Titre : Never say die
Source
: Gundam Wing AC
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, basée sur l'histoire originale
Disclamer: aucun des personnages ne m'appartient sauf Lexie et les clients
Rating : T
Personnages
: Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Wufei Chang, Milliardo Peacecraft, Lexie
Statut : finie

Notes de l'auteure : bonjour à tous et merci d'être fidèles au rendez-vous. Voici donc le chapitre attendu des retrouvailles, j'espère que vous l'apprécierez.

Rars :
Bony100clyd : merci pour ta review et ta fidélité sur cette histoire ! tu as raison, les histoires des autres couples sont importantes dans une fic longue, c'est difficile de la centrer uniquement sur deux personnages principaux. Certains auteurs y arrivent très bien, je les respecte et les admire, même, mais moi, j'ai besoin que les autres personnages existent pour que ça semble plus réel et concret, plus crédible. Après, on est pas obligé d'autant s'attarder… Mais tu vois, le couple Trowa/Quatre, dans cette fic, c'est vous, lecteurs, qui m'avez demandé de l'exploiter et c'est cette relation que je trouve géniale, parce que la fic de départ, elle vit et évolue grâce à ces échanges. J'espère que le chapitre des retrouvailles te plaira !

Bonne lecture à tous !

.


.

Chapitre dix : T'accueillir.

« L'esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons

Et

Que l'amitié le console.

W. Shakespeare

.

.

Middle Prussia, Hôtel- résidence Le Krobnitz
Lundi 18 juin AC 205

.
.

Trowa sort de la salle de bain au moment où son portable sonne, le prévenant de la réception d'un message.

Il prend le temps d'enfiler boxer, pantalon et t-shirt, avant de récupérer sa veste pour prendre son téléphone.

Quatre sort à son tour de la salle de bain et le voyant ainsi habillé, la veste à la main, il sent son cœur se serrer.

- J'ai été trop rapide, apparemment, je ne t'ai pas laissé assez de temps pour filer, remarque-t-il d'un ton amer.

Trowa lui fait face, le téléphone dans la main, qu'il lui présente et qui suffit à ce que Quatre comprenne sa méprise.

- Un message d'Heero pour nous dire que Duo et Wufei sont dans la navette, ils arriveront demain à 18h14. Mais je peux partir, si tu préfères.

- Fais comme tu veux, réplique-t-il en retirant son peignoir pour s'habiller.

Ce n'est pas totalement innocent, c'est une manière d'offrir à Trowa la possibilité de poursuivre leurs jeux commencés sous la douche.

Mais malheureusement, celui-ci n'a retenu que le ton froid et agressif de Quatre, et dans ces derniers mots, une lassitude plus qu'un appel sensuel.

Aussi repose-t-il sa veste, mais se dirige vers le mini-bar pour se servir à boire plutôt que vers Quatre pour l'empêcher de s'habiller, comme il aurait eu envie de le faire.

- Brandy ? lui propose-t-il.

Quatre se mord la lèvre, la déception lui donnant un goût amer dans la bouche.

- S'il-te-plaît, merci. Pourquoi Heero t'a-t-il envoyé un message à toi uniquement ? demande-t-il en vérifiant son propre portable. Tu sais où il est ?

- Probablement dans sa chambre. Il a dû venir frapper à la mienne mais ne m'y trouvant pas, il en a déduit que j'étais dans la tienne et n'a pas poussé jusque-là.

- Tu aurais tout aussi bien pu être sorti prendre l'air, où que sais-je, réplique Quatre en s'asseyant sur l'un des fauteuils en face de celui où Trowa a pris place avec son whisky.

Il lui tend son verre, le regard perdu à travers la fenêtre vers le jour qui décline très lentement, teintant les cumulus de beau temps de rose et d'or improbables.

Oui, il serait bien allé profiter de la bise soufflant sur la côte, le soir.

- Je l'aurais prévenu, si j'étais sorti.

- Et moi ?

- Sûrement, même en doutant que cela t'intéresse, répond-il en le regardant enfin.

- Tes doutes ne sont pas justifiés, je préfère savoir où tu es, Trowa. Tu n'as pas encore eu d'amnésie, ce mois-ci, ça peut arriver à tout moment.

- Je sais. J'ai dit que ça ne t'intéressait pas de savoir où j'étais, pas que tu n'étais pas rassuré de ne pas pouvoir me localiser.

- Te localiser ? relève-t-il en faisant tournoyer son verre. Bon sang, Trowa, ne parle pas comme si tu avais une puce greffée dans la peau !

- Ca te rendrait la tâche plus facile.

- Ne me tente pas.

- Alors on en est là, maintenant… Bien.

- C'est toi qui me cherche, je ne fais que poser de simples questions, se défend-il calmement.

- Rien n'est jamais simple avec toi, Quatre Raberba Winner.

- Tu peux parler ! réplique-t-il avec un rire sans joie.

- J'aurais dû partir, c'est évident que ma présence t'importune, soupire Trowa en se levant. Merci pour le verre. Et la douche.

- Mais je t'en prie ! Cependant, tu ne l'as pas fini.

Trowa s'arrête et revient vers la table basse pour prendre son whisky à peine entamé.

- Je l'emporte avec moi, dans ce cas, je te ramènerai le verre plus tard.

- Reste, le retient Quatre sans bouger, sans le regarder, alors qu'il a presque atteint la porte. Nous devons parler de ce que nous allons dire à Duo, demain.

Le visage de Trowa se fige, les mâchoires serrées rendant ses traits encore plus fins et tranchants.
Il a cru un bref instant que Quatre le retenait pour d'autres raisons, pour être avec lui, malgré tout, mais non, il fait cet ultime effort pour Duo et dans cet intérêt seul.

Bien sûr, c'est important, mais il aurait voulu qu'à ce moment-là, ce ne le soit pas plus que tout

Comme il fait face à la porte et donc, tourne le dos à Quatre, celui-ci ne remarque rien de son changement d'expression, durant la seconde nécessaire à ce qu'il parvienne à dissimuler sa douleur, sa déception et sa tristesse derrière son masque.

Et de toute façon, Quatre a lui-même les yeux perdus dans son verre de brandy, blessé de ne pouvoir ressentir la moindre émotion chez Trowa, qui garde son cœur emmuré derrière une forteresse inébranlable.

- Je pensais qu'on en parlerait avec Heero.

- Cela nous regarde, Trowa. On voit ça ensemble, après on en rediscutera avec lui.

Trowa revient s'installer face à Quatre.
Durant quelques minutes, ils sirotent leurs alcools sans un mot, se regardant à la dérobée ou plus franchement, luttant encore une fois pour ne pas prendre la parole le premier.

Tout semble matière à affrontement, entre eux, désormais, et ça les fatigue grandement.
Si seulement ils pouvaient prendre conscience de leur méprise…

Trowa finit par se lever, à bout de patience.

- Peut-être qu'avec Heero, on avancera plus vite.

- Rassieds-toi, soupire Quatre en reposant son verre. S'il-te-plaît. Je ne veux pas que Duo s'inquiète, tu sais, commence-t-il dès qu'il est de nouveau installé dans le fauteuil. J'aurais aimé avoir quelque chose de rassurant à lui dire. Mais la vérité, Trowa, c'est que je ne sais même pas où on en est, toi et moi. On ne peut pas faire semblant que tout est comme avant et prétendre….

- Certainement pas, réplique vivement Trowa.

- Je sais bien ! Il est hors de question de le manipuler, il en a déjà eu assez pour toute une vie.

- Peut-être que nous n'aurons rien à dire, au final.

- Il va remarquer que les choses sont différentes. Qui ne le verrait pas ?

- Et alors ?

Quatre fronce les sourcils.

- Comment ça, et alors ?

- Tu penses vraiment qu'il aura la tête à en parler ou à demander des explications ?

- Il peut attendre un meilleur moment, c'est vrai, reconnaît-il. Surtout que Wufei lui a probablement dit certaines choses.

- Il est donc inutile de s'inquiéter pour demain.

- Peut-être que non, effectivement.

Le silence s'installe, tellement lourd qu'il ne tarde pas à être oppressant.

- Est-ce qu'on est encore un couple, Trowa ? demande brusquement Quatre en lui jetant un rapide coup d'œil.

Trowa ne répond pas tout de suite, et il est si immobile que Quatre se demande s'il l'a entendu.

C'est idiot, bien sûr qu'il l'a entendu… mais il veut sûrement faire comme si ce n'était pas le cas, pour ne pas avoir à répondre.

C'est si rares qu'ils soient si francs l'un envers l'autre, depuis quelques temps.
Peut-être sa question était-elle trop directe.

Jugeant qu'il a assez attendu et qu'aucune réponse ne lui sera faite, il se lève pour faire quelques pas et échapper à cette tension insoutenable.

- Je ne fréquente personne en dehors de toi, finit par déclarer Trowa.

- Moi non plus.

- Est-ce que ça fait de nous un couple, ou des hommes trop occupés pour aller voir ailleurs ?

- Tu ne l'es pas tant que ça, Trowa. Et au cas où c'est cela qui te freine, tu ne me dois rien, tu sais, rappelle-t-il en revenant vers lui. Ce que j'ai fait pour toi, je continuerai de le faire, je suis heureux d'avoir encore un rôle à jouer.

- Tu es bien trop gentil, Quatre, murmure Trowa en terminant son verre.

- Tu fais de l'humour ?

Trowa laisse échapper un son qui aurait pu s'apparenter à un rire, si son visage n'était pas à ce point figé.

- Que décide-t-on pour Duo, alors ? finit-il par demander, plutôt que de répondre à Quatre.

Celui-ci dégage son front des quelques mèches encore humides qui l'encombrent, d'un gracieux mouvement de tête.

Ce qui donne une furieuse envie à Trowa de plonger ses mains dans ses cheveux pour attirer son visage vers lui et l'embrasser fougueusement, désespérément, comme un peu plus tôt sous la douche, lorsqu'il buvait ses gémissements de plaisir à même ses lèvres…

- Je suppose qu'on va essayer de ne pas avoir d'échanges trop… tendus devant lui. Tu te sens capable de ne pas m'adresser de répliques cinglantes pendant quelques heures ?

Trowa se lève lentement.

- Ne m'en donne pas l'opportunité et tout ira bien. Tu sais bien que je ne parle que si c'est nécessaire.

- Je vois pas ce qu'il y a de nécessaire dans le fait de me blesser, Trowa, réplique-t-il en reprenant son verre.

Malheureusement, la brûlure de l'alcool n'a aucun effet sur la boule qu'il a dans la gorge.

- Ce n'est pas ce que je cherche, Quatre. Tu es le seul à me faire réagir si vivement. Je suis désolé si, aujourd'hui, ça m'amène à te faire du mal.

- Tu es comme un animal blessé qui se défend par l'agressivité. Et c'est moi, le bourreau.

- Tu n'es pas responsable de tes sentiments, ni des miens, murmure-t-il en arrivant devant la porte.

Chacun pensant que l'autre n'éprouve plus rien pour lui, ils interprètent cette phrase de la pire des façons qui soient.

Quatre serre si fort son verre dans sa main qu'il n'est pas loin de le briser.
Quant à celle de Trowa, elle menace de la même façon la poignée de la porte sur laquelle elle est refermée durement.

- Si seulement cet attentat n'avait pas eu lieu…

Trowa n'est pas du genre à parler pour ne rien dire, aussi n'ajoute-t-il rien d'inutile à cette remarque.
De toute façon, cette conversation n'a que trop duré.

- Je vais faire un tour dans le parc. On se voit en bas avec Heero, pour le dîner.

- Oui, à tout à l'heure.

Trowa referme la porte dans un claquement sec, sans un regard pour Quatre, qui ne lui en adresse pas un seul non plus.

- Sois prudent... murmure-t-il inutilement face à une porte close.

C'est uniquement parce qu'il n'est pas chez lui et que rien ne lui appartient que le jeune héritier n'envoie pas son verre se fracasser contre un mur.

Il se laisse tomber dans son fauteuil, le regard aussi noyé de tristesse que son cœur, terminant son verre pour tenter de chasser la bile qui remonte doucement mais sûrement depuis les profondeurs de son mal-être jusqu'à sa bouche.

En se concentrant sur Duo et le fait qu'il va enfin le revoir, il parvient à retrouver le sourire et une certaine forme d'apaisement.

Oui, il va retrouver son meilleur ami, celui qu'il a si vite considéré comme un frère, et rien ne doit venir entacher cet instant tant attendu.

Rien, pas même le gâchis sans nom de sa relation avec Trowa, qu'il va devoir pourtant expliquer à un moment ou un autre.

Mais pas maintenant, pas encore.

Il va chercher son ordinateur et reprend l'un de ses dossiers pour passer le temps utilement jusqu'au dîner, plutôt que de continuer à ruminer.

.

.

Le lendemain en fin d'après-midi,
Mardi 19 juin AC 205
Middle Prussia, Spatioport Terminal C

.

Wufei se tourne vers Duo.

- Prêt ?

- Et impatient ! répond-il avec un grand sourire. Merci encore pour tout, Fei !

- Laisse ces surnoms de côté et je me considèrerai largement remercié…

- J'crois au contraire que ça t'avait bien manqué ! réplique-t-il en l'entourant de son bras, un court instant.

- Allons-y, Maxwell, j'ai assez entendu de bêtises ! Tu es attendu, qui plus est.

Ils descendent de la navette et gagnent le terminal d'arrivée.

Heero, Trowa et Quatre sont là pour les accueillir, sans surprise.

Dès la fin de leur conversation avec Heero, le jour-même où Duo a appris la vérité sur Miles/Milliardo, Trowa et Quatre ont pris la première navette en direction du Point L6.

Wufei l'en a informé, il n'en a pas été étonné, cependant, Duo n'imaginait pas qu'il serait si ému.
Pourtant, il sent une boule dans l'estomac et même des larmes lui monter aux yeux.

- My little angel… murmure-t-il alors que Quatre s'avance le premier, ne tenant plus.

Il ne s'attendait pas à être accueilli de cette façon, même si Wufei les a prévenus que la mémoire de Duo était revenue dans sa quasi-totalité.

Aussi, ses yeux s'emplissent de larmes, tandis qu'il court le serrer dans ses bras, sa tête dépassant à présent de son épaule leur rappelant douloureusement le temps qui a passé.

Quatre avait remonté ses barrières et bloqué un minimum son empathie par prudence, car il savait que ce serait une véritable « séquence émotion ».

Mais son contrôle lâche complètement sans qu'il puisse simplement songer à le renforcer, et il se laisse au contraire envahir par les émotions de Duo, tout en libérant les siennes.

Leur lien, coupé brusquement cinq ans plus tôt, cherche immédiatement à se renouer : les deux moitiés abandonnées, orphelines, tronquées se retrouvent et se renouent, à cet instant, avec une force et un naturel qui ne les étonne absolument pas.

Ce qui suffit pour que les derniers lambeaux de tissus chimiques couvrant la mémoire de Duo volent en éclat et disparaissent à jamais, pulvérisés par la force de leurs sentiments.

Tout lui revient, les souvenirs qu'il a déjà retrouvé s'ajustant aux sentiments épars et aux impressions diverses qui flottaient çà et là en lui, sans savoir encore où se fixer, cherchant leurs places.

Le puzzle est complet, à présent, sa mémoire est revenue et avec elle, son passé et sa vie lui ont été rendus.

Duo serre encore plus fort Quatre contre lui, et se voit retourner son étreinte avec la même intensité.

- Tu m'as tellement manqué, arrive à articuler Quatre, d'une voix rendue bien rauque par l'émotion. J'ai eu tant de mal à ne pas te sauter dessus quand je t'ai vu, à la librairie !

- Ca a dû être si difficile pour toi, angel

- Peu importe, mon Duo, assure-t-il en se reculant pour le regarder. Tout est derrière nous, maintenant…

- Pas encore tout à fait, grimace Duo en se détachant de lui, le regard fixé un peu plus loin.

Parce qu'entretemps, Milliardo, qui était resté en retrait jusqu'à l'arrivée de Duo, s'est approché pour se rendre visible.

Heero et Trowa ne lui jettent même pas un simple regard.
Quatre suit celui de Duo seulement pour comprendre ce qui se passe, puis le détourne avec dédain.
Quant à Wufei, derrière Duo, il n'a pas cessé de lui adresser une œillade meurtrière, depuis qu'il s'est mis à découvert.

Duo le rejoint et s'arrête à une faible distance de lui.

C'est lui qui l'a informé de son retour, et qui lui a demandé de le rejoindre pour qu'enfin, il puisse tourner la page.

Durant quelques instants, perçus différemment par chacune des personnes présentes et impliquées, ils se regardent simplement en silence.

Milliardo est en civil : pantalon en lin blanc, polo cintré d'un bleu faisant ressortir celui de ses yeux, pull blanc posé sur ses épaules avec une nonchalance feinte, lunettes de soleil relevées sur sa tête, dégageant légèrement son front et découvrant son incroyable regard…

Oui, cet homme est indéniablement beau, il a une classe folle, il est diablement sexy et il sait jouer de tout cela avec une maîtrise parfaite.

Etre habillé ainsi peut être une stratégie pour rappeler à Duo l'homme avec lequel Donovan a vécu, loin du militaire que Duo a toujours connu.

Ca fait son effet, Duo est réellement troublé.
Mais il sent la présence de ses quatre amis derrière lui, surtout celle d'Heero, qui aurait dû rester son seul amour et ses poings se serrent doucement, alors que son regard s'assombrit.

Voyant cela, Milliardo fait un pas vers lui, un seul, avec un sourire indéchiffrable.

- Bonsoir, Duo.

Duo prend une longue inspiration et expire tout aussi longuement, avant de se décider à répondre.

- Tu m'as arraché à ma seule famille.

C'est une entrée en matière comme une autre, même si personne ne pensait que Duo commencerait comme ça.

Mais après tout, cela lui ressemble bien, de ne pas y aller par quatre chemins.

Même si certains auraient préféré qu'il commence par lui mettre son poing dans la figure…

- Je n'avais pas le choix, si je voulais ma chance avec toi.

- Je ne te l'ai pas donné, parce que ça m'intéressait pas, Milliardo !

- Tu n'avais pas conscience de ce que j'avais à t'offrir, alors. Or, nous avons été heureux, pendant cinq ans, Duo, tu ne peux pas le nier. Ce qui prouve…

- Quoi ? le coupe Duo, sentant la colère revenir, alors qu'il s'en était défait avec l'aide de Wufei. Que j'aurais dû quitter Heero avec qui j'étais parfaitement heureux et que j'aimais plus que tout, pour toi, qui étais un simple ami, collègue et supérieur ?

- Je savais que tu ne pouvais pas même simplement envisager cette éventualité. Il fallait que je te montre et te prouve que tu pouvais m'aimer et être heureux à mes côtés.

- En m'arrachant à ma vie, à ma seule famille et à mon seul amour ? proteste-t-il en faisant un mouvement vers ses amis. En m'ôtant le souvenir des personnes que j'ai perdu et sans qui je ne serai jamais devenu l'homme que j'étais et dont tu es tombé amoureux ? En me droguant et en me manipulant ?

- Ce n'est pas moi qui aie commandité cet attentat, se défend-il calmement. J'ai simplement saisi l'occasion de tout reconstruire avec toi, lorsque tu as perdu tes souvenirs. Ainsi, tu as pu vivre une autre vie et te rendre compte par toi-même que tu pouvais être heureux, autrement. Je t'ai rendu heureux, je t'ai offert la vie que tu méritais, je t'ai débarrassé de tous tes démons… Tu n'aurais jamais pu t'épanouir ainsi, en restant Duo Maxwell. Reconnais-le.

- Mais t'en sais rien ! Bien sûr, j'ai été heureux avec toi, mais ce n'était pas moi, c'était seulement quelqu'un que tu avais modelé comme tu le souhaitais et à qui tu as donné le nom de Donovan Leitch... Mais j'étais fier de l'homme que je devenais et de ce que je construisais en tant que Duo Maxwell, en tant que Preventer Storm ! T'as détruit une grande partie de tout ça, tu m'as carrément sacrifié pour me refaire comme tu me voulais…

- Un mal pour un bien, Duo.

- Ca, c'est toi qui le dis, mais je suis loin, très loin d'être de ton avis ! De quel droit as-tu décidé que ce serait mieux pour moi, hein ?

- Aucun, je le reconnais, j'ai seulement agi et réagi par amour.

- Et par égoïsme.

- Mon égoïsme m'a permis de te rendre heureux.

- Mais je l'étais déjà !

- Tu pouvais l'être plus encore et c'est ce qui est arrivé. Avec moi et grâce à moi.

- Je ne le voulais pas, Milliardo… Je ne voulais rien d'autre que rester auprès d'Heero et vivre ma vie, tranquillement, ce bonheur-là était largement suffisant, pour moi... Et tu le savais. Tu m'avais demandé, une fois, si j'avais le pouvoir de changer quelque chose dans ma vie et dans mon passé, ce que je choisirais. Tu te souviens ?

- Oui.

- Et ma réponse, tu t'en rappelles aussi ?

- Tu m'as dit que le plus petit changement pouvait avoir de très grandes et graves conséquences, alors tu ne toucherais à rien.

- Pourquoi ?

- Duo, je t'en prie…

- Pourquoi ? insiste-t-il, malgré la douleur inhabituelle qu'il voit dans le regard de Milliardo. Qu'est-ce que j'ai dit en plus pour expliquer ma réponse ?

- « Qui pourrait volontairement prendre le risque de ne jamais rencontrer l'amour de sa vie et connaître un tel bonheur au présent, avec lui et d'autres personnes très importantes, simplement pour modifier un passé qu'il a déjà traversé et encaissé ? » énonce-t-il de mémoire, les poings serrés.

- Exact. « Ce sont les épreuves qui ont fait de moi l'homme que je suis et dont Heero est tombé amoureux. Cette chance, quoi qu'elle m'ait coûté, valait bien tout ce que j'ai pu traverser, en admettant que c'était ça le but, ou la récompense. Et je suis même prêt à tout revivre sans hésiter, Milliardo. » C'est par ces mots que j'ai conclu notre conversation, ce soir-là, y a maintenant quoi, six ans ?

- C'est cela. Je suis heureux de constater que ta mémoire est intacte.

Les mâchoires de Duo se crispent.
Et celles des quatre autres derrière, également.

- Ce n'est vraiment pas le moment de faire ce genre de réflexion, tu crois pas ?

- Ne le prends pas comme un manque de respect, je te prie. Je suis conscient de la blessure que je t'aie infligée.

- Encore heureux !

- C'était un risque à prendre, tout comme celui de te perdre, je les ai parfaitement mesurés.

- Bullshit !

- Duo…

- Je pense pas que t'aies vraiment tout pris en compte, Milliardo. Si c'est le cas, tu peux pas sérieusement croire qu'une fois avoir tout découvert, je puisse sérieusement envisager de rester ici, à Middle Prussia, comme si de rien n'était…

- Pourtant si, je l'espère, car j'ai tout mis en œuvre pour que tu sois heureux et ne souhaites pas renoncer à notre vie ensemble.

- T'espère vraiment que ça fasse le poids ?

- C'était un risque à prendre, Duo, je le répète. Je savais qu'Heero te retrouverait. Je savais que tu pouvais ne pas me pardonner, malgré notre vie heureuse, ta générosité et ton amour pour moi. Mais je ne regrette rien, si ce n'est de ne pas avoir eu plus de temps, encore.

- Tu te moques de moi ? s'étrangle presque Duo. Tu m'as menti et manipulé, t'as regardé les autres souffrir et les as manipulé, eux aussi, et tu n'as aucun regret à ce sujet ?

- Aucun, confirme-t-il sans hésiter, son regard franc ne quittant pas le sien.

- J'y crois pas… Mais c'est pire que ce à quoi je m'attendais ! Bon sang, mais Milliardo, je peux pas croire à ça… Duo ne peut pas y croire, et Donovan le refuse ! J'ai vécu avec toi, je sais que tu n'es pas si insensible que tu prétends l'être avec tes mots ! Je sais que t'es un homme généreux et attentionné, qui tient à chacune de ses relations…

Milliardo s'autorise un léger sourire, fermant les yeux un court instant, avant de les ancrer à nouveau dans ceux de Duo.

- La fin justifie les moyens. Je ne peux pas regretter les conséquences de mes actes, car ceux-ci m'ont conduit à vivre les plus belles années de ma vie, à tes côtés. Avoir des regrets, ce serait insinuer que je n'ai pas voulu chacune de ces secondes vécues en tant que Miles Kraft, compagnon et unique amour de Donovan Leitch. Je ne te servirai pas ce dernier mensonge pour me réhabiliter à tes yeux.

- Comme si ça pouvait changer quoi que ce soit ! proteste Duo en secouant la tête. On est plus à une tromperie près, hein ? God damn it

- Je devine à ton attitude que ta décision est déjà prise et je n'ai plus qu'à m'incliner. Mais je le répète, quelles qu'aient été les souffrances occasionnées - et quoi que tu en penses, je ne me suis pas réjoui de la douleur des autres - je ne regrette rien. Ces cinq années à tes côtés en valaient vraiment la peine.

Duo serre les poings.

- J'espère que tu le penses vraiment, car c'est tout ce que tu auras de moi.

- J'allais devenir Général en chef des Preventers, Duo, mais j'ai préféré être moi-même, à tes côtés. Parce que je t'aime. Et c'est la seule et unique raison qui m'a fait agir de cette façon que tu juges et condamnes sans appel, aujourd'hui.

- Et à raison ! Je ne peux pas te mentir, je t'aime également, je n'y peux rien. Donovan fait partie de moi et il t'a aimé cinq ans, ça ne s'efface pas du jour au lendemain. C'est la seule et unique raison pour laquelle je te pardonne, Milliardo. N'espère rien de plus de ma part.

Il se détourne mais Milliardo lui attrape le poignet, le forçant à lui faire face, à nouveau.

- Merci pour ces cinq années.

Duo se dégage sans brutalité, les lèvres pincées, la tristesse et le regret visibles dans le dernier regard qu'il accorde à Milliardo, avant de s'éloigner sans plus attendre et de rejoindre Quatre, Trowa, Heero et Wufei.

Les quatre hommes n'ont rien perdu de l'échange, puisqu'ils étaient à portée de voix.

Mais quelle qu'ait été la tentation pour chacun d'eux d'intervenir à une ou plusieurs reprises, ils se sont bien gardés de le faire, par respect et égard pour Duo.

Milliardo serre les poings et les mâchoires, ses yeux bleus prenant une teinte métallique : il savait qu'il y avait un risque qu'il perde tout.

Et même s'il a blessé Duo, comme il l'a dit, il ne regrette rien.

Il s'avance de quelques pas, amenant le groupe à se tourner vers lui.

- Je tenais à m'excuser pour le mal que je vous ai fait. Je ne regrette pas, comme je l'ai dit à Duo, mais je ne me réjouis pas de la douleur que mes agissements ont occasionnée.

Duo tend les bras avant que n'importe lequel de ses amis ait fait un geste vers lui.

- Hors de notre vue, Peacecraft-Merquise, ordonne Wufei d'une voix sans appel. Le temps de régler nos comptes viendra, mais pour l'heure, nous ne laisserons pas ta présence gâcher ce moment privilégié de nos retrouvailles.

Milliardo hoche la tête, adresse un dernier long regard à Duo, qui le soutient jusqu'au bout, puis s'en va.

Il ne se retourne pas une seule fois, ne préférant pas assister davantage aux retrouvailles du groupe dont il est à présent exclu.

En effet, après avoir repoussé très loin en lui tous ses sentiments inspirés par Milliardo, Duo s'est approché de Trowa, avec qui il partage à présent une longue accolade fraternelle.

Il se tourne ensuite vers Heero, qui attend avec une patience exemplaire, en apparence, mais qui, intérieurement, bouillonne d'impatience depuis que Duo est apparu.

Bien évidemment, il savait qu'il n'allait pas lui sauter dans les bras et l'embrasser fougueusement.
Tout comme il comprend pourquoi il est la dernière personne qu'il salue.

Leurs retrouvailles, enfin, n'ont rien d'anodin ils ne peuvent que se tenir l'un devant l'autre, avec tous les sentiments qui les unissent, mais aussi ceux qui, dorénavant, les séparent.

Duo le regarde longuement, éprouvant encore sa patience, puis glisse le bout de ses doigts sur son visage, son nez, sa joue, ses lèvres, avant de se perdre dans ses cheveux, toujours aussi indisciplinés, jusque sur sa nuque qu'ils recouvrent plus bas qu'il ne l'a jamais vu.

Et qui le rend encore plus sexy et attirant qu'il ne l'était déjà.
Pas étonnant que Donovan ait craqué si vite, même si c'était au-delà d'une simple attirance physique…

- T'es encore plus beau que dans mes souvenirs, 'ro.

- Baka… soupire Heero avant de l'attirer contre lui.

Duo referme ses bras autour de son torse et lui rend son étreinte, le cœur battant à tout rompre contre le sien.

- Merci, Hee-chan, murmure-t-il contre son cou. Merci.

Heero ne répond rien, profitant seulement de ce moment qu'il a attendu et espéré si longtemps.
Il le serre fort, tellement fort, pour lui faire passer la somme de toutes les émotions qui le traversent, mais qu'il ne peut exprimer autrement.

Pour l'instant.

Ils se détachent enfin et s'autorisent un sourire, mêlant joie et tristesse, qui se reflètent dans le bleu de Prusse et l'améthyste cobalt.

- Les yeux échangent leurs regards et les êtres existent, murmure Wufei.

Bien que chuchotée, son intervention a tout de même été entendue par chacun d'eux, y compris les principaux intéressés.

Mais cela n'a pas brisé l'instant magique de leurs retrouvailles tant attendues et espérées par Heero.

Certes, Duo ne le regarde pas encore comme autrefois, une ombre donnant la teinte d'une améthyste brute et opaque à ses yeux, mais peu importe.

Duo est là, enfin, et c'est la seule chose qui compte réellement, à cet instant, parce que c'est le point de départ de leur nouvelle chance.

Une nouvelle mission pour Heero, qui sait ne pas être proche du repos, encore, mais cela ne le gêne absolument pas.

Il est prêt à lutter contre les démons de Duo, sa tristesse, sa douleur, les restes de son amour pour « Miles » et tout ce qui pourrait l'empêcher de redevenir lui-même, d'être totalement heureux…

Et de leur redonner une seconde chance de reprendre leur relation là où elle a été si brusquement interrompue.

- On a pas mal de choses à se dire, je crois, finit par soupirer Duo, sans parvenir à le quitter des yeux.

- Ca peut attendre, Duo. Tu dois être fatigué.

- Wufei s'est très bien occupé de moi !

- Evidemment, intervient celui-ci en levant les yeux au plafond de verre.

- On en doute pas, assure Quatre en se dégageant du bras que Trowa a passé autour de sa taille, pour s'avancer vers lui.

Le regard de Trowa intrigue Duo, mais il n'a pas le temps de poser de questions, que déjà Quatre lui a pris le bras.

- On va te laisser te reposer, Heero a raison, mais on espère quand même pouvoir passer du temps avec toi assez vite ! On a des choses à se raconter, nous aussi.

- J'aimerai simplement passer à la librairie pour voir et rassurer Lexie, après, je suis tout à vous !

- Très bien, nous t'y déposerons, répond Wufei. Allons-y, nous pourrons continuer de parler dans la voiture.

- Oui !

Ils prennent le chemin du parking et se retrouvent très vite dans la voiture, Trowa au volant, Wufei à l'avant, Duo à l'arrière, entre Heero et Quatre.

A sa place, ne peut-il s'empêcher de penser.

- Au fait, Maxwell…

- Oui, Fei ?

- Je suis fier de toi.

Se doutant qu'il fait référence à son bref entretien avec Milliardo, Duo sourit avec une légère pointe de tristesse.

- Merci. A vous tous. Merci d'y avoir cru, de pas avoir laissé tomber et de m'avoir sorti de là. J'ai l'air chamboulé et je le suis, donc peut-être qu'on dirait pas que je suis hyper content d'être avec vous, mais c'est le cas ! C'est juste que c'est encore un peu difficile, tous ces sentiments… Et puis le fait de l'avoir revu aussi, c'est douloureux, même si c'est moi qui l'aie voulu.

- Ca ira, mon Duo, lui promet Quatre en posant sa tête sur son épaule. Tout ira bien, maintenant que tu nous es revenu. C'est une telle chance, c'est la preuve que tout n'est pas toujours aussi perdu et sombre qu'on le croit.

Duo surprend à nouveau le regard que Trowa lance à Quatre, à travers le rétroviseur.

Il sent bien que quelque chose est différent chez lui, tout comme chez Quatre, mais c'est normal, après cinq ans, non ?

Wufei lui a bien expliqué que leur couple battait de l'aile au point d'avoir parfois du mal à les croire encore ensemble, mais Duo a eu bien du mal à l'accepter.

Trowa et Quatre, c'était juste une évidence pour tout le monde, et ce, dès leur première rencontre.

Ils étaient parfaits ensemble, parfaits dans leurs silences, parfaits dans leur complicité, parfaits dans leurs disputes, parfaits dans l'équilibre entre les deux.

A l'image de leurs duos musicaux, où ils faisaient vibrer leurs instruments avec une telle harmonie…

Duo se demande qu'elle fausse note a bien pu créer la dissonance et lequel des deux en est responsable, s'il faut le chercher là, bien sûr.

Il se doute que la réponse ne sera pas simple, mais il se promet d'éclaircir ça au plus vite.

Ca l'aidera sûrement à passer sa propre épreuve que d'occuper son esprit à autre chose.

Et ce sera aussi un moyen de les remercier de l'avoir délivré de cette vie d'illusions qui a détruit le très beau couple qu'il formait lui aussi avec Heero.

Un merveilleux souvenir dont il adorerait refaire une réalité…

.

Un peu plus tard, à la librairie.

.

Lorsque Duo entre dans la librairie, après que Trowa l'y ait déposé, il ne pensait pas qu'il trouverait tant de monde.

Aussi, très naturellement, il file déposer ses affaires au bureau, marque un temps d'hésitation devant son badge et le laisse finalement de côté, même s'il sait que bon nombre de clients le connaît déjà et qu'il va donc être appelé Donovan très régulièrement.

Puis il reprend son poste, malgré les protestations de Lexie.

Ils n'ont pas le temps de discuter, à peine ont-ils eu celui de se saluer…

Heureusement, une heure et demie plus tard, Lexie donne le dernier tour de clé à la porte, soit seulement un quart d'heure après la fermeture normale de la librairie.

- C'est comme ça depuis que je suis parti ?

- Non, rassure-toi, répond-elle en commençant à faire la comptabilité de la caisse. Ca a commencé samedi, y a eu hier aussi, et aujourd'hui. Mais c'est seulement un rush de fin de journée, à chaque fois.

- T'as dû faire pas mal d'heure sup', du coup… Je suis désolée, Lex'.

- Ca va, Don', c'est pas comme si ça nous était pas déjà arrivé ! Lyssia, Archie et Rules sont descendus à tour de rôle me filer un coup de main quand ça devenait critique ! Sans compter Heero, qui a été là dès le début. Même tes deux autres amis sont venus me proposer leur aide, hier, dès l'ouverture.

- Ca ne m'étonne pas d'eux…

- Et puis tu m'as remplacé aussi, quand Keryan était malade et pas qu'une fois.

- Justement, j'ai pas d'enfants, moi… Il n'a pas dû apprécier de voir sa mère rentrer plus tard.

- Encore une fois, grâce à tes amis et aux efforts de tout le monde, c'est pas arrivé souvent. Keryan est grand, il comprend, tu sais. Il a adoré le brunch, dimanche ! Pour le reste, je lui ai dit que c'était pour te rendre service, parce que tu avais quelque chose d'important à faire. Il a arrêté de bouder tout de suite après !

- Tant mieux. Je lui parlerai, dès que possible.

- Commence déjà par me faire un câlin ! A moins que t'aies plus envie, si t'as retrouvé ta mémoire et que je ne fais plus partie de…

Duo la coupe en la soulevant dans ses bras pour la faire tourner en provoquant des éclats de rire, puis la repose et lui plante deux grosses bises sur chaque joue, avant de la serrer fort dans ses bras.

- Tu devrais partir plus souvent ! rit-elle encore. Alors, ça a marché, hein ? Je le perçois, tu es sensiblement différent.

- Oui, j'ai retrouvé mon passé, ma mémoire, et mes amis, qui sont venus m'accueillir. Mais tu le sais déjà.

- Oui ! Je les avais déjà vus en même temps que toi, la dernière fois, mais là, Heero me les a présentés « officiellement » dimanche dernier. Il est venu m'aider pour le brunch, mais il a pas pu rester jusqu'à la fin, puisqu'il devait aller les chercher. Je pensais pas qu'il repasserait, mais il est revenu avec eux pour voir si j'avais besoin d'un coup de main pour le rangement. Du coup, on a pris un thé là-haut en grignotant. C'était sympa.

- Je veux bien te croire !

- Tu n'es pas resté avec eux, comment ça se fait ? C'est pas à cause de moi, hein ?

- Non, Lex', rassure-toi. C'est juste que j'avais besoin d'être là… Je suis encore un peu perdu, je crois que j'ai besoin de repères. Mes amis le sont, c'est clair, mais pour l'instant, être ici, ça me fait du bien.

- Je comprends. C'est un peu logique. C'est difficile, hein ?

Duo soupire, alors qu'ils gagnent le bureau.

- C'est bizarre, tu sais… D'un côté, ça va vraiment bien, je m'sens apaisé… Et de l'autre, ça va pas vraiment. Milliardo, enfin Miles, sa trahison, tout ça… Je suis tombé de haut. Genre, d'une p'tain de montagne… C'était déjà pas génial quand j'avais pas retrouvé la mémoire, mais là, en prenant la mesure de ses manigances, de tout ce qu'il m'a enlevé… c'est encore autre chose.

- Quand tu pensais n'être que Donovan, ce devait être plus douloureux, parce que tu l'aimais vraiment, non ?

- Mais je l'aime toujours, Lex', c'est ça aussi, le problème ! Je lui en veux, c'est évident, mais j'ai mal aussi, parce que retrouver la mémoire n'a pas effacé mes sentiments pour Milliardo… enfin Miles.

- Rassure-moi, tu lui as pas pardonné ? Et t'es pas en train d'hésiter ?

- Je lui ai pardonné, mais je ne pourrais plus jamais envisager quoi que ce soit avec lui, explique Duo en allant leur chercher à boire dans son frigo. Même en simple collègue, je crois que ça serait trop dur de le voir et de le côtoyer… Pour le moment, en tout cas.

- Ca peut se comprendre. Et il ne le mérite pas, de toute façon. Tu comptes faire quoi, t'as une idée ? Je précise que t'as pas à revenir travailler tout de suite, je gère…

- Oh ! je le sais, ma belle. Je veux m'accorder un peu de temps pour réfléchir et faire les choses de la meilleure façon possible, surtout vis-à-vis d'Heero, mais je vais continuer de bosser, j'en ai besoin.

- Tu ne rentres pas de suite sur Terre, alors ?

- Pour toi, c'est si évident que ça que je vais repartir ? demande-t-il entre deux gorgées de bière.

La jeune femme lui adresse un sourire triste, même si elle fait un effort évident pour ne pas le laisser transparaître de trop.

- C'est là-bas qu'est ta vie, Duo, non ? Ils t'ont cherché et espéré depuis cinq ans… Tu sais que ton passé n'est pas si terrible que ça, finalement, puisque tu as des gens qui t'ont aimé assez fort pour ne jamais abandonner, même avec le peu de pistes et malgré le temps qui passait. Franchement, c'est… ouaw !

- T'as raison. Une partie de moi voudrait rester, mais c'est juste impossible, j'en suis conscient. Tout, ici, me rappelle Miles, Donovan… C'est la vie que Milliardo m'a construite pour me manipuler et profiter de moi. Je ne serai jamais assez fort pour faire abstraction de ça.

- C'est sûr, qui le serait ? On ne te demande même pas d'essayer, tu sais. Ne t'impose pas cette épreuve, t'en as assez bavé.

Duo hoche la tête.

- Tu vas terriblement me manquer, mais je comprends que tu ne puisses pas envisager de rester ici.

- Toi, Keryan, Archie, Rules, Lyssia, Winnifred, Harriet, Wolfgang, Gretchen… Vous êtes les seuls que je regretterai vraiment, ici. Et la librairie, bien évidemment, le vieux Klaus et sa Currywurst, Shaïly et Mr Rochas, Dana et ses quatre montres… Owen et son Pioupiou. Lukas et sa Grand'ma Lou. Tout ça va me manquer aussi !

- Tu reviendras nous voir, le rassure Lexie, malgré la boule qu'elle sent enfler dans sa gorge et son nœud à l'estomac qui se resserre. Et si c'est trop difficile, au début, c'est nous qui viendrons. Ca nous fera une raison de visiter la Terre !

- Il y a tant de choses que j'aimerais te faire découvrir, là-bas… Je ne crois pas que ça ait trop changé, en cinq ans, faudra que je me renseigne…

- Ca fait longtemps que t'as pas joué le guide pour Keryan et moi, j'ai hâte ! Mais en attendant, pour le temps que tu restes ici, tu peux habiter avec nous. La chambre d'ami est toujours prête. Et si tu préfères avoir plus d'indépendance, l'atelier au fond du jardin te conviendra parfaitement ! C'est un vrai studio, maintenant, et on a dégagé l'entrée qui donne directement sur la rue. D'ailleurs, tu devrais venir le voir y a un moment, déjà ! lui rappelle-t-elle en fronçant les sourcils.

- C'est vrai, désolé…

- T'as eu assez à faire, dernièrement. Mais voilà l'occasion !

- C'est sympa, Lex ', merci beaucoup. Je n'me vois pas retourner vivre à la maison… Même ces mots, « à la maison », sonnent bizarrement… C'est comme si ça appartenait à une autre réalité… C'est sûrement le cas, c'est une autre vie… Qui n'est plus tout à fait la mienne. Je sens que ça va être une vraie partie de plaisir d'y aller…

- Je viendrai avec toi prendre quelques affaires, en rentrant. Ou je peux même y aller seule, si tu préfères.

- Pas la peine, j'ai des affaires de rechange ici, ça me suffira pour les deux prochains jours. Je veux pas prendre le risque de le recroiser, pour le moment.

- Ok. En tout cas, je suis super contente que tu viennes à la maison ! Keryan sera même « vachement content », comme il dit tout le temps, en ce moment.

Duo sourit.

- Ca me fait plaisir aussi, Lex'. Merci encore.

- Arrête de me remercier, soupire-t-elle, c'est normal !

- Je dois encore te dire merci pour quelque chose : avoir aidé Heero.

- L'aider lui, c'était t'aider, toi, ça revient au même. C'est ce que Heero a fait en venant me donner un coup de main, ici, tu sais, Duo. Oui, je vais t'appeler Duo, maintenant, précise-t-elle.

- e préfère, oui. Merci, ma belle.

- De rien !

- T'as pas eu trop de mal à le croire ?

- Mon empathie a beaucoup joué, dans un sens. J'ai compris qu'il était sincère. Son intérêt si profond pour toi, que je trouvais bizarre et qui me dérangeait vraiment, d'un coup, ça s'est expliqué et justifié. Ses arguments étaient forts, aussi, et il les a appuyé de photos et de docs qui ont fini de me convaincre.

- Il t'a vraiment fait confiance, remarque Duo. Jamais il ne t'aurait montré quoi que ce soit, autrement. Et tes menaces ne l'auraient pas fait plier.

- Je m'en suis rendue compte, après coup. Je crois qu'il m'aime bien, en fait !

- J'en suis sûr. Je le connais et même s'il a changé, d'une certaine façon, je peux encore lire assez facilement en lui.

- Il a dit que je ressemblais à un de vos amis, Quatre.

Après un instant de réflexion, Duo hoche de la tête.

- C'est vrai, en y repensant, vous avez beaucoup en commun. Comme Archie avec Trowa, et Rules avec Wufei.

Il éclate soudain de rire.

- Bah qu'est-ce qui te prends ? s'étonne Lexie en souriant.

Le rire de Duo a toujours été très communicatif.

- « Rules », ça veut dire « règles », et Wufei est un grand défenseur de la justice et des lois. Dans une autre vie, il aurait sûrement été avocat, ou plutôt juge.

- C'est pas banal, remarque Lexie. Même en étant amnésique, inconsciemment, tu n'as pas cessé de chercher tes amis les plus proches, ceux que tu considères comme ta famille, si j'ai bien compris.

- Oui, c'est certainement ça... Depuis la première guerre où je les ai rencontrés, ils sont tout pour moi. Je ne me suis pas lié avec chacun d'eux de la même façon, ni en même temps, mais à la fin de la deuxième guerre, on était devenu très proches. L'année qui a suivi, ça s'est encore renforcé et très vite, on a été aussi unis que les cinq doigts de la main. Le poing de la Justice et de la Paix, comme nous a baptisé Wufei, quand on l'a finalement tous rejoint au sein des Preventers.

- J'ai vu la photo, oui.

- C'est pour ça que j'en veux aussi à Milliardo, poursuit Duo après une nouvelle gorgée de bière. Ils ont souffert et il les a regardé en baver, tandis qu'il profitait de mon état, abusait de ma confiance et me menait en bateau… C'est une façon complètement tordue d'aimer, tu crois pas ?

- C'est pervers, c'est clair… En tous cas, tu lui as peut-être généreusement pardonné, mais c'est pas mon cas. Il a franchement pas intérêt à se présenter devant moi.

- Il a permis qu'on se rencontre, quand même.

- Tu sais combien je t'aime, Duo, réplique-t-elle en posant sa main sur la sienne. Pourtant, si on pouvait revenir en arrière et empêcher tout ça d'arriver, je dirais oui sans hésiter, même si ça veut dire qu'on se rencontrera jamais. C'est ma façon tordue à moi de t'aimer.

Duo l'embrasse sur la tempe et presse sa main tendrement.

Ils se sont assis sur le bureau, tandis qu'ils parlaient, et sur la porte face à eux, une grande partie de la vie de Donovan est accrochée, scotchée, épinglée : des photos, des récompenses de libraires, des affiches d'évènements organisés à la librairie, des dessins d'enfants de clients, ceux de Keryan.

- Tu me manques déjà, Lex', soupire-t-il, le cœur soudain lourd.

- T'es pas encore parti ! Et puis je te laisserai pas t'éloigner et nous oublier, je te harcèlerai ! Un mail au réveil, un appel dans la matinée, une vidéo à midi, un appel ou deux dans l'après-midi, encore des mails et des vidéos, sérieuses ou pas ! Je t'enverrai même des séquences de la caméra de surveillance de la librairie en piratant ton ordi avec l'aide d'Archie !

Duo rit de bon cœur en posant sa tête contre la sienne.

Oui, Lexie a le même pouvoir que Quatre, celui de le faire se sentir bien même quand la situation est grave, même quand il a l'impression qu'un étau se resserre dans sa poitrine.

- Même à quatre jours et quelques d'ici, je serai toujours là pour toi, Lex'. Je pourrais pas rappliquer dans la demi-heure, comme ici, mais tu pourras toujours me joindre.

- Je n'en doute pas. Et même si tu es bien entouré et que tu n'auras plus besoin de moi, je serai là aussi, pour toi.

- J'aurais toujours besoin de toi et toujours envie de voir ta frimousse, assure-t-il en lui pinçant gentiment le nez. Tu restes ma meilleurs amie, rien n'a changé, Little sista.

Lexie renifle bruyamment pour ravaler ses larmes et entoure le cou de Duo de ses bras en silence.
Il passe tendrement sa main dans son dos et ils restent ainsi un long moment.

On frappe soudain à la porte de service, qui, du bureau, donne directement dans la rue, derrière la librairie.

- C'est Heero, murmure Duo alors qu'ils se détachent l'un de l'autre.

- Oh ! Je ne savais pas qu'il allait passer...

- Moi non plus, répond Duo en descendant du bureau pour aller ouvrir.

- Comment tu sais, alors ? demande Lexie en abandonnant son perchoir, elle aussi.

- Je reconnais sa façon de frapper, explique-t-il en laissant passer Heero. Ca n'a jamais changé. Salut, 'ro.

- Salut, répond-il en déposant un baiser sur sa joue, au passage.

Il en profite un peu, mais qui pourrait le lui reprocher ?

- Bonsoir, Heero, le salue Lexie en l'embrassant, elle aussi.

- Eh bien, je vois que la hache de guerre est définitivement enterrée !

- C'est uniquement pour toi, Duo, alors pas besoin d'être jaloux !

- Tu m'as déjà fait cette réflexion, Lex' et je te le répète, je ne le suis pas ! proteste-t-il.

- J'ai fait cette remarque à Donovan, pas à Duo, et dans un tout autre contexte.

- Mouais…

- Je vous laisse de toute façon, j'ai encore des livres à ranger et un dernier carton à vérifier.

- Ca peut attendre ! On le fera ensemble, ça ira plus vite.

- Ca ne me dérange pas, c'était prévu. Et puis, faut que je m'habitue à travailler seule.

- Je suis pas encore parti, rappelle-t-il.

- Ca arrivera bien assez vite. De toute façon, Keryan est avec son grand-père, il ne voit pas le temps passer, avec lui. Alors à plus tard !

Elle sort avant que Duo ne proteste encore et referme le bureau pour leur laisser un peu d'intimité.

Heero et Duo se font alors face, enfin seuls pour la première fois depuis le retour de Duo…

.

.

A suivre…

.


Notes de l'auteure : merci d'avoir lu ce chapitre ! Oui, je sais, c'est un peu sadique d'avoir coupé ici, mais ça aurait fait un chapitre terriblement long. Et puis je veux garder un peu d'émotion pour la suite !

A mercredi prochain, donc, pour ceux qui le souhaitent, et bonne continuation à vous !

Lysanea

.