avait rencontrés jusque là étaient des idiots et des homophobes endurcis.

- Dean, je ne vais pas vous mentir. Je pense que vous menez une vie dangereuse et je ne peux pas la cautionner. Mais je ne vous juge pas. Parce que je ne sais pas ce qui a pu vous conduire là. Je ne sais rien de vous. De votre passé ou des épreuves que vous avez eu à traverser. Ce que je vois quand je vous regarde, c'est un jeune homme qui a vécu quelque chose de terrible et qui est seul. Je vois un garçon qui a besoin d'aide. Le reste, je m'en contrefiche.

- Je ne suis pas seul. J'ai des amis.

Mais Dean n'était pas vraiment sûr que ce soit encore vrai. Il avait fui Chris et Castiel. Le premier parce qu'il était trop protecteur et le second parce qu'il l'avait trahi. Il lui restait Steve mais il doutait que le jeune homme soit enclin à l'accueillir sans prévenir son petit ami dans la foulée. Adam avait raison. Dean était seul. Mais il n'était pas prêt à l'admettre.

- Et où sont-ils actuellement ? Demanda finalement Adam.

Dean haussa les épaules.

- Pas ici ! Répondit-il froidement.

Il recula jusqu'à ce que son dos soit contre la porte derrière lui puis il se prit la tête entre les mains. Il se mordit la lèvre si fort qu'il sentit le sang couler dans sa gorge.

- Dean, laissez-moi vous aider, le supplia Adam.

Le jeune homme leva la tête vers lui et le regarda entre ses doigts. Il secoua la tête. Les paroles du prêtre faisaient échos à celles de Castiel et Dean se souvint alors de la déception qu'il avait ressenti quand il avait compris que son « ami » l'avait trahi. Il ne pouvait pas revivre une telle chose avec Adam. Faire confiance à quelqu'un, s'ouvrir à lui, ne conduisait qu'à de nouvelles souffrances. Il laissa tomber ses mains le long de son corps puis secoua la tête.

- Non … j'ai fait l'erreur de faire confiance à quelqu'un et je ne recommencerais pas. Je suis désolé Adam … mon Père … je suis désolé mais je ne peux pas. C'est trop tard.

Il enfonça sa main dans sa poche et en sortit les billets qu'il avait volé à Michael. Il les tendit au prêtre.

- Prenez-les … vous en aurez plus besoin que moi. Ils pourraient vous servir à acheter de la nourriture ou des vêtements ou … prenez-les.

Adam secoua la tête et refusa de prendre les billets. Dean les appuya contre son torse.

- S'il vous plait … vous m'avez dit que je pouvais faire un don pour votre église … que je … c'est pour les chaussures et pour le café.

- Il doit y avoir au moins deux cent dollars Dean. C'est beaucoup trop.

- Ce n'est pas mon argent !

Adam garda les yeux rivés sur le jeune homme et les bras croisés sur son torse. Dean recula alors sa main et observa les billets.

- Je ne peux pas les garder, assura t-il.

Il avait cru que les prendre était une bonne chose. Il avait pensé qu'il s'agissait là d'une punition pour Michael. Mais il s'était trompé. A présent qu'il les regardait à nouveau, il réalisait à quel point ils lui rappelaient ce qui s'était passé. Et il ne supportait plus de les voir. Il ne pouvait pas les garder. Ni même s'en servir. Il les jeta à Adam et les regarda rebondir contre son torse avant de tomber par terre.

- Faites en ce que vous voulez mon Père … ça n'a aucune importance. Et merci pour le café … merci pour les chaussures.

- Dean, s'il vous plait.

- Non … au revoir.

Sur ces mots, Dean tourna les talons et ouvrit la porte. Il se mit à courir aussi vite qu'il le pouvait. Ses jambes étaient douloureuses et ses poumons le brûlaient. Il sortit de l'église sans se soucier d'Adam qui l'appelait de l'intérieur. Il continua de courir, heurtant une personne au détour d'une rue puis une autre quand il trébucha. Il se rattrapa par miracle et accéléra le rythme. Il n'était même pas sûr d'être dans la bonne direction mais il s'en fichait. Il voulait juste courir. Il voulait juste s'enfuir. Il commença à traverser une rue sans regarder autour de lui. Il entendit le klaxon d'une voiture sur sa droite. Il entendit les cris derrière lui. Puis il entendit le bruit des freins et celui des pneus qui crissent. Il n'eut pas le temps de se demander d'où cela venait ou même si c'était à cause de lui. Il n'eut pas le temps de s'interroger sur quoi que ce soit. Aussitôt après avoir entendu un nouveau cri, il sentit quelque chose heurter ses jambes avec violence. Il sentit son corps être propulsé en l'air et il comprit. Une voiture. Il venait d'être renversé par une voiture. Il eut le temps de se dire qu'il n'avait jamais envisagé de mourir ainsi avant que son corps ne retombe brutalement sur le capot du véhicule qui venait de le heurter. Il ne ressentit aucune douleur. Mais le métal était froid sous sa peau et sa jambe de pantalon lui semblait bizarrement humide. Il se demandait s'il s'agissait de sang. Il tenta de se relever mais plus aucun de ses membres ne semblait vouloir répondre. Il entendit des voix autour de lui. Puis il entendit une femme pleurer. Il eut envie de lui dire de ne pas s'en faire. Qu'on venait de lui rendre un service. Mais à peine ouvrait-il sa bouche pour parler qu'il sentit une douleur violente lui transpercer la cage thoracique. Il ne parvint qu'à hurler. Ses propres cris lui semblaient lointains. Il ne savait pas s'il avait les yeux ouverts ou fermés mais il ne voyait rien d'autre que l'obscurité. Il eut une dernière pensée pour Chris et Steve, pour Sammy et leur mère. Il eut une dernière pensée pour Castiel. Et sans qu'il ne puisse rien faire pour l'empêcher, il perdit connaissance alors que dans la distance, il lui semblait entendre le bruit familier des sirènes d'une ambulance.